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L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse

Authors:

Abstract and Figures

We present a synthetic approach to the kinds of housing found in the mountainous Alta Rocca sector of southern Corsica during the late Bronze Age and Early Iron Age. Study of protohistoric non-fortified sites in Corsica is relatively new, but the numerous projects carried out in recent years reveal the structural and developmental complexity of living spaces, thus permitting an initial comparative analysis. This is based mainly on the excavations of the large settlement of Cuciurpula that began in 2008 and are still in progress. It also makes use of the 2012 test pits in the villages of Puzzonu and Nuciaresa. The chronology of the areas that were studied cover the entire time span from the 12th to the 4th century B.C., and thus permit one to understand the developmental changes that occurred with respect to both the overall settlement organization and the internal space and architecture of the dwellings.El objetivo de este artículo es ofrecer un acercamiento sintético a las formas de hábitat en Córcega entre el Bronce final (BF) y la primera Edad del Hierro (F1), a escala de la microrregión montañosa de la Alta Rocca, ubicada en el sur de Córcega en el corazón de la cuenca occidental del Mediterráneo. La problemática de estudio de los asentamientos protohistóricos sin fortificar es reciente en la isla, sin embargo, en los últimos años los estudios se han multiplicado y dan cuenta de la complejidad estructural y evolutiva de los espacios habitados, permitiendo así un primer análisis comparativo. El razonamiento se apoya esencialmente en la aportación de las excavaciones del gran hábitat de Cuciurpula, iniciadas en 2008 y todavía en curso, así como en la explotación de los poblados de Puzzonu y de Nuciaresa, sondeados en 2012. La cronología de los sectores estudiados permite abarcar un arco cronológico completo entre el siglo XII y el siglo VI a.C., y por tanto aprehender los fenómenos evolutivos, tanto en términos de organización general como a nivel del espacio interno y de la arquitectura de las viviendas. [fr] L’objectif de cet article est de fournir une approche synthétique sur les formes de l’habitat en Corse au Bronze final (BF) et au premier âge du Fer (F1), à l’échelle de la microrégion montagneuse de l’Alta Rocca, située dans le sud de la Corse, au coeur du bassin occidental de la Méditerranée. La problématique d’étude des sites protohistoriques non fortifiés est jeune sur l’île, mais les travaux se sont récemment multipliés et rendent compte de la complexité structurelle et évolutive des espaces habités, permettant ainsi une premiére analyse comparative. Le raisonnement s’appuie essentiellement sur l’apport des fouilles du grand habitat de Cuciurpula, initiées en 2008 et toujours en cours, ainsi que sur l’exploitation des villages de Puzzonu et de Nuciaresa, sondés en 2012. La chronologie des secteurs étudiés permet d’embrasser un arc chronologique complet entre le XIIe et le VIe siécle av. J.-C., et donc d’appréhender les phénoménes évolutifs, tant en termes d’organisation générale qu’au niveau de l’espace interne et de l’architecture des habitations.
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TRABAJOS DE PREHISTORIA
72, N.º 2, julio-diciembre 2015, pp. 259-281, ISSN: 0082-5638
doi: 10.3989/tp.2015.12154
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer
dans le sud de la Corse
El espacio doméstico del Bronce Final y de la Primera Edad del Hierro en el sur
de Córcega
Kewin Peche-Quilichini (*) Simon Delvaux (**)
Thibault Lachenal (**) Anne-Laure Grevey (**)
Simone Amici (***) François de Lanfranchi (*****)
Gilda Bartoloni (***) Matteo Milletti (**)
Laurent Bergerot (****) Chiara Mottolese (**)
Elisa Biancifiori (***) Alessandro Volpi (**)
Carmen Colomba Carraro (***)
RÉSUMÉ 1 2 3 4 5
L’objectif de cet article est de fournir une approche
synthétique sur les formes de l’habitat en Corse au Bronze
final (BF) et au premier âge du Fer (F1), à l’échelle de
la microrégion montagneuse de l’Alta Rocca, située dans
le sud de la Corse, au cœur du bassin occidental de la
Méditerranée. La problématique d’étude des sites pro-
tohistoriques non fortifiés est jeune sur l’île, mais les
(*) UMR 5140 Archéologie des Sociétés Mediterranéennes,
Université Paul-Valéry Montpellier 3. Route de Mende. 34100
Montpellier Cedex 05. France; UMR 7269 Europe Afrique - La-
boratoire méditerranéen de préhistoire MMSH. BP 647. 5 rue du
Château de l’Horloge. 13094 Aix-en-Provence. France.
Courrier électronique: bainzu.di.baiucheddu@voila.fr
simone.amici@libero.it
(**) UMR 5140. Courriers électroniques:
thibault.lachenal@cnrs.fr; simon.delvaux@wanadoo.fr;
anne-laure.grevey@orange.fr
(***) Università di Roma I La Sapienza. Piazzale Aldo
Moro 5. 00185 Roma. Italia.
Courriers électroniques: simonebomba@msn.com;
gilda.bartoloni@uniroma1.it; elisapippi@gmail.com;
carmencolomba@fastwebnet.it; millettimatteo@tin.it;
chiara.mot@libero.it; alessandro.volpi87@yahoo.it
(****) UMR 3495 CNRS/MCC. Modèles et simulations
pour l’Architecture et le Patrimoine. École Nationale Supérieur
d’Architecture de Marseille.184 avenue de Luminy. 13288 Mar-
seille Cedex 09. France.
Courrier électronique: laurent.bergerot@map.cnrs.fr
(*****) UMR 7269. Courrier électronique:
francois.de-lanfranchi@orange.fr
Recibido 15-X-2014; aceptado: 22-XII-2014.
travaux se sont récemment multipliés et rendent compte
de la complexité structurelle et évolutive des espaces ha-
bités, permettant ainsi une première analyse comparative.
Le raisonnement s’appuie essentiellement sur l’apport des
fouilles du grand habitat de Cuciurpula, initiées en 2008
et toujours en cours, ainsi que sur l’exploitation des vil-
lages de Puzzonu et de Nuciaresa, sondés en 2012. La
chronologie des secteurs étudiés permet d’embrasser un
arc chronologique complet entre le XIIe et le VIe siècle
av. J.-C., et donc d’appréhender les phénomènes évolutifs,
tant en termes d’organisation générale qu’au niveau de
l’espace interne et de l’architecture des habitations.
RESUMEN
El objetivo de este artículo es ofrecer un acercamiento
sintético a las formas de hábitat en Córcega entre el Bron-
ce final (BF) y la primera Edad del Hierro (F1), a escala
de la microrregión montañosa de la Alta Rocca, ubicada
en el sur de Córcega en el corazón de la cuenca occiden-
tal del Mediterráneo. La problemática de estudio de los
asentamientos protohistóricos sin fortificar es reciente en
la isla, sin embargo, en los últimos años los estudios se
han multiplicado y dan cuenta de la complejidad estruc-
tural y evolutiva de los espacios habitados, permitiendo
así un primer análisis comparativo. El razonamiento se
apoya esencialmente en la aportación de las excavacio-
nes del gran hábitat de Cuciurpula, iniciadas en 2008
y todavía en curso, así como en la explotación de los
poblados de Puzzonu y de Nuciaresa, sondeados en 2012.
La cronología de los sectores estudiados permite abarcar
un arco cronológico completo entre el siglo XII y el siglo
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K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
Trab. Prehist., 72, N.º 2, julio-diciembre 2015, pp. 259-281, ISSN: 0082-5638
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VI a.C., y por tanto aprehender los fenómenos evolutivos,
tanto en términos de organización general como a nivel
del espacio interno y de la arquitectura de las viviendas.
Mots-clés: Corse; Bronze final; Premier âge du Fer; Ha-
bitat; Habitation; Architecture; Activités domestiques.
Palabras claves: Córcega; Bronce final; Primera Edad
del Hierro; Hábitat; Vivienda; Arquitectura; Actividades
domésticas.
1. INTRODUCTION
Malgré les nombreux travaux de R. Grosjean
et ses successeurs sur les sites fortifiés, les casted-
di, l’étude des formes de l’habitat corse du BF et
du F1 était jusqu’il y a peu un terrain d’investiga-
tion totalement vierge. Cette situation est due à un
problème de reconnaissance, mais aussi à l’idée
généralisée d’une perduration systématique de
l’occupation des fortifications de l’âge du Bronze
au Ier millénaire. Le constat est compliqué par la
construction hétérogène de la problématique, à
l’origine d’une distribution géographique des sites
discordante, avec des régions bien représentées
et des zones où la période n’est pas documentée
(Fig. 1). L’information fournie par de nouvelles
fouilles permet toutefois d’établir un premier bi-
lan. On abordera ici de manière synthétique les
données fournies par les contextes de Corse mé-
ridionale, zone pour laquelle elles sont les plus
nombreuses.
La microrégion de l’Alta Rocca occupe
une superficie de 180 km² dans le centre sud
de l’île. Cernée par des massifs culminant à
2134 m (Monti Alcudina), elle apparaît comme
une cuvette ouverte à l’ouest. En ce sens, et
en termes hydrographiques, elle appartient à la
Corse occidentale. Plusieurs cols autorisent un
passage vers le Taravu et le Fium’Orbu au nord,
le bassin de Porto-Vecchio à l’est, la vallée de
l’Ortolu au sud. L’Alta Rocca est coupée lon-
gitudinalement par la chaine du Serradu, qui
sépare les bassins du Fiumicicoli, au sud, et
du Rizzanese, au nord. Le cours du Rizzanese
est dominé au nord par l’altiplano du Cuscio-
nu, l’un des plus importants terrains d’estive de
l’île. Ce fleuve se fraie un chemin entre collines
rocheuses et plateaux jusqu’à Portigliolu, après
de 56 km de parcours.
Les recherches lancées en 2008 se basent en
grande partie sur les travaux menés en Alta Roc-
ca depuis les années 1960 par F. de Lanfranchi
(1978, 1979a, 1979b). C’est en s’appuyant sur
cette documentation, mais aussi à la suite de la
découverte fortuite de structures de typologie iné-
dite, qu’un programme de réflexion sur le thème
des habitats du BF et du F1 a été proposé, abou-
tissant à l’ouverture de plusieurs fouilles (Fig. 2),
complétées par des prospections (Lanfranchi y
Alessandri 2012). Ces premiers véritables travaux
concertés ont profité de la réalisation de plu-
sieurs mémoires universitaires (Lechenault 2011;
Milletti et al. 2012; Peche-Quilichini 2014a,
Fig. 1 Carte de localisation des sites mentionnés.
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2014b)( 1) et sont le fruit d’une collaboration
entre les services de l’état, la région, l’intercom-
munalité, le milieu associatif, les UMR 7269,
5140, 7264 et l’université de Rome I (Diparti-
mento di Studi Etruschi ed Italici).
2. LE BRONZE FINAL (1200-850 BC):
DE LA FORTIFICATION AU VILLAGE
2.1. Fortifications de la fin de l’âge du
Bronze du sud de la Corse
Les recherches de R. Grosjean ont sacralisé la
prépondérance de l’habitat fortifié dans le schéma
(1) Pretta, G. 2011: La prima Età del Ferro in Corsica:
l’esempio degli abitati in Alta Rocca. Tesi di Laurea, Università
degli Studi di Padova. Padova.
Amici, S. 2014: Tra Bronzo Finale e Primo Ferro in Corsi-
ca: gli insediamenti di Cuciurpula e Nuciaresa. Tesi di Laurea,
Università di Roma I La Sapienza. Rome.
Lambert, M. 2014: “Iron Oxides in the Late Bronze Age/Early
Iron Age at Cuciurpula, South Corsica: Mineralogical Characteri-
sation and Discussion of their Usages”. Talk May 28, The Central
Mediterranean Prehistory Day of Studies, Newcastle University.
Rageot, M. 2015: Les substances naturelles en Méditerranée
nord-occidentale (VIe-Ie Millénaire BCE): chimie et archéologie
des matériaux exploités pour leur propriétés adhésives et hydro-
phobes. Thèse de Doctorat, Université de Nice Sophia-Antipolis,
Lettres, Sciences Humaines et Sociales (Préhistoire). Nice.
territorial du IIe millénaire, particulièrement pour
le sud de l’île. Depuis sa mort, peu de travaux ont
illustré l’existence d’autres formes domestiques et
force est de constater que ce modèle reste toujours
viable. En effet, seules les récentes fouilles de Cam-
pu Stefanu ont montré le développement d’entités
villageoises à proximité des fonds de vallées, sur
les axes de circulation, à proximité des gués (Ce-
sari et al. 2012a). La révision de l’intégralité des
séquences céramiques (Peche-Quilichini 2014a,
2014b) a permis une lecture chronologique des
nombreux sites fouillés depuis les années 1950, et
donc de produire un modèle évolutif sur les formes
de l’habitat. Il semble ainsi exister une certaine
homogénéité structurelle entre Bronze ancien ( 2)
et récent. Dans la plupart des cas, l’habitat est
fortifié par une enceinte dont le tracé optimise les
caprices du relief. L’ensemble est souvent dominé
par une ou deux torre, des monuments turriformes
à base circulaire et volume tronconique, assez glo-
balement inspirés des nuraghi de Sardaigne. Dans
la plupart des cas, la torra est le monument le plus
ancien du site. Peu d’habitations sont associées à
ces petites acropoles de pierre sèche. A Contor-
ba, des soubassements de maisons trapézoïdales
sont accolés au parement interne de l’enceinte.
A Castidetta-Pozzone, une structure rectangulaire
n’est documentée que pour son occupation du BF.
D’autres constructions assez similaires ont été étu-
diées à Castiddacciu par P. Nebbia et J.-C. Ottaviani
(1989). A Filitosa, le quartier dégagé par E. Atzeni
(1966) se trouve en contrebas du rempart. Il inclut
des habitations de plan rectangulaire et circulaire.
Si le casteddu abrite quelques maisons, il semble
que la frange située à l’extérieur du rempart ait pu
accueillir quelques cellules domestiques en raison
d’un manque d’espace à l’intérieur des murs.
Au BF, les formes de l’habitat connaissent
une évolution marquée par plusieurs nouveautés.
L’abandon, voire la destruction des torre n’en est
(2) La toponymie Saracinu est ici la même que pour une
fortification voisine. En Corse, l’image du Maure razzieur et
infidèle est profondément ancrée dans les traditions. Il faut voir
ici une profondeur sémantique car le toponyme est appliqué aux
zones montagneuses des hautes vallées, assez peu concernées par
les raids. On explique ce phénomène en interprétant le Saracinu
comme un «étranger de l’intérieur», homme sauvage et païen
occupant les montagnes lors d’un passé mal défini. Ainsi la
toponymie donne fréquemment ce nom à des secteurs portant
des architectures qu’elle ne sait plus expliquer au moment de
sa fixation.
Fig. 2 L’habitat du Bronze final et du premier âge du Fer en
Alta Rocca (étoiles: villages ouverts; croix: fortifications).
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K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
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pas la moindre. A cette époque, certaines sont déjà
effondrées (Contorba, Cesari 1992), raccourcies
(Tusiu, Lanfranchi 1998) ou réoccupées/restruc-
turées (Castidetta, Cesari et al. 2012b). Dans le
même temps, vont apparaître des fortifications
dont l’aspect tranche avec celles du Bronze an-
cien/moyen. Souvent moins imposantes, limitées
à des tronçons barrant les accès entre masses ro-
cheuses, elles sont réalisées au moyen d’un ap-
pareil plus petit et sont installées sur des perche-
ments plus prononcés, comme au Monti Barbatu,
à Cuciurpula ou au Saracinu, ces deux derniers
sites matérialisant la tendance pour l’Alta Rocca.
Parmi ces casteddi du BF, seul celui de Cuciurpu-
la (secteur de Saracinu) a fait l’objet de fouilles.
2.2. Le secteur nord-ouest et l’habitation 6
de Cuciurpula
Sur ce site, le secteur concerné par l’occupa-
tion du BF occupe le quart nord-ouest de l’em-
prise (Fig. 3), soit la zone la plus haute, marquée
par un escarpement en éperon où les recherches
se sont concentrées en 2011-2013. Ce plateau
(Fig. 4), d’une surface d’environ 1200 m², est
ceinturé sur son flanc occidental par une enceinte.
Outre la maison 6, dont il sera question plus bas,
on y a recensé les habitations 10 et 37, plusieurs
terrassements et une zone d’extraction du granite.
Les fouilles ont montré une sectorisation de
l’ensemble au cours de la première moitié du
BF, matérialisée par des structures cyclopéennes
venant compartimenter et étager l’espace. La
frange méridionale accueille les trois habitations.
Plus au nord, aucune construction n’a été obser-
vée, malgré le fait que cette zone soit directe-
ment concernée par la proximité de l’enceinte.
Cette dernière, formée de gros blocs superposés,
barre l’accès nord-ouest. Elle est assez typique,
en termes d’architecture comme d’implantation,
aux murs présents sur la plupart des sites for-
tifiés du BF du sud de l’île. L’espace, que l’on
ne peut pas qualifier de ceinturé, présente une
forme compacte et des marges bien délimitées.
Cet ensemble chronologiquement cohérent ne sera
pas réinvesti au F1. L’occupation est typique des
fondations BF: site perché, muraille courte, gros
appareil, rentabilisation des chaos rocheux. C’est
dans ce contexte que vont apparaître, dès le XIIe
siècle, les premières maisons de plan elliptique,
dont l’habitation 6 est un parangon.
L’habitation 6 (Peche-Quilichini et al. 2014a)
se trouve dans la partie sud-est du replat. Elle
se présente sous la forme d’une couronne ellip-
tique de blocs dressés de façon à ce que leur face
plane (d’arrachement) constitue un parement in-
terne régulier, installée directement sur un terras-
sement. Sa partie occidentale est constituée d’un
chevet absidé; son entrée se trouve à l’opposé. La
fouille ( 3) a permis d’établir que l’habitation est
occupée tout au long du BF . La phase 1, lors de
laquelle la maison occupe l’intégralité du terrasse-
ment, est caractérisée par une spatialité structurée
autour d’un foyer placé près de la paroi sud. Les
phases 2 et 3 montrent une structuration par étapes
de la zone médiane avec, dans un premier temps,
l’aménagement d’une cloison interne séparant la
maison en deux moitiés égales, puis la pérenni-
sation de la cloison engendrant une réduction de
50% de la superficie dans le cadre d’un déplace-
ment de la façade. L’étude de la distribution des
artefacts et des écofacts a permis de distinguer des
formes de discrimination, résultant pour certaines
de facteurs fonctionnels. Ainsi, la répartition des
glands de chêne et des faunes est associée au foyer
de la phase 1. A l’inverse, la répartition des outils
de mouture dans la partie septentrionale, à contre-
(3) Le séquençage est assuré par deux datations radiométriques.
Fig. 3 Plan du site de Cuciurpula.
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pente, montre que l’activité et/ou le stockage des
instruments étaient pratiquée dans ce secteur. La
distribution de la vaisselle trahit l’organisation
fonctionnelle de l’espace. Sur la base du croi-
sement des informations architecturales ( 4) et
matérielles, on a pu proposer un modèle pour la
phase 1b (Peche-Quilichini et al. 2014b: Fig. 6):
grillage/torréfaction/cuisson/nécessitant une lu-
mière forte à l’est du foyer, stockage dans l’abside,
rangement du macro-outillage contre le mur nord,
circulation et couchage dans la nef septentrionale.
Ce modèle est le seul disponible dans l’île pour
(4) En intégrant pour ce raisonnement la dispersion des
poteaux, qui permet de reconstituer partiellement l’aspect de la
charpente d’un toît à faitage longitudinal.
le BF. On espère à l’avenir pouvoir le confronter
à des contextes aussi bien préservés.
2.3. Apport du site de Puzzonu
C’est dans cette optique qu’a démarré en 2012
l’étude du site de Puzzonu (Mottolese et al. à pa-
raître), qui se trouve à moins de 2 km au sud-est
de Cuciurpula. Le gisement s’étale sur près d’un
hectare (140 x 50 m) sur une ligne de partage
des eaux entre les ruisseaux de Codi et de Valle
Longa, affluents du Rizzanese. Les structures
s’échelonnent à une altitude moyenne de 800 m,
sur le plateau sommital d’un massif collinaire,
Fig. 4 Plan du secteur nord-occidental de Cuciurpula.
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non loin de la fortification BF de Saracinu. Cette
zone est divisée en deux quartiers séparés par
un vide archéologique de quelques dizaines de
mètres. Le quartier oriental inclut 5 à 6 maisons,
dont 3 sont bien conservées (Fig. 5). Le quartier
occidental compte au moins 3 habitations et une
sorte d’enclos. Il s’agit toujours de constructions
formées de blocs dont une face plane est dispo-
sée en parement interne, parfaitement identiques
à celles de Cuciurpula, notamment dans le secteur
nord-occidental de ce site.
Seule l’habitation 7 (quartier occidental) a été
fouillée. Il s’agit de l’édifice dont les architec-
tures sont les mieux conservées. Ses dimensions,
13 x 8 m, pour environ 85 m², en font la plus
grande structure de ce type pour cette époque
dans l’île ( 5). La couronne est faite de blocs re-
lativement petits (55 cm de longueur moyenne).
La fouille a révélé des bioturbations importantes.
Le rare mobilier a toutefois permis de définir
l’époque d’occupation, centrée sur le milieu et
la fin du BF. Les creusements réalisés dans le
(5) Pour information, la superficie interne des habitations
protovillanoviennes contemporaines varie entre 25 et 110 m²,
avec un cas exceptionnel à 500 m² (Negroni Catacchio y Kori
Gaiaschi 2010: Fig. 19).
substrat, dont certains ont été condamnés (au
moyen de panneaux de vases), correspondent à
des trous de poteau définissant trois nefs ( 6), une
fosse (foyère ?) au milieu de l’abside, et peut-être
une sablière basse venant diviser transversalement
l’espace en deux parties d’égale superficie. Ce
dernier point permet un rapprochement avec la
phase 2 de l’habitation 6 de Cuciurpula.
3. LE PREMIER ÂGE DU FER A (850-
700 BC): FORMATION DE L’UNITÉ
VILLAGEOISE
C’est surtout pour le F1, divisé en deux phases,
que les récents travaux apportent de l’information
inédite. A l’échelle de l’île, aucun habitat de cette
époque n’avait été étudié avant 2008.
3.1. Cuciurpula au premier âge du Fer:
organisation générale
Avec le passage dans l’âge du Fer, le paysage du
site de Cuciurpula connaît une mutation. Alors que
l’habitat BF était concentré dans le secteur nord-oc-
cidental, le village du F1A (850-700 av. J.-C.) s’ins-
talle immédiatement à l’est et au sud de cette zone.
Il semble que le IXe siècle soit caractérisé par une
multiplication des habitations et donc un probable
accroissement de la population du site, même si,
dans le même temps, certaines habitations du nord-
ouest du site, comme la maison 6, sont abandonnées.
Il existe donc une stratigraphie horizontale avec
comme conséquence directe l’existence de struc-
tures à l’état de ruines ( 7) dans l’espace arpenté.
(6) En ce sens, l’habitation 7 de Puzzonu est superposable aux
maisons protovillanoviennes, tant pour ses grandes dimensions, que
pour son indice largeur max./longueur max. (0,62; à Cuciurpula la
valeur moyenne est de 0,3, soit longueur = 3 x largeur; la phase
3 de l’habitation 6, avec un indice à 0,5 est la seule à se rappro-
cher de la valeur obtenue à Puzzonu, de laquelle elle est d’ailleurs
contemporaine) ou pour son plan elliptique. Les comparaisons les
plus évidentes se font avec les sites de San Giovenale (secteur D,
habitation 1, Forsberg et Thomasson 1984) ou de Sorgenti della
Nova (secteur IX, habitation 4, Negroni Catacchio y Kori Gaiaschi
2010: Fig. 5). En Corse, cette organisation en trois nefs ne semble
pas perdurer au F1.
(7) Et qui ont donc pu servir de “carrières” de matériaux,
même si ce point n’est pas archéologiquement confirmé.
Fig. 5 Plan partiel du site de Puzzonu.
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 265
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Le développement du village va de pair avec
celui des structures du quotidien avec, en pre-
mier lieu, le réseau viaire. Celui-ci fait l’origi-
nalité du site de Cuciurpula (Peche-Quilichini et
al. 2014b). Les difficultés de circulation sur ce
versant d’adret sont naturellement provoquées par
une pente moyenne de 15% et un fort encombre-
ment de masses granitiques. Afin de résoudre ce
problème, le groupe a conçu des aménagements
(rampes, escaliers, chicanes) s’adaptant au mieux
aux irrégularités et se combinant aux terrasse-
ments, contribuant à donner un degré d’anthro-
pisation supérieur au paysage du site.
On a pu proposer, grâce à la séquence anthraco-
logique de la maison 1, une reconstitution du milieu
végétal au cours du F1. Autour du VIIe siècle, le
milieu était plus ouvert qu’aujourd’hui, contribuant
à rendre l’installation, à 1050 m d’altitude, plus
agréable. L’étude a aussi illustré la présence d’es-
pèces arboricoles (chêne, arbousier, pin) à proximité.
Le recoupement de ces informations renvoie
l’image d’un village dans lequel les habitations,
distantes de près de 40/50 m en moyenne, sont en
situation de co-visibilité, comme si chaque unité
jouissait d’une sphère immédiate de 20 m de rayon.
Cette impression est renforcée par la mise en évi-
Fig. 6 Plan du secteur nord-oriental de Cuciurpula.
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K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
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doi: 10.3989/tp.2015.12154
dence de sépultures dans les abris-sous-roche. Déjà
utilisées au BF, ces cavités acquièrent une desti-
nation sépulcrale au moins dès le VIIe siècle. La
présence des défunts dans l’espace du quotidien,
presque au contact des maisons, offre une latitude
supplémentaire à la structure du village.
3.2. L’ilot nord-oriental
L’habitation 1 est installée au cœur d’un re-
groupement de structures constituant un îlot: le
quartier nord-oriental (Fig. 6). Elle a été fouil-
lée entre 2008 et 2010 (Milletti et al. 2012;
Peche-Quilichini et al. 2012; Peche-Quilichini et
al. 2013). Elle est longue de 11,8 m pour une
largeur maximale de 3,8 m, et ouverte au nord.
La couronne emploie des blocs massifs, dont les
arêtes se développent souvent sur plus de 100 cm.
Les longs côtés légèrement courbés sont symé-
triques. Ils se rejoignent au sud dans l’abside
semi-circulaire, où ont été disposés les blocs les
plus hauts, corrigeant ainsi la pente vers le sud.
Sa construction peut être située au cours du
VIIIe siècle sur un secteur déjà occupé vers 900-
800 av. J.-C. (phase 0). Deux phases d’occupa-
tion ont été définies. La phase 1 est la mieux
documentée. L’étude de l’espace interne a livré
de nombreuses données sur l’aspect et l’organi-
sation des maisons du début et du milieu du F1
(Fig. 7). La répartition des trous de poteau permet
de restituer un toît à double pente dont les arbalé-
trières reposeraient sur des poteaux externes ( 8).
Les murs, que l’on suppose faits de rondins su-
perposés horizontalement, étaient maintenus en
place par un réseau de poteaux internes disposés
à 20 cm en moyenne du parement. Ce dernier joue
donc un rôle architectonique. Au regard de cette
organisation, il est possible d’imaginer que cette
maison était semi-enterrée. Ainsi, la couronne de
blocs, qui n’est régulière que sur son côté inter ne,
jouerait un rôle de terrassement en bloquant les in-
filtrations de sédiment depuis l’extérieur. La petite
superficie interne (22 m²) pouvait être sensible-
ment améliorée par adjonction d’une mezzanine.
Parmi les autres structures immobilières, on note
la présence d’un seuil surélevé, ce qui va dans le
sens d’une habitation semi-enterrée. A l’intérieur
de la maison, près de l’entrée, se trouve un foyer
circulaire délimité par des pierres et dont la sole
(8) Ce type d’architecture est récurrent en contexte tyr-
rhénien. A titre de comparaison, on peut citer les habitations
du site toscan de Sorgenti della Nova ou les modèles réduits
servant d’urnes funéraires (urne à capanna), caractéristiques du
IXe siècle av. J.-C. en Etrurie méridionale.
Fig. 7 Plan de l’habitation 1 de Cuciurpula, phase 1 (A), phase 2 (B).
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 267
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est faite d’argile. Sur le flanc est, les vestiges
d’une banquette ont été observés. L’habitation
disposait de sols de circulations constitués d’une
chape d’argile épaisse de 10 cm en moyenne.
Par endroits, celle-ci était parementée de tessons.
L’habitation 1 présente l’originalité d’être dotée
d’un vestibule de plan semi-circulaire. Celui-ci
est délimité à l’ouest par un porche, à l’est par
le mur oriental de la maison et le seuil. Dans sa
partie orientale, un bloc-siège a été individualisé.
La fouille des espaces externes a consenti la mise
en évidence de la zone d’accès à l’ouest, marquée
par des piétinements et des effets de parois carac-
térisant un chemin. A l’est, un terrassement por-
tant une construction trapézoïdale, contemporaine
de la fin de la période d’occupation (phase 2: fin
VIIe/début VIe siècle av. J.-C.), a été individua-
lisé. La dispersion des tessons met en évidence,
pour la phase 1, une répartition orientale, forte
dans la moitié nord, plus diffuse dans la partie
sud. Cette remarque doit cependant être pondérée
par la puissance différentielle et le caractère du
pendage qui ont pu faciliter des déplacements de
mobilier vers l’est, à moins de considérer que la
nef occidentale constituait un espace de circula-
tion; les deux interprétations n’étant pas incompa-
tibles. Des concentrations plus localisées caracté-
risent le vestibule et le foyer. Le chevet accueille
un regroupement incluant les plus gros gabarits
(diamètre à l’ouverture moyen supérieur de 12 cm
à celui de la moyenne générale). Il serait tentant
de voir ici un espace de stockage. Le mobilier en
hématite montre que les nodules sont distribués au
sud du foyer, alors que les nucleus sont regroupés
dans l’abside, renforçant le statut de réserve ac-
cordé à ce secteur. Ces considérations, conjuguées
à celles proposées pour les éléments immobiliers,
permettent d’obtenir un aperçu du fonctionnement
d’une habitation au F1 (Peche-Quilichini et al.
2014b: Fig. 8). Le modèle est assez superposable
à celui proposé pour la maison 6 (couchage mo-
nolatéral, stockage dans le chevet, zone d’activité
jouxtant le foyer, etc.) et pourrait trahir la persis-
tance du schéma sur près de quatre siècles.
3.3. Autres maisons de Cuciurpula
et les structures “annexes”
La fouille a fourni l’occasion de réaliser des pla-
nimétries sur des habitations qu’il n’est pas prévu Fig. 8 Planimétries d’habitations de Cuciurpula.
268
K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
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de fouiller (Fig. 8), dans le but d’alimenter le ca-
talogue des formes. Ce corpus permet d’observer
points communs et différences s’exprimant dans le
volume des blocs, les dimensions générales, l’orien-
tation, la typologie du système d’entrée, la forme du
soubassement ou l’intégration des masses rocheuses.
Depuis 2010, un recensement systématique des
structures “annexes” a été entrepris. Par ce terme,
nous qualifions des constructions situées à proximité
des habitations, présentant une architecture similaire
mais des dimensions plus réduites. Le rôle de ces
édifices semble lié au fonctionnement de l’habita-
tion voisine mais reste à définir avec précision. Trois
d’entre elles ont fait l’objet d’une analyse spécifique.
La structure 38 (Fig. 9) se trouve dans la
parte nord-occidentale du site, sur un axe de cir-
culation aménagé reliant les habitations 8 et 9, à
mi-distance (20 m) desquelles elle est implantée
(Peche-Quilichini y Bellot-Gurlet à paraître). Son
altitude moyenne est de 1058 m. Elle se présente
comme un trapèze long d’environ 4 m pour une
largeur de 1,5 à 2,3 m, matérialisé par des blocs
dressés et organisés de façon à créer un pare-
ment interne rectiligne et régulier. L’ensemble est
coincé entre plusieurs affleurements. Le secteur
est caractérisé par une forte pente vers le sud.
La fouille a permis d’observer une stratigraphie
totalement bouleversée. Néanmoins, les niveaux
de fondation ont montré que la construction est
intervenue vers la fin du BF. Quelques creuse-
ments, dont quatre trous de poteau, ont été décrits.
L’analyse n’a pas permis de fournir d’informa-
tions d’ordre fonctionnel.
Dans l’ilot nord-oriental, immédiatement au
nord-est de l’habitation 1, deux constructions as-
sez similaires à la structure 38 ont été identifiées:
les structures 14 et 15. La réalisation de sondages
a montré une construction simultanée et contem-
Fig. 9 Plan de la structure 38 de Cuciurpula.
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 269
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poraine (ou légèrement plus ancienne ?) de celle
de l’habitation 1. Aucun élément fonctionnel n’a
pu être mis en évidence.
La problématique sur cette question reste donc
ouverte. De façon hypothétique, on imagine un
rôle complémentaire de celui de l’habitation as-
sociée: zone dédiée au stockage, à des activités
spécifiques ou autre.
4. LE PREMIER ÂGE DU FER B (700-550
BC): NUCLÉARISATION DE L’ESPACE
HABITÉ?
4.1. Cuciurpula à la fin du premier âge du
Fer: Les fouilles de l’habitation 3
C’est pour l’intervalle 700-550 av. J.-C. que
le site de Cuciurpula a fourni le moins de don-
nées. C’est en partie pour combler cette lacune
que les campagnes 2014 et 2015 seront orientées
vers l’exploration des zones sud-orientales, pour
lesquelles le mobilier superficiel montre un agran-
dissement du village à cette époque. Par extension
des données obtenues pour le F1A, on suppose
une mutation graduelle du schéma d’occupation
de l’espace, sans véritable rupture.
La structure 3 marque l’extrémité sud-est du
village. Elle est implantée sur un replat, à une
altitude de 960 m, en bordure d’un thalweg. Elle
présente la particularité d’être à faible distance
d’une source constituant le point d’eau principal
reconnu dans l’enceinte du site. La longueur de
la structure est de 9,7 m pour une largeur maxi-
male de 3,6 m. Les longs côtés sont parallèles et
emploient des blocs de grandes dimensions ( 9)
(Fig. 10). Ils se rejoignent au sud dans une ab-
side formée par quatre blocs, parmi lesquels une
dalle de chevet dont la hauteur domine toutes
(9) Certains dépassent les 2 m de longueur.
Fig. 10 Cuciurpula, habitation 3, plan de la phase d’occupation (à gauche) et hypothèse de distribution des activités
domestiques (à droite).
270
K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
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les autres. L’aménagement de l’entrée témoigne
de techniques architecturales différentes. A l’est,
la file de blocs est renforcée à l’intérieur par un
système à double parement et blocage interne,
permettant de conserver la rectitude de ce côté
tout en réduisant l’espace d’accès par le nord.
La découverte d’un foyer à proximité laisse pen-
ser que cette structure servait de banquette. A
l’ouest, en dépit de bioturbations, l’observation
des pierres de calage encore en place et de roches
effondrées permet de restituer une file de six petits
blocs plantés verticalement, dont un seul, le plus
au nord, a conservé sa position d’origine.
L’ensemble délimite un espace interne de
18 m². Au centre se dressait une file de six trous
de poteaux matérialisant l’axe qui soutenait la
poutre faîtière du toit. Cette file accuse une forme
étonnamment oblique par rapport aux murs la-
téraux mais se positionne dans l’axe de l’entrée
de la structure. Près de cette entrée, au niveau
du seuil, se trouvait le seul foyer de l’habitation.
Ce dernier, qui mesure 126 cm de longueur pour
90 cm de largeur, accuse une forme “réniforme”
due à deux creusements successifs. Il contenait les
bûches carbonisées de sa dernière utilisation. Par-
mi les autres aménagements, on trouve, non loin
de l’abside, une fosse obturée par une dalle qui
contenait les restes d’un gobelet. La fonction de
cet aménagement reste obscure; il pourrait s’agir
d’une fosse de rejet, d’une structure de stockage
ou des reliques d’un rite de fondation.
L’analyse de la distribution du mobilier permet
de proposer un schéma d’organisation (Fig. 11).
L’analyse de dispersion des tessons, des axes de re-
montages et de la position des fonds permet de dis-
tinguer deux zones d’activités principales. La pre-
mière se trouve à l’est de la structure, à proximité
de l’abside, non loin de la fosse, entre deux calages
de poteaux. Elle était dévolue prioritairement au
stockage, au moins dans sa partie sud, où étaient
dispersés les fragments de deux jarres. Une se-
conde zone d’activité peut être restituée au niveau
Fig. 11 Cuciurpula, habitation 3, répartition du mobilier céramique caractéristique et recollages (à gauche), répartition
du mobilier lithique (à droite).
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 271
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de l’entrée, à proximité du foyer. La céramique
inclut des pots de petites et moyennes dimensions
pouvant correspondre à une utilisation culinaire.
La partie ouest, dont l’espace était encombré des
piliers supportant le toit, devait correspondre à un
couloir de circulation. Le mobilier céramique qui
y a été récolté se raccorde aux vases des deux
principales aires d’activité. Il doit donc sa position
au nettoyage de la structure ou au passage de ses
occupants. Du mobilier lithique a également été
mis au jour. Il s’agit de fragments de quartz laiteux,
dont la répartition révèle deux concentrations, non
loin de l’entrée et à proximité de l’abside. Elles
peuvent être interprétées comme deux épisodes de
taille expédiente, visant à l’obtention d’un outil-
lage tranchant, ce que suggère la présence d’un
percuteur en quartzite à proximité de l’une de ces
deux concentrations. Les autres artefacts lithiques
se retrouvent en partie à l’extérieur de l’habita-
tion à l’ouest, à proximité de deux blocs aménagés
entre des affleurements du substrat. Il s’agit d’un
gros nodule d’hématite, ainsi que d’un élément
semi-sphérique en granite, interprété comme un
broyon ou un pilon. Cela suggère que les activi-
tés de broyage et de confection du colorant pou-
vaient s’effectuer à l’extérieur de l’habitation. Ces
données nous permettent de compléter le schéma
d’interprétation spatiale qui fut proposé alors que
la fouille de l’espace interne n’était pas achevée
(Peche-Quilichini et al. 2014b: fig. 12). Ce modèle
est lié à ceux proposés pour les structures 1 et 6
et confirme une permanence des logiques d’orga-
nisation domestique jusqu’à une phase avancée du
F1. En effet, l’analyse de la stratigraphie indique
l’existence d’une seule phase d’occupation attri-
buable au début du VIe siècle av. J.-C. Il s’agit
donc de l’une des structures les plus récentes du
village. Elle montre un modèle architectural à la
fois proche et différent de celui des autres habita-
tions, tout en conservant une organisation répon-
dant à des logiques similaires. En cela, elle illustre
la variabilité des choix pouvant être exercés par les
habitants d’un même village, en dépit de critères
techniques et symboliques communs.
4.2. L’habitation 1 de Nuciaresa
Le site de Nuciaresa se trouve à 5 km au sud
de Cuciurpula, à une altitude d’environ 739 m. Sa
situation topographique est particulière puisque
l’implantation s’est faite sur un plateau (u Pianu
di Livia), de même que Saparaccia ou Riccu, et
à la différence de Cuciurpula (position de ver-
sant), Bucchinera (position sommitale), Puzzonu
ou Cumpulaghja (position dominante détachée du
plateau principal). Cette situation lui fournit une
ouverture septentrionale vers une pénéplaine en-
combrée de massifs chaotiques. Les mécanismes
de pédogénèse résultent de phénomènes d’aréni-
sation, soumis localement à des transports gra-
vitaires. En raison même de l’omniprésence du
socle cristallin et des encombrements rocheux, les
potentialités agro-pastorales sont réduites autour
du site, sauf à considérer l’exploitation de sols
peu épais sur des espaces réduits.
Le village est implanté autour d’un pointe-
ment granitique culminant à 745 m. Il se compose
d’au moins 7 maisons, de plusieurs terrassements
courts, de chemins aménagés, d’une construc-
tion circulaire baptisée “rotonde” (Fig. 12) et de
quelques abris dont l’un, diaclasique, a été pla-
fonné par des dalles horizontales pour servir de
cave à une habitation.
Comme le site voisin de Saparaccia, Nuciaresa
appartient à un type regroupé de village, avec des
habitations proches les unes des autres. Celles-
ci sont de forme elliptique à rectangulaire, pré-
sentent un petit côté ouvert et des dimensions
moyennes proches de 10 m de long pour 3 m de
large. Superficiellement, ne sont observables que
les soubassements constitués de semi-boules ou
de grosses dalles. Celles-ci sont systématiquement
disposées de manière à former un parement in-
terne régulier, avec une face plate toujours tournée
vers l’intérieur.
La structure 1, fouillée en 2012, appartient à
cette catégorie de construction. Elle présentait à
l’origine un plan ovalaire allongé, ouvert au nord-
est et fermé au sud-ouest. Le chevet a été détruit
dans les années 1970 par l’aménagement d’une
piste. On suppose qu’il prenait la forme d’un de-
mi-cercle de blocs. Les files latérales sont dispo-
sées en miroir avec une légère concavité interne.
Elles sont conservées sur une longueur de 8 m et
incluent des blocs dont les dimensions dépassent
fréquemment le mètre. Beaucoup d’entre eux,
notamment ceux identifiables en tant que dalles,
sont dressés. La face interne est plate et disposée
en fil régulier avec celle des blocs mitoyens. On
peut estimer la longueur originelle à environ 10 m,
272
K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
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doi: 10.3989/tp.2015.12154
Fig. 12 Plan des habitations 2 (A), 3 (B) et de la rotonde (C) de Nuciaresa.
Fig. 13 Plan de l’habitation 1 de Nuciaresa.
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 273
Trab. Prehist., 72, N.º 2, julio-diciembre 2015, pp. 259-281, ISSN: 0082-5638
doi: 10.3989/tp.2015.12154
pour une largeur maximale légèrement supérieure
à 3 m. La construction de cet édifice a été entre-
prise sur une terrasse naturelle que l’on imagine
préalablement nettoyée de ses encombrants détri-
tiques (érosion du chaos granitique situé à 10 m
en amont). Cet espace a été agrandi au nord-est
par la construction d’un terrassement (avec les
blocs encombrants?). Une carrière potentielle a
été observée à 5 m à l’est de l’entrée, permettant
un approvisionnement aisé en blocs et dalles.
La fouille a montré une occupation entre la
fin du VIIe et celle du VIe siècle, assurée par
la présence de mobilier d’importation (amphores
corinthiennes) et une datation radiométrique (Pe-
che-Quilichini et al. à paraître). L’espace interne
de la maison est structuré sur deux nefs délimitées
par des trous de poteau soutenant un faitage si-
milaire à celui mis en évidence pour l’habitation
1 de Cuciurpula. Des vestiges de banquettes ont
été observés contre les deux parois. Lors d’une
phase récente, un dolium est installé en avant du
porche d’entrée, à proximité d’un poste de meu-
nerie (Fig. 13).
Nuciaresa offre un contrepoint intéressant aux
données du site de Cuciurpula, où les contraintes
topographiques sont sensiblement différentes, et
permet d’appréhender l’organisation d’un site de
plateau.
5. AUTRES VILLAGES ET SITES
FORTIFIÉS
5.1. Les villages
On connaît à ce jour 11 villages ouverts occupés
au BF/F1 en Alta Rocca. Avant le milieu des années
2000, seuls Nuciaresa (Lanfranchi 1978), Cucuruz-
zu (Lanfranchi 1979a) et Cumpulaghja (Lanfranchi
1979b) étaient répertoriés. Cet état des lieux n’au-
rait lieu d’être sans l’activité de deux chercheurs. F.
de Lanfranchi est l’inventeur des sept sites répartis
au sud du Rizzanese et D. Martinetti a découvert
les quatre autres au nord de ce fleuve. Dans l’op-
tique de contextualiser les révisions de travaux an-
ciens et de fournir des modèles de confrontation
aux acquis obtenus d’abord à Cuciurpula, par la
suite à Puzzonu et à Nuciaresa, il nous a semblé
opportun de fournir une réflexion sur ce corpus.
La butte de Cumpulaghja (562 m) constitue
l’extension méridionale du massif de Pianu Maiò.
Elle domine le Fiumicicoli à quelques centaines
de mètres des sources chaudes de Caldani. Le
sommet porte six structures elliptiques faites de
soubassements de gros blocs dont une a fait l’ob-
jet de sondages (Lanfranchi 1979b). Cette opéra-
tion a montré une occupation chalcolithique préa-
lable à une installation au cours du F1, époque de
construction des différentes structures (Fig. 14)
qui se distribuent sur des terrasses naturelles ou
aménagées, à peu de distance les unes des autres.
Riccu est le nom d’une éminence (803 m) pla-
cée en bordure septentrionale du Pianu de Levie.
Elle sépare les vallées de Piubettu et de Neu. Le
site inclut trois constructions: une rotonde et deux
habitations (Fig. 15). On ne dispose d’aucun élé-
ment sur la chronologie de l’occupation.
Le site de Cruci, situé sur des terrasses natu-
relles dominant la vallée du Berghini, à quelques
centaines de mètres au sud de Nuciaresa, inclut
plusieurs constructions elliptiques assez distantes
les unes des autres. Ici encore, on ne dispose d’au-
cune information chronologique.
Saparaccia est un groupement d’habitations
(Peche-Quilichini et al. 2014b: Fig. 13) installé à
quelques dizaines de mètres au nord-ouest de Nu-
ciaresa. Quatre sont installées sur une vaste terrasse;
deux autres se trouvent en contrebas, étagées dans
les pentes d’un thalweg. On remarque la taille im-
portante des blocs de soubassement, comparables
aux modules observés à Nuciaresa ou à Cuciurpula
Fig. 14 Plan d’une habitation de Cumpulaghja.
274
K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
Trab. Prehist., 72, N.º 2, julio-diciembre 2015, pp. 259-281, ISSN: 0082-5638
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pour le F1. L’une d’entre elles montre la présence
d’une banquette monolatérale faite de blocs plats.
L’originalité de l’habitat tient essentiellement en
son organisation groupée, assez superposable à
celle du site voisin ( 10) de Nuciaresa.
L’éminence de Buri (680 m) contrôle le pas-
sage entre la plaine de Ciniccia et la vallée du
Fiumicicoli. Au pied d’un chaos, au moins deux
habitations, mal conservées, ont été répertoriées.
Il est possible que l’état de dégradation soit dû à
un réaménagement au cours du Moyen Âge ( 11).
Une longue structure en gros blocs délimite l’es-
pace du site.
Le massif de Cola domine la rive droite du Riz-
zanese au nord du pont de Criviscia. On y a décou-
vert plusieurs structures elliptiques de gros blocs,
relativement éloignées entre elles. On peut consi-
dérer ce site comme une installation de plateau.
Le sommet de Castedducciu (1534 m), point
culminant d’une ligne de crête rocheuse séparant
les vallées de Codi et de Biturgia, constitue un
relief remarquable de la frange méridionale du
plateau du Cuscionu, dont elle contrôle presque
tous les accès par le sud. La terrasse sommitale
accueille le site de Bucchinera, constitué d’une
seule habitation (Fig. 16). Il s’agit du seul exemple
connu en haute altitude.
(10) Est-ce vraiment un autre site?
(11) Le sommet du site porte les vestiges d’une tour. A
proximité des habitations se trouve la chapelle médiévale de
San Ghjuvani.
5.2. Les fortifications
Le paysage protohistorique de l’Alta Rocca
inclut plusieurs fortifications. En plus de Cuciur-
pula, quatre d’entre elles ont été construites ou
réutilisées durant les époques dont il est ques-
tion ici. Cucuruzzu, Capula et Tusiu sont des sites
familiers dans l’historiographie archéologique
insulaire. Saracinu est une découverte récente.
D’autres casteddi devront à l’avenir être analy-
sés afin d’alimenter la grille de connaissance sur
l’évolution microrégionale de la sphère de l’habi-
tat. Ces fortifications connaissent leur apogée vers
le début du BF et semblent presque obsolètes dès
la fin de cette phase, qui voit les habitations se
multiplier à leur pied ou sur les plateaux voisins.
La colline de Capula domine la partie méridio-
nale du Pianu de Levie (Lanfranchi 1978). Il est
Fig. 15 Plan des habitations a (A) et b (B) de Riccu.
Fig. 16 Plan de l’habitation 1 de Bucchinera.
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 275
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à l’heure actuelle difficile d’affirmer que les élé-
ments de fortification cyclopéenne présents dans
la partie orientale du site datent du BF ou du F1.
Néanmoins, ils semblent avoir été utilisés à ces
époques. Au pied du rempart, F. de Lanfranchi a
reconnu des habitations (du F1?) recouvertes par
des constructions médiévales. Au cours du F1,
Capula a pu constituer l’ilot oriental d’un habitat
regroupant également Nuciaresa et Saparaccia,
situés à moins de 250 m à l’ouest.
Dans la partie nord du plateau, Cucuruzzu se
dresse sur un chaos rocheux en position d’éperon
entre les ruisseaux de Neu et de Capula. Initiale-
ment fouillé par R. Grosjean, le site fait par la suite
l’objet d’investigations menées par F. de Lanfranchi.
L’étude du mobilier a été réalisée dernièrement et
a permis de fournir des indications fragmentaires
sur la chronologie de construction et d’occupation.
Étant présente au moins dès le Bronze moyen, il
semble que la torra soit le monument le plus an-
cien. L’enceinte semble apparaître entre la fin du
Bronze moyen et le début du Bronze final. Ce mo-
ment est caractérisé par une occupation dense qui
se prolonge dans les premiers temps de l’âge du
Fer. Immédiatement au nord, F. de Lanfranchi a mis
en évidence un habitat ouvert occupé au Bronze
ancien puis vers le VIe siècle av. J.-C. et après. Les
cellules domestiques y sont de forme irrégulière.
Saracinu est une pointe rocheuse (781 m) do-
minant la confluence du Codi et du Rizzanese.
Le site se trouve à 1500 m au sud/sud-ouest de
Puzzonu. L’accès au sommet est barré par une
courte enceinte en gros blocs, très similaire à celle
du secteur nord-occidental de Cuciurpula, d’ail-
leurs en situation de co-visibilité. Son attribution
hypothétique au BF se base sur cette comparaison.
Tusiu, site de promontoire dominant le moyen
cours du Rizzanese, voit sa torra être restructurée
au BF (Lanfranchi 1998) et a pu accueillir des mai-
sons de plan sub-rectangulaire dès cette époque.
6. LA NOTION D’ESPACE DOMESTIQUE
EN ALTA ROCCA DURANT LA
PROTOHISTOIRE MOYENNE…
6.1. …à l’échelle de l’habitation…
L’état des connaissances sur les habitations
du BF/F1 en Alta Rocca repose sur les données
issues de la fouille de sept entités (cinq à Cu-
ciurpula, une à Puzzonu, une à Nuciaresa) et de
sondages menés sur trois autres maisons (une à
Cuciurpula, une à Cumpulaghja, une à Cucuruz-
zu). A l’exception de Cola et de Cruci, tous les
villages ont fait l’objet de relevés. La synthèse
de l’information permet d’obtenir un schéma dia-
chronique de la maison pour cette partie de l’île
entre le XIIe et le VIe siècle.
D’un point de vue architectural, les vestiges
se caractérisent par leur homogénéité. Les habi-
tations sont systématiquement élevées sur des ter-
rasses artificielles ou naturelles. Leur plan adopte
une forme elliptique, même si certaines excep-
tions tendent vers le rectangulaire. Les blocs de
la couronne sont placés de manière à présenter
une face plane vers l’intérieur afin de former un
parement régulier et continu ( 12). Leur hauteur
est variable. On a parfois cherché à homogénéiser
l’altitude maximale en les surélevant, notamment
sur les longs côtés. Les blocs de l’abside sont sou-
vent plus hauts. La taille des blocs augmente avec
le temps: leur longueur moyenne est de 60 cm au
BF, de 90 cm au F1A, de 120 cm au F1B. On ne
sait pas expliquer ce phénomène. L’habitation 1 de
Cuciurpula possède un vestibule, ce qui constitue
une originalité. L’orientation ne semble pas obéir à
une règle particulière (Fig. 17). Il existe cependant
des tendances sur certains sites. Ainsi, à Cuciurpu-
la, aucune maison n’est ouverte à l’ouest ( 13). A
Saparaccia, l’orientation généralisée nord-ouest/
sud-est témoigne peut-être d’une organisation ba-
sée sur un plan préétabli privilégiant une forme de
parallélisme. Concernant les dimensions, avec ses
85 m², l’habitation 7 de Puzzonu constitue la plus
grande unité domestique connue localement. A
l’opposé, la phase 3 de l’habitation 6 de Cuciurpu-
la, avec ses 12 m², est la plus petite. Considérant
l’ensemble des données, la longueur moyenne est
de 9 m, pour une largeur de 2,5 m et une aire in-
terne de près de 17 m². Celle-ci est le plus souvent
structurée par deux nefs longitudinales séparées
par une rangée de poteaux soutenant un faitage
et donc un toit à double pente. Cette disposition
semble la règle durant le F1. Au BF, il semble
exister une plus grande souplesse dans la distribu-
(12) On a pu répertorier des structures tout à fait compa-
rables dans les régions voisines: Porto-Vecchio, Pian’d’Avretu,
basse vallée de l’Ortolu et Sartenais.
(13) En raison du sens des vents dominants?
276
K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
Trab. Prehist., 72, N.º 2, julio-diciembre 2015, pp. 259-281, ISSN: 0082-5638
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tion des structures porteuses. La couverture était
vraisemblablement faite de matériaux périssables:
chaume ou bardeaux. Les élévations latérales sont
mal documentées. En l’état actuel des connais-
sances, rien ne permet d’envisager autre chose
que des murs de bois. Ces parois étaient plaquées
contre les faces planes de la couronne grâce une
rangée de poteaux disposée à 20 cm, ce qui devait
encore réduire l’espace interne. Immédiatement
à l’extérieur, une rangée de poteaux parallèle au
soubassement est liée au soutènement des arba-
létrières. La paroi ne semble pas avoir de rôle
dans la charpente; il s’agit d’un aménagement
indépendant venant s’emboîter dans le système
de couvrement. Sur la foi de comparaisons avec
les habitations contemporaines de l’Etrurie, on
suppose que les maisons étaient semi-enterrées,
ce qui donne tout son sens à la couronne de blocs,
qui est en fait un terrassement parementé.
Ces structures sont dotées d’un équipement
immobilier dont l’organisation témoigne tout au-
tant de convergences que de divergences d’une
maison à l’autre. La présence d’un foyer est fré-
quente. L’habitation 1 de Nuciaresa s’est pourtant
présentée sans ( 14). Les structures annexes ne
semblent pas non plus être pourvues de ce type
(14) La partie absidale de cette maison a été détruite dans
les années 1970. Si le foyer s’y trouvait, il constituait l’unique
exemple placé dans cette partie de la maison pour le F1.
Fig. 17 Graphiques figurant la longueur et l’orientation (chevet au centre l’astérisque) de 31 habitations du Bronze final
et/ou du premier âge du Fer de six habitats de l’Alta Rocca.
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 277
Trab. Prehist., 72, N.º 2, julio-diciembre 2015, pp. 259-281, ISSN: 0082-5638
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d’équipement. Des restes de banquettes ont été
observés à Cuciurpula, Saparaccia et Nuciare-
sa. L’existence de compartimentages internes est
supposée à Cuciurpula et à Puzzonu. Au vu de la
chronologie de ces constructions, il semble que
la division transversale de l’espace interne soit
un élément caractérisant les phases anciennes.
Enfin, parmi les équipements les plus significa-
tifs, on signalera aussi l’existence de sols consti-
tués de chapes d’argile parfois parementés de
tessons, traduisant un souci d’esthétique et/ou
d’hygiène.
L’analyse de distribution spatiale des artefacts
met en évidence certaines tendances. Ainsi, les
activités nécessitant lumière et chaleur s’agglu-
tinent logiquement à proximité du foyer. L’es-
pace de l’abside semble être dédié à tous types
de stockage. Une nef est utilisée pour circuler à
l’intérieur de la maison.
L’intérieur de l’habitation est exigu. L’espace
utile moyen de 17 m² est réduit par la quinzaine de
poteaux porteurs internes, le foyer, la banquette,
etc. Il est donc difficile d’imaginer la présence
d’un nombre important de personnes à l’intérieur.
Quatre individus (dont la taille cumulée corres-
pond d’ailleurs peu ou prou à la longueur d’une
banquette), soit une cellule familiale restreinte,
constitue une estimation raisonnable. Dès lors, on
comprend mieux l’utilité potentielle des structures
annexes, qu’elles aient servi à délocaliser des en-
combrants, des activités ou des personnes.
6.2. …à l’échelle de l’habitat…
Cette complémentarité des équipements s’ex-
prime également à l’échelle de l’habitat. D’un
point de vue fonctionnel, Cuciurpula constitue
l’exemple le plus complet. Plus d’une quarantaine
d’habitations y sont répertoriées. Si celles-ci ne
sont pas toutes contemporaines, on estime qu’en-
viron 25 ont pu fonctionner simultanément. La
structuration du site est complexifiée par la renta-
bilisation des cavités naturelles, notamment dans
un cadre funéraire. Comme Riccu et Nuciaresa,
Cuciurpula est doté d’une rotonde, un monument
circulaire d’une dizaine de mètres de diamètre
dont la fonction reste méconnue. Un rôle collectif
n’est pas à exclure. Malgré son altitude, ses pentes
et le degré d’encombrement rocheux, Cuciurpula
était un centre agricole ( 15), notamment au F1,
comme l’atteste le grand nombre de meules. Dans
la partie sud-orientale du site, une zone dégagée,
située à proximité de la source et favorable à l’ins-
tallation d’habitations, en est pourtant totalement
dépourvue. On suppose que ce secteur était dédié
à l’agriculture, même si cela reste à démontrer.
Nuciaresa offre un plan groupé autour de sa ro-
tonde; ce “hameau” est lui-même au centre d’un
réseau de quatre à cinq autres entités villageoises
formant peut-être un seul site organisé en “quar-
tiers”. Le site de Riccu accueille lui aussi une
rotonde en position centrale. Puzzonu constitue
une entité organisée en deux quartiers séparés
d’une centaine de mètres. Dans ce vide, on a
pu reconnaître une sorte d’enclos. Des éléments
approchants ont été vus à Buri et à Saparaccia.
Réduit à une seule habitation, Bucchinera fournit
un modèle particulier.
Ces espaces de vie connaissent une mutation
chronologique. En Corse, l’estimation de l’évo-
lution diachronique constitue une nouveauté au
sein d’une tradition d’étude qui était d’abord évè-
nementielle avant de devenir comportementaliste,
laissant trop souvent au second plan le critère tem-
porel. Un site comme Cuciurpula et, à un degré
moindre, le couple Saracinu-Puzzonu, Cucuruzzu
et le groupe Capula-Nuciaresa-Saparaccia, illustre
le passage entre l’habitat perché et fortifié de l’âge
du Bronze au village ouvert typique du premier
âge du Fer.
6.3. …et à l’échelle de la microrégion
On a ici traité les données issues de quinze
sites de l’Alta Rocca. Quatre sont des fortifica-
tions, onze sont des villages ouverts. Le schéma
territorial d’implantation montre une récurrence
dans la position des casteddi. Il s’agit systéma-
tiquement d’éminences perchées, indépendantes
dans le cas de Cuciurpula ou Puzzonu, dominant
un plateau pour Cucuruzzu et Capula. Les villages
montrent plus de diversité. Quatre schémas d’ins-
tallation ont été observés: sommet (Bucchinera);
versant (Cuciurpula); éminence (Cumpulaghja,
(15) Tout au moins un centre de production de produits
issus de la transformation des céréales.
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K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
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Buri, Puzzonu, Cola); plateau (Cucuruzzu, Riccu,
Saparaccia, Nuciaresa, Cruci).
Le territoire paraît quadrillé dans sa vertica-
lité (Fig. 18). Le site de Bucchinera, inhabitable
en hiver, peut être interprété comme saisonnier
(bergerie d’estive?). La position à flanc de mon-
tagne de Cuciurpula reste difficile à interpréter.
La concentration de sites sur les plateaux, entre
600 et 800 m, montre que cet étage est privilé-
gié et accueille un habitat dispersé exploitant les
meilleurs terrains pour y développer des activités
agropastorales. Enfin, il faut souligner une super-
position entre ces installations et les réseaux de
sites médiévaux, témoignant probablement d’une
pérennité des axes de circulation (Peche-Quilichi-
ni et al. 2014b).
6.4. Considérations conclusives et
contextualisation
Cet état des lieux a permis d’approcher des
notions générales sur l’organisation spatiale et
diachronique de l’habitat dans le sud de la Corse.
Le XIIe siècle constitue un moment charnière
dans ce cadre évolutif. Avec la mise en place des
critères socioculturels caractérisant le début du
BF, les lieux de vie connaissent une transforma-
tion qui se concrétise par l’abandon progressif
des replis fortifiés au bénéfice d’habitats plus ou
moins groupés. A l’échelle de la maison, d’autres
types de mutations ont été décrits. Les fouilles
de Cuciurpula et Nuciaresa, couplées aux résul-
tats de prospections, montrent l’existence d’un
autre palier autour de 550-500 av. J.-C., soit lors
du passage dans le second âge du Fer. Après ce
moment, la plupart des sites connaît un abandon.
Ce phénomène d’ampleur régionale reste à préci-
ser ( 16). Mieux comprendre le rythme des évolu-
tions constituera un enjeu majeur des recherches
à venir. A l’échelle microrégionale, la poursuite
des prospections s’impose comme une nécessité
afin de vérifier si les vides cartographiques sont
des réalités ou des effets de la recherche. A Cu-
ciurpula, les travaux vont se poursuivre dans le
secteur méridional afin d’alimenter les réflexions
sur le F1B. Il restera aussi à préciser le rôle des
rotondes. Dans ce cadre, l’édifice de Nuciaresa est
celui qui semble offrir le plus de garanties. En der-
nier lieu, le modèle défini pour l’Alta Rocca devra
être confronté à d’autres, qui restent à produire,
pour les régions littorales et septentrionales. C’est
au prix de cet effort que les schémas insulaires
(16) Parmi les causes potentielles de cette “crise”, l’installa-
tion des Phocéens (vers 565 av. J.-C.) sur la côte orientale de la
Corse ne paraît pas avoir constitué un événement assez important
pour avoir eu des répercussions sur les sociétés de l’intérieur.
Cela est peut-être moins vrai pour l’époque qui connaît le départ
des Grecs à partir de 540 av. J.-C., qui voit Alalia devenir une
tête de pont sur les routes commerciales étrusco-carthaginoises
d’époque archaïque.
Fig. 18 Section nord-sud simplifiée illustrant la position topographique des habitats.
L’espace domestique au Bronze final et au premier âge du Fer dans le sud de la Corse 279
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pourront ensuite être comparés de façon exhaus-
tive à ceux obtenus dans les régions voisines.
On peut néanmoins anticiper quelques résul-
tats de l’estimation du degré de ressemblance/
divergence entre les ensembles domestiques de
Corse et ceux de l’outremer protohistorique. Cu-
rieusement, c’est avec la proche Sardaigne que
les termes de l’organisation de l’habitat trouvent
le moins d’affinités. Au BF, l’île voisine est tou-
jours profondément marquée par les traditions nu-
ragiques. La Gallura, région septentrionale, suit
cette tendance générale. Le site de la Prisgiona
(Arzachena, Antona et al. 2010) constitue une
sorte d’archétype de l’habitat pour la fin du IIe
millénaire. Au centre du village se trouve le nu-
raghe, fortement modifié à cette époque. Autour
se concentrent des dizaines de maisons circulaires
en pierre sèche. Le plan d’ensemble est agglutiné
autour de la tour centrale. Ce type d’organisation
n’est en rien comparable à celui observé en Corse
méridionale. En fait, s’il faut absolument chercher
des emprunts externes, c’est essentiellement en
Toscane méridionale que l’on trouve des indica-
tions. Les habitations protovillanoviennes se ca-
ractérisent par une structure elliptique, longue de
10 à 15 m, creusée dans le tuf (Poggiani Keller et
al. 2002). La distribution des structures porteuses
montre l’existence d’un faîtage longitudinal. Une
entrée est disposée sur le petit côté opposé au
chevet absidal. Ce dernier est souvent considéré
comme un espace de stockage. Les sites incluent
jusqu’à plusieurs dizaines de maisons réparties
sur des terrasses naturelles. Enfin, les compa-
raisons effectuées avec les navetes des Baléares
(Fig. 19) montrent ici encore des similitudes for-
melles avec les habitations protohistoriques de
Corse: plan elliptique, colonnade centrale, entrée
opposé au côté absidal, parement interne de dalles
(Salvà y Calvo 1999; Fornés et al. 2009; García
Amengual 2010)( 17). On pourrait toutefois citer
un grand nombre de divergences: couverture de
dalles, généralisation de l’appareil en pierre sèche
à double parement ( 18), maisons à mur mitoyen,
etc. Ces confrontations à l’échelle méditerra-
néenne montrent une superposition structurelle
des habitations et des habitats de Toscane et des
Baléares avec le modèle décrit pour le sud de la
Corse, à condition de faire abstraction de considé-
rations architecturales qui mobilisent des moyens
différents ( 19) pour aboutir à un résultat assez
(17) García Amengual, E. 2014: Proposta de cadena ope-
rativa de construcció dels navetiformes del Bronze balear i la
seva aplicació pràctica. Memòria d’investigació inedita, 2 vols.,
Universitat de les Illes Balears. Palma.
(18) Des découvertes récentes dans le Taravu sont venues
documenter l’existence de maisons elliptiques dont le soubasse-
ment pérenne est réalisé selon la technique du double parement
et blocaille au F1. Cette mention est d’autant plus importante
qu’elle concerne la partie de l’île la plus ouverte sur l’ouest et
donc les îles Baléares.
(19) Ces différences s’expriment surtout dans la forme du
caractère semi-enterré de la structure: creusement dans le subs-
trat en Toscane, large mur à double parement, creusement dans
Fig. 19 Plan (base des piliers en gris et parement interne en rouge), relevé d’élévation du parement interne (à droite) et
ordre de succession architecturale des différentes parties de l’habitation navetiforme 1 de Closos de Can Gaià, Majorque
(d’après E. García Amengual 2014).
280
K. Peche-Quilichini, T. Lachenal, S. Amici, G. Bartoloni, L. Bergerot, E. Biancifiori, C. Colomba Carraro, S. Delvaux, A.-L. Grevey. F. Lanfranchi, M. Milletti, C. Mottolese y A. Volpi
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doi: 10.3989/tp.2015.12154
voisin: une idée commune, diverses solutions pour
l’approcher.
Les groupes de Corse méridionale semblent
avoir développé leur propre modèle quant à l’orga-
nisation du couple habitation/habitat et ce, même
si des emprunts ou l’expression d’un fonds com-
mun peuvent ponctuellement surgir de l’étude.
Ainsi, au cours d’une période lors de laquelle
croissent de façon exponentielle les moyens de
communication et les occasions d’échange avec
les groupes voisins ou plus lointains, les commu-
nautés de Corse méridionale matérialisent dans les
contours de l’habitat une forme d’identité. Elles
affirment ainsi une complexité toujours plus pro-
fonde et parallèle à l’avancée des recherches.
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... The protohistoric site of Cuciurpula is settled on the hillside of la Punta di Cuciurpula in south central Corsica (Fig. 1). The excavations carried out between 2010 and 2015 revealed a large settlement of about 40 well-preserved structures occupied from the 12th to the 6th century BC (Late Bronze Age to the beginning of the Second Iron Age; Peche-Quilichini et al., 2015). Based on exhaustive excavation data of seven of the structures and further analysis of various artefacts, these structures have been interpreted as habitation units. ...
... These preliminary observations must be confirmed by enlarging the sampling to include other houses with clear spatial distribution of pottery at the site (e.g. House 1 and House 6; Peche-Quilichini et al., 2015) and in other sites from the first Iron Age in Corsica. ...
Article
The excavation of the protohistoric site of Cuciurpula (South Corsica, France) revealed a significant amount of potsherds, often bearing visible surface crusts, sometimes very thick. This exceptional case in the Mediterranean region, suggesting a good preservation of organic substances, provided a unique opportunity to address questions related to pottery function and natural organic substances exploited in Corsica during the first half of the 1st millennium BC. The molecular analysis (GC and GC/MS) of organic residues from three houses of the site, preserved in both pottery walls and charred surface crusts, highlighted the wide diversity and the various roles of substances contained and processed in ceramic vessels: animal fats, plant oils and waxes, beeswax, and conifer resin. These molecular data, considered together with the shapes of the vessels and their location into the habitation units, revealed the diversity of pottery function (culinary and technical) and spatial organisation of domestic activities between houses or in a house (distinction between storage and cooking areas).
... The site of Cuciurpula was selected because of its acidic sediment, which is unfavourable to micro-organism activity (DeLaune et al. 1981;Moucawi et al. 1981;Drieu et al. 2018). Twelve potsherds were sampled from this open-air site dating from the end of the Bronze Age to the first half of the Iron Age and situated in the mountainous region of central south Corsica (Serra-di-Scopamena and Sorbollano, France;Peche-Quilichini et al. 2015). In-depth analysis of the ceramic fabric has not yet been carried out, but most of the pottery seems to be made of local granitic earth with a high quantity of non-plastic inclusions of variable grain size (Peche-Quilichini 2010). ...
Article
Porosity of archaeological pottery is a key parameter used to assess its ability to trap lipids during the use of the pot and to preserve them over time. Mercury intrusion porosimetry and gas chromatography were used to study the distribution of porosity and the preservation of lipids in different chrono‐cultural contexts. The data obtained show that the porosity pattern, related to the raw materials and the savoir‐faire of the potters, influences the amount of lipids accumulated in the pottery. A significant overall porosity together with a high level of small pores is generally favourable for the preservation of lipids, but variations related to the environmental context are observed.
... La Corse est pleinement intégrable à ce constat d'ensemble. Son schéma d'évolution culturelle, en tre la fin du 2 e et le début du 1 er millénaire, est marqué par un moment initial de rupture avec les codes (architecturaux, matériels et symboliques) du Bronze moyen / récent, à l'origine de nouvelles dynamiques au sein desquelles l'impact des faciès nuragiques septentrionaux et du Protovillanovien I toscan sont évidents (Peche-Quilichini 2012a;2015). Ce Bronze final 1 métissé semble par la suite se figer dans tous ses répertoires d'expression observables, alors que les relations extra-insulaires ne se traduisent plus dans les sphères de production. ...
Article
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This article provides a description and an attempt to contextualise representations of head and pectoral protection depicted on the statue menhirs of Corsica. These monuments are among the most representative of Corsica’s Bronze Age and hold a decisive importance in historiography. Unfortunately, no actual armour – may it be organic or made from metal – is known today from Corsica. We aim to describe and interpret the represented armour as it is seen on the menhirs and compare it with neighbouring regions such as Sardinia, from where plenty of armour depictions are known both from bronze figurines and stone stelae, but also with finds and depictions of other armour from the Mediterranean, in order to reconstruct the genesis and evolution of these armour types.
Article
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The Late Bronze Age (1700–900 BC) represents an extremely dynamic period for Mediterranean Europe. Here, we provide a comparative survey of the archaeological record of over half a millennium within the entire northern littoral of the Mediterranean, from Greece to Iberia, incorporating archaeological, archaeometric, and bioarchaeological evidence. The picture that emerges, while certainly fragmented and not displaying a unique trajectory, reveals a number of broad trends in aspects as different as social organization, trade, transcultural phenomena, and human mobility. The contribution of such trends to the processes that caused the end of the Bronze Age is also examined. Taken together, they illustrate how networks of interaction, ranging from the short to the long range, became a defining aspect of the “Middle Sea” during this time, influencing the lives of the communities that inhabited its northern shore. They also highlight the importance of research that crosses modern boundaries for gaining a better understanding of broad comparable dynamics.
Book
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This study aims to identify what the houses of prehistoric men and women were like on the European continent. The work focuses on the physical characteristics of houses, as archaeological records are limited and ethnographical knowledge is required to correctly interpret any remains excavated.
Article
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Si analizzano le abitazioni a pianta ellittica scoperte a Sorgenti della Nova sui terrazzi artificiali ricavati nei fianchi della rupe. Queste strutture di cui rimangono so-lo le canalette e i buchi di palo che ne costituivano le fondamenta, erano caratterizzate da una suddivisione interna in ambienti principali, definiti da pareti che isolavano le aree delle absidi, e ambienti secondari. Vengono proposte alcune considerazioni in merito alle tipologie delle fondazioni, alle dimensioni delle strutture,ai sistemi di copertura, agli ingressi, alle suddivisioni e agli arredi interni, operando anche confronti con strutture che presentano pianta simile appartenenti all’Etruria, al territorio Falisco e al Latium vetus. Si operano anche confronti di tipo etnografico per meglio comprendere l’aspetto funzionale dei vari ambienti. The paper analyzes the elliptical-plan huts brought to light at Sorgenti della Nova(Farnese, Viterbo) and built on artificial terracing on the sides of a tuff crag. Gul-lies and postholes, i.e. the foundations, are all what is left of these houses that werecharacterized by internal division: the apses and the secondary rooms were separat-ed by partitions of perishable materials. We here suggest some considerations about the kinds of foundations, the size of the structures, the roof system, the entrance,the internal subdivision and the furniture, also examining some dwellings withsimilar plan belonging to settlements of Etruria, the Faliscan territory and Latiumvetus. We also examine ethnographic comparisons to better understand the func-tional aspects of the different internal areas.
Conference Paper
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Traditionally navetiformes, the most common construction in the settlements of Mallorca and Minorca during the Bronze Age, have been interpreted as regular houses. However, these views have failed to consider properly the main characteristics of these constructions. These include their often extending long-term occupation, over several centuries, a dynamic internal spatial division, inside/outside visibility and access as well as a range of activities carried out indoors. We argue that these buildings should not be seen as a static physical structure where the people lived but that they were an essential element in shaping the social life of those communities. We propose that the navetiformes had an active and changing role in the constitution of domestic groups and in the relationships between the groups making up the community. In this paper we want to rethink the concepts of house, domestic and public space in relation to these navetiformes, because are problematic and have multiple meanings in any culture and time.
Spazi di lavoro e attività produttive nel villaggio nuragico La Prisgiona in località Capichera (Arzachena)". L'Africa romana
  • A Antona
  • D Marina Corro
  • S Puggioni
Antona, A.; Marina Corro, D. y Puggioni, S. 2010: "Spazi di lavoro e attività produttive nel villaggio nuragico La Prisgiona in località Capichera (Arzachena)". L'Africa romana, Atti del XVIII Convegno di studio (Olbia 2008): 1713-1734. Rome.
Scavo di un abitato protostorico. La ceramica
  • S Cassano
  • A Manfredini
Cassano, S. y Manfredini, A. 1978: "Torrionaccio (Viterbo). Scavo di un abitato protostorico. La ceramica". Notizie degli Scavi di Antiquità XXXII: 180-193.