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Identité musicale et absence de territoire : le cas des Pygmées du Gabon

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L'identité musicale d'une population et ses processus de diversication constituent des domaines encore peu étudiés en ethnomusicologie. Dans quelle mesure un groupe identié comme ayant une origine génétique commune, mais sans terri-toire propre, sans communauté linguistique et relevant d'une diversité culturelle manifeste peut-il quand même être porteur de ce que les indices révèlent comme une identité musicale partagée ? C'est ce que nous évaluerons dans cet article en prenant appui sur l'exemple des diérents groupes pygmées du Gabon. L'Afrique centrale constitue un laboratoire de recherche privilégié sur les questions d'identité culturelle, tant du point de vue ethnologique que linguistique ou géographique. Les groupes présents permettent de situer une étude à diérents niveaux : au sein d'un groupe dont la dénomination le présente comme homogène ; au sein d'un groupe interethnique dont la. Les travaux qui ont donné lieu à cet article s'insèrent dans trois programmes de recherche : « Origine des pygmées d'Afrique centrale : génétique, langue et musique », dirigé par Evelyne Heyer, professeure de génétique des populations au Museum national d'histoire naturelle (), à Paris ; « La mobilité ancestrale face à la percée des routes forestières en Afrique centrale : le cas des chasseurs cueilleurs pygmées », dirigé par Serge Bahuchet, professeur d'écoanthropologie au ; et « Patrimus », dirigé par Sylvie Le Bomin, maître de conférence en ethnomusicologie au , et Jean-Émile Mbot, professeur d'anthropologie à l'Université Omar-Bongo de Libreville.
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Identi musicale des Pygmées
du Gabon et absence de territoire
Sylvie Le Bomin
Jean-Émile Mbot
Résumé
L’identité musicale d’une population et ses processus de diversication constituent
des domaines encore peu étudiés en ethnomusicologie. Dans quelle mesure un
groupe identié comme ayant une origine génétique commune, mais sans terri-
toire propre, sans communauté linguistique et relevant d’une diversité culturelle
manifeste peut-il quand même être porteur de ce que les indices révèlent comme
une identité musicale partagée ? C’est ce que nous évaluerons dans cet article en
prenant appui sur l’exemple des diérents groupes pygmées du Gabon.
LAfrique centrale constitue un laboratoire de recherche privilégié sur les
questions d’identité culturelle, tant du point de vue ethnologique que
linguistique ou géographique. Les groupes présents permettent de situer
une étude à diérents niveaux : au sein d’un groupe dont la dénomination
le présente comme homogène ; au sein d’un groupe interethnique dont la
. Les travaux qui ont donné lieu à cet article s’insèrent dans trois pro-
grammes de recherche : « Origine des pygmées dAfrique centrale : génétique,
langue et musique », dirigé par Evelyne Heyer, professeure de génétique des
populations au Museum national d’histoire naturelle (), à Paris ; « La
mobilité ancestrale face à la percée des routes forestières en Afrique centrale : le
cas des chasseurs cueilleurs pygmées », dirigé par Serge Bahuchet, professeur
d’écoanthropologie au  ; et « Patrimus », dirigé par Sylvie Le Bomin, maître
de conférence en ethnomusicologie au , et Jean-Émile Mbot, professeur
d’anthropologie à l’Université Omar-Bongo de Libreville.
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communauté de pratiques linguistiques et culturelles est reconnue ; entre
des populations géographiquement, linguistiquement et culturellement
éloignées, mais qui à un moment de leur histoire auraient été en relation
de voisinage.
Les premières collectes ethnomusicologiques menées en Afrique
centrale ont donné lieu à des ouvrages de vulgarisation ou encore n’ont
pas été complètement exploitées par leurs collecteurs (Gilbert Rouget lors
de la mission Ogooué-Congo de , par exemple). Celles ayant répondu
à une problématique scientique ont été menées par le Musée royal
d’Afrique centrale à Tervuren (Belgique) et par l’Institut de recherche et
de développement () par le biais par exemple de l’Oce de la
recherche scientique et technique outre-mer ().
Ces travaux ont donné lieu à un grand nombre d’enregistrements ou
de collections d’instruments de musique permettant d’établir des typo-
logies thématiques (à  : Deschamps , Sallée ) ou des sys-
tèmes de classication organologique (Musée de Tervuren) autorisant des
cartographies de répartition des instruments en fonction de leurs carac-
téristiques morphologiques. Dans ce cadre de recherches, le travail de
Pierre Sallée () prend un caractère novateur dans le sens où il mena
une étude comparative an de comprendre et d’illustrer des contacts entre
des populations du Gabon à travers l’emprunt de traits musicaux par la
circulation de cultes initiatiques.
Négligée jusqu’alors dans les études sur l’histoire de l’évolution et du
peuplement humain, la musique apparaît cependant comme un paramètre
à prendre en compte dans la mise au jour des identités de ces commu-
nautés. Les populations du Gabon, y compris les Pygmées dont il va être
question dans ce texte, font partie de ces populations d’Afrique centrale
qui se sont déplacées à la suite de changements climatiques, d’invasions
successives, de la traite instaurée par les puissances occidentales, mais
aussi principalement de la quête de territoires leur permettant de renou-
veler leurs ressources vivrières. C’est d’ailleurs pour cette dernière raison
que la plupart d’entre elles continuent à se déplacer.
Ces mouvements de populations ne sont pas sans impact sur la dyna-
mique de conservation, de circulation et de diusion des pratiques socio-
culturelles, et de la musique en particulier. Liée à une multitude de
contextes de production dont elle est un des éléments primordiaux (ini-
tiation, guérison, culte des ancêtres, chasse, pêche, jeu, berceuse, diver-
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      281
tissement, contes, épopée), la musique se présente comme un marqueur
fort de la stabilité et des inuences qu’une culture subit au l de son his-
toire. Aussi, en s’inscrivant dans la continuité des travaux menés sur la
systématique et la catégorisation musicales, la mise au jour des traits
musicaux identicatoires (un instrument, une technique vocale, un pro-
cédé polyphonique, une formule rythmique, un contour mélodique, un
type d’échelle) et leur représentation cartographiée ont pour vocation
l’identication des patrimoines musicaux, mais aussi leur situation dans
un réseau culturel historique et contemporain. Des données anthropolo-
giques et linguistiques, notamment l’analyse des sources de la tradition
orale (textes de chants, contes, mythes, épopées, récits initiatiques) vien-
nent appuyer la démarche ethnomusicologique.
An denvisager l’identité musicale des Pygmées du Gabon en dépit
d’un morcellement géographique et de l’absence d’un territoire propre, il
est nécessaire daborder l’existence de traits identitaires musicaux pygmées
transcendant la dispersion géographique, mais aussi le caractère homogène
de cette éventuelle identité ou son inscription dans un continuum pouvant
distinguer des groupes typiques et des groupes atypiques.
La diversité et lemprunt étant manifestes entre les populations du
territoire gabonais, il est également nécessaire de s’interroger sur les
conditions nécessaires à cette diversication et, quelque part, à la territo-
rialisation des patrimoines musicaux. Nous aborderons ici l’impact des
voies de circulation sur le déplacement des populations et, de fait, sur la
dynamique de conservation, de circulation et de diusion des pratiques
socioculturelles et des pratiques musicales qui leur sont associées.
L’identité pygmée en question
Fortement discutée, la représentation que l’on se fait généralement d’une
ethnie est celle d’une population partageant une même appellation, une
langue, un territoire, des pratiques sociales et culturelles, etc. Le cas des
Pygmées du bassin du Congo a beaucoup de mal à rentrer dans ce schéma
théorique. Tout d’abord par l’invention et l’usage du terme « pygmée » qui
ne correspond à aucune dénomination endogène (Bahuchet a), mais
aussi en ce qui concerne lensemble des autres critères mentionnés
ci-dessus :
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On peut se demander si le concept de « pygmée » est un concept utile. C’est
un fait que les groupes inclus sous ce terme sont diérents des autres popu-
lations d’Afrique centrale en termes dapparence physique (taille, proportions),
de culture (habitat, vêtements, outils, techniques, musique) et, partiellement,
de langue. « Pygmée » est donc un terme générique utile pour l’examen d’une
série de groupes à travers le bassin du Congo et sera utilisé ici, en plus de
plusieurs noms de groupes spéciques. En outre, les populations d’agriculteurs
se considèrent également comme diérentes des Pygmées. D’où la question :
qu’ont en commun – si point commun il existe – toutes les populations dites
« pygmées » ? Linguistiquement, il n’y a pas de « famille de langue pygmée ».
Il y a autant de langues pygmées qu’il y a de groupes pygmées, montrant une
très grande diversité linguistique. En outre, toutes les langues pygmées sont
généalogiquement liées aux langues parlées par des populations non pygmées,
ce qui implique que les Pygmées ont subi un changement de langue. Les
Pygmées [...] ne se sont pas fusionnés aux sociétés d’agriculteurs, mais ils ont
conservé leur identité propre (Bahuchet : sous presse).
Il est cependant frappant de constater que cette « identité » aussi peu
circonscrite est ecace pour désigner un ensemble de populations qui
présentent des diérences avec les populations dont ils partagent le terri-
toire et que lon nomme, par opposition, agriculteurs, villageois ou bantu,
alors que les Pygmées du e siècle, pratiquant l’agriculture pour la
majorité d’entre eux, sont installés dans des villages et qu’un grand
nombre parlent également des langues de la famille bantu.
Toutefois, l’identité pygmée se laisse entrevoir sous forme d’indices
dans certaines activités récurrentes – la chasse, la collecte du miel, cer-
taines technologies, pratiques rituelles ou attitudes –, mais ceci sans qu’on
. Traduction des auteurs. « While it can be asked whether « Pygmy » is a
useful concept, it is a fact that groups subsumed under this term are dierent from
other central African populations in terms of physical appearance (body size,
proportions), culture (habitat, clothing, tools, techniques, music) and partially
language. It is thus a useful umbrella term for considering a series of groups across
the Congo basin, and will be used here in addition to more specic group names.
Moreover, the farmer populations also consider themselves to be dierent from
Pygmies. Hence the question arises : what, if anything, do all the so-called pygmy
populations have in common ? Linguistically, there is no « pygmy language family »,
there are as many pygmy languages as there are pygmy groups showing an enor-
mous linguistic diversity. Moreover, all pygmy languages are genealogically related
to languages spoken by non-pygmy populations, implying that Pygmies have
undergone a language shi. […] Pygmies have not merged into the farmer societies,
but have maintained their own identities. »
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      283
les retrouve intégralement dans tous les groupes dits pygmées, ni avec la
même intensité ou la même forme.
Si lon s’aventurait à dresser une liste de ce qui pourrait être de
« nature pygmée » et à chercher ces éléments dans chacun des groupes
étudiés, ceux-ci se trouveraient en nombre inégal, parfois à l’état de traces,
parfois chez un fragment d’individus du groupe. Ainsi, il est toujours
dicile pour l’ethnologue de verbaliser ce qui lui fait dire ou donne le
sentiment d’être face à un groupe pygmée. Ceci peut d’ailleurs être tout
aussi vrai pour un Pygmée « étranger » du groupe qu’il rencontre pour la
première fois, comme nous avons pu en faire l’expérience avec Alain
Epelboin. Sur le plan musical, les travaux des ethnomusicologues Simha
Arom et Susanne Fürniss ont donné une image sonore de la musique
pygmée basée sur de la polyphonie en contrepoint avec la technique vocale
du yodel, pratiques présentes chez les Aka de épublique centrafricaine
et les Baka du Sud-Cameroun et du Gabon et absentes de toutes les autres
populations qui les entourent.
Les Pygmées du Gabon
Rappelons que la principale question posée au sujet des groupes dits
pygmées tient à lexistence ou non dune origine commune et, dans l’af-
rmative, à la mise au jour des processus de diversication. Les travaux
menés en génétique des populations ont montré que les Pygmées possè-
dent une origine commune qui remonte approximativement à  ans
(Verdu et al. ) ; le processus de diversication s’accélère au moment
de l’adoption de l’agriculture par les populations bantu qu’ils côtoient. Il
faut préciser que l’idée selon laquelle les populations nomades de chas-
seurs-cueilleurs du bassin du Congo auraient vécu sans contact avec les
populations agricultrices sédentaires jusqu’à une époque récente est de
l’ordre du mythe et que les témoignages matériels et culturels de ces
contacts anciens sont nombreux.
. Anthropologue et médecin, chercheur au Centre national de recherche
scientique (). Nous avons pu en faire l’expérience en associant un de nos
informateurs babongo à notre travail de prospection dans un groupe babongo
qui lui était étranger. Alors même que nous parcourions le village pour la pre-
mière fois, il était en mesure de distinguer les plantations pygmées de celles des
autres populations.
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Il nexiste que peu de travaux en sciences humaines sur les populations
pygmées du Gabon et encore moins sur leur musique. Il s’agit le plus
souvent de notes ethnographiques dans des écrits sur dautres sujets. La
seule monographie a été réalisée par Beatriz Soengas Lopez dans une
thèse soutenue en janvier  et consacrée aux Pygmées bakoya (Soengas
). La dernière cartographie générale de Leclerc et Annaud a permis
de localiser et de dénombrer plus précisément chacun des groupes sans
pour autant apporter des informations quant à leur mode de vie, à leur
figure 1
Localisation des groupes pygmées d’Afrique centrale recensés lors
des trois programmes mentionnés ci-dessus (Sylvain Théry et Sylvie
Le Bomin, 2009, d’après les repérages de Serge Bahuchet, de Susanne
Fürniss, de Sylvie Le Bomin, de Jean-Émile Mbot, de Marine Robillard,
de Magali de Ruyter et de Beatriz Soengas)
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langue, à leurs pratiques culturelles, etc. Le travail extensif, qui a été mené
depuis  dans le cadre de diérents programmes et en collaboration
avec d’autres disciplines, a aussi permis de réaliser de façon précise des
relevés cartographiques, ethnonymiques, lexicaux, musicaux, anthropo-
logiques et génétiques.
Ainsi avons-nous pour la première fois élaboré une carte des popu-
lations pygmées d’Afrique centrale (Cameroun, Gabon, publique
centrafricaine), réalisée à partir de coordonnées  et concomitant à un
travail d’inventaire des pratiques sociales et culturelles
Au Gabon, il existe sept appellations diérentes pour des groupes
pygmées dispersés sur l’ensemble du territoire. Cependant, celles-ci sem-
blent être d’origine exogène dans la majorité des cas, contrairement à celle
des Aka et des Baka. De fait, il n’est pas possible de savoir a priori si ces
appellations recouvrent des entités diérentes ou si une même appellation
renvoie à un groupe homogène. Les sept appellations correspondent plus
ou moins à une répartition géographique. Les Baka sont installés dans le
nord de la province du Woleu Ntem, les Baghama et les Barimba dans la
province de la Nyanga, les Akoa dans celles de l’Ogooué maritime et du
Moyen Ogooué, les Bakoya dans l’Ogooué-Ivindo, alors que les Babongo,
majoritaires, sont répartis sur trois provinces, la Ngounié, l’Ogooué-Lolo
et le Haut-Ogooué.
Pour illustrer les dicultés rencontrées dans la reconnaissance d’une
identité entre les groupes, il sut de signaler le cas des Babongo. Répartis
sur trois provinces, sans appellation endogène identiable, ils côtoient à
eux tous environ une dizaine de populations diérentes auxquelles ils
s’assimilent suivant les opportunités qui se présentent. Ainsi, suivant leur
répartition géographique et la ou les populations avec qui ils échangent,
ils parlent des langues diérentes, adoptent des groupes de liation et des
pratiques rituelles diérentes, qui sont autant d’emprunts et, de fait, des
marques de leurs migrations successives et de leur processus d’intégration
au cours de ces migrations. Aussi, les diérents groupes babongo ne sont
pas, a priori, plus proches entre eux que des autres groupes pygmées.
Cependant, même dans ce dernier cas, les cinq groupes présents dans
la province de la Ngounié pratiquent quatre langues diérentes et sont
voisins de quatre populations diérentes.
. Cf. note .
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figure 2
Cartographie des populations en relation avec les Babongo
et des langues de la province de la Ngounié (Sylvain Théry
et Sylvie Le Bomin, 2009, d’après les repérages de Sylvie Le Bomin,
de Jean-Émile Mbot et de Magali de Ruyter)
Cette diversité linguistique à l’échelle d’une province se retrouve à
celle du territoire, comme le montre le tableau ci-dessous :
Répartition linguistique des groupes pygmées et de leurs voisins bantu
. Précisons que ce travail a été réalisé du point de vue du lexique et qu’il
reste à évaluer ce qu’il en est pour les autres paramètres de la langue.
Mitsogho B30
Akele B20
Mitsogho B30
Apinji B30
Akele B20
Mitsogho B30
Akele B20
Nzebi B50
Akele B20
Nzebi B50
A70 A80 B10 B20 B30 B40 B50 B60 B70 Ouban-
guienne
Fang
Ntumu
Mveng
Okak
Kwele Galoa
Orungu
Nkomi
Akele
Ongom
Kota
Mbahouin
Apinii
Tso gh o
Simba
Punu
Eshira
Sango
Bahumbu
Awandji
Nzebi
Obamba
Bakanighi
Téké
Akoa Bakoya Babongo
de la
Ngounié
Barimba
Baghama
Babong o de
la Ngouni é
Babong o
de
l’Ogooué-
Lolo
Babong o
de la
Ngounié
Babong o
du
Haut-
Ogooué
Babong o
du
Haut-
Ogooué
Baka
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Les musiques du Gabon
Comme pour les autres pays dAfrique centrale, les musiques des popu-
lations du Gabon sont de tradition orale. Elles sont cycliques et le plus
souvent voco-instrumentales. Si la majorité de ces musiques sont mesu-
rées, les caractéristiques métriques laissent apparaître un peu plus de
diversité que ce qui a été décrit jusqu’à présent en Afrique centrale. En
premier lieu, il existe malgré tout un nombre important de pièces non
mesurées correspondant à des contextes de production particuliers :
lamentations, incantations, chant des récits mythiques, narration de textes
épiques, etc.
En outre, comme Sallée l’a décrit dès , certaines populations du
Gabon pratiquent l’ambiguïté entre une subdivision de la pulsation binaire
et/ou ternaire. Ceci peut être provoqué par une accentuation antagoniste
de la pulsation (Le Bomin ), par la superposition de parties avec des
pulsations diérentes (Le Bomin , Lechaux ) ou bien par l’alter-
nance de rythmes de structure binaire et ternaire sur une pulsation ter-
naire (Le Bomin ).
Les échelles musicales sont également très diversiées. En eet, en
regard de la République centrafricaine l’ensemble des populations
utilise une échelle pentatonique anhémitonique, les pièces transcrites
à l’heure actuelle ont permis de mettre au jour échelles diérentes qui
se distinguent tant par le nombre de degrés compris dans l’octave – avec
des exemples non marginaux d’échelles à ou sons –, que par le nombre
de demi-tons. Cependant, l’échelle hexatonique à un demi-ton est majo-
ritairement représentée tant dans la musique vocale que dans l’accord des
instruments de musique (harpe dans toutes les populations utilisant cet
instrument et xylophone portatif à résonateurs multiples dans les dié-
rents sous-groupes fang).
Il existe quelques exemples de musiques monodiques de chants a
capella dans certains contextes rituels (incantation, chant d’extraits de
récits mythiques). La majorité des musiques sont malgré tout polyphoni-
ques, en homorythmie pour la plus grande partie et en contrepoint avec
diérentes parties constitutives pour des populations précises, à savoir
les Téké et trois groupes pygmées : les Baka, les Babongo de la région de
Mbigou et les Barimbe. Dans ces deux derniers cas, il est important de
noter que cette pratique du contrepoint n’apparaît pas dans l’ensemble
Mitsogho B30
Akele B20
Nzebi B50
Akele B20
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des répertoires, mais principalement dans ceux qui semblent être propres
aux populations pygmées.
Les traits identitaires
Certains travaux menés en Afrique centrale en ethnomusicologie ont
montré que les données musicales pouvaient être des outils performants
dans la mise au jour des particularismes culturels des populations
étudiées, tant en ce qui a trait à l’organisation même du patrimoine
musical en catégories que dans la diérenciation des populations ou la
reconnaissance de traits partagés (Fürniss et Bahuchet , Le Bomin
, etc.).
L’hypothèse de traits musicaux identitaires a pu voir le jour grâce aux
travaux menés sur les catégorisations endogènes des patrimoines musi-
caux des populations d’Afrique centrale (Arom et al ). Il est en eet
apparu que les populations répartissent leur patrimoine en catégories
dont une nature de traits distinctifs est bien souvent dordre musical. Si
tel est le cas pour des répertoires dans une même société, il est aisément
imaginable que des populations puissent mettre en place des stratégies
plus ou moins implicites qui leur permettent de s’identier musicalement,
vis-à-vis delles-mêmes et vis-à-vis des autres (variations des formules
rythmiques des tambours qui se cristallisent, variantes dans les chants
dues aux variantes linguistiques, etc.).
Les travaux menés par Susanne Fürniss sur la comparaison des patri-
moines aka et baka, dans la lignée de ceux conduits par Serge Bahuchet
(Bahuchet b) et Jacqueline M.C. omas en ethnosciences, ont montré
leur ecacité dans la prise en compte du paramètre musical comme indice
identitaire des populations pygmées.
La démarche que Fürniss (Arom et al  : - ; Fürniss et
Bahuchet ) a appliquée est celle d’une comparaison systématique
terme à terme de la pratique musicale. Ceci a permis de faire ressurgir
des traits identitaires forts partagés par les Aka et les Baka : répertoires
liés à la pratique de la chasse, chant polyphonique en contrepoint, utili-
sation de la technique vocale du yodel, utilisation d’une ûte en pétiole
de papayer, arc à deux cordes, etc. Ces deux populations sont devenues
les termes de référence d’une éventuelle identité pygmée qui transcende-
rait les distinctions culturelles contemporaines.
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Sur le territoire gabonais, cette méthode a été appliquée à l’ensemble
des populations pygmées et à leurs voisines, privilégiant les diérentes
localisations an de pouvoir observer les éventuels phénomènes de terri-
torialisation. Ainsi, populations ont été prospectées, répertoires et
instruments de musiques ont été répertoriés, et environ  pièces
musicales correspondant aux pratiques des populations cibles ont été
transcrites et analysées.
Le patrimoine musical des populations pygmées du Gabon (excepté
pour les Baka, les Baghama et les Barimba) est composé d’une première
couche correspondant à des pratiques sociales qui leur sont propres, d’une
deuxième couche de pratiques sociales acquises spéciquement auprès
des Akélé et, enn, d’une troisième due à des emprunts à diérentes
populations côtoyées au cours des déplacements et des installations
successives.
La grande majorité des groupes ont des répertoires de chasse, certains
groupes ayant des répertoires spéciques pour la chasse à certains ani-
maux (éléphant, potamochère, mandrill, etc.). Au moins quatre groupes
ont une polyphonie en contrepoint à plusieurs parties dans leurs réper-
toires propres (Baka, Barimba, Bakoya, Babongo de la Ngounié, Babongo
de la région de Mbigou) ; trois groupes chantent avec la technique du yodel
ou en pseudo yodel (Baka, Barimba et Babongo de la région de Mbigou) ;
les trois mêmes groupes possèdent une ûte en pétiole de papayer (Baka,
Barimba et Babongo de la région de Mbigou). La comparaison reste à
mener sur lensemble des paramètres et en particulier les paramètres
internes, mais dès à présent il est envisageable de dégager un continuum
de typicalité en regard des paramètres pris en compte.
figure 3
Représentation de la typicalité des différents groupes pygmées
du Gabon à partir des termes de référence aka et baka
Baka/Aka
Barimbe
Babongo de
Mbigou
Bakoya
Babongo de
la Ngounié
Babongo HO
Babongo OL
Akoa
Baghama
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Les processus de diversification : l’impact des axes routiers
Dans la plupart des provinces du Gabon, les Pygmées sont installés aux
abords des axes routiers, soit dans des villages distincts de leurs voisins,
soit dans les mêmes villages. Les routes partent des chefs-lieux des pro-
vinces vers les autres chefs-lieux des provinces voisines. L’axe routier, par
les mouvements de populations qu’il provoque, draine des pratiques
sociales diérentes suivant les populations qu’il met en relation. Ainsi,
dans une même province, les pratiques culturelles d’un même groupe
pygmée peuvent se diérencier suivant les axes routiers sur lesquels les
villages sont installés. Si l’on prend l’exemple de la province de l’Ogooué-
Lolo, on distingue quatre sous-groupes babongo (du village de Midouma,
du village d’Iwatchi, du village de Manamana et du village de Doumé)
qui se singularisent par les répertoires constitutifs de leur patrimoine
musical.
figure 4
Représentation de la diversité des répertoires des Pygmées babongo de la
province de l’Ogooué-Lolo (Sylvain Théry et Sylvie Le Bomin, 2009, d’après
les repérages de Sylvie Le Bomin et de Jean-Émile Mbot)
Babongo
Midouma
(SW)
Babongo
Iwatchi
(SE)
Babongo
Mana
Mana
(CE)
Babongo
Doume
(NE)
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Deux exemples vont nous permettre d’illustrer l’impact des déplace-
ments sur la dynamique de conservation, de circulation et de diusion
des musiques. Le premier est celui d’une pratique rituelle et de son réper-
toire de musique particulier. Le ngi est une forme de pratique rituelle
pratiquée par les Fang du nord du Gabon, mais qui de nos jours semble
avoir disparu de l’ensemble de l’aire de répartition des Fang. Cependant,
en faisant l’inventaire du patrimoine musical des Bakoya et des Kwele de
l’Ogooué-Ivindo (province du nord-est du Gabon), il est apparu que ces
deux populations possédaient cette pratique rituelle et le répertoire cor-
respondant. Les enquêtes menées sur l’origine de cette pratique ont
montré que, au cours de diérentes guerres entre groupes ethniques pour
l’acquisition de territoires et de ressources, des Kwele et des Fang se sont
associés pour vaincre une troisième population, les Kota. Les Fang ont
alors initié les Kwele au culte qui avait pour réputation de les rendre
invincibles. La guerre terminée, les deux groupes se sont dispersés, et les
Kwele se sont retrouvés en contact avec les Pygmées bakoya. Ceux-ci sont
devenus leurs alliés, essentiellement par mariage d’hommes kwele avec
des femmes bakoya, les hommes kwele initiant leurs beaux-frères pyg-
mées, les oncles maternels de leurs descendances, ceux-ci ayant la charge
de la protection des enfants du côté de la famille de la mère. De fait, ce
sont maintenant les Bakoya des villages d’Imbong et d’Ekata qui sont les
principaux détenteurs de ce répertoire et qui en assurent la production
dans tous les contextes nécessaires. Sans avoir eux-mêmes jamais été en
contact avec les Fang à l’origine de cette pratique, les Bakoya exécutent ce
répertoire en langue fang et avec les caractéristiques musicales propres à
cette population.
Le deuxième exemple concerne un groupe pygmée, les Babongo,
associé aux Akele (Bongom), un groupe de chasseurs-agriculteurs bantu.
À la suite d’une famine en , les Akele se sont associés aux Babongo
pour la chasse à l’éléphant. Les Babongo ont alors acquis un certain
nombre de pratiques sociales propres aux Akele et principalement deux
formes de pratiques initiatiques, le mungala pour les hommes et le lissimbu
pour les femmes. An d’assurer sa survie durant cette période à la fois de
famine et de guerre, la communauté ainsi formée s’est dispersée dans
diérentes directions ce qui explique les îlots de ces deux populations que
l’on observe de nos jours sur quasiment lensemble du territoire. En
se dispersant et en côtoyant d’autres populations auxquelles ils se sont
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292     
rattachés, les Babongo et les Akele ont multiplié les capacités de diusion
de ces deux formes d’initiation que l’on retrouve de nos jours dans environ
 des populations du Gabon.
Du point de vue de la dynamique des répertoires, il est à noter que
si, dans le premier cas, le ngi a été transmis et conservé avec les spécicités
fang, les emprunts du mungala et du lissimbu ont laissé place à des inno-
vations culturelles par l’introduction de chants dans d’autres langues que
l’akele et par la cristallisation des variations rythmiques que chaque
population a introduites. En revanche, il n’y a pas de doute que la circu-
lation de ces deux pratiques sociales ait contribué à la circulation des
instruments de musique, en l’occurrence une forme particulière de tam-
bour qui y est associée.
Les Pygmées du Gabon présentent un état de morcellement et de
diversication très prononcé. Ils ont mis en place des stratégies de dépla-
cement et d’intégration qui leur donnent accès à lemprunt à un certain
nombre de cultures diérentes au fur et à mesure de leurs déplacements
et de leurs contacts avec les populations qu’ils sont amenés à côtoyer. Ils
sont ainsi dans certains cas les principaux, voire les seuls détenteurs de
pratiques sociales liées à l’activité musicale dont ils ne sont pourtant pas
à l’origine.
S’ils ne partagent pas de lexiques communs, excepté au niveau du
proto-bantu, ils ont des caractéristiques musicales communes qui les
distinguent de leurs voisins et qui les apparentent aux cultures pygmées
de référence (Aka et Baka). Ceci est décelable non seulement dans leur
comportement vis-à-vis de la musique des autres – ils empruntent chez
leurs voisins alors que ceux-ci ne leur empruntent pas –, mais aussi dans
les paramètres de leur systématique musicale. Leur mobilité et leur mor-
cellement ne sont donc pas incompatibles avec la subsistance d’un fond
identitaire musical. De même, leur stratégie de diversication répond aux
mêmes orientations stratégiques d’intégration et de renouvellement de la
ressource que lon peut trouver dans d’autres types d’activité (médecine
traditionnelle, chasse, travaux agricoles, etc.) Ainsi, le matériel musical
peut être un marqueur fort de groupes typiques et de groupes atypiques
dans un ensemble génétiquement identié comme d’une même origine et
servir de champ de recherche dans l’étude de l’histoire des populations.
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7HUULWRLUHVLQGG 
... were collected. Indeed, earlier studies have shown that there exists great regional variability among different groups scattered geographically[24,25,26]. Groups were identified according to their endogenous ethnonym and confirmed using a pluridisciplinary approach that combined literature review of anthropological studies and linguistic and genetic data. ...
... The fact that Pygmies easily absorb musical traits from their neighbors led to a rapid diversification of musical patrimonies among the Pygmy group. Furthermore, long term field observations have shown that changes are quite fast and that within a short period of time (2000 to 2012) Pygmy populations are able to acquire several new repertoires[26]. The multiple occurrence of hunting repertoires in the tree raises the question of convergence. ...
Article
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Music, like languages, is one of the key components of our culture, yet musical evolution is still poorly known. Numerous studies using computational methods derived from evolutionary biology have been successfully applied to varied subset of linguistic data. One of the major drawback regarding musical studies is the lack of suitable coded musical data that can be analysed using such evolutionary tools. Here we present for the first time an original set of musical data coded in a way that enables construction of trees classically used in evolutionary approaches. Using phylogenetic methods, we test two competing theories on musical evolution: vertical versus horizontal transmission. We show that, contrary to what is currently believed, vertical transmission plays a key role in shaping musical diversity. The signal of vertical transmission is particularly strong for intrinsic musical characters such as metrics, rhythm, and melody. Our findings reveal some of the evolutionary mechanisms at play for explaining musical diversity and open a new field of investigation in musical evolution.
... Through longer-term contacts, intermarriage and a desire to integrate themselves into their neighbours' cultural activities, Bongo groups (Bnz, Bsa, Baw, Bte, Bka) acquire diverse musical practices which are not always shared by the whole group. In fact, a group of Bongo who speak the same language might have different musical heritage due to being located in villages along different roads, which fosters contacts with certain populations (LeBomin & Mbot 2011). Some Bongo groups are the only remaining practitioners of musical repertoires and/ ...
Article
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Les Pygmées bongo sont considérés de façon populaire comme les pygmées emblématiques du territoire gabonais. Cependant leur diversité est extrêmement mal connue tant et si bien que l'on généralise bien souvent à l'ensemble des groupes rassemblés sous ce nom des spécificités qui ne concernent qu'un seul des groupes. Ainsi, il est impossible de déterminer à ce jour si leur appellation est endogène ou exogène et si elle recouvre une origine commune. Cet article propose de traiter de cette diversité des Bongo, répartis en isolats sur le territoire, en abordant la composition de leurs patrimoines musicaux en fonction des paramètres suivants: répertoires, instruments, techniques vocales et procédés polyphoniques. Vivant en relation étroite avec leurs voisins, il s'agit de déterminer de quelle manière des cohabitations successives avec des voisins différents ont pu laisser une empreinte musicale dans la culture des groupes bongo tout comme leur éventuelle origine commune a pu également laisser des indices dans leur activité musicale. Nous verrons également comment ces mêmes paramètres musicaux peuvent témoigner d'un apparentement avec les autres groupes pygmées du Gabon ainsi que les Aka et les Baka qui nous servent de termes de référence dans la comparaison des patrimoines musicaux des différents groupes pygmées. The Bongo Pygmies are generally considered as representative of the Pygmies living in Gabon. However, their great diversity is extremely poorly documented, so that we often generalise specificities of a single group as being characteristic for all groups sharing this name. Presently, there are at least six isolated Bongo groups living in different areas and ethnic environments. It is not yet known if their name covers a common origin for all these groups and whether it is endogenous or exogenous. Through the composition of their musical heritage, this paper proposes to examine Bongo diversity by analysing the following parameters: repertoires, musical instruments, vocal techniques, and polyphonic processes. As the Bongo live in close contact with their neighbours, our aim is to determine how successive contacts with different neighbours might have left traces in the musical culture of Bongo groups. Their possible common origin could also leave clues in their musical activity. We will also discuss how these musical parameters can indicate relatedness, on the one hand with other Pygmy groups of Gabon, and on the other hand with the Aka and Baka, who are our baseline for the comparison of the musical heritage of different Pygmy groups.
... Through longer-term contacts, intermarriage and a desire to integrate themselves into their neighbours' cultural activities, Bongo groups (Bnz, Bsa, Baw, Bte, Bka) acquire diverse musical practices which are not always shared by the whole group. In fact, a group of Bongo who speak the same language might have different musical heritage due to being located in villages along different roads, which fosters contacts with certain populations (LeBomin & Mbot 2011). Some Bongo groups are the only remaining practitioners of musical repertoires and/ ...
Article
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Les Pygmees bongo sont consideres de facon populaire comme les pygmees emblematiques du territoire gabonais. Cependant leur diversite est extremement mal connue tant et si bien que l'on generalise bien souvent a l'ensemble des groupes rassembles sous ce nom des specificites qui ne concernent qu'un seul des groupes. Ainsi, il est impossible de determiner a ce jour si leur appellation est endogene ou exogene et si elle recouvre une origine commune. Cet article propose de traiter de cette diversite des Bongo, repartis en isolats sur le territoire, en abordant la composition de leurs patrimoines musicaux en fonction des parametres suivants: repertoires, instruments, techniques vocales et procedes polyphoniques. Vivant en relation etroite avec leurs voisins, il s'agit de determiner de quelle maniere des cohabitations successives avec des voisins differents ont pu laisser une empreinte musicale dans la culture des groupes bongo tout comme leur eventuelle origine commune a pu egalement laisser des indices dans l...
Book
The forest foragers of the Congo Basin, known collectively as “Pygmies,” are the largest and most diverse group of active hunter-gatherers remaining in the world. At least fifteen different ethno-linguistic groups exist in the Congo Basin with a total population of 250,000 to 350,000 individuals. Extensive knowledge about these groups has accumulated in the last forty years, but readers have been forced to piece together what is known from many sources. French, Japanese, American, and British researchers have conducted the majority of the research; each national research group has its own academic traditions, history, and publications. Here, leading academic authorities from diverse national traditions summarize recent research on forest hunter-gatherers. The volume explores the diversity and uniformity of Congo Basin hunter-gatherer life by providing detailed but accessible overviews of recent research. It represents the first book in over twenty-five years to provide a comprehensive and holistic overview of African forest hunter-gatherers. Chapters discuss the cultural variation in characteristic features of Congo Basin hunter-gatherer life, such as their yodeled polyphonic music, pronounced egalitarianism, multiple-child caregiving, and complex relations with neighboring farming groups. Other contributors address theoretical issues, such as why Pygmies are short, how tropical forest hunter-gatherers live without the carbohydrates they receive from neighboring farmers, and how hunter-gatherer children learn to share so extensively.
Article
In this article I am illustrating the linguistic diversity of African Pygmy populations in order to better address their anthropological diversity and history. I am also introducing a new method, based on the analysis of specialized vocabulary, to reconstruct the substratum of some languages they speak. I show that Pygmy identity is not based on their languages, which have often been borrowed from neighboring non-Pygmy farmer communities with whom each Pygmy group is linked. Understanding the nature of this partnership, quite variable in history, is essential to addressing Pygmy languages, identity, and history. Finally, I show that only a multidisciplinary approach is likely to push forward the understanding of African Pygmy societies as genetic, archeological, anthropological, and ethnological evidence suggest.
Article
The aim of this paper is first to point out the diversity of the situations, thus resulting from various historical processes. There is not one single type of « Pygmy » group, nor an archetype of relationship between « the » Pygmies and « the » Farmers – there is even not a typical community of farmers ! The history is complex, and much rich. Second, this paper will underline the great gaps in the available documentation.
« L'invention des Pygmées ». Cahiers d'études africaines () : -; (b) Dans la forêt d'Afrique centrale. Les Pygmées aka et baka. Louvain-Paris : Peeters ; (sous presse). « e Linguistic Diversity of the African Rainforest Pygmy Hunter-Gatherers
  • Serge Tom
  • G Patrick
B, Serge (a). « L'invention des Pygmées ». Cahiers d'études africaines () : -; (b). Dans la forêt d'Afrique centrale. Les Pygmées aka et baka. Louvain-Paris : Peeters ; (sous presse). « e Linguistic Diversity of the African Rainforest Pygmy Hunter-Gatherers », in Tom G, Patrick MC et R.R, dir. : Hunter-Gatherers' Languages. Cambridge : Cambridge University Press.