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Evaluation de l'efficacité de la pratique du jeûne comme pratique à visée préventive ou thérapeutique

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Evaluation de lefficacité de la
pratique du jeûne comme pratique
à visée préventive ou
thérapeutique
Juliette Gueguen
Isabelle Dufaure
Caroline Barry
Bruno Falissard
Avec lexpertise critique dHadrien Reyre et de Luca Semerano
10/01/2014
2
Evaluation de lefficacité de la pratique du
jeûne comme pratique à visée préventive
ou thérapeutique
Revue de la littératuredicale scientifique et de la litrature destie
aux professionnels
RESUME
Le jeûne est une pratique ancienne, qui trouve actuellement un regain d’intérêt dans des contextes
très variables : du rituel religieux à la pratique médicalisée en passant par le simple choix de vie.
Le terme jeûne englobe plusieurs types de pratique : jeûne complet (seule l’eau est permise), jeûne
partiel (apport calorique très modeste, autour de 300 kcal/jour), jeûne continu ou jeûne
intermittent.
En France, contrairement à d’autres pays d’Europe, le jeûne à visée préventive ou thérapeutique
n’est pas à ce jour proposé dans un cadre médicalisé.
Jeûner induit des modifications métaboliques qui pourraient être utilisées à bon escient dans
diverses situations pathologiques. Cependant, aucune donnée clinique reposant sur des essais
méthodologiques rigoureux ne peut étayer aujourd’hui le bien-fondé de cette piste, qui reste donc
pour l’instant essentiellement théorique.
Il faut toutefois noter la grande difficulté qu’il y a ici, encore plus qu’ailleurs, à réaliser des essais
thérapeutiques conformes aux canons du méthodologiquement correct. Par exemple, arrêter
partiellement ou non de s’alimenter pour « aller mieux » résulte souvent d’un cheminement
personnel profond ; il n’est donc pas aisé de le décider à l’issue d’un tirage au sort.
Ainsi, seulement quatre études respectant le principe de la randomisation ont été retrouvées dans
la littérature internationale traitant du sujet, dont une seule méthodologiquement bien menée : il
s’agit d’un essai réalisé en 1991 sur 53 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. Cet essai est
positif (i.e. en fin d’essai les patients du groupe « jeûne » allaient mieux que les patients du groupe
3
contrôle, sans intervention nutritionnelle), mais le fait qu’il ait été réalisé sur un si petit nombre de
sujets et n’ait pas été répliqué ne permet pas de conclure avec un minimum de confiance que le
jeûne est une pratique intéressante dans un tel contexte. D’autres études (non randomisées)
présentant des analyses comparatives intergroupes ont été réalisées sur l’efficacité du jeûne dans
la polyarthrite rhumatoïde, mais avec un bras contrôle différent, à savoir le régime méditerranéen.
Ces études n’ont pas retrouvé de supériorité du jeûne. Concernant les autres indications traitées
dans ce rapport (pathologies chroniques, facteurs de risque cardio-vasculaire, obésité, sommeil,
cancer), les études analysées ne permettent pas non plus de conclure, de par leur faible nombre,
leur faible effectif, et leurs qualités méthodologiques discutables. Comme toujours, de nouvelles
études doivent être réalisées, et certaines sont d’ailleurs en cours, en particulier sur l’utilisation du
jeûne en cancérologie, utilisé pour limiter les effets secondaires des chimiothérapies.
Enfin, soulignons que si la pratique du jeûne encadré médicalement semble globalement peu
dangereuse, des risques réels existent dans des contextes différents et la plus grande prudence est
alors de mise.
Au total, le jeûne est une pratique complexe à évaluer, en particulier car il fait référence à d’autres
dimensions que la seule dimension thérapeutique, et est souvent associé à une philosophie de vie.
Les études qui s’intéressent au jeûne en tant que pratique thérapeutique sont à ce jour encore peu
nombreuses et leur qualité méthodologique est souvent insuffisante et surtout limitée par la
dimension particulière du jeûne. D’autres études sont nécessaires, ainsi qu’une réflexion autour de
la méthodologie la plus adéquate et la plus pertinente pour réaliser de telles études.
4
ABREV I ATI ON S
ANSES : agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail
β-HB : β hydroxybutyrate
CNOM : Conseil national de l’ordre des médecins
CRP : protéine C réactive
DHEAS : dehydroepiandrostérone sulfate
ECR : essai contrôlé randomisé
FC : fréquence cardiaque
FENAHMAN : Fédération française de naturopathie
IAHP : Association internationale des praticiens hygiénistes (International Association of Hygienic
Physicians)
IL6 : Interleukine-6
IMC : indice de masse corporelle
MIVILUDES : Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
NFS : numération formule sanguine
OMNES : Organisation de la médecine naturelle et de l’éducation sanitaire
OMS : Organisation Mondiale de la santé
PA : Pression artérielle (PAd : pression artérielle diastolique ; PAs : pression artérielle systolique)
POP : polluants organiques persistants
PR : polyarthrite rhumatoïde
RCT : voir ECR (randomized controlled trial)
VS : vitesse de sédimentation
TA : tension artérielle
5
SOMM A I R E
Résu................................................................................................................................................. 2
ABREVIATIONS ...................................................................................................................................... 4
Sommaire .............................................................................................................................................. 5
Généralités sur le jeûne ........................................................................................................................ 7
Définitions ............................................................................................................................................ 7
Jeûne, naturopathie et hygiénisme ...................................................................................................... 8
Fondements conceptuels ................................................................................................................... 13
Physiologie du jeune .......................................................................................................................... 14
Statut du jeûne en France .................................................................................................................. 16
Controverses ...................................................................................................................................... 18
Indications .......................................................................................................................................... 19
Traitements ........................................................................................................................................ 20
Recherche ........................................................................................................................................... 22
Revue de la littérature Scientifique ..................................................................................................... 25
Méthodologie ..................................................................................................................................... 25
Glossaire ............................................................................................................................................. 27
Description de la Littérature Scientifique identifee ........................................................................... 28
Polyarthrite rhumatoide, Fibromyalgie et douleurs choniques ......................................................... 31
Pathologies chroniques ...................................................................................................................... 54
Facteurs de risque cardio-vasculaires ................................................................................................ 64
Obésité ............................................................................................................................................... 71
Effets secondaires de la chimiothérapie ............................................................................................ 75
Sommeil .............................................................................................................................................. 77
Discussion ........................................................................................................................................... 79
Sécurité du Jeune a visée préventive ou thérapeutique ...................................................................... 83
Introduction ........................................................................................................................................ 83
6
Matériel et méthodes ......................................................................................................................... 84
Résultats ............................................................................................................................................. 84
Annexes .............................................................................................................................................. 99
Bibliographie ......................................................................................................................................103
Rapport des experts ...........................................................................................................................106
Conclusion ..........................................................................................................................................113
7
Nous allons lire dans les pages qui suivent une synthèse des informations relatives à
l’efficacité et à la sécurité du jeûne comme pratique thérapeutique. Ces informations seront tirées
soit de la littérature médicale scientifique nationale et internationale soit de la littérature
spécialisée destinée aux professionnels. Ce corpus sera ensuite analysé et critiqué par deux experts
spécialisés dans l’évaluation des thérapies. Le document se terminera par une conclusion.
GENER A L I TE S S U R LE J EU NE
Le jeûne est une pratique qui a existé de tout temps, associée à divers objectifs : meilleure santé,
auto-guérison, pratique spirituelle ou religieuse, ou encore à visée revendicative (grève de la faim).
Ce document s’intéresse à l’évaluation de l’efficacité et de la sécurité de la pratique du jeûne
uniquement dans sa dimension revendiquée de pratique à visée préventive ou thérapeutique. Ce
document ne s’intéresse pas aux autres dimensions du jeûne (spirituelle, religieuse, protestataire).
DEFINITION S
Jeûne : Le jeûne complet consiste à s’abstenir de tout aliment (solide et liquide), à l’exception de
l’eau, pendant une période plus ou moins longue.
Le terme « jeûne » englobe plusieurs types de cures et de jeûnes : jeûne complet (ou total), jeune
partiel (ou cures), jeûne continu ou intermittent :
- Un jeûne est total (ou complet) si l’apport calorique est nul. Au cours d’un jeûne total,
seule l’eau est permise. En cas d’arrêt des apports hydriques, on précisera le terme en
parlant de jeûne sec.
- Un jeûne est partiel si l’apport calorique n’est pas nul, tout en restant très modeste (en
général de 250 à 300kcal/jour au maximum). La diète repose en général sur des jus de fruits ou de
légumes, sans apport calorique solide. En particulier, le jeûne de type « Buchinger »1 consiste en un
régime à base de bouillons de légumes, de jus de fruits et de légumes fraîchement pressés, avec un
1 Du nom du médecin qui a développé ce type de cure et ouvert un centre dans les années 1950. https://www.buchinger-
wilhelmi.com/content/fr/dr-otto-buchinger?language=fr
8
peu de miel et une abondance de tisanes et d'eau, pour un apport calorique moyen de 250
Kcal/jour.
- Un jeûne peut être continu ou intermittent (cures l’on jeûne un jour sur deux par
exemple, ou un jour par semaine).
o En cas de jeûne continu, sa durée est variable (de 1 à > 40 jours). En cas de jeûne
intermittent, l’étalement et le rythme du jeûne sont variables.
o Un jeûne continu peut ou non être précédé d’une phase préparatoire, avec
modification progressive de l’alimentation (où l’apport calorique décroit
progressivement).
o Un jeûne continu peut ou non être suivi d’une phase de reprise progressive de
l’alimentation.
- Un jeûne peut ou non être réalisé sous supervision médicale.
- Un jeûne peut ou non être associé à un repos complet2, ou au contraire à une activité
physique.
- Un jeûne peut être pratiqué par un sujet sain (plutôt à visée préventive) ou par un sujet
malade (plutôt à visée curative).
Il est donc important, lorsqu’on évalue l’efficacité et la sécurité du jeûne, de préciser de quel
type de jeûne il s’agit. Dans la suite du rapport, nous présenterons différentes études, dans
lesquelles différents types de jeûne ont été pratiqués. Nous préciserons à chaque fois les
éléments disponibles dans l’étude permettant de caractériser le jeûne.
JEUNE, NATUR OP ATHIE E T HYGIENISME
Historiquement, la pratique du jeûne dans un but de prévention, de conservation ou d’optimisation
de la santé, a été développée et portée par les courants naturopathes et hygiénistes. Nous
présentons donc ci-dessous les définitions de la naturopathie et de l’hygiénisme.
Naturopathie : Si l’on retient la définition proposée par l’OMS, d’une manière générale la
naturopathie met l’accent sur la prévention et la promotion de la santé à travers l’usage de
méthodes thérapeutiques qui favorisent les processus d’auto-guérison. Les approches
2 Herbert M. Shelton (1895-1985), chiropraticien et naturopathe, reconnu comme le père de l’école hygiéniste, a élaboré un protocole
basé sur un jeûne strict à l’eau, sans exercice physique.
9
philosophiques de la naturopathie incluent la prévention de la maladie, la promotion des capacités
de guérison intrinsèque au corps, le traitement naturel de la personne dans son intégralité,
l’éducation du patient à un style de vie sain (WHO 2010).
La Fédération française de naturopathie propose la définition suivante : méthode englobant
l’étude, la connaissance, l’enseignement et l’application des lois de la vie afin de maintenir,
retrouver et optimiser la santé par des moyens naturels.
L’OMNES explique que la naturopathie a pour mission de prévenir la maladie, de conserver la santé
ou de l’optimiser par un mode de vie plus sain. Elle est composée de « deux axes distincts mais
complémentaires3 :
- Clefs d’une hygiène de vie optimum (conseils alimentaires, gestion du stress, activités
physiques et respiratoires, outils et techniques naturels : le naturopathe agit en qualité
d’un vrai éducateur de santé, dans un cadre de prévention primaire)
- Clefs thérapeutiques individualisées pour redynamiser les capacités d’auto guérison
propres à l’organisme.»
Les naturopathes peuvent être amenés à préconiser la pratique du jeûne. Ce conseil est considéré
comme un outil parmi beaucoup d’autres visant à la détoxication et à la revitalisation, le jeûne
n’est absolument pas utilisé à visée thérapeutique (OMNES, communication personnelle). Le rôle
des naturopathes serait plutôt un rôle de conseil et d’orientation vers d’autres centres et/ou
professionnels pratiquant ou supervisant le jeûne, après vérification des contre-indications
(OMNES, communication personnelle).
En marge de la naturopathie, on trouve l’hygiénisme qui s’oppose à la prise de toutes molécules y
compris la phytothérapie et l’homéopathie. Il ne s’agit pas de l’hygiénisme au sens du courant de
pensée développé au cours du 19ème siècle et mettant en avant l’importance de l’hygiène pour la
santé humaine. L'hygiénisme auquel nous faisons référence se définit par ses représentants
comme « l'art de vivre en bonne santé par le respect des lois de la nature et par la bonne
connaissance des aliments spécifiques à l'espèce humaine ». Le jeûne est un outil valorisé par les
hygiénistes. (http://www.hygienisme.org/ ).
3 Dossier de presse L’organisation de la médecine naturelle et de l’éducation sanitaire, transmis par Mme Boutry
10
Pour en savoir plus…sur la formation en naturopathie
La formation en naturopathie a fait l’objet de recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé dans
le cadre de son programme « Repères pour l’enseignement en médecines traditionnelles et
complémentaires » initié en 2005. Ces revues sont rédigées dans un premier temps par des personnes
référentes dans le domaine puis revues par un collège multiple de praticiens de santé. Elles comprennent un
contenu de référence de l’enseignement, des méthodes préconisées d’enseignement, le niveau d’éducation
requis pour accéder à la formation, le niveau requis des personnels dispensant l’enseignement. Elles ont pour
but d’assurer aux populations ayant recours aux médecines traditionnelles la garantie d’une pratique qui
minimise les risques. Dans ce cadre, il est prévu pour l’enseignement de niveau 1 de la naturopathie (qui ne
peut être d’une durée inférieure à 1500 heures) un enseignement sur la nutrition, le jeûne et les régimes de
24h de cours, incluant 18h de cours magistraux et 6 heures d’enseignement dirigé ou de travaux pratiques
(WHO 2010).
Un enseignement universitaire est dispensé à Paris XIII sous forme de DU. Le diplôme universitaire de
naturopathie (ouvert aux médecins, chirurgiens dentistes, sages-femmes, pharmaciens et vétérinaires) et le
certificat de pratique soignante en médecines naturelles (ouvert aux infirmiers et diététiciens) sont préparés
à l’université Paris 13 en 3 ans pour le DU et 2 ans pour le certificat, à raison de 8 séminaires de 2 jours par
an, sont les seules formations émanant du service public d’éducation.
Les autres formations sont données par des centres de formation privés.
La FENAHMAN regroupe 6 écoles affiliées : l’académie de vitalopathie, Aesculape, Anindra, C.E.N.A.T.H.O.,
ISUPNAT, et l’institut Euronature.
Par ailleurs, il existe de nombreux autres centres de formation. Par exemple, l’université libre de Bayonne-
Anglet-Biarritz, Vie et action, l’école Dargère univers, l’institut supérieur de naturopathie, la faculté libre de
médecines naturelles et d’ethnomédecine (FLMNE), le collège de naturopathie rénovée (CNR), l’académie
européenne des médecines naturelles (AEMN)
Certaines de ces écoles précisent bien qu’elles ne délivrent pas de diplôme au sens légal du terme mais des
certificats d’aptitude à exercer des métiers en naturopathie (Faculté libre de médecines naturelles et
d’ethnomédecine http://flmne.org).
Il existe également des formations proposées à distance : par exemple educatel (formation d’hygiéniste
naturopathe).
Les formations s’adressent à des publics différents : professions médicales, paramédicales, ou autres.
Le niveau minimal requis ou conseillé pour accéder à l’enseignement de la plupart de ces écoles est le
baccalauréat.
Quelques éléments concernant l’organisation de la naturopathie en France
Il existe en France plusieurs associations regroupant des professionnels naturopathes ou
hygiénistes.
- La Fédération française de naturopathie (FENAHMAN) est une fédération qui regroupe des
écoles de naturopathie. Elle a été créée en 1985 (http://fenahman.free.fr/qui.htm). Elle est
membre de L’union européenne de naturopathie (http://naturopathy-union.eu/). Cette
fédération a élaboré en partenariat avec l’OMNES un code de déontologie, une charte de la
naturopathie, un cursus commun d’enseignement de naturopathie pour les écoles affiliées
et un examen national fédéral annuel.
- L’Organisation de la Médecine Naturelle et de l’Education Sanitaire (OMNES) est une
association de professionnels de naturopathes, créée en 1981, qui a une vocation
syndicale. Elle a pour mission de faire connaître la naturopathie, d’une part, et d’encadrer
11
les professionnels, d’autre part, pour en sécuriser ainsi la bonne pratique auprès des
usagers. Elle fédère, soutient les professionnels en exercice et coordonne leur formation
continue. Elle regroupe à ce jour près de 460 praticiens de santé naturopathes en activité
sur le territoire français. Les membres inscrits détiennent un diplôme de niveau
universitaire en naturopathie, acquis après un minimum de 4 500 h d’études théorique et
de formations pratiques en biologie, anatomie, physiologie, psychologie, nutrition,
biothérapies etc.…., soit 180 crédits européens ECTS, donc une équivalence reconnue de
licence (BAC +3). Le label « Educateur de santé-naturopathe OMNES » est accordé aux
membres inscrits. Une des missions de l’OMNES est d’ailleurs d’informer le grand public,
notamment en leur communiquant des adresses de praticiens naturopathes s’ils en font la
demande. La FENAHMAN est l’un des partenaires de l’OMNES (http://www.omnes.fr/,
dossier de presse sur l’OMNES).
- L’Association Professionnelle des Naturopathes Francophones et des Métiers Associés
(APNF&MA). Elle contrôle la qualité des formations suivies (les écoles de référence de
l’APNF&MA sont le CNR André Lafon et l’Académie européenne des médecines naturelles),
impose l’adhésion à la charte qualité APNF&MA, inscrit les praticiens remplissant ces
conditions dans un annuaire et délivre un caducée millésimé et une carte professionnelle à
ses adhérents (http://www.apnfma.org/).
- Le Syndicat National Professionnel des Professeurs de Santé, des Hygiénistes et Médecins
Naturopathes (SNPPSHMN).
- L’Hygiénisme : une association loi 1901 d’hygiénistes (http://www.hygienisme.org/)
On peut trouver certaines assurances complémentaires Santé qui prennent éventuellement en
charge tout ou partie des prestations justifiées par un naturopathe diplômé et enregistré (selon les
Caisses), sur délivrance d’une facture et parfois sous condition de l’affiliation professionnelle du
praticien.
La naturopathie n’est à ce jour pas reconnue comme une qualification médicale en France. Même
s’il existe en France un enseignement à destination des titulaires d’un diplôme en médecine ou
profession médicale (DU en naturopathie de l’université Paris XIII par exemple), la mention de
naturopathe ne peut figurer ni sur la plaque du praticien médecin, ni sur son ordonnancier, car ce
DU ne fait pas partie des titres autorisés par le CNOM (article 79 80 et 81 du Code de déontologie
médicale) (http://www.conseil-national.medecin.fr/).
12
Pratique du jeûne dans le cadre de la naturopathie
Comme expliqué précédemment, historiquement, la pratique du jeûne a été développée et portée
par des courants naturopathes et hygiénistes.
Le jeûne peut être proposé avec différents objectifs, parfois associés : à visée détoxinante et
revitalisante, à visée de développement personnel, à visée préventive... L’OMNES (Organisation de
la médecine naturelle et de l’éducation sanitaire) se positionne fermement en statuant que le
jeûne n’est pas utilisé à visée thérapeutique dans le cadre de la naturopathie (OMNES,
communication personnelle). Pour autant, on peut retrouver certains naturopathes4 (non affiliés à
l’OMNES) qui proposent des jeûnes thérapeutiques, ce qui complique la lisibilité de l’offre.
Par ailleurs, la pratique du jeûne dépasse actuellement le cadre de la naturopathie, pouvant être
proposée par des praticiens ayant d’autres formations (reconnues ou non) et souvent des
formations multiples. Ainsi, les superviseurs de jeûne ont pu par exemple suivre une formation au
jeûne auprès d’un « maître », une formation de coach, une formation de professeur de yoga, un
brevet d’animation de randonnée etc.…et ce d’autant plus que le jeûne est souvent proposé en
association avec d’autres activités (randonnée, yoga, développement personnel etc.).
Cadrage du sujet
Dans le document présent, nous ne nous intéresserons qu’au jeûne pratiqué dans un but
d’amélioration de la santé et inscrit dans une démarche de médecine considérée à ce jour comme
non conventionnelle en France.
Il peut s’agir d’une pratique de jeûne complet hydrique ou de jeûne partiel, continu ou
intermittent. Le jeûne peut être réalisé plutôt à visée détoxinante et revitalisante, à visée
préventive, souvent chez des sujets sains, ou encore à visée thérapeutique, souvent dans un
contexte de maladie chronique.
Nous n’aborderons pas le jeûne lorsqu’il est pratiqué dans le cadre de la médecine conventionnelle
(par exemple : jeûne préopératoire, prise en charge de la pancréatite aigüe ).
Nous n’aborderons pas non plus le jeûne ni comme pratique spirituelle, ni comme pratique
revendicative.
4 Exemple : http://www.osenvol.fr/
13
FONDEMEN TS C ONCEPTUEL S
Concernant le jeûne revendiqué comme pratique à visée préventive ou thérapeutique :
- Dans l’Antiquité déjà, Hippocrate recommandait le jeûne, Socrate le pratiquait
régulièrement.
- Plus récemment, le Dr Isaac Jennings (1788-1874) fut l’un des premiers médecins
américains à préconiser le jeûne, dans une approche de la santé basée sur des principes
naturels. Par la suite, Herbert M. Shelton (1895-1985), chiropraticien et naturopathe,
reconnu comme le père de l’école hygiéniste, a élaboré un protocole basé sur un jeûne
strict à l’eau, sans exercice physique. L’objectif de ce jeûne était d’induire un repos
physiologique complet, ce qui permettait selon lui d’aiguiser l’esprit5.
- Le Dr. Heinz Fahrner, médecin-chef durant 30 ans de la clinique Buchinger (centre de soins
spécialisé dans le jeûne et situé sur les rives allemandes du lac de Constance, depuis 1953),
a défini le jeûne comme suit : « Le jeûne thérapeutique est le moyen le plus puissant pour
mobiliser les forces auto-guérissantes de l'être humain aussi bien sur le plan physique que
sur le plan émotionnel ».
Pour en savoir plus…sur les fondements conceptuels de la naturopathie
La naturopathie a été fondée fin XIXème - début du XXème siècle. Le terme a été défini par John Scheel et
repris et diffusé par Benedicte Lust, qui a fondé l’école américaine de naturopathie à New-York en 1901. La
naturopathie fait référence à la tradition médicale de la Grèce antique. Ses principes clés sont les suivants :
- Avant tout ne pas nuire (Primum non nocere)
- La nature recèle son propre pouvoir de guérison (Vis medicatrix naturae) : Le rôle du thérapeute est de
reconnaitre, respecter et promouvoir le pouvoir d’auto-guérison inhérent à chaque être humain
- Découvrir et traiter la cause (Tolle causam) : Le thérapeute doit identifier et supprimer les causes de la
maladie plutôt que de s’attaquer aux symptômes
- Enseigner (Docere) : Le thérapeute doit enseigner les principes d’un mode de vie sain et encourager les
consultants à être responsables de leur santé
- Approche holistique : Le thérapeute considère la personne dans sa globalité
- Promotion de la santé et prévention : au niveau de l’individu et de la communauté
La naturopathie a été influencée par la philosophie du vitalisme. Elle utilise en pratique différentes
techniques, parmi lesquelles l’acupuncture, la phytothérapie, les techniques de gestion du stress,
l’homéopathie, l’hydrothérapie, la nutrition, les manipulations physiques, les massages etc. (WHO 2010)
5 http://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=jeune_th
14
PHYSIOLOGIE DU JEUNE
Les informations présentées ici sont issues des enseignements du collège des enseignants de
nutrition (http://www.lewebducen.fr/) et du livre Traité de nutrition artificielle de l’adulte (Cano,
Barnoud et al. 2007).
Rappelons tout d’abord que les substrats énergétiques sont apportés par l’alimentation. Ils sont de
3 ordres :
- les glucides (4 kcal/gramme)
- les lipides (9 kcal/gramme)
- les protéines (4 kcal/gramme)
Comme l’organisme a des besoins constants et des apports discontinus, il doit mettre en œuvre
des mécanismes de stockage puis de mobilisation des nutriments.
Les réserves énergétiques chez un sujet de 70 kg sont présentées dans le tableau suivant.
Tableau 1: Réserves énergétiques chez un sujet de 70 kg (Source : collège des enseignants de nutrition
http://umvf.univ-nantes.fr/nutrition/enseignement/nutrition_7/site/html/cours.pdf)
En période de jeûne, pour continuer à fournir du glucose aux cellules de l’organisme, en particulier
au cerveau, l’organisme va mettre en place divers mécanismes. Suivant la phase du jeûne, les
substrats énergétiques utilisés par le cerveau seront le glycogène hépatique, le glucose dérivé des
protéines et les acides cétoniques dérivés des acides gras. Les autres organes utilisent les acides
gras comme substrat énergétique dès la chute de l’insulinémie.
On distingue 3 états en fonction du temps qui sépare de la dernière prise alimentaire :
15
- la période post prandiale : elle correspond aux 8 heures qui suivent la prise alimentaire.
- la période post absorptive : entre 8 et 16 heures après la dernière prise alimentaire (le
matin à jeun). Le glucose provient alors de la glycogénolyse hépatique et de la
néoglucogenèse.
- le jeûne proprement dit : au-delà de 16 heures après la dernière prise alimentaire. On
distingue 3 phases de jeûne :
Le jeûne court : de 1 à 3-5 jours, ou phase protéique. Pour fournir du glucose au
cerveau, un mécanisme de néoglucogenèse se met en place : le glucose est
principalement synthétisé à partir des acides aminés des protéines musculaires. Ce
mécanisme adaptatif ne peut perdurer, car la fonte protéique est trop rapide. Une
transition vers une nouvelle phase, visant à économiser les protéines, se met alors en
place.
Le jeûne prolongé ou phase cétonique. Cette période commence vers le 5ème jour de
jeûne et peut durer plusieurs semaines. L’adaptation de l’homme au jeûne prolongé se
caractérise par sa capacité à épargner les protéines corporelles. Les substrats
énergétiques sont alors principalement fournis par la lipolyse.
Les acides gras produits sont soit oxydés directement soit transformés en corps
cétoniques. La concentration plasmatique en corps cétoniques augmente. Les corps
cétoniques peuvent en particulier être utilisés par le cerveau, diminuant de ce fait les
besoins en glucose. Les acides gras et les corps cétoniques deviennent ainsi la
principale source de substrats énergétiques, ce qui permet de réduire le catabolisme
protéique musculaire et d’épargner les protéines. Les mécanismes permettant cette
épargne azotée ne sont à ce jour pas complètement élucidés.
Chez un sujet mince, les réserves lipidiques représentent le principal facteur limitant de
la durée du jeûne, tandis que chez le sujet obèse les réserves protéiques semblent être
le principal facteur limitant (Cano, Barnoud et al. 2007).
La phase terminale : cette phase a été étudiée uniquement chez l’animal. La
concentration plasmatique de glucose s’élève, la concentration plasmatique des acides
gras et des corps cétoniques s’effondre, le catabolisme protéique augmente. . Le
passage à cette 3ème phase serait sous-tendu par la nécessaire reprise d’une activité
motrice pour rechercher de la nourriture (Robin, Frain et al. 1988). Des travaux ont
montré que chez le manchot empereur, cette phase survient alors qu’il reste encore
environ 20% des réserves lipidiques. Elle marque les limites de l’adaptation au jeûne.
16
Pour plus de précisions concernant l’adaptation du métabolisme à un déficit énergétique, nous
invitons le lecteur à se reporter au rapport de l’ANSES Evaluation des risques liés aux pratiques
alimentaires d’amaigrissement (p.39) (ANSES 2010).
Enfin, en situation de jeûne, l’organisme doit aussi faire face à un arrêt des apports en
micronutriments. Peu d’études se sont intéressées au sujet. Nous y reviendrons dans le chapitre
sur la sécurité lorsque nous présenterons le rapport de l’ANSES.
STATUT DU JE UNE EN FR AN CE
Dans le cadre de la pratique médicale :
En France, la pratique du jeûne n’est pas proposée dans le cadre de la pratique médicale : ni dans
le cadre de séjours hospitaliers, ni en clinique, ni en ambulatoire.
Il existe cependant des associations proposant des stages de jeûne supervisés par des médecins. En
voici quelques exemples :
- L’association Kousmine6 propose un stage « la Santé par le jeûne » qui s’adresse aux
personnes en bonne santé, contre-indiqué pour les femmes enceintes et /ou allaitantes, en
cas de maladie avec prise régulière de médicaments, et dans toute dépendance grave
(alcool et autres drogues). Ce stage est supervisé entre autres par un médecin formé à la
méthode Kousmine.
- L’association Terre du Ciel propose un stage intitulé « Joie du Jeûne » associant pratique du
jeûne (selon la méthode Buchinger) et hatha yoga, supervisé entre autres par un médecin
formé à la pratique du jeûne selon la méthode Buchinger7. Dans le formulaire d’inscription,
il est précisé que le stage s'adresse à des personnes en bonne santé physique et
émotionnelle et qu’il peut entraîner d'éventuels effets physiologiques et psychologiques.
Le stage comprend 7 jours de jeûne (dont un jour de rupture de jeûne) et 2 jours de
réalimentation. La signature d’une décharge est nécessaire.
- De plus, l’association jeûne et randonnée indique sur son site internet une liste de
médecins utilisant le jeûne en France http://jeune-et-randonnee.pagesperso-
orange.fr/medecins.htm
6 http://kousmine.fr/99
7 http://www.lafermededivali.com/spip.php?article64
17
Entretien avec le Dr Ouachée (2 Juillet 2013)
Le Dr Ouachée est médecin généraliste à Paris. Elle a auparavant travaillé au SAMU et en milieu hospitalier. Confrontée
aux limites de la médecine allopathique, notamment dans le domaine de la douleur, elle s’intéresse aux thérapeutiques
dites non conventionnelles (comme l’acupuncture, l’hypnose, l’auriculothérapie, qu’elle pratique). Par ailleurs, elle
s’intéresse depuis récemment à la pratique du jeûne. Elle s’est formée à la méthode du jeûne de type Buchinger (l’apport
calorique moyen est de 250 kcal/jour en tisanes, jus de fruits et bouillons et le jeûne est accompagné de la pratique
d’exercices physiques, de relaxation, cf. paragraphe définition plus haut). Au vu des travaux scientifiques réalisés, publiés
et cités dans larticle du Dr Wilhelmi De Toledo , elle soutient cette approche. Elle est par contre très critique vis-à-vis de
la pratique du jeûne complet : en effet, elle condamne le jeûne sec (sans eau) et n’est pas favorable au jeûne strict à
l’eau.
Elle considère que le jeûne thérapeutique doit se faire dans une structure médicale. Elle a personnellement voulu faire
l’expérience d’un séjour à la clinique Buchinger à Marbella en Espagne, qui propose un suivi organisé sur le modèle
hospitalier (surveillance infirmière, surveillance biologique, présence médicale), qu’elle trouve adapté.
Dans sa pratique de médecin généraliste, en cas de demande de ses patients, elle ne conseille que ce type de jeûne (2
orientations à ce jour vers les cliniques pratiquant la méthode Buchinger en Europe). Parfois, des patients atteints de
cancer lui demandent s’ils doivent jeûner, elle leur déconseille en l’absence d’encadrement médical strict, mais leur
conseille d’alléger la prise alimentaire pendant les sessions de chimiothérapie. Le Dr Ouachée dit que les retours sont
positifs, les patients témoignant qu’ils souffrent de moins d’effets secondaires.
A côté de sa pratique, elle anime 2 fois par an une semaine de stage autour du jeûne. Elle définit ce stage comme « un
moment de repos pour le corps, l’âme et l’esprit » visant à se « détoxiner ».Un jeûne de type Buchinger est respecté,
accompagné de gymnastique, de massages, de marche, d’échanges. Elle précise qu’il ne s’agit pas d’un jeûne
thérapeutique. En aucun cas, ce stage n’accueille de patients. Elle accompagne les stagiaires et comme elle « reste
médecin » elle emporte son tensiomètre et réalise une surveillance médicale clinique. Elle atteste de retours positifs des
stagiaires, de déclarations d’améliorations cliniques (par exemple sur les douleurs articulaires ou les symptômes
allergiques). Elle aimerait pouvoir structurer une recherche mais cela n’a pas encore été fait à ce jour. Elle reste donc
prudente sur les observations qu’elle fait.
Stages de jeûne sans supervision médicale
Des particuliers, des centres et des associations proposent des séjours de jeûne, en groupe ou en
cure individualisée. Ces derniers temps, les stages de jeûne se multiplient, associés ou non à
d’autres activités (randonnée, yoga, conférences etc.) et il n’est pas possible de tous les recenser.
Les stages sont parfois encadrés par des naturopathes, parfois non. Lorsque les stages sont
encadrés par des naturopathes, ceux-ci ne sont pas systématiquement affiliés à une association de
professionnels.
Voici quelques exemples de centres ou associations proposant des séjours de jeûne (non
exhaustif) : centre de séjour diététique Monbéjan (www.centre-monbejan.com), centre de
18
détoxination Nature et vie (www.nature-et-vie.fr), Jeûne et Randonnée (www.jeune-et-
randonnee.com), la Maison du jeûne (http://www.lamaisondujeune.com/)
Et ailleurs ?
- Au niveau international, nous pouvons citer :
o L’association médicale Jeûne et nutrition (Ärztegesellschaft Heilfasten und
Ernährung e.V., www.aerztegesellschaft-heilfasten.de), dont le groupe d’experts
est à l’origine de recommandations, et en particulier de la liste des indications qui
ont été reprises pour le jeûne partiel de type Buchinger. Cette association a
organisé un congrès sur le jeûne en Juin 2013 intitulé « Manger, jeûner, vivre
longtemps ! » (présentations disponibles en ligne http://fasten.tv/fr/)
- En ce qui concerne la pratique du jeûne sous supervision médicale : Dans d’autres pays,
des services hospitaliers proposent des programmes spécialisés dans le jeûne
thérapeutique, notamment en Allemagne, aux Etats-Unis, en Russie. En Allemagne, plus de
20 hôpitaux proposeraient des programmes spécialisés, le lieu le plus célèbre étant sans
doute la clinique Buchinger (https://www.buchinger-wilhelmi.com/content/fr/bodensee-
0). En Russie, la pratique du jeûne thérapeutique a été développée du temps de l’ex URSS,
et des séjours sont proposés au centre de Goryashinsk.
Pour en savoir plus
Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade ont réalisé une enquête approfondie sur la pratique du jêune thérapeutique, en
s’intéressant notamment aux pratiques en cours en Allemagne, en Russie et aux Etats-Unis, où le jeûne est pratiqué sous
supervision médicale et fait l’objet de nombreux travaux de recherche.
Le jeûne, une nouvelle thérapie ?
Documentaire de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade
(France, 2011, 56mn)
Coproduction : ARTE France, Via Découvertes Production
Il existe également un livre : Le jeûne, une nouvelle thérapie ? de Thierry de Lestrade (De Lestrade 2013).
CONTROVE RSES
La MIVILUDES a publié en 2012 un guide intitulé Santé et dérives sectaires (http://www.derives-
sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/guide_sante_complet.pdf). Elle met en
garde contre certaines pratiques, en particulier dans le domaine de l’alimentation :
19
«Dans cette catégorie [l’hygiénisme ou les dogmes du déséquilibre alimentaire] sont également
pointés les groupes qui allient pratique sportive intense et jeûne parfois poussé à l’extrême.
L’inquiétude grandit quand ces stages sont destinés aux adolescents qui sont dans ces conditions
exposés à des déséquilibres physiques et psychiques.
Le respirianisme promu en France par la prêtresse australienne Jasmuheen (Ellen Greve) repose sur
la pratique du jeûne total acquise à l’issue d’un processus sacré de 21 jours au-delà duquel il est
envisageable de se nourrir uniquement d’air et de lumière. Cette pratique est responsable de décès
à l’étranger. En France, elle est l’objet d’une surveillance étroite des colloques et stages de «sa
prêtresse» ou d’autres zélateurs. »
INDICATION S
Le plus souvent, les naturopathes et les hygiénistes ne préconisent pas le jeûne à titre
thérapeutique mais plutôt à titre préventif ou pour permettre à l’organisme d’être capable de
s’auto-guérir.8
Cependant, d’autres approches présentent des indications à la fois à visée préventive et
thérapeutique. Ainsi, sur le site en français de la clinique Buchinger (https://www.buchinger-
wilhelmi.com/content/fr/la-methode-buchinger), on trouve les indications suivantes :
- Jeûne préconisé à titre préventif : Surpoids, hyperlipidémie, hypercholestérolémie,
hyperuricémie, diabète de type II, stress, hypertension, tabagisme.
- Jeûne préconisé à titre thérapeutique : maladies cardio-vasculaires (maladies
coronariennes, insuffisance cardiaque, troubles de la circulation artérielle, insuffisance
veineuse), maladies du dos et des articulations (arthrose, arthrite, polyarthrite rhumatoïde,
spondylarthrite ankylosante), maladies du tube digestif (inflammation intestinale
chronique, colites, gastrites, constipation chronique), pathologies diverses (épuisement
physique et psychique, état dépressif, fatigue chronique, infections à répétition, migraines
et maux de tête, allergies dont asthme, rhume des foins, urticaire, eczéma, diminution de
8 Ainsi, les naturopathes affiliés à l’OMNES conseillent le jeûne à visée détoxinante ou revitalisante, mais ne l’utilisent pas à visée
thérapeutique (OMNES, communication personnelle). Les hygiénistes recommandent le jeûne afin de mettre au repos l’organisme et de
permettre aux organes de se réparer et de récupérer, ils ne considèrent pas le jeûne comme un moyen de traiter les maladies mais
comme un moyen de rendre l’organisme capable d’auto-guérison (International natural hygiene society (INHS)
http://naturalhygienesociety.org/review/0801/shelton-resting.html).
20
la fertilité, troubles de la ménopause, syndrome prémenstruel, fibromyalgie, glaucome,
acné).
TRAITEME NT S
Différentes conduites de jeûne existent, nous avons vu précédemment que plusieurs critères
pouvaient varier :
- Un jeûne peut être total ou partiel.
- Un jeûne peut être continu ou intermittent.
- Un jeûne peut être de durée variable
- Il peut ou non être précédé d’une phase préparatoire
- Il peut ou non être suivi d’une phase de reprise progressive de l’alimentation.
- Il peut ou non être associé au repos.
- Il peut ou non être réalisé sous supervision médicale. En cas de supervision médicale, celle-
ci peut ou non être régie par des recommandations.
De plus, d’autres éléments peuvent varier, comme par exemple :
- des soins/traitement à associer (bains, soins corporels, hydrothérapie, enveloppements,
lavements…),
- la conduite à tenir en cas d’inconfort (poursuite ou rupture du jeûne) etc.
Nous présentons ci-après les recommandations de praticiens hygiénistes : les recommandations de
Shelton concernant la pratique d’un jeûne (considéré comme le père de l’hygiénisme), puis les
recommandations de l’association internationale des praticiens hygiénistes concernant la
supervision d’un jeûne.
Shelton, dans un article intitulé « Fasting can save your life » publié en 1964 présente 9
propositions pour un jeûne :
- la préparation : Shelton préconise uniquement une préparation mentale et émotionnelle. Il
ne considère pas nécessaire de faire précéder le jeûne par une phase de restriction
alimentaire progressive.
- Le repos. Shelton préconise un repos physique, mental et sensoriel.
- L’activité : Shelton estime que pour des jeûnes réduits, un exercice physique modéré sous
supervision est acceptable. Il préconise le repos complet dans les autres cas.
21
- La chaleur : Shelton préconise que le jeûneur doit avoir suffisamment chaud, que ses pieds
en particulier doivent être gardés au chaud
- L’eau : le jeûneur doit boire, uniquement lorsqu’il a soif, une eau pure.
- Les bains : Shelton recommande des bains quotidiens, courts, à l’eau tiède.
- Bains de soleil : Shelton les recommande tôt le matin ou tard l’après midi l’été, 5 minutes
de face et 5 minutes de dos le 1er jour, en augmentant ensuite d’une minute par jour la
durée de l’exposition (jusqu’à un maximum de 30 minutes).
- Purges : Shelton les déconseille.
- Souffrance/inconfort : Shelton recommande de continuer le jeûne même en cas
d’inconfort, et d’attendre que l’inconfort soit passé pour se réalimenter. Selon lui, le
soulagement serait plus précoce en cas de poursuite du jeûne qu’en cas de rupture du
jeûne.
L’association internationale des praticiens hygiénistes (IAHP http://www.iahp.net/fast.htm) a émis
des recommandations pour superviser un jeûne :
- Le recueil des antécédents médicaux et un examen clinique sont nécessaires avant la mise
en place d’un jeûne
- Une consultation médicale appropriée doit être réalisée pour les patients sous traitement
lorsque des modifications du traitement sont prévues ou prévisibles
- L’absence de circonstances exceptionnelles et des examens de laboratoires si nécessaires
sont recommandés avant d’initier le jeûne. En cas de jeûne supérieur à 7 jours, une
surveillance physiologique doit être envisagée selon l’avis du praticien.
- Consentement éclairé documenté dans le dossier du patient
- Surveillance quotidienne des signes vitaux (au minimum fréquence cardiaque et pression
artérielle) voir pluriquotidienne (selon l’avis du praticien) pendant la durée du jeûne.
- Recueil quotidien écrit de l’évolution et des constantes
- Accès constant à l’eau
- La période de fin de jeûne et la récupération post-jeûne doivent être supervisées et
cohérentes avec les principes hygiénistes.
Enfin, la méthode Buchinger est décrite en détail dans le livre L’art de jeûner-Manuel du jeûne
thérapeutique Buchinger (Wilhelmi de Toledo 2005).
22
RECHERCHE
En France, la pratique du jeûne thérapeutique chez l’homme n’est pas un sujet d’étude ayant fait
l’objet de publications dans des revues internationales.
Cependant, ce sujet bénéficie actuellement d’un intérêt de la part de la communauté scientifique,
comme en témoigne le programme scientifique des Journées francophones de nutrition (11-13
décembre 2013 http://www.lesjfn.fr/programme/programme-scientifique/26), qui prévoit un
symposium intitulé « Jeûne et maladies », ainsi qu’une récente thèse de médecine réalisée en
2011 : « L’appellation ''jeûne thérapeutique'' est-elle fondée ou usurpée ? Eléments de réponse
d’après une revue de bibliographie chez l’animal et chez l’homme. »(Lemar 2011).
A l’international, la recherche est active en Allemagne et aux Etats-Unis, elle donne lieu à des
publications en anglais dans des revues internationales. Les pays scandinaves et le Japon sont les
principaux autres pays s’intéressant à la recherche sur ce sujet et publiant des études. Par ailleurs,
en Russie, de nombreux travaux de recherche ont été réalisés sous l’ère soviétique.
Malheureusement, ces travaux ont été très peu traduits.
Nous présentons dans cet encadré une revue de la littérature des études soviétiques réalisée en 1974 par Diethelm
Boehme sur l’utilisation du jeûne en traitement des pathologies psychiatriques, en présentant un résumé des
considérations de l’auteur, ainsi que quelques remarques de notre part (en gras et en italique).
Preplanned fasting in the treatment of mental disease : survey of current soviet literature (Boehme 1977)
D. Boehme rapporte principalement l'expérience du Dr Nikolajew, qui, en 1969, avait traité plus de 1500 patients par le
jeûne.
Le protocole de traitement était bien défini : le traitement reposait sur un jeûne complet d'environ 2 semaines, suivi
d'une phase de réalimentation progressive. Un consentement éclairé était recueilli avant le début du traitement, des
examens de laboratoire étaient réalisés. Le patient ne devait pas fumer, il devait boire au moins 1500mL d'eau par jour
(eau fraiche, bouillie ou thé). Une purge était associée (lavement). Des soins d'hydrothérapie (bain quotidien) et des
massages étaient prodigués. Un repos d'1h30 après le thé du matin était indiqué, suivi d'une promenade quotidienne de
plusieurs heures avec réalisation d'exercices de respiration, puis d'activités (jeux, lecture, travail). Une attention
particulière était portée le soir au brossage de dents et au bain de bouche, et les patients devaient dormir dans des
chambres bien ventilées.
Analyse de l'efficacité (par indication)
- La moitié de ces patients avaient une schizophrénie et souffraient principalement de formes simples de la maladie et de
formes hypochondriaques. Une première remarque s'impose : les définitions utilisées pour l'établissement des
diagnostics ne reposent pas sur une classification internationale.
Ainsi, les formes hypochondriaques sont définies dans la littérature russe comme des formes à évolution progressive
accompagnées de changement de la personnalité (incluant l'autisme, la perte de confiance, la passivité, l'absence de
réactivité émotionnelle, des troubles de la pensée). Une amélioration a été constatée chez ces patients, d'autant plus
importante que le trouble était récent (50 à 60 % d'amélioration si le trouble datait de 5 ans ou +, 80 à 90 %
23
d'amélioration si le trouble datait de moins d'1 an). Une deuxième remarque s'impose : les critères d'évaluation de
l'amélioration ne sont pas précisés.
Pour les formes paranoïdes (dont la définition correspond selon l'auteur à celle utilisée par les psychiatres américains),
seulement 100 cas ont été observés, avec une moindre amélioration (40 % d'amélioration si le trouble datait de 5 ans ou
+, 60% d'amélioration si le trouble datait de moins de 2 ans). Les critères d'évaluation de l'amélioration ne sont pas
précisés. Une exacerbation des symptômes paranoïdes était constatée pendant les 2 semaines de jeûne et parfois
pendant les 10 jours de réalimentation progressive.
Pour les formes catatoniques (10 patients), une amélioration a été constatée chez 3 patients. Pour les 7 autres,
l'expérience n'était pas satisfaisante et le jeûne a été interrompu.
Pour les formes schizoaffectives (8 patients avec une évolution de la maladie entre 5 et 10 ans), les symptômes ont
complètement disparu pendant la phase de jeûne chez 4 patients, permettant par la suite une reprise de la vie
professionnelle. Le taux de rechute à 2 ans était de 30 %.
- L'autre moitié des patients présentait d'autres pathologies, telles que psychose (autre que schizophrénie), maladie
maniaco-dépressive, épilepsie, encéphalopathie post-traumatique, encéphalite, troubles endocriniens et hypertension.
Les meilleurs résultats ont été observés pour les patients souffrant d'hypertension idiopathique. Les bénéfices étaient
moins évidents pour les autres indications. De manière générale, les chercheurs ont conclu que les chances de succès
étaient davantage liées à la coopération du patient et au rythme de progression de la maladie qu'à la maladie elle-même.
Analyse de la sécurité
Pour les auteurs, la principale complication est la survenue de nausées et vomissements accompagnant la phase
d'acidose, ainsi que la possible survenue de lithiase urinaire.
Toujours selon les auteurs, les complications surviennent principalement lors de la reprise de l'alimentation, surtout si le
patient fait des excès : douleurs abdominales, diarrhée.
Rappelons que de nombreux autres travaux n’ont pas été traduits. S. Gilman et T. de Lestrade indiquaient dans leur
documentaire que V. Longo devait se rendre en Russie et tenter d’obtenir les fonds pour faire traduire ces travaux.
http://www.arte.tv/fr/complement-d-informations/6597032.html
Les principales thématiques de recherche concernent le jeûne et les maladies inflammatoires
(polyarthrite rhumatoïde), le jeûne et les pathologies cardio-vasculaires, et plus récemment, le
jeûne chez des patients atteints d’un cancer (en particulier pour diminuer les effets secondaires
des chimiothérapies).
En particulier, au 1er Septembre 2013 :
3 essais sont répertoriés comme en cours (en phase de recrutement) sur la thématique jeûne et
cancer dans ClinicalTrials, 2 aux Etats-Unis (EU) et 1 en Europe :
24
- un essai clinique contrôlé randomisé concernant l’évaluation de l’impact d’un jeûne sur la
toxicité d’une cure de chimiothérapie est en cours au Norris Comprehensive Cancer center
(Université de Californie du Sud, EU) (NCT00936364)
- une étude pilote (non randomisée) sur la sécurité et la faisabilité d’un jeûne de courte
durée avant la chimiothérapie chez des patients atteints de lymphome à la clinique Mayo
(Rochester, Minnesota, EU) (NCT01175837)
- un essai clinique contrôlé randomisé concernant l’évaluation de l’impact d’un jeûne court
encadré par un régime cétogénique sur l’efficacité de la radiothérapie chez des patients
atteints de récidive de glioblastome, aux hôpitaux universitaires Johann Wolfgang Goethe
(Darmstadt, Allemagne) (NCT01754350)
Par ailleurs, un essai portant sur les effets d’un jeûne court sur la tolérance de la chimiothérapie est
enregistré à l’université de Leiden aux Pays-Bas (NCT01304251), mais son statut est mentionné
comme étant « inconnu ».
25
REVUE D E L A L IT TE RAT URE SCIE N TI FI Q U E
METHODOLOG IE
Nous avons interrogé la base de données MEDLINE, via le moteur de recherche PUBMED
jusqu’au 15 Juin 2013, afin de sélectionner les études cliniques évaluant l’efficacité du jeûne
thérapeutique chez l’homme (cas isolé ou série de cas, études observationnelles, études
comparatives, revues Cochrane). La base de données MEDLINE est la base de référence pour les
travaux de recherche d’audience internationale dans le domaine biomédical. L’interrogation se
composait de la requête suivante : "therapeutic fasting"[TIAB] OR "fasting therapy"[TIAB] OR
"water only fasting"[TI] OR "prolonged fasting"[TI] OR "short term fasting"[TI] OR (fasting[TI] AND
(cancer[TIAB] OR "rheumatoid arthritis"[TIAB] OR cardiovascular[TIAB]) NOT glucose[TIAB]) AND
(hasabstract[text] AND "humans"[MeSH Terms]).
Cette requête aboutissait à 348 résultats.
L’ensemble de cette sélection a été triée au vu du titre seul ou du titre et du résumé. Après
revue de la littérature, cette dernière apparaissait vraiment qualitative à partir de 1990, à
l’exception de 2 articles notables. Nous avons donc écarté la majorité des articles antérieurs à 1990
(n=44), les articles publiés dans une langue autre que l’anglais ou le français (n=31), les articles
n’évaluant pas le jeûne (n=157), les études réalisées chez des animaux (n=10), les articles d’opinion
ou d’hypothèse (n=4), les articles s’intéressant aux effets physiologiques du jeûne (n=64).
Pour l’étude de l’efficacité du jeûne nous avons également écarté les articles faisant
référence à des jeûnes spirituels (hors de notre champ détude ; n=14), ainsi que les articles
s’intéressant directement aux risques et/ou à la sécurité de la pratique du jeûne (n=1). Nous avons
aussi exclu une revue (n=1) (choisissant de ne garder que les revues Cochrane).
Les listes de références citées dans les articles sélectionnés ont été consultées. 2 articles ont été
ajoutés, aboutissant ainsi à un total de 24 articles sélectionnés.
La liste a également été complétée par une interrogation des revues Cochrane de la Cochrane
database of systematic reviews (1 revue sélectionnée).
26
Pour les études, compte tenu de leur faible nombre, nous avons choisi de toutes les évaluer,
quelque soit le design et l’effectif, et pour les études contrôlées, quelque soit l’intervention, le
contrôle et le(s) critère(s) de jugement.
Pour les revues par contre, nous n’avons gardé que les revues Cochrane.
Arbre de sélection des articles pour la revue de la littérature sur l’efficacité du jeûne thérapeutique :
1 revue Cochrane
Articles exclus
- Autre langue (n=31)
- N’évalue pas le jeûne (n=157)
- Etudes chez l’animal (n=10)
- <1990 (n=44)
- Articles d’opinion (n=4)
- Effets physiologiques du jeûne
uniquement (n=64)
- Jeûnes spirituels (n=14)
- Revues hors cochrane (n=1)
- Sécurité/risques du jeûne (n=1)
Recherche manuelle
2 articles en anglais
1 Revue Cochrane
(polyarthrite
rhumatoïde)
12 études
comparatives
(polyarthrite
rhumatoïde, douleurs
chroniques, troubles
digestifs, autres
pathologies chroniques,
FRCV)
9 études
observationnelles
(étude complémentaire
sur la PR, HTA, obésité,
sommeil, polyarthrite
rhumatoïde)
1 série de cas
(cancer)
2 rapports de cas
(fatigue chronique et
dermatite atopique)
Recherche Pubmed
348 articles
22 articles en anglais
25 articles
27
Par souci d’exhaustivité, et compte tenu du fait que la littérature médicale scientifique
internationale impose des critères d’excellence décourageant nombre de praticien pourtant
soucieux d’évaluer leurs pratiques, nous avons complété cette recherche par une interrogation de
google scholar qui peut donner accès à des publications provenant d’autres circuits, et nous avons
contacté les principales associations françaises de naturopathes, des médecins formés à la pratique
du jeûne, ainsi que les représentants universitaires du DU de naturopathie.
Nous ont répondu :
- Madame Barbara Boutry, responsable communication de l’OMNES et Maître Isabelle
Robard
- Dr Ouachée, médecin généraliste formé à la méthode Buchinger. Elle nous a transmis deux
articles : Peut-on jeûner sans risque pour la santé (par le Pr. J.M. Bourre, Le Figaro.fr,
article du 23/10/2013) ainsi que la réponse à cet article du Dr Y. Le Maho et du Dr F.
Wilhelmi de Toledo.
De plus, ces personnes nous ont apporté des éléments d’éclairage sur le contexte de la pratique du
jeûne en France (qui ont été inclus dans le chapitre généralités). Elles ne nous ont pas fait part
d’autres articles non précédemment recensés dans notre revue de la littérature.
GLOSSAIRE
Jeûne alterné ou intermittent : est une cure au cours de laquelle sont alternés des jours l’on
mange à satiété et des jours où l’on jeûne.
Jeûne thérapeutique de type Buchinger : C’est un jeûne modifié comportant des apports en jus de
fruit frais dilués ou en bouillons de légumes. Lapport calorique quotidien est de l’ordre de
250kcal/jour. (https://www.buchinger-wilhelmi.com/content/fr/jeune-therapeutique)
Régime cétogénique : régime avec un apport calorique normal, mais un apport en hydrates de
carbone limité à <40g/jour
Régime méditerranéen : pratique alimentaire traditionnelle de plusieurs pays méditerranéens,
caractérisée par une consommation abondante de fruits, légumes, céréales et huile d'olive et une
consommation faible de viande et produits laitiers.
28
Régime végétarien : le régime végétarien exclut la consommation de chair animale mais permet
toutefois la consommation de produits d’origine animale comme le lait (et ses dérivés), les œufs et
le miel.
Régime végétalien : le régime végétalien exclut la consommation de tous produits d’origine
animale. Il est composé de produits d’origine végétale, minérale ou micro-organique.
DESCRIPTIO N DE LA LIT TE RATURE SCIE NT IFIQUE IDENTI FEE
L’origine géographique des articles était variable.
L’Europe du Nord était particulièrement représentée, avec 18 publications sur 25 :
- 1 article suédois (Skoldstam, Larsson et al. 1979)
- 11 articles norvégiens (décrivant 3 essais et la revue Cochrane) ((Kjeldsen-Kragh, Haugen et
al. 1991; Peltonen, Kjeldsen-Kragh et al. 1994; Kjeldsen-Kragh, Hvatum et al. 1995;
Kjeldsen-Kragh, Kvaavik et al. 1995; Kjeldsen-Kragh, Mellbye et al. 1995; Kjeldsen-Kragh,
Rashid et al. 1995; Kjeldsen-Kragh, Sumar et al. 1996), (Fraser, Thoen et al. 1999), (Fraser,
Thoen et al. 1999; Fraser, Thoen et al. 2000), (Hagen, Byfuglien et al. 2009).
- 6 articles allemands (Michalsen, Schlegel et al. 2003; Huber, Nauck et al. 2005; Michalsen,
Hoffmann et al. 2005; Michalsen, Riegert et al. 2005; Michalsen, Kuhlmann et al. 2006;
Abendroth, Michalsen et al. 2010)
Les Etats-Unis ont publié 4 articles (Johnson and Drenick 1977; Goldhamer, Lisle et al. 2001;
Goldhamer, Lisle et al. 2002; Safdie, Dorff et al. 2009), et le Japon 3 articles (Masuda, Nakayama et
al. 2001; Nakamura, Shimoji et al. 2003; Kanazawa and Fukudo 2006).
Les équipes à l’origine des études pouvaient :
- être habituées à proposer le jeûne comme méthode thérapeutique : par exemple celles
proposant des prises en charge multimodales à leurs patients incluant des interventions
nutritionnelles (régime végétarien, jeûne partiel…)
29
- ou ne pas avoir de pratique habituelle de prescription /d’encadrement de jeûne ou de
régime : c’était par exemple le cas des équipes constituées principalement de biologistes
dans le cadre des études sur les effets secondaires des chimiothérapies.
Les études ont été publiées dans des revues variées. Un article a été publié dans le Lancet. Les
revues de rhumatologie sont très représentées (British Journal of rheumatology, Scandinavian
Journal of rheumatology, Clinical and experimental rheumatology, Rheumatology etc.), suivent les
revues spécialisées en médecine complémentaires (The journal of alternative and complementary
medicine, Biomedcentral complementary and alternative medicine, Forschende
Komplementärtrmedizin), les revues spécialisées en nutrition (Nutritional neuroscience, Annals of
nutrition and metabolism, Nutrition Metabolism and Cardiovascular Diseases), et enfin d’autres
revues (Aging, Archives of internal medicine etc.).
Le design des études cliniques était variable :
- 1 revue Cochrane (Hagen, Byfuglien et al. 2009)
- 12 articles décrivant 9 essais comparatifs
o 7 articles décrivant 4 essais contrôlés randomisés (Skoldstam, Larsson et al. 1979;
Kjeldsen-Kragh, Haugen et al. 1991; Peltonen, Kjeldsen-Kragh et al. 1994; Kjeldsen-
Kragh, Mellbye et al. 1995; Kjeldsen-Kragh, Rashid et al. 1995; Huber, Nauck et al.
2005; Kanazawa and Fukudo 2006)
o 5 essais comparatifs non randomisés (Fraser, Thoen et al. 2000; Michalsen,
Hoffmann et al. 2005; Michalsen, Riegert et al. 2005; Michalsen, Kuhlmann et al.
2006; Abendroth, Michalsen et al. 2010)
- 9 études observationnelles (Johnson and Drenick 1977; Kjeldsen-Kragh, Hvatum et al. 1995;
Kjeldsen-Kragh, Kvaavik et al. 1995; Kjeldsen-Kragh, Sumar et al. 1996; Fraser, Thoen et al.
1999; Fraser, Thoen et al. 1999; Goldhamer, Lisle et al. 2001; Goldhamer, Lisle et al. 2002;
Michalsen, Schlegel et al. 2003). Deux de ces essais (Kjeldsen-Kragh, Hvatum et al. 1995;
Kjeldsen-Kragh, Sumar et al. 1996) sont des études complémentaires à l’essai contrôlé
randomisé de Kjeldsen-Kragh (Kjeldsen-Kragh, Haugen et al. 1991). Par ailleurs, l’étude
(Fraser, Thoen et al. 1999) est complémentaire à l’essai comparatif de Fraser (Fraser,
Thoen et al. 2000).
30
- 1 série de cas (Safdie, Dorff et al. 2009), 2 observations de cas (Masuda, Nakayama et al.
2001; Nakamura, Shimoji et al. 2003).
Les études évaluaient la pratique du jeûne dans les indications suivantes : polyarthrite rhumatoïde,
pathologies chroniques diverses (douleurs chroniques, syndrome de fatigue chronique, dermatite
atopique, troubles digestifs fonctionnels), hypertension artérielle, obésité, cancer. De plus, deux
études ont été réalisées sur des sujets sains : une s’intéressait aux effets du jeûne partiel sur les
marqueurs biologiques du risque cardiovasculaire(Huber, Nauck et al. 2005). Nous l’avons inclus
car les auteurs envisageaient cette étude dans une perspective clinique (même en l’absence de
critères de jugement clinique), en terme d’évaluation du risque cardiovasculaire, et de plus il nous
apparaissait intéressant de la présenter en complément des études réalisées sur l’hypertension
artérielle. Une autre s’intéressait à l’effet du jeûne sur la qualité du sommeil (Michalsen, Schlegel
et al. 2003). Nous l’avons inclus car elle ne s’intéressait pas exclusivement à la physiologie, incluant
des critères de jugement clinique.
Les interventions étaient variables :
- jeûne partiel : n=17 (Skoldstam, Larsson et al. 1979; Kjeldsen-Kragh, Haugen et al. 1991;
Peltonen, Kjeldsen-Kragh et al. 1994; Kjeldsen-Kragh, Hvatum et al. 1995; Kjeldsen-Kragh,
Kvaavik et al. 1995; Kjeldsen-Kragh, Mellbye et al. 1995; Kjeldsen-Kragh, Rashid et al. 1995;
Kjeldsen-Kragh, Sumar et al. 1996; Fraser, Thoen et al. 1999; Fraser, Thoen et al. 1999;
Fraser, Thoen et al. 2000; Michalsen, Schlegel et al. 2003; Huber, Nauck et al. 2005;
Michalsen, Hoffmann et al. 2005; Michalsen, Riegert et al. 2005; Michalsen, Kuhlmann et
al. 2006; Abendroth, Michalsen et al. 2010)).
- jeûne partiel intermittent (1 fois par semaine pendant 20 semaines) : n=1 (Nakamura,
Shimoji et al. 2003)
- jeûne complet : n=6 (Johnson and Drenick 1977; Goldhamer, Lisle et al. 2001; Masuda,
Nakayama et al. 2001; Goldhamer, Lisle et al. 2002; Kanazawa and Fukudo 2006; Safdie,
Dorff et al. 2009)),
De plus, il est à souligner que le jeûne est rarement l’unique intervention évaluée, mais qu’il fait
généralement partie d’un protocole plus large comprenant d’autres interventions nutritionnelles
(qui se suivent dans le temps), ou des interventions d’autre type (pharmacothérapie, autres
thérapies complémentaires, interventions pédagogiques).
31
Les critères de jugement pouvaient être cliniques (douleur, intensité des symptômes, poids,
constantes, consommation de médicaments), biologiques (marqueurs de l’inflammation etc.). Il
pouvait s’agir de mesures subjectives rapportées par le patient (EVA douleur, auto-questionnaire
sur la qualité de vie, l’intensité des symptômes…), ou de mesures biologiques ou cliniques hétéro-
évaluées (paramètres biologiques, hétéro évaluation clinique, évaluation combinée d’un score
d’activité de la maladie…).
ETUDES COM PA RATIVES
Pour les études comparatives, le bras contrôle pouvait être :
- un groupe sans intervention nutritionnelle ni autre type d’intervention (Skoldstam, Larsson
et al. 1979; Huber, Nauck et al. 2005; Kanazawa and Fukudo 2006).
- un groupe sans intervention nutritionnelle, mais installé dans un environnement similaire
(maison de convalescence) et avec la consigne de renseigner quotidiennement la prise
alimentaire (Kjeldsen-Kragh, Haugen et al. 1991) et 3 essais associés (Peltonen, Kjeldsen-
Kragh et al. 1994; Kjeldsen-Kragh, Mellbye et al. 1995; Kjeldsen-Kragh, Rashid et al. 1995).
- Un groupe suivant un régime cétogénique (Fraser, Thoen et al. 2000)
- un groupe suivant un régime de type méditerranéen (Michalsen, Riegert et al. 2005;
Abendroth, Michalsen et al. 2010)
- un groupe suivant un régime végétarien (Michalsen, Kuhlmann et al. 2006)
- un groupe suivant des interventions nutritionnelles variées (régime végétarien, régime à
base de riz, régime d’élimination) (Michalsen, Hoffmann et al. 2005)
POLYARTH RI TE RHUMATOIDE , FI BR OM YALGIE ET DOULEURS CHO NI QU ES
La recherche bibliographique a permis de recueillir 14 publications : 13 études cliniques et
une revue issue de la Collaboration Cochrane. Les 13 études décrivent 6 essais.
La polyarthrite rhumatoïde est une atteinte articulaire, d’origine auto-immune, douloureuse (avec
déformation et destruction des articulations atteintes) qui peut être très invalidante. Les
interventions nutritionnelles sont une approche qui semble principalement évaluée en Europe du
nord, puisque le premier essai randomisé contrôlé référencé a été conduit en Suède et que les
32
suivants ont été conduits en Norvège et en Allemagne. En France, la HAS ne préconise pas dans ses
recommandations professionnelles d’associer des mesures diététiques (hors celles appropriées
pour corriger d’éventuelles carences et pour prévenir ou traiter les comorbidités) (HAS 2007)9.
La première publication retenue, « Effects of fasting and lactovegetarian diet on
rheumatoid arthritis » de Stöldstam et al., est une publication ancienne (1979), elle a été retenue
car il s’agit d’une étude princeps, elle est citée par les auteurs de la revue Cochrane et d’autres
publications portant sur l’étude du jeûne pour les douleurs chroniques.
9 Pour plus d’informations sur les recommandations de la HAS, nous invitons le lecteur à consulter l’argumentaire de la
HAS sur le sujet (p74-76)HAS (2007). Polyarthrite rhumatoïde : aspects thérapeutiques hors médicaments et chirurgie -
aspects médico-sociaux et organisationnels. Argumentaire.
33
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
SKÖLDSTAM 1979 Scand J Rheumatology
RCT( ?)
2 groupes en
parallèle
- En ouvert
- Randomisation :
citée mais
non précisée
Mono centrique
- Unité de
rhumatologie de
l’université de
Linköping
Suivi : 12
semaines
- 1 semaine de
pré traitement
- 10 semaines de
traitement
- 1 semaine de
post traitement
Mesure :
-A l’inclusion puis
toutes les 3
semaines
-1ère, 3ème et 12ème
semaine (soit
avant, après le
jeûne et à la fin
du régime
végétarien)
Suivi par au moins
1 médecin, 1
physiothérapeute
et 1
ergothérapeute
- arthrite
rhumatoïde
confirmée,
sous traitement
anti-
inflammatoires
non stéroïdiens
(AINS), traitement
stable durant le
mois précédant
Randomisation :
26 sujets
- 16 : jeûne
- 10 : contrôle
Patients analysés :
- 14 : jeûne
- 10 : contrôle
Groupe jeûne :
- Les patients sont
purgés avant la
période de jeûne à
l’aide d’huile de
castor et de 5 litres
de lavement puis
lavements seuls 2
fois par jour
pendant la période
de jeûne.
- durant le jeûne les
patients prennent 3
litres par jour de
liquide sous la
forme de jus de
fruit, de bouillon de
gume ou de
tisanes
- exercices
physiques et
physiothérapie
- Après 7 à 10 jours
de jeûne suivent 9
semaines de
régime végétarien
modifié (sans lait
frais ni œuf).
Groupe contrôle :
pas de consigne
particulière
Pour tous les sujets :
AINS à la demande
-Inclusion en 2
groupes, 1er groupe
les patients du bras
traitement jeûnent
7 jours, 2ème groupe
les patients jeûnent
10 jours
Douleur
-auto-questionnaire
avec échelle visuelle
Rigidité :
-auto-questionnaire
avec échelle visuelle
(rempli toutes les 3
semaines)
- Mesure de l’indice
de Ritchie de rigidité
articulaire
Autres mesures
cliniques :
- test de la bague
-mesures ajoutées de
la force des 2 mains
- score clinique de 6
articulations
- Evaluation
fonctionnelle à l’aide
d’un questionnaire
standardisé
Consommation
médicamenteuse
- Note quotidienne de
la prise de
médicaments
Paramètres
biologiques
- Comptage avant et
juste après le jeûne
des lymphocytes B et
T
- Mesure de la vitesse
de sédimentation
globulaire, de la
concentration
sanguine en
hémoglobine,
albumine,
orosomucoïd,
haptoglobine, IgA,
IgG, IgM, facteur C3
et C4 du complément
et comptage de
leucocytes et
thrombocyte avant
après le jeûne et à la
fin du régime
végétarien
-La randomisation
et la dissimulation
de la répartition ne
sont pas décrites
-Les critères
d’inclusion/exclusi
on ne sont pas bien
documentés
-L’inclusion des
patients du groupe
intervention a été
faite en 2 fois, les 2
groupes inclus de
patients n’ont pas
eu le même
traitement (durée
de jeûne de 7 et 10
jours)
-Les critères de
jugement ne sont
pas clairement
identifiés comme
principaux ou
secondaires, ils
sont nombreux et
non hiérarchisés.
-Les comparaisons
statistiques
proposées
n’évaluent pas la
différence entre le
groupe contrôle et
le groupe traité,
mais uniquement
entre les valeurs de
base et les valeurs
en cours d’étude à
l’intérieur de
chaque groupe.
L’objectif de l’étude de Sköldstam et al. est d’évaluer l’effet d’un jeûne suivi d’un régime végétarien
chez des patients atteints d’arthrite rhumatoïde. La durée de l’essai est de 12 semaines. Le jeûne
34
mis en place est un jeûne de type Buchinger avec un apport calorique d’environ 200 kCal par jour. Il
est accompagné de purges et d’exercices physiques. Il est suivi d’un régime végétarien modifié,
n’autorisant pas la consommation d’œufs et de lait non transformé. La farine blanche, le sucre et le
sel doivent être consommés en quantité limitée.
Plusieurs paramètres sont évalués :
Une échelle visuelle de douleur et une échelle visuelle de rigidité sont utilisées, sans que
soient précisés leur construction ou leur fonctionnement.
L’indice de Ritchie apprécie la douleur articulaire au touché de 28 articulations en posant
un score de 0 à 3 (0 pas de douleur, 1 douleur à la pression, 2 association d’une grimace, 3
mouvement de retrait) pour chaque articulation et en additionnant les scores.
Le test de la taille de la bague est réalisé en mesurant les 10 articulations inter
phalangiennes proximales puis en additionnant chacune des mesures.
La force de la poigne est mesurée à l’aide du vigorimètre de Martin puis la force des deux
mains est additionnée.
Le score clinique des 6 articulations est obtenu par l’examen des 3 articulations les plus
inflammatoires des membres et de leurs contre latérales. La douleur, la rigidité et le
gonflement de chaque articulation sont évalués de 0 à 3 (0 pour absent, 1 pour léger, 2
pour modéré et 3 pour sévère), l’ensemble des scores de chacune des évaluations est
additionné pour donner un score de 0 à 54.
Le temps de marche est évalué par la mesure du temps nécessaire pour parcourir 34
mètres
L’évaluation fonctionnelle est réalisée à l’aide d’un questionnaire standardisé (non détaillé
dans la publication) qui évalue la facilité à réaliser 33 activités de la vie quotidienne.
Suivi du poids
Analyses biologiques : concentration sanguine en hémoglobine, haptoglobine, albumine,
orosomucoïde, haptoglobine, IgA, IgG, IgM, facteur C3 et C4 du complément (la moitié des
sujets inclus), vitesse de sédimentation à la première heure, numération des leucocytes,
des thrombocytes, des lymphocytes T et B.
Les résultats sont donnés en moyenne l’écart type) de changement par rapport à la mesure de
base. Les comparaisons ont été faites à l’aide du test-t apparié.
Après la période de jeûne les patients traités ont montré une diminution statistiquement
significative des moyennes de la douleur (-2,0 ±1,7), de la rigidité (-1,0 ±1,5), de l’indice de Ritchie
(-3,2 ±3,5), du score clinique des 6 articulations (-5,9 ±4,4), du test de la taille de la bague (-41 ±29),
de la consommation quotidienne d’AINS (-2,1 ±1,2) et de la concentration en orosomucoïde (-0,14
35
±0,1). Chez les contrôles, les mesures à la même période donnent une diminution significative pour
le score clinique des 6 articulations (-2,8 ±3,9) et le temps de marche (-2,3 ±2,2), on observe une
augmentation significative du nombre de thrombocytes (+28 ±31). Seules des analyses
intragroupes ont été réalisées. Aucune comparaison intergroupe n’a été rapportée.
Après la période de régime végétarien du groupe traité, le taux d’hémoglobine est
significativement diminué par rapport au taux de base (-8,8 ±11,6) et les taux d’haptoglobine
(+0,43 ±0,43) et d’IgM (+0,20 ±0,29) sont significativement augmentés. Dans le groupe contrôle,
pour les mesures prise à la même période, on observe une diminution significative du taux de la
concentration en albumine (-2,7 ±2,7) par rapport à la concentration de base. Aucune comparaison
entre le groupe traité et le groupe contrôle n’est rapportée.
Aucun événement indésirable grave n’a été rapporté. 3 patients (sur 16) ont présenté des effets
secondaires : un patient a stoppé le jeûne pour raison de fatigue et spasmes intestinaux, un patient
a été sujet à une lithiase de l’uretère le 4ème jour de jeûne mais a pu poursuivre le traitement, enfin,
un patient a arrêté le régime végétarien pour cause de constipation sévère et d’une sensation
constante d’inconfort.
Les auteurs concluent que le jeûne apporte un soulagement temporaire aux patients atteints de
polyarthrite rhumatoïde qui se traduit par une réduction sensible de la sensation de douleur et de
raideur signalées et qui se trouve renforcée par une réduction significative de la consommation de
médicament. Comme les purges étaient une part du traitement durant la période de jeûne, les
auteurs précisent qu’ils ne peuvent exclure un effet bénéfique de ces lavements. Par contre les
effets bénéfiques n’ont pas persisté après les 9 semaines de régime végétarien. Les auteurs
soulignent que l’effet bénéfique d’une cure de 10 jours de jeûne semble peu de chose au regard de
la durée d’une maladie chronique, ils ne sont pas certains qu’ils conseilleraient à des patients
atteints de polyarthrite rhumatoïde de faire cette cure parce qu’ils estiment que trop peu de
choses sont connues sur les réactions de patients à une cure de jeûne.
Enfin, rappelons certaines limites de cette étude, en particulier la réalisation de tests multiples
(avec risque d’inflation du risque alpha) et l’absence de comparaison intergroupe. Rappelons que
des variations de significativité sur les différences avant-après intragroupe n’impliquent pas des
différences significatives entre les groupes. En l’absence de comparaisons statistiques
intergroupes, on ne peut donc conclure à la supériorité de l’intervention par rapport au groupe
contrôle.
36
L’étude suivante est une étude norvégienne publiée en 1991 dans le Lancet : « Controlled
trial of fasting and one-year vegetarian diet in rhumatoid arthritis » (Kjeldsen-Kragh, Haugen et al.
1991). C’est une étude qui évalue l’effet d’un jeûne court suivi de la mise en place d’un régime
végétarien personnalisé chez des personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde. Cet essai
clinique a donné lieu à 6 autres études (études ancillaires ou analyses complémentaires, portant
essentiellement sur les paramètres biologiques et les propriétés des anticorps circulants chez les
patients du groupe traitement), qui seront présentées en annexe : «Changes of faecal flora in
rheumatoid arthritis during fasting and one-year vegetarian diet» (Peltonen, Kjeldsen-Kragh et al.
1994), «Inhibition of growth of Proteus mirabilis and Escherichia coli in urine in response to fasting
and vegetarian diet. » (Kjeldsen-Kragh, Kvaavik et al. 1995), « Decrease in anti-Proteus mirabilis but
not in anti-Escherichia coli antibody levels in rheumatoid arthritis patients treated with fasting and
one year vegetarian diet » (Kjeldsen-Kragh, Rashid et al. 1995), «Antibodies against dietary
antigens in rheumatoid arthritis patients treated with fasting and a one-year vegetarian diet»
(Kjeldsen-Kragh, Hvatum et al. 1995), «Changes in laboratory variables in rheumatoid arthritis
patients during a trial of fasting and one-year vegetarian diet»(Kjeldsen-Kragh, Mellbye et al. 1995),
et « Change in glycolisation of IgG during fasting in patients with rheumatoid arthritis »(Kjeldsen-
Kragh, Sumar et al. 1996).
37
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Kjeldsen-Kragh et al. 1991 Lancet
Peltonen et al. 1994 British Journal of rheumatology
Kjeldsen-Kragh et al. 1995 APMIS
Kjeldsen-Kragh et al. 1995 Clinical and experimental rheumatology
Kjeldsen-Kragh et al. 1995 Annals of rheumatic diseases
Kjeldsen-Kragh et al. 1995 Scandinavian Journal of rheumatology
Kjeldsen-Kragh et al. 1996 British Journal of Rheumatology
RCT
Randomisation
avec dissimulation
de la répartition
(d’après les
précisions
rapportées par la
revue cochrane
(Hagen, Byfuglien
et al. 2009))
2 groupes en
parallèle
- En ouvert
-Evaluateur en
aveugle
- Randomisation :
par bloc de 6
patients
Mono centrique
- Service des
consultations
externes du
« Sanitetsforenings
Rheumatism
Hospital » Oslo
Norvège
Suivi : 13
mois
-4 semaines
de traitement
1 puis
- 12 mois de
traitement 2
Mesures :
Inclusion puis
à 4 semaines,
puis tous les 3
mois
1 médecin, 1
diététicien
- Arthrite rhumatoïde
de stade fonctionnel II
ou III avec présence de
3 des 4 critères
suivants : ≥3
articulations
oedématiées, ≥6
articulations
douloureuses, ≥45
minutes de raideur
matinale, vitesse de
sédimentation ≥28
mm la première heure
- La dose de
médicament à
libération lente, si elle
existe, doit être stable
depuis plus de 3 mois
- La prise de
corticostéroïdes,
quand elle existe doit
être stable depuis 4
semaines
Exclusions :
-Utilisation de
corticostéroïdes à une
dose supérieure à 7,5
mg/jour d’équivalent
prednisone
-Prise de supplément
en oméga3 autre que
de l’huile de foie de
morue
Randomisation :
53 sujets (45 femmes,
8 hommes)
- régime alimentaire 27
- Contrôle 26
A 13 mois
34 patients
- régime alimentaire 17
- Contrôle 17
Patients Analysés
34 patients
- régime alimentaire 17
- Contrôle 17
Régime alimentaire
4 semaines dans une
maison de santé : 7 à 10
jours de jeûne partiel avec
absorption de tisanes, ail,
bouillons de légume,
décoctions de pomme de
terre ou de persil, jus de
carottes, betteraves ou
céleri, pour une prise
calorique comprise entre
200 et 300 kcal/jour. Après
cette période, les patients
réintroduisent peu à peu
une alimentation
personnalisée : les patients
réintroduisent un aliment
tous les 2 jours. Si la
douleur ou la raideur
ressentie par le patient
augmente dans les 48h
après l’introduction,
l’aliment est retiré pour au
moins 7 jours, si les
symptômes réapparaissent
à la deuxième
réintroduction, l’aliment
est définitivement écarté.
Pendant une première
période de 3,5 mois, le
régime était végétalien,
sans gluten, ni sucre
raffiné, ni agrumes, ni sel,
ni conservateurs, ni thé,
café, alcool ou épices, puis
progressivement le régime
devenait lacto-végétarien
avec réintroduction du
gluten (pendant les 9 mois
restant).
Groupe contrôle
4 semaines dans une
maison de convalescence.
Ils doivent noter
quotidiennement ce qu’ils
mangent
Co-interventions :
ergothérapie 3 fois par
semaine pour tous les
patients de l’étude
-auto évaluation
de la douleur et
de la durée de
dérouillage
-auto
questionnaire
d’évaluation de
capacité
fonctionnelle
- à partir de la
deuxième visite,
auto évaluation
de l’état général
par rapport à
l’état de départ
-évaluation des
articulations :
indice de Ritchie,
du nombre
d’articulation
rigide ou
douloureuse au
mouvement et du
nombre
d’articulations
enflée
- mesure de la
force de la poigne
des deux mains
- dosage du taux
sanguin
d’hémoglobine,
de protéine C
réactive,
d’albumine,
mesure de la
vitesse de
sédimentation
globulaire,
numération des
leucocytes et des
plaquettes
-évaluation de la
prise alimentaire
Uniquement En
début et fin
d’étude :
radiographie des
mains, des
poignets et des
coups de pied
-« Analyse en
ITT » : Pour
les sorties
d’étude non
liées au
traitement,
les valeurs
manquantes
ont été
remplacées
par la
dernière
valeur
mesurée ;
pour les
sorties
d’étude liées
au traitement,
les valeurs
manquantes
ont été
remplacées
pas la valeur
minimale
observée.
Analyse
statistique de
type avant
/après à
l’intérieur de
chaque groupe
de traitement
par test
appariés et les
comparaisons
entre les deux
bras ont été
faites en anova
sur mesures
répétées ou en
analyse de
covariance
38
L’objectif de l’étude de (Kjeldsen-Kragh, Haugen et al. 1991) est d’évaluer l’effet d’un jeûne suivi
d’un régime personnalisé chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. La durée de l’essai
est de 13 mois. Le jeûne mis en place est un jeûne partiel de type Buchinger avec un apport
calorique d’environ 200 à 300 kCal par jour pour une durée de 7 à 10 jours. Il est suivi d’un régime
végétarien adapté à chacun des patients. Ce régime se construit suivant la procédure suivante : les
patients réintroduisent un aliment tous les 2 jours. Si la douleur ou la raideur ressentie par le
patient augmente dans les 48h après l’introduction, l’aliment est retiré pour au moins 7 jours. Si les
symptômes réapparaissent à la deuxième réintroduction, l’aliment est définitivement écarté.
Pendant les 3 à 5 premiers mois, les patients ne devaient consommer ni lait, ni produits laitiers, ni
œufs, ni viandes, ni gluten, ni sucre blanc, ni agrumes. Ensuite, les produits laitiers, le lait et les
produits contenant du gluten pouvaient être introduits dans l’alimentation suivant le protocole
d’introduction. Durant toute la durée de l’étude, ces patients devaient éviter de consommer du
thé, du café, de l’alcool, du sel, des épices ou des conservateurs.
Dans les deux groupes (groupe jeûne et régime alimentaire, n=27 et groupe contrôle, n=26), les
paramètres suivants ont été mesurés :
Mesure de la douleur : sur une échelle visuelle analogique de 10 cm
Mesure du temps de dérouillage matinal (technique non spécifiée)
Gradation des capacités fonctionnelles au moyen d’un questionnaire d’évaluation de santé
(Stanford health assessment questionnaire ; Fries et al. 1980)
Nombre d’articulations atteintes : évalué avec l’indice de Ritchie (détaillé dans la
publication de Sköldstam et al. 1979), le nombre d’articulation rigide ou douloureuse au
mouvement ou enflée
La force de la poigne est mesurée 3 fois par consultation à l’aide du vigorimètre de Martin
puis la somme de la médiane de chaque main est établie.
Un score d’auto-évaluation globale par rapport à l’état du début de l’étude, comportant 5
niveaux : bien mieux, mieux, inchangé, pire, bien pire
Suivi du poids
Radiographie des mains, poignets et cous-de-pied
Analyses biologiques : dosage du taux sanguin d’hémoglobine, de protéine C réactive,
d’albumine, mesure de la vitesse de sédimentation globulaire, numération des leucocytes
et des plaquettes
39
Evaluation de la prise alimentaire à chaque évaluation clinique plus une fois par téléphone
entre chaque évaluation à partir du souvenir de ce que le patient a mangé durant les
dernières 24h. L’évaluation de la prise des nutriments et le calcul énergétique ont été faits
à l’aide du logiciel FIBER
Après 1 mois passé à la maison de santé, les patients qui ont d’abord suivi 7 à 10 jours de jeûne
puis une réintroduction personnalisée des aliments, montrent une diminution statistiquement
significative (test-t apparié) du nombre d’articulations rigides (p<0,0002), de l’indice de Ritchie
(p<0,0004), du nombre d’articulations enflées (p<0,04), de la douleur (p<0,0001), de la durée du
dérouillage matinal (p<0,0002), de la vitesse de sédimentation (p<0,002), du taux de protéine C
réactive (p<0,0001) et du nombre de plaquettes (p<0,006). Ils montrent aussi une augmentation
statistiquement significative de la force de la poigne (p<0,0005) et du score global de l’évaluation
de l’état de santé (p<0,0001). Les améliorations mesurées se sont maintenues pendant toute
l’année de suivi. A la même période, à la sortie de la maison de convalescence dans laquelle ils ont
séjourné, le groupe contrôle présente une réduction significative de la douleur (p<0,002), sans
autre changement notable.
Les résultats concernant les évaluations dans le temps de ces différents paramètres sont présentés
sous forme de courbes auxquelles sont associées des p-values correspondant à une différence
globale inter groupe calculée à l’aide d’une analyse de variance ou de covariance. La comparaison
des 2 groupes de patients quelle qu’elle soit (test-t après 13 mois, analyse de variance sur mesures
répétées ou analyse de covariances), montre une amélioration statistiquement significative de
presque tous les critères de jugement dans le groupe jeûne, à l’exception du taux d’hémoglobine,
du nombre de plaquettes et du taux d’albumine qui demeurent inchangés dans les deux groupes
de patients.
Aucun événement indésirable grave n’a été rapporté. Un patient du groupe traité a quitté l’étude
au bout d’un mois parce qu’il ne parvenait pas à suivre le régime, 4 patients sont sortis parce qu’ils
ont eu un embrasement des symptômes arthritiques, et 5 car d’autres traitements leur ont été
proposés. Dans le groupe contrôle, il y a eu 7 abandons pour cause de poussée des symptômes et 2
car d’autres traitements leur ont été proposés. Les auteurs ont noté une difficulté pour les patients
du groupe intervention à couvrir l’intégralide leur besoins nutritionnels durant les 4 premiers
mois de l’étude (jeûne puis régime végétalien), malgré les conseils du diététicien. Par la suite, le
régime lacto-végétarien permettait de couvrir intégralement les besoins.
40
J. Kjedldsen-Kragh et al. concluent que le jeûne suivi d’un régime personnalisé permet une
amélioration prolongée des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. Ils soulignent, cependant,
deux limites à leur étude. La première est l’impossibilité de conduire l’étude en double aveugle,
étant donnée la nature de l’intervention. Les volontaires souhaitant tous être inclus dans les bras
de traitement, les auteurs craignent un possible effet placebo dans le bras traité et un possible
effet nocebo dans le bras contrôle, ils estiment cependant que s’il ne s’était agi que de réponse de
type placebo/nocebo, l’effet se serait atténué avec le temps. La deuxième limite tient à la
comparabilité des patients recrutés à la population générale des malades, et à l’extrapolabilité
d’une telle intervention dans la population générale des patients atteints de polyarthrite. En effet,
le traitement affecte considérablement les habitudes alimentaires, les volontaires pour cet essai
clinique qui avaient connaissance de la procédure avant de l’entamer ne reflètent pas forcément la
volonté des malades en général à se conformer à une telle procédure.
41
Nous présentons ci-dessous 3 études norvégiennes de Fraser D.A. et collaborateurs,
s’intéressant à l’effet du jeûne partiel chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde.
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Fraser et al. 1999 Rheumatology
Etude
observationnelle
non contrôlée
1 groupe
- En ouvert
Monocentrique
- “Centre for
rheumatic
diseases, Oslo”
Norway
Suivi : 7 jours
Mesure :
Inclusion puis
après le
traitement
-Polyarthrite
rhumatoïde active
définie par la
présence d’au
moins 3 des 4
critères suivants :
Parmi les 28
articulations des
membres, >3
articulations
enflées, >6
articulations
rigides, > 45
minutes de
dérouillage
matinal, vitesse de
sédimentation
globulaire de la
première heure >
28mm.
BMI compris entre
22 et 28 kg/m2
Exclusions :
Pathologie sévère
autre que la
polyarthrite
rhumatoïde
incompatible avec
la tenue d’un jeûne
9 patients inclus (8
femmes et 1
homme)
Age moyen : 51 ans
Durée moyenne
d’évolution de la
maladie : 2,9 ans
Jeûne quasi-total
encadré avec une
absorption
quotidienne de
d’hydrates de carbone
<50g pour une prise
maximale de 215
kcal/jour.
1 prélèvement sanguin
avant le début du jeûne
et 1 prélèvement
sanguin après 7 jours de
jeûne.
-Concentration et
composition en
acides gras libres
du plasma sanguin
- Concentration et
composition en
acides gras des
membranes des
cellules sanguines
mononuclées
In vitro :
- prolifération
lymphocytaire
(selon la
composition et la
concentration du
milieu en acides
gras libres) :
incorporation de
tritium par les
lymphocytes en
division
-observations in
vivo suivies de
tests
d’hypothèses in
vitro ; 3
expériences
indépendantes
Fraser D.A. et ses collaborateurs ont réalisé un petit essai observationnel (Fraser, Thoen et al.
1999), incluant 9 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde, qui examine l’hypothèse qu’un
changement de la concentration sanguine en acides gras libres, induit par le jeûne, contribuerait à
l’inhibition de l’inflammation par l’inhibition de la fonction lymphocytaire. Les auteurs ont
demandé à 9 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde en évolution de suivre, durant 7 jours,
un jeûne n’autorisant qu’une prise d’un maximum de 215 kcal quotidiennes. Un échantillon de
sang a été prélevé sur chaque patient avant le jeûne et après le jeûne. La quantité et la
composition en acides gras libres a été mesurée sur le plasma d’une part et sur les membranes
42
extraites des cellules sanguines mononuclées (détermination par chromatographie en phase
gazeuse), et une comparaison des mesures avant et après le jeûne a été réalisée. Ces analyses ont
été complétées par une étude in vitro de l’influence de la composition du milieu sur la prolifération
de lymphocytes (mesurée par l’incorporation de tritium par les lymphocytes en division et exprimé
en nombre par minute). Les auteurs ont ainsi étudié la prolifération lymphocytaire en fonction et
de la concentration en acides gras du milieu, et du ratio entre acides gras saturés (mélange d’acide
palmitique et stéarique) et insaturés (mélange d’acide oléique et linoléique) dans le milieu.
Les résultats sont exprimés en moyenne plus ou moins l’erreur standard de la concentration pour
les acides gras libres, et en % pour la composition de la membrane des cellules mononuclées. La
réponse proliférative des lymphocytes in vitro est donnée sous forme d’histogrammes illustrant les
moyennes et les erreurs standards en fonction des dilutions d’acides gras ou des proportions
d’acides gras saturés et insaturés.
Les auteurs de l’étude ont mis en évidence une augmentation statistiquement significative de la
concentration sanguine totale en acides gras libres à l’issue de la période de jeûne par rapport à
l’entrée dans l’étude (de 534 µM ± 50 à 1254 µM ± 184 ; p<0,01). Il y a une augmentation
significative de l’acide palmitique, de l’acide stéarique, de l’acide oléique, de l’acide myristique, de
l’acide palmitoléique et de l’acide linoléique. La proportion de chaque acide gras libre reste la
même après le jeûne à l’exception de l’acide oléique qui augmente de 35 à 38%. Par contre, les
auteurs n’ont pas mis en évidence de changement dans la composition des acides gras de la
membrane cellulaire des cellules sanguines mononuclées.
Un mélange d’acide palmitique, stéarique, oléique et linoléique dans des proportions similaires à
celles retrouvées après le jeûne in vivo augmente de manière significative (anova, p<0,001) la
prolifération in vitro de lymphocytes stimulés. Relativement à un mélange de 400µM d’acides gras
insaturés pour 200 µM d’acides gras saturés (représentatif du ratio retrouvé in vivo), un mélange
d’acides gras saturés seuls à 600 µM ou d’acides gras insaturés seuls à 600 µM a un effet inhibiteur
de l’ordre de 65 à 68% (p<0,001) sur la prolifération des lymphocytes in vitro. Un mélange de 50
µM d’acides gras insaturés avec 550 µM d’acides gras saturés produit encore une inhibition de
l’ordre de 44% (p<0,001), alors que la proportion inverse de saturés/insaturés (50 µM d’acides gras
saturés avec 550 µM d’acides gras insaturés) lève l’effet inhibiteur sur la prolifération
lymphocytaire in vitro.
Les auteurs comparent leurs résultats à ceux observés chez des sujets sains précédemment
rapportés dans la littérature : l’augmentation de 2 à 3 fois de la quantité totale d’acides gras libres
43
dans le sérum suite à un jeûne de 7 jours chez des sujets présentant une polyarthrite rhumatoïde
est similaire à l’augmentation observée chez des sujets sains dans des conditions similaires.
Par contre, le constat d’une augmentation de la prolifération des lymphocytes in vitro lorsqu’il y a
augmentation de la concentration en acide gras libres ne correspond pas à l’idée d’une inhibition
de la prolifération lymphocytaire induite par l’augmentation des acides gras circulants pendant un
jeûne. Les auteurs proposent comme explication que l’augmentation de la concentration en acides
gras libres dans leur expérience in vitro alimenterait en énergie la prolifération lymphocytaire. Ils
ne peuvent pas affirmer non plus que les proportions d’acides gras saturés et insaturés qui ont
conduit à une inhibition de la prolifération in vitro puisse avoir un sens in vivo.
La qualité méthodologique de l’étude est très discutable (très faible effectif, absence de groupe
contrôle, tests multiples…) et les résultats sont difficilement interprétables. En tout état de cause,
cette étude est peu contributive et très peu informative sur les effets immunomodulateurs
éventuels d’un jeûne partiel in vivo.
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commen
-taires
Fraser et al. 2000 Clinical and experimental Rheumatology
Fraser et al. 1999 Clinical Rheumatology
Essai
comparatif
non randomisé
2 groupes
En ouvert
Monocentrique
Département
des
consultations
externes
Hôpital, Centre
des maladies
rhumatologiqu
es, hôpital
national, Oslo,
Norvège
Suivi :
Mesure :
cliniques
-Matin du 1er
jour de
jeûne/régime
ou la veille :
examen
clinique
d’inclusion
-Matin de J7 et
de J21 :
examen
clinique
(les 3 examens
cliniques ont
été réalisés par
le même
praticien pour
un patient
donné, à
l’exception de
2 patients)
Biologiques :
Prise de sang à
J1, J7 et J21
-Sujets : volontaires, présentant
une polyarthrite rhumatoïde
(selon les critères du collège
américain de rhumatologie)
Exclusions :
Non précisé
23 patients inclus
-Groupe jeûne : 10 sujets (les 10
premiers sujets) ; 9 femmes et 1
homme, âge moyen de 49 ans,
durée d’évolution moyenne de
la maladie de 4,2 ans. 8 RF(IgM)
+ ; 5 sous traitement de seconde
ligne, 1 sous prednisolone, 8
sous AINS, 3 sous antalgiques.
-groupe régime cétogénique : 13
sujets ; 12 femmes et 1 homme,
âge moyen de 44 ans, durée
d’évolution moyenne de la
maladie de 4,8 ans. 11 RF(IgM)
+. 4 sous traitement de seconde
ligne, 4 sous prednisolone, 13
sous AINS, 4 sous antalgiques.
2ème étude :
-groupe contrôle : 10 sujets
sains (recrutés parmi le
personnel hospitalier, avec
appariement sur l’âge et le
sexe).
-groupe jeûne : Jeûne
partiel de 7 jours encadré
avec une absorption
quotidienne de d’hydrates
de carbone <50g pour une
prise maximale de 205
kcal/jour.
1 prélèvement sanguin avant
le début du jeûne et 1
prélèvement sanguin après 7
jours de jeûne.
-groupe régime
cétogénique : 7 jours de
régime à base de légumes
choisis, protéines (viande,
poisson, œufs, noix),
mayonnaise, huile d’olive,
aromates et épices (2000 à
2500 kcal/jour, avec un
apport en carbohydrates <
40g/jour)
Dans les 2 groupes,
-le repos était conseillé
pendant les 7 premiers jours
-suite aux 7 premiers jours,
un régime lactovégétarien
était suivi pendant 2
semaines. Le régime était
présenté comme un régime
expérimental.
Paramètres
biologiques :
-Il-6
-DHEAS
(dehydroepiand
rosterone)
-VS (vitesse de
sédimentation)
-CRP (Protéine
C réactive)
-cortisol
-beta
hydroxybutyrat
e (β-HB)
-activation
lymphocytaire
et cytokines
(2ème étude)
Clinique
-Poids
- nombre
d’articulations
douloureuses
(sur 28)
44
(Fraser, Thoen et al. 2000) ont réalisé un essai comparatif (non randomisé) afin d’étudier l’effet soit
de 7 jours de jeûne soit de 7 jours de régime cétogénique sur le taux d’IL-6 (interleukine 6) et de
DHEAS (dehydroepiandrosterone sulphate) chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde.
23 sujets volontaires ont été inclus, les 10 premiers ont suivi un jeûne partiel (apport calorique
limité à 205kcal/jour) et les 13 suivants un régime cétogénique (apport calorique normal entre
2000 et 2500 kcal/jour, mais apport en hydrates de carbone limité à < 40g/jour). Suite au jeûne ou
au régime cétogénique, les sujets suivaient pendant 2 semaines un régime lactovégétarien.
Des mesures biologiques (IL6, DHEAS, VS, CRP, cortisol, β-HB) et cliniques (poids, nombre
d’articulations douloureuses) ont été réalisées à l’inclusion, à J7 et après les 2 semaines de régime
lactovégétarien.
En comparaison intra-groupe, les auteurs ont observé :
- Dans le groupe jeûne : une diminution significative du taux d’IL6 à J7 (de 35,5 à 22,5 pg/ml ;
p<0,05), de la VS à J7 (de 33 à 22 ; p<0,01), de la CRP à J7 (de 25 à 13 ; p<0,05), du score
d’articulations douloureuses à J7 (de 14 à 10 ; p<0,05) et du poids (de 70,5 à 67,5 kg,
p<0,01), ainsi qu’une une augmentation du taux de DHEAS (3,28 à 4,40 mmol/l ; p<0,01) et
une augmentation du β-HB (<0,1 à 2,1 mmol/l ; p<0,01)
- Dans le groupe régime cétogénique : une diminution significative du poids (de 70,5 à 67,5
kg, p<0,01), une augmentation du taux de DHEAS (2,42 à 3,23mmol/l ; p<0,01), du taux de
cortisol (de 325 à 371 nmol/l ; p<0,05) ainsi qu’une augmentation du β-HB (<0,1 à 2,1
mmol/l ; p<0,01)
Après les deux semaines de régime lactovégétarien, aucune mesure ne restait significativement
différente comparée aux valeurs initiales, et ce dans les 2 groupes.
Par ailleurs, les auteurs ont retrouvé une corrélation significative entre les valeurs d’IL-6 et le
nombre d’articulations douloureuses à l’inclusion et entre l’IL-6 et la CRP à J7 chez les patients du
groupe jeûne, ainsi qu’entre le taux d’IL-6 et la VS, la CRP et le nombre d’articulations douloureuses
à J21 chez les patients du groupe régime cétogénique. Les auteurs ont trouvé une seule corrélation
statistiquement significative entre la concentration en DHEAS et les variables indicatrices de
l’activité de la maladie (corrélation positive avec la VS à J21, dans le groupe jeûne).
Les auteurs interprètent la diminution du taux d’IL-6 comme un reflet de la baisse de production
d’IL-6 par la synoviale, et pour eux les diminutions des variables indicatrices de l’activité de la
maladie (VS, CRP, nombre d’articulations douloureuses) observées dans le groupe jeûne pourraient
être une conséquence directe de la diminution d’IL-6.
L’augmentation du DHEAS est observée dans les 2 groupes. Elle serait donc, pour les auteurs, le
résultat d’une déprivation en carbohydrates (et non d’une déprivation en énergie). De plus,
45
l’augmentation aigue du DHEAS étant également observée dans le groupe régime cétogénique, elle
ne pourrait expliquer ni la diminution du taux d’IL-6, ni la diminution des variables indicatrices de
l’activité de la maladie (VS, CRP, nombre d’articulations douloureuses) observées dans le groupe
jeûne. Les auteurs ne s’attendaient pas à ce résultat, car le DHEAS est connu pour diminuer
l’expression et l’activité du promoteur du gène de l’IL-6.
Enfin, les auteurs discutent de biais et de facteurs de confusion possibles dans leur étude. En
particulier, les régimes ne se sont pas déroulés dans les mêmes conditions : les patients du groupe
jeûne ont été pendant une semaine dans une ferme, dans un environnement «libre de stress »
alors que les patients du groupe régime cétogénique ont entrepris leur régime à la maison.
D’autre part, nous pouvons rappeler que l’étude n’est pas randomisée, qu’il n’y a pas de
comparaison inter-groupe mais uniquement intra-groupe, et que l’effectif est très faible.
Dans une étude complémentaire (Fraser, Thoen et al. 1999), les auteurs ont étudié l’effet du jeûne
sur l’activation lymphocytaire (des lymphocytes T CD4 et CD8) et la production de cytokines chez
les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. Des analyses complémentaires ont ainsi été
réalisées chez les 10 patients ayant jeûné, et un groupe contrôle a été constitué : 10 sujets sains
ont été recrutés parmi le personnel hospitalier (appariés sur l’âge et le sexe). L’activation
lymphocytaire a été étudiée par l’expression du marqueur d’activation CD69. Dans le groupe des
jeûneurs, l’activation des lymphocytes T-CD4 avait diminué de manière significative à J7 par
rapport à J1, mais pas à J21. Dans le groupe contrôle, l’activation des lymphocytes est restée stable
au cours du temps. Dans le groupe des jeûneurs, la diminution de l’activation des lymphocytes T-
CD4 était significativement corrélée à la perte de poids. Par ailleurs, le nombre de lymphocytes CD4
a diminué de manière significative à J7 et J21, le nombre de CD8 à J7 et la concentration en IL-4 a
augmenté de manière significative à J7. Pour les auteurs, ces résultats (la diminution du nombre de
lymphocytes, l’inhibition de l’activation des lymphocytes T-CD4, et l’augmentation de la production
d’IL-4) suggèrent que le jeûne a un effet sur l’immunité cellulaire. Ces modifications pourraient
sous-tendre l’amélioration clinique observée.
46
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Abendroth et al. 2010 Forschende Komplementärrmedizin
Essai prospectif
comparatif non
randomisé
(randomisation
impossible au vu
des refus des
patients)
2 groupes
- En ouvert
- Mono centrique
- Service de
médecine
interne,
naturopathie et
médecine
intégrative.
Essen, Allemagne
Agrément du
comité d’éthique
local
-Recrutement de
Février 2006 à
Octobre 2007
Suivi :
Mesures
-à J1 :
Questionnaire
alimentaire
-à J1 et J13 :
activité de la
maladie, HAQ, SF-
36, CRP, examen
des selles
-de J1 à J8 : EVN
(de manière
quotidienne)
-Sujets :
hospitalisés dans le
service, présentant
une polyarthrite
rhumatoïde (selon
les critères du
collège américain
de rhumatologie)
Exclusions :
Antibiothérapie au
cours des 4
dernières
semaines,
malnutrition,
IMC<19kg/m2 ou
>40kg/m2,
insuffisance rénale,
grossesse, cancer,
participation à
d’autres études,
inapte à coopérer.
50 patients inclus
-Groupe jeûne : 22
sujets
-groupe régime
méditerranéen : 28
sujets
A l’inclusion, il n’y
avait pas de
différence
significative entre
les groupes
concernant l’âge, le
sexe, l’IMC, les
consommations
médicamenteuses
et les attentes
relatives au
traitement.
-groupe jeûne : Jeûne
partiel de type
Buchinger :
Début du jeûne à J3, avec
1 jour de pré jeûne, à
base de riz et légumes
(apport de 800 kcal), suivi
de 7 jours de jeûne
(apport maximal de
300kcal/jour, à base de
jus de fruits, soupes, et
thé). Les 2 jours suivants
(J11 et J12) étaient des
jours de reprise
alimentaire progressive.
Le retour au régime
normo calorique se faisait
le soir de J13.
A J4 (1er jour de jeûne), les
patients ingéraient un
laxatif.
-groupe régime
méditerranéen : normo
calorique, basé
principalement sur des
légumes et des céréales
complètes
(2000kcal/jour) : 7
portions de fruits et
légumes par jour, pain
complet, pâtes, riz, 2
portions de
poisson/semaine et
utilisation exclusive
d’huiles d’olive et de
colza.
Dans les 2 groupes,
-Les patients suivaient un
programme personnalisé,
incluant des exercices, de
la physiothérapie, un
programme de gestion du
stress, et d’autres
thérapies
complémentaires telles
que des massages ou de
l’hydrothérapie…
-le café et l’alcool étaient
prohibés pendant toute la
durée de l’étude
-Activité de la
maladie : Disease
activity score 28
(score combiné, à
partir du nombre
des articulations
enflées et
douloureuses, de la
VS et de l’EVA
douleur).
-Qualité de vie : SF-
36 et HAQ (health
assessment
questionnaire)
-Douleur : échelle
visuelle numérique
(au repos, pendant
une activité
physique, à la
mobilisation
articulaire)
-Habitudes
alimentaires : Food
Frequency
questionnaire
-biologiques :
examen de selles,
CRP
(Abendroth, Michalsen et al. 2010) ont cherché à évaluer les modifications de la flore intestinale et
les modifications cliniques associées à un régime de type méditerranéen et à un jeûne partiel (type
Buchinger) chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde.
47
50 patients hospitalisés ont été inclus, il n’y a pas eu de randomisation. 22 ont suivi un jeûne partiel
et 28 un régime méditerranéen pendant 7 jours. En plus de ces interventions diététiques, les
patients des 2 groupes bénéficiaient d’un programme de prise en charge multimodal.
Les critères de jugement étaient multiples : cliniques (score d’activité de la maladie DAS-28, EVN
douleur), qualité de vie (HAQ et SF-36), biologiques (examen de selles, CRP).
L’analyse a été réalisée en intention de traiter. Les données manquantes ont été imputées par
report de la dernière valeur observée.
Le score d’activité de la maladie s’est amélioré de manière significative au sein des 2 groupes, sans
différence retrouvée entre les groupes. De manière générale, il n’y a pas eu de différence
statistiquement significative observée en comparaison intergroupe concernant les autres critères
de jugement (hormis pour l’EVN douleur au repos à J7, inférieure dans le groupe jeûne, mais il n’y
avait pas de différence les jours précédents ni le jour suivant). De plus, les auteurs n’ont pas trouvé
de corrélation significative entre les modifications de la flore intestinale (mesurée par les
changements des acides gras à chaînes courtes) et les scores DAS-28, HAQ et SF-36.
Pour les auteurs, cette étude montre qu’un programme thérapeutique multimodal comprenant un
jeûne partiel ou un régime méditerranéen est un traitement efficace de la polyarthrite rhumatoïde,
au vu des résultats sur la douleur et l’activité de la maladie. Leur étude montre aussi que l’activité
de la maladie et l’amélioration clinique n’est pas nécessairement corrélée à des modifications de la
flore microbienne intestinale.
En conclusion, cette étude n’a pas permis de montrer de supériorité du jeûne partiel sur le régime
méditerranéen dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde dans le cadre d’un programme
multimodal. De plus, il n’est pas possible d’attribuer l’amélioration clinique observée au jeûne
partiel ou au régime méditerranéen. De nombreux biais sont possibles, citons en particulier les
autres modalités de traitement proposées au sein du programme, qui pourraient tout autant
expliquer l’amélioration observée.
48
L’étude qui suit est une étude allemande de 2005, publiée dans le BMC complementary
and alternative medicine de Michalsen et collaborateur intitulée « Mediterranean diet or extended
fasting’s influence on changing the intestinal microflora, immunoglobulin A secretion and clinical
outcome in patient with rheumatoid arthritis and fibromyalgia : an observational study ».
Les auteurs recherchent une éventuelle association entre un changement de type quantitatif ou
qualitatif de la composition de la flore fécale de patients atteints de polyarthrite rhumatoïde ou de
fibromyalgie et la poursuite soit d’un jeûne soit d’un régime méditerranéen.
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Michalsen et al. 2005 Biomedcentral Complementary and alternative medicine
2 groupes en
parallèle
- En ouvert
- Non
randomisé
Mono
centrique
Département
hospitalier
spécialisé en
modification
du style de
vie et soins
nutritionnels
Essen
Allemagne
Suivi : 2
semaines de
traitement
- 1 collecte
postale à 3
mois
Mesures :
Inclusion puis à
2 semaines et à
3 mois
1 diététicien, 1
médecin
Inclusion :
-Diagnostic pré établi de
polyarthrite rhumatoïde
ou de fibromyalgie
séjournant régulièrement
pendant 14 jours dans le
service
Exclusions :
-Malnutrition, maladies
psychiatriques, déficiences
hépatiques ou rénales
sévères, maladies
coronariennes non
stabilisées, maladies
endocrines, insuffisance
cardiaque, antécédents de
cancer
- traitement au
méthotrexate,
azathioprine, hautes doses
de corticostéroïdes ou
d’antibiotiques dans les 3
mois précédents l’étude
-les patients ne devaient
pas avoir suivi de régime
quel qu’il soit pendant les
3 mois précédents l’étude
-Les patients inclus dans le
bras jeûne ne devaient
pas avoir d’antécédents
de troubles du
comportement
alimentaire ou un BMI>40
Allocation des patients :
58 dépistés
51 inclus : 30 jeûne, 21
régime méditerranéen
47 en fin de prise en charge
43 suivis par courrier après
3 mois
Groupe jeûne :
Au jour 2 de l’étude : 2 jours
de pré jeûne consistant en un
régime peu salé composé de
riz blanc et de légumes pour
un apport de 800 kcal/jour.
De la soirée du jour 3 à midi
du jour 11 : 8 jours de jeûne
autorisant 200cl de jus de
fruit, un peu de soupe de
légume légère pour un apport
calorique quotidien
n’excédant pas 300 kcal. Le
jeûne commence par une
purge. Les jeûneurs doivent
boire 2 à 3 litres par jour. Jour
12 et 13 réintroduction
alimentaire.
Groupe régime
méditerranéen :
A partir du jour2 jusqu’à la
sortie : régime normo
calorique (2000 cal/jour)
consistant en 7 portions de
fruits et légume par jour, du
pain complet des pâtes, du
riz, 2 portions de poisson par
semaine, 2 portions
maximum de viande par
semaine, utilisation exclusive
d’huile d’olive ou de colza
pour la préparation des repas
Pour tous
Pendant l’hospitalisation
programme d’exercices
physiques quotidien pour
tous et thérapie manuelle
Période d’observation : jour1 ;
début des interventions
nutritionnelles : jour2 ; sortie
d’hôpital jour13
Principal
Analyse
quantitative de
la flore fécale
aérobie et
anaérobie
Secondaires :
- pH et
concentration
d’immunoglob
uline A
sécrétoires
Cliniques :
- sévérité des
symptômes
-douleur
Les patients ne
sont pas
randomisés.
L’allocation à un
groupe donné
dépendait de
critères
cliniques
prédéfinis (non
précisés) et du
choix du
patient.
49
La fibromyalgie est un état douloureux musculaire chronique affectant l’ensemble des quatre
quadrants du corps et caractérisé par une hypersensibilité douloureuse au toucher et une asthénie.
Les patients n’étaient pas randomisés. Parmi les 51 patients inclus dans l’étude, 30 ont choisi de
jeûner et 21 de suivre le régime méditerranéen. Parmi les 30 jeûneurs, il y avait 21 patients atteints
de fibromyalgie et 9 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. Parmi les 21 patients qui ont
suivi un régime méditerranéen, 14 étaient atteints de fibromyalgie et 7 atteints de polyarthrite
rhumatoïde. Un échantillon de selles des patients a été collecté à l’admission, un ou deux jours
avant que les patients ne quittent le service et 3 mois après leur départ de l’hôpital.
Les critères de jugement suivants ont été utilisés :
Analyse quantitative de la flore fécale : Détermination des espèces et comptage des
populations microbiennes par dilution successives et étalement sur des milieux sélectifs.
Incubation des boites de culture faite à 37°C pour les bactéries, pendant 1 jour sous
condition aérobies pour le comptage des entérobactéries, des entérocoques et autres
bactéries aérobies, pendant 3 jours sous condition de micro aérobie pour les lactobacilles
et pendant 3 jours sous condition anaérobie pour les bifidobactéries, les bactéroïdes, les
prevotella, les porphyromonas et les clostridium et à 30°C sous conditions aérobie pour les
levures et moisissures.
Mesure de l’immunoglobine A sécrétoire par test ELISA à partir de selles mis en suspension
dans un tampon.
Intensité de la polyarthrite rhumatoïde : la sévérité des symptômes a été mesurée avec le
Rheuma Activity Index DAS28, qui agrège la quantification des articulations atteintes et
gonflées, la vitesse de sédimentation globulaire et la raideur matinale.
Intensité de la fibromyalgie : la douleur a été évaluée par le patient à l’aide d’une échelle
visuelle analogique de 10 cm graduée de 0 (pas de douleur) à 10 (le maximum de douleur).
L’adhérence au régime a été bonne dans les 2 groupes, sans abandon.
Les résultats sont donnés en moyenne plus ou moins l’écart type. Le poids a diminué en moyenne
de 3,3 kg dans le groupe jeûne, versus de 1,2 kg en moyenne dans le groupe régime
méditerranéen. Les auteurs ont constaté une amélioration clinique chez les patients atteints de
polyarthrite rhumatoïde statistiquement significative dans le groupe jeûne mais cette amélioration
n’était pas statistiquement différente de celle observée dans le groupe régime méditerranéen (-0,7
points versus -0,2 points ; p=0,09). Pour les patients atteints de fibromyalgie, les auteurs ont
constaté une diminution significative de la douleur dans le groupe jeûne (p=0,003), mais pas dans
le groupe régime méditerranéen. Il n’y avait cependant pas de différence significative en
comparaison intergroupe.
50
Les auteurs n’ont mis en évidence aucun changement significatif dans la flore intestinale en lien
avec le changement de régime alimentaire. Les résultats n’étant pas conformes à leurs attentes, les
auteurs mettent en cause les techniques d’identification et de comptages traditionnels des
microorganismes. Ils mettent aussi en cause la différence des groupes à l’inclusion en termes d’âge,
de BMI et d’intensité de la maladie.
REVUES COCHR ANE
Une revue Cochrane s’est intéressée aux interventions nutritionnelles dans la prise en charge de la
polyarthrite rhumatoïde (Hagen, Byfuglien et al. 2009).
Les essais contrôlés randomisés ainsi que les essais cliniques contrôlés étaient éligibles. Les
patients devaient être atteints de polyarthrite rhumatoïde (définie selon les critères du collège
américain de rhumatologie ou équivalent) et au moins un groupe devait recevoir une intervention
nutritionnelle (tout type de régime, ou jeûne). Les études s’intéressant aux suppléments
nutritionnels n’étaient pas éligibles. Les bras contrôle pouvaient être les suivants : autre
intervention nutritionnelle, intervention placebo ou régime usuel.
Les critères de jugement principaux pouvaient être la douleur, le statut fonctionnel, la raideur
articulaire, la fatigue ou les effets secondaires.
Caractéristique des essais :
La revue inclut 14 essais contrôlés randomisés et 1 essai clinique contrôlé, avec un total de 837
patients.
51
Parmi les quinze études inclues dans la revue, deux comportaient une intervention nutritionnelle à
type de jeûne thérapeutique (Skoldstam, Larsson et al. 1979; Kjeldsen-Kragh, Haugen et al. 1991).
Ces deux études ont été présentées en détail plus haut. Nous ne présenterons pas en détail les
autres études car les interventions évaluées (régime végétarien ou végétalien, régime
méditerranéen ou crétois, régime Graastener10, régimes hypoallergéniques sous forme liquide,
régimes d’élimination) n’entrent pas dans le cadre du présent rapport. La durée des interventions
était variable selon les études.
Conclusion des auteurs :
Les auteurs concluent que les effets des interventions nutritionnelles sont encore incertains, et
qu’il est difficile de conclure à partir des études inclues, de faible effectif et présentant des risques
de biais modérés à élevés.
Ils soulignent cependant que, comparés à un régime usuel, le jeûne suivi d’un régime végétarien ou
le régime crétois-méditerranéen améliorent la douleur, mais pas la raideur ni l’impotence
fonctionnelle.
Ils soulignent également qu’un régime élémentaire (prédigéré) n’apporte pas de bénéfice par
rapport à un régime normal.
Enfin, ils rappellent que les taux de sortie d’étude sont supérieurs dans les groupes bénéficiant
d’une intervention nutritionnelle, indiquant possiblement que la compliance est difficile. Ils
s’inquiètent également de la perte de poids éventuellement associée aux interventions et des
éventuels risques nutritionnels associés.
Ils encouragent la réalisation de nouvelles études, incluant un suivi à long terme et la surveillance
des effets indésirables.
10 Régime comprenant 800g de poisson frais par semaine. L’apport énergétique est ajusté individuellement pour viser un IMC standard,
les lipides représentent 20 à 30% de l’apport énergétique, et l’apport protéique est de 1,5g de protéine par kg de poids corporel.
52
En résumé, concernant la polyarthrite rhumatoïde, nous avons recensé 14 articles : 13 études
décrivant 6 essais et une revue Cochrane.
Parmi les 13 études, on recense 5 études comportant parmi leurs critères de jugement des critères
cliniques. Les 7 autres études sont des études complémentaires, avec des critères de jugement
biologiques et s’intéressent davantage à la physiopathologie et à l’étayage d’hypothèses sur les
mécanismes d’action potentiels du jeûne chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde.
Concernant les 5 études comportant des critères de jugement clinique, on dénombre :
- 2 essais contrôlés randomisés comparant une intervention « jeûne partiel» (+/- purges et
suivi d’un régime végétarien ou individualisé) à un groupe contrôle sans traitement
o (Skoldstam, Larsson et al. 1979).
Les auteurs rapportent dans le groupe jeûne partiel une réduction sensible de la
sensation de douleur et de raideur signalées ainsi qu’une réduction significative de
la consommation de médicament (AINS). Cet essai présente cependant des limites
importantes. Les méthodes de randomisation et de dissimulation de la répartition
ne sont pas précisées. L’intérêt d’avoir réalisé un ECR est de plus fortement limité
car les auteurs n’ont pas réalisé de comparaison intergroupe. Enfin, les patients du
groupe jeûne bénéficiaient également de purges/lavements, et les résultats
observés sont donc à mettre en relation avec le jeûne associé à cette co-
intervention et non avec le jeûne uniquement.
o (Kjeldsen-Kragh, Haugen et al. 1991)
Les auteurs rapportent une amélioration clinique significativement supérieure dans
le groupe jeûne partiel (suivi d’un régime végétalien puis lactovégétarien) par
rapport au groupe contrôle, sur plusieurs critères de jugement (à la fois cliniques
douleur, durée de dérouillage matinal, index de Ritchie etc.- et biologiques VS,
CRP, nombre de leucocytes-), et persistante après 1 an de suivi.
Deux principales limites sont à souligner : l’absence de double aveugle, et
l’incertitude sur l’extrapolabilité d’une telle intervention en population générale
des malades, car les participants à l’étude, volontaires pour suivre un jeûne,
étaient probablement peu représentatifs de la population générale des malades.
- 3 essais comparatifs
o Un essai comparant une intervention « jeûne partiel» à un régime cétogénique
(Fraser, Thoen et al. 2000)
Les auteurs ont observé à J7 une diminution significative du score d’articulations
douloureuses, du poids et de certains paramètres biologiques (IL6, VS, CRP) ainsi
53
qu’une une augmentation du taux de DHEAS et du β-HB dans le groupe jeûne
partiel. Dans le groupe régime cétogénique, ils ont observé une diminution
significative du poids, une augmentation du taux de DHEAS, du taux de cortisol
ainsi qu’une augmentation du β-HB.
Les principales limites sont les suivantes : l’étude n’est pas randomisée, il n’y a pas
de comparaison inter groupe mais uniquement intra-groupe, l’effectif est très
faible et les résultats significatifs sont observés uniquement à J7, leur effet ne se
prolonge pas dans le temps après un passage à un régime lactovégétarien.
o 2 essais comparant une intervention « jeûne partiel » à un régime méditerranéen
(Abendroth, Michalsen et al. 2010)
Le score d’activité de la maladie s’est amélioré de manière significative au
sein des 2 groupes, sans différence retrouvée en comparaison inter
groupe. Il n’est pas possible d’attribuer l’amélioration observée aux
interventions nutritionnelles (jeûne ou régime méditerranéen) ; de trop
nombreux biais sont présents : en particulier les interventions étaient
proposées au sein d’un programme multimodal, avec de nombreuses co
interventions.
(Michalsen, Riegert et al. 2005)
En analyse intra-groupe, les auteurs ont constaté une amélioration
significative du score clinique (pour les patients atteints de PR) et une
diminution significative de la douleur (pour les patients atteints de
fibromyalgie) dans le groupe jeûne partiel, mais pas dans le groupe régime
méditerranéen. L’analyse intergroupe ne retrouvait cependant pas de
différence significative.
54
PATHOLOGIE S CHRONIQUES
PATHOLOGIE S CH RONI QU ES DIVERSES ( QU AL ITE DE VI E ET INTENSITE DES SY MPTOMES)
Nous présentons ci-dessous une étude réalisée par l’équipe de A. Michalsen (publiée dans « the
journal of alternative and complementary medicine ») qui évalue la faisabilité d’une conduite de
jeûne lors d’une hospitalisation, l’adhésion au traitement et l’efficacité en grande population de
patients présentant des pathologies chroniques « Incorporation of fasting therapy in an integrative
medicine ward : Evaluation of outcome, safety and effects on lifestyle adherence in a large
prospective cohort study ». Cette étude porte sur l’évaluation de 1875 patients.
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Michalsen et al. 2005 The journal of alternative and complementary medicine
Prospectif : tous
les patients
répondants aux
critères entre
2001 et 2004
-2 groupes en
situation de soins
réels
- En ouvert
- Les patients ne
sont pas
randomisés mais
alloués à un
groupe après
examen de
l’historique
médical et
suivant le choix
du patient
Mono centrique
- Centre de
médecine
intégrative.
Essen, Allemagne
Suivi : 14
jours de
traitement,
plus 6 mois
de suivi.
Mesures :
Inclusion puis
à la sortie du
service, puis
à 3 et 6 mois
Critères d’inclusion :
- Traitement de plus de 3
jours
-Polyarthrite rhumatoïde,
douleurs chroniques de
l’appareil locomoteur
(arthrose, fibromyalgie,
maux de dos), maladies
inflammatoires chroniques
de l’intestin stabilisées,
syndrome de l’intestin
irritable, maladies
pulmonaires chroniques,
migraine et céphalées de
tensions
Exclusions :
Troubles de l’alimentation,
IMC<21 ou >40, maladies
hépatiques, insuffisance
rénale, ulcères gastriques,
facteurs comorbides
sévères comme cancer ou
SIDA, alcoolisme,
malnutrition, prise de
médicaments
immunosuppresseurs (sauf
corticostéroïdes)
Etude proposée à
2787 patients
Sujets Participants : 2121
Non participants 666
Jeûne : 952
Régime végétarien normo
calorique : 873
Autre intervention
nutritionnelle ou non
précisé : 296
Suivi à 6 mois :
Jeûne : 494
Autres régimes : 422
Méthode de jeûne :
type Buchinger
(environ 350
kcal/jour) de 7
jours, précédés de
2 jours de mono
diète de fruit, riz
ou pomme de terre
à 800 kcal/jour et
de l’ingestion de
laxatifs. Pendant le
jeûne,
administration d’un
lavement tous les 2
jours. Le jeûne est
suivi d’une
réalimentation
progressive
débutant par 3
jours de régime
végétarien.
Les non jeûneurs
ont suivi des
régimes variés.
Tous les patients ont
reçu les mêmes
traitements
complémentaires à
base de
phytothérapie, de
ventouses,
d’acuponcture, de
séance de yoga, de
psychothérapie
corporelle et de
gymnastique, ainsi
que des cours de
nutrition.
Avant inclusion :
-questionnaires : avec
variables
démographiques,
comportements liés à
la santé, sévérité de
l’affection principale.
A la sortie du
traitement et durant
le suivi :
-qualité de vie évaluée
par le SF36
- l’adhésion au style
de vie recommandé
est évaluée par des
échelles numériques
(4 points pour la
relaxation, 2 pour les
exercices, 8 points
pour la nutrition)
-évolution de la
sévérité concernant
l’affection principale
(échelle à 5
modalités).
Pour les jeûneurs
-poids
-évaluation de
l’impact du jeûne sur
la pathologie
A la fin du traitement
évaluation par le
médecin des effets
secondaires chez les
jeûneurs.
-multiplicité
des diagnostics
à l’entrée de
l’étude
- distribution
des patients
dans les bras
de l’étude faite
de manière
non aléatoire
suivant le
choix du
patient
55
L’étude (Michalsen, Hoffmann et al. 2005) s’est étalée sur une période de 3 ans. Les auteurs ont
demandé à tous les entrants pour un séjour de plus de 3 jours (n=2787) de participer à une étude
sur la conduite du jeûne. 2121 ont accepté. Les patients n’étaient pas randomisés. Parmi les
volontaires, 952 ont suivi une période de jeûne partiel de type Buchinger pendant 7 jours. Tous les
patients ont suivi des séances de relaxation, de gymnastique et des cours de nutrition. Les patients
étaient interrogés avant l’intervention, après l’intervention et à 3 et 6 mois de suivi, sur l’évolution
de l’intensité de leurs symptômes (donnés en nombre de patients par modalité bien pire, pire,
inchangé, mieux, beaucoup mieux- et pourcentage), leur qualité de vie (donnée en moyenne de
score plus intervalle de confiance) et sur leur changement de mode de vie (en nombre et
pourcentage).
Dans les deux groupes, jeûneurs et non jeûneurs, les patients ont rapporté une amélioration des
symptômes après l’intervention, cette amélioration est significativement plus élevée dans le
groupe des jeûneurs que des non jeûneurs (81,7% contre 77,0% ; p<0,001). Par contre il n’y avait
pas de différence significative entre les groupes sur la qualité de vie. D’une manière générale, la
qualité de vie physique et psychique est améliorée dans les 2 groupes, la taille d’effet à 6 mois de
l’augmentation de la somme des scores physiques était de 0,33 pour les jeûneurs et de 0,49 pour
les non jeûneurs, la taille d’effet à 6 mois de l’augmentation de la somme des scores psychiques de
0,40 pour les jeûneurs et de 0,28 pour le groupe contrôle.
Concernant les changements de mode de vie, les auteurs constatent une amélioration dans les
pratiques de relaxation et de gymnastique dans les deux groupes, par rapport à l’entrée dans
l’étude, sans mettre en évidence de différence statistiquement significative entre le bras jeûne et
le bras contrôle. Enfin les deux groupes de patients ont amélioré leur régime alimentaire
conformément aux recommandations des diététiciens par rapport à l’entrée dans l’étude, sans
qu’il n’y ait de différences significatives entre les jeûneurs et les non jeûneurs.
Aucun effet indésirable grave n’a été signalé. 23 patients ont arrêté prématurément le jeûne pour
raison d’irritabilité, de faim ou de manque de motivation. Deux cas d’hyponatrémie sans
complication ont été recensés chez des patients qui n’avaient pas stoppé leur traitement
diurétique, l’arrêt des diurétiques a permis une normalisation de la situation. Un patient avec de la
goutte a vu une augmentation de son taux d’acide urique pendant le traitement qui a pu être traité
à l’allopurinol. Enfin 4 patients ont présenté des douleurs stomacales transitoires.
Les auteurs soulignent quelques limitations de l’étude, d’abord les patients n’ont pas été distribués
dans les bras de l’étude de manière aléatoire, ensuite il existe une grande hétérogénéité des
diagnostics à l’entrée dans l’étude. S’ils ont mis en évidence une diminution de l’intensité des
symptômes plus importante parmi les jeûneurs, ils n’ont pas constaté une amélioration de la
56
qualité de vie significativement meilleure dans ce groupe ni une significativement plus grande
adhérence aux conseils de changement de style de vie. Enfin, le nombre important de perdus de
vue à 6 mois constitue également une limite à prendre en compte, car il est plausible que la prise
en charge ait abouti à de moins bons résultats chez ceux n’ayant pas répondu, et que l’effet du
traitement dans les 2 groupes ait de ce fait été surestimé.
Par ailleurs, nous pouvons souligner qu’il aurait été intéressant d’utiliser des scores de propension
(afin de réduire les biais liés à l’absence de randomisation).
DOULEURS C HR ONIQUES
L’équipe de Michalsen a publié un essai exploratoire en 2006 dans la revue Nutritional
Neuroscience intitulé « Prolonged fasting in patients with chronic pain syndromes leads to late
mood-enhancement not related to weight loss and fasting-induced leptin depletion » qui évalue
l’effet d’un jeûne sur l’humeur des patients présentant des douleurs chroniques. Cette étude tente
aussi de relier l’humeur ressentie aux taux de leptine et de cortisol sécrétés par les patients.
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Comme
ntaires
Michalsen et al. 2006 Nutritional Neuroscience
2 groupes en
parallèle
- En ouvert
-Les patients
choisissent
le bras
d’étude
-Mono
centrique
Département
hospitalier
spécialisé en
modification
du style de
vie et soins
nutritionnels
Essen
Allemagne
Suivi : 15 jours
- 2 jours de pré
traitement
- 8 jours de
traitement
-4 jours de
post
traitement
Mesure :
-Jours 1, 4, 11,
14 pour le
poids et les
analyses
sanguines
-Quotidienne
pour l’humeur
ressentie
-Jour 13 : faim,
entretien
qualitatif sur
l’humeur des 8
derniers jours
-J1 et J13 :
dépression
1 diététicien, 1
médecin
- patients avec des
douleurs légères à
modérées sur des
lombalgies ou
cervicalgies, ou arthrites
ou maux de tête.
Exclusions :
-Malnutrition, maladies
psychiatriques,
déficiences hépatiques ou
rénales sévères, maladies
endocriniennes,
insuffisance cardiaque,
antécédents de cancer,
IMC>35
Allocation :
55 sujets
- jeûne 36
- régime modéré 19
La moyenne globale de
l’humeur ressentie au jour
de référence (J1) est en
dessous de 5 dans les 2
groupes.
Groupe jeûne :
Au jour 2 de l’étude : 2 jours de
pré jeûne consistant en un
régime peu salé composé de riz
blanc et de légumes pour un
apport de 800 kcal/jour. De la
soirée du jour 3 à midi du jour
11 : 8 jours de jeûne autorisant
200cl de jus de fruit, un peu de
soupe de légume légère pour un
apport calorique quotidien
n’excédant pas 300 kcal. Le
jeûne commence par une purge.
Les jeûneurs doivent boire 2 à 3
litres par jour. Jour 12 et 13 :
réintroduction alimentaire.
Les patients du groupe contrôle
reçoivent une alimentation
végétarienne durant toute la
période de traitement, pour une
valeur énergétique de 2000
kcal/jour
Pour tous :
Pendant l’hospitalisation
programme d’exercices
physiques quotidien, ainsi qu’une
éducation à la relaxation.
Principaux :
Humeur ressentie
par auto évaluation
sur une échelle
visuelle analogique
de 100mm (0 le
pire, 10 le mieux).
Mesure de la
concentration
sanguine en leptine
et en cortisol.
Secondaires :
Le poids et IMC
évalué le matin
après le jeûne
nocturne.
Evaluation de la
faim ressentie sur
une échelle de
Likert à 10 points (0
pas faim, 10
extrêmement
affamé)
Evaluation de la
dépression par
l’auto-
questionnaire SDS
de Zung
Les
patients
choisiss
ent le
bras
d’étude
57
Cet essai portait sur 55 patients atteints de lombalgie, de cervicalgie, d’arthrite ou de maux de
têtes. Les patients choisissaient leur bras d’étude : 36 patients ont participé à un jeûne modifié de
300 kcal/jour (précédés de 2 jours de préparation au jeûne à 800 kcal/jour et suivis de 3 jours de
réalimentation progressive), 19 à un régime de 2000 kcal/jour. L’ensemble des patients
participaient à des séances d’exercices physiques. L’humeur ressentie était mesurée par
autoévaluation à l’aide d’une échelle visuelle analogique de 100 mm (10 la meilleure humeur, 0
l’humeur la pire). De plus les patients étaient interrogés, le 13ème jour, sur leur humeur des 8
derniers jours à l’aide d’un questionnaire qualitatif standardisé. La faim a été évaluée chez les
jeûneurs à l’aide de l’échelle de Likert à 10 points (0 pas de faim, 10 extrêmement affamé). La
dépression a été mesurée à l’aide de l’échelle SDS (self-rate depression scale) de Zung par
autoévaluation les jours 1 et 13 de l’étude. Le poids a été mesuré quotidiennement, les
concentrations en leptine et cortisol ont été mesurées par immunochimie les jours 1, 4, 11 et 14 de
l’étude.
Les deux groupes de l’étude ont présenté une augmentation statistiquement significative de
l’humeur ressentie illustrée par une augmentation au 11ème jour par rapport à la valeur de départ
de 1,9 points IC95[1,3-2,6] (p<0,001) chez les jeûneurs et de 1,0 point IC95[0,4-1,7] (p<0,001) dans
le groupe contrôle. Les auteurs ont mis en évidence une différence significative intergroupe
estimée à 0,8 IC95[0,2-1,3] (p<0,01) avec le modèle linéaire généralisé ou à 1,4 IC95[0,1-2,6]
(p<0,05) à l’aide de l’analyse en covariance, en faveur du groupe ayant jeûné.
La diminution totale de concentration en leptine (- 58%) était statistiquement significative
(p<0,001) et l’augmentation de la concentration en cortisol de 11% aussi (p<0,001). Par contre, les
auteurs n’ont pas mis en évidence de corrélation entre l’amélioration de l’humeur et la
concentration en leptine ou en cortisol chez les patients jeûneurs.
L’indice de dépression est resté inchangé dans les deux groupes durant l’étude, il était bas dès
l’entrée dans l’étude pour la plupart des patients quel que soit le bras considéré.
A l’entrée dans l’étude, le bras jeûne présente un indice de masse corporelle (IMC) moyen plus
élevée que le bras contrôle (26,7 ±4,1 versus 23,5±4,1 kg/m2), l’IMC moyen du bras jeûne a
significativement plus diminué que l’IMC moyen du bras contrôle (24,9±0,6 versus 23,0±0,8 ;
p<0,001).
Les auteurs ont montré une amélioration de l’humeur significativement supérieure dans le groupe
jeûne par rapport au groupe contrôle. Des limites sont à prendre en compte dans l’interprétation
de ces résultats : absence de randomisation, choix du bras d’étude par les patients, absence
d’aveugle, durée de suivi courte
58
D’autre part, contrairement à leur hypothèse, les auteurs n’ont pas mis en évidence de corrélation
entre l’amélioration de l’humeur et la diminution des taux de leptine chez des patients jeûneurs
atteints de douleurs chroniques. Ils concluent que les médiateurs en cause dans l’amélioration de
l’humeur observée ne sont ni la leptine ni le cortisol. Enfin, pour les auteurs, l’amélioration de
l’humeur qu’ils ont observée dans leur groupe de patients jeûneurs pourrait être un des facteurs
expliquant la diffusion de la pratique du jeûne.
SYNDROME DE FA TIGU E CHRONIQUE
Rapport de cas
Les résultats de notre recherche bibliographique comportaient des rapports de cas : nous en
présentons 2 ci-dessous, l’un est sur le syndrome de fatigue chronique et l’autre sur la dermatite
atopique.
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Masuda et al. 2001. Cognitive behavioral therapy and fasting therapy for a patient with chronic
fatigue syndrome. Internal Medicine
Rapport de cas
1 patient
-Département
de médecine
interne,
Université de
Kagoshima,
Japon
Recueil du
consentement
éclairé
Suivi :
1 an
Mesures :
-J1, J10 et 10
jours après le
jeûne (Cornell
Medical index)
-J1, J10, et 4
mois après le
jeûne (activité
NK,
acylcarnitine)
Inclusion :
1 patient
25 ans
Syndrome de fatigue
chronique faisant suite à
une infection par
cytomégalovirus.
Patient hospitalisé pour
fatigue sévère,
arthralgies, céphalées,
insomnie et dépression
6 mois après une
hospitalisation pour
infection à CMV.
Neveu décédé d’une
infection à CMV à l’âge
de 5 mois 3 ans
auparavant.
Amélioration des
symptômes par thérapie
cognitivo-
comportementale puis
rechute
10 jours de jeûne
Repos au lit
2 L d’eau par jour
Interdiction de la
télévision, radio,
lecture, téléphone,
courrier, entretiens.
Perfusion de soluté
isotonique (Ringer) à
partir du moment où il y
a eu une cétonurie.
Après les 10 jours de
jeûne, jeûne partiel
(régime liquide)
pendant 5 jours, suivi de
gruau de riz puis retour
progressif à une
alimentation normale.
Symptômes
subjectifs
physiques et
mentaux recueillis
par le Cornell
Medical index
-paramètres
biologiques :
Cellules NK
Taux
d’acylcarnitine
L’intervention
n’est pas détaillée
de manière précise
(par exemple, la
durée de la
réalimentation
progressive n’est
pas mentionnée)
Les auteurs ne
présentent pas le
Cornell Medical
Index au-delà de
10 jours après le
jeûne. Il aurait été
souhaitable de
disposer des
résultats du CMI
pendant le suivi,
d’autant que des
résultats
biologiques sont
présentés pendant
le suivi (4 mois
après) et qu’ils
précisent qu’il n’y
avait pas de
rechute à 1 an
(l’étayer par le
CMI aurait été
pertinent).
59
(Masuda, Nakayama et al. 2001) rapportent le cas d’un patient de 25 ans présentant un syndrome
de fatigue chronique faisant suite à une infection par le cytomégalovirus, et ayant comme
antécédent familial un neveu décédé d’une infection par CMV à l’âge de 5 mois 3 ans auparavant. Il
était choqué d’être infecté par le même virus et craignait une aggravation de ses symptômes.
Ce patient a été traité par thérapie cognitivo-comportementale. Un traitement chimique (sans
précision) et une relaxation ont été proposés pour diminuer l’anxiété, la dépression et l’insomnie.
Des massages et un traitement par hyperthermie ont été proposés pour soulager ses myalgies et
arthralgies. Après une amélioration des symptômes, le patient a repris le travail mais a rapidement
rechuté. Un jeûne de 10 jours a été proposé, visant notamment à diminuer son anxiété. Un repos
complet était associé au jeûne, ainsi qu’une rupture de la communication avec le monde extérieur
(pas de téléphone, pas de courriers, pas de télévision…). La reprise de l’alimentation a été
effectuée de manière progressive. Pendant le jeûne, ses symptômes subjectifs physiques et
mentaux (mesurés par le Cornell Medical index) se sont aggravés transitoirement. Dix jours après le
jeûne, ses symptômes subjectifs physiques et mentaux ont diminué et sa fatigue également.
L’activité des cellules NK a triplé après le jeûne thérapeutique, le patient en a été informé et cela
lui a permis, d’après les auteurs, de restaurer sa confiance dans ses ressources physiques. Le taux
d’acylcarnitine a également augmenté après le jeûne, sans que les auteurs n’y associent de
signification physiologique.
Un an après il n’y avait pas de rechute.
Selon les auteurs, combiner thérapie cognitivo-comportementale et jeûne thérapeutique pourrait
être un traitement prometteur dans le syndrome de fatigue chronique. Pour les auteurs, en
surmontant l’épreuve du jeûne, les patients retrouvent confiance en eux, et sont satisfaits d‘eux-
mêmes.
Nous rappelons que bien évidemment, aucune conclusion ne peut être tirée de ce rapport de cas,
et que des études contrôlées sont nécessaires afin d’évaluer l’efficacité de la pratique du jeûne sur
le syndrome de fatigue chronique.
60
DERMATITE AT OPIQUE
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Nakamura et al. 2003. An adult with atopic dermatitis and repeated short-term fasting. J Physiol
Anthropol Appl Human Sci
Rapport de cas
1 patient
-Département
de santé
publique,
Université de
médecine de
Hamamatsu,
Japon
Consentement
éclairé
recueilli.
Respect de la
déclaration
d’Helsinki
Suivi : 20
semaines
-Mesures de
l’index
SCORAD avant
et après
chaque jour de
jeûne
- Mesures des
paramètres
biologiques
avant et après
la fin de l’essai.
Inclusion :
1 patiente
23 ans
Dermatite atopique
depuis l’âge de 3 ans
Echec des corticoïdes
topiques
Exacerbation des
symptômes l’été
Jeûne partiel de 24
heures une fois par
semaine pendant 20
semaines (de mai à
septembre)
Le jeûne partiel
consistait en la
consommation de
soupe (algues et
champignons séchés,
sauce soja, sucre non
raffiné) 2 fois par jour,
de thé (avec extrait de
feuilles de kaki) et d’eau
à volonté. L’apport
calorique était de 200
kcal.
-symptômes
cliniques de la
dermatite
atopique, évalués
par l’index
SCORAD (scoring
atopic dermatitis
index). Cet index
évalue de manière
combinée
l’extension,
l’intensité des
lésions, et les
symptômes
subjectifs.
-paramètres
biologiques : IgE,
LDH-5,
éosinophiles
-poids
(Nakamura, Shimoji et al. 2003) ont rapporté le cas d’une patiente de 23 ans, présentant
une dermatite atopique depuis l’âge de 3 ans, avec aggravation des symptômes pendant l’été et
échec des traitements par corticostéroïdes locaux. Ils ont proposé à cette patiente de pratiquer un
jeûne partiel une fois par semaine, pendant 20 semaines (de mai à septembre). Le jeûne partiel
consistait en la consommation de soupe 2 fois par jour, de thé et d’eau à volonté. L’apport
calorique était de 200 kcal.
L’évaluation de la pathologie a été réalisée par la mesure de l’index SCORAD (index d’évaluation de
la dermatite atopique) et de paramètres biologiques. L’index SCORAD est un outil de référence
permettant d’évaluer le degré de gravité d’une dermatite atopique, qui prend en compte à la fois
l’étendue de l’eczéma, son intensité ainsi que l’importance du prurit et des troubles du sommeil. Il
permet de calculer un score (de 0 à 103) et de classer le degré de gravité de la dermatite atopique :
légère (SCORAD<20), modérée (20<=SCORAD<40) et sévère (SCORAD >=40). Le SCORAD a été
mesuré au début et à la fin de l’essai et avant et après chaque jour de jeûne.
Avant le début de l’étude, l’index SCORAD était de 48,3. A la fin de l’étude, il était de 33,8.
Concernant les autres critères, le taux d’IgE est passé de 214 IU/mL avant l’essai à 1201 IU/mL
après l’essai, les LDH-5 de 14,5 à 22,9 IU/L et le nombre d’éosinophiles de 280 à 729/µL. La
61
patiente a perdu 3 kg (de 48 à 45 kg, l’IMC a diminué de 20 à 18,7kg/m2). Enfin, sur le plus court
terme, les comparaisons de l’index SCORAD avant/après chaque séance de jeûne ont montré : une
amélioration après 16 séances de jeûne, une stabilité après 2 séances et une aggravation après 2
séances.
En conclusion, les auteurs soulignent les bons résultats de la pratique d’un jeûne partiel
intermittent chez cette patiente, comme en témoigne l’amélioration des symptômes cliniques tout
au long de la période d’étude (alors même qu’habituellement la patiente présentait une
exacerbation de ses symptômes pendant l’été). Bien évidemment, les auteurs rappellent
qu’aucune conclusion ne peut être tirée de ce rapport de cas, et que des études contrôlées sont
nécessaires afin d’évaluer l’efficacité du jeûne partiel intermittent sur la dermatite atopique.
TROUBLES DIG ES TIFS FO NC TI ONNE LS
Un essai concerne l’évaluation d’une période de jeûne dans le traitement des symptômes du
syndrome de l’intestin irritable. Il s’agit d’une étude japonaise, publiée en 2006 dans le
International journal of behavioral Medicine intitulée « Effects of fasting therapy on irritable bowel
syndrome ».
Méthodes
Suivi
Participants
Interventions
Critères
Commentaires
Kanazawa and Fukudo 2006 Rheumatology
RCT
2 groupes en
parallèle
- En ouvert
- Randomisation :
Si une chambre
individuelle était
disponible après
les 4 semaines de
pré traitement
de base, le
patient était
inclus dans le
bras jeûne, sinon
dans le bras
contrôle
Mono centrique
- “hôpital
universitaire de
Tokoku”
Japon
Suivi : 12semaines
- 4 semaines de
traitement de
base
- 10 jours de
jeûne
- 5 jours de
réalimentation
- 6 semaines de
suivi
Mesures :
A l’inclusion puis à
4, 10 et 12
semaines.
- syndrome de
l’intestin irritable
suivant les critères
du ROME III et du
Manning.
Exclusions :
Autres désordres
organiques de
l’intestin
Prétraités : 84
Patients
randomisés :
58 patients
- 36 : jeûne
- 22 : contrôle
Pour tous : 4 semaines
de pharmacothérapie
(antidépresseurs ou
maléate de
trimebutine) et de
psychothérapie brève
Pour les patients sans
amélioration :
-Groupe jeûne :
10 jours de jeûne, suivis
de 5 jours de
réalimentation
progressive de 225 à
2100 kcal /jour.
Pendant le jeûne la
pharmacothérapie est
interrompue
Puis 4 semaines de suivi
-Groupe contrôle : 6
semaines de suivi sans
traitement.
Principaux
-Symptômes
gastro-intestinaux
(6)
-Symptômes
psychologiques (3)
-Qualité de vie
liée à la santé
- Quantité de
médicaments pris
-méthode de
randomisation non
adéquate
-Evaluation
multiple faite sans
ajustement
62
Le syndrome du côlon irritable est associé à un groupe de symptômes récidivants qui englobe la
constipation, la diarrhée, des douleurs ou crampes abdominales, des ballonnements, du mucus
dans les selles. Le nombre des symptômes est variable et il peut inclure des symptômes plus rares
comme des douleurs pelviennes ou des brûlures d’estomac. Les traitements existants sont d’ordre
pharmaco thérapeutiques ou psychothérapeutiques pour les sujets résistants au traitement
pharmaceutique.
Kanazawa et Fukudo se sont proposé d’évaluer le jeûne comme traitement des symptômes du
syndrome du côlon irritable chez des patients résistants aux traitements classiques(Kanazawa and
Fukudo 2006). Pour cela ils ont inclus 84 patients. Les patients ont été soumis à 4 semaines de
traitements pharmaceutiques et de thérapies brèves conformément aux standards de traitement
du syndrome au Japon. Les patients qui présentaient encore un ou plusieurs symptômes de
manière modérée ou sévère après les 4 semaines de traitement étaient enrôlés dans la suite de
l’étude (n=58 patients). Leur allocation au bras jeûne ou au bras contrôle de l’étude dépendait de
la disponibilité d’une chambre individuelle à la fin des 4 semaines de traitement préliminaire.
Pendant la durée du jeûne, les patients devaient boire 1 à 2 litres d’eau par jour pour éviter une
déshydratation et recevaient 500ml d’une solution de xylitol à 5% contenant des acides aminés
(3%), de l’acide ascorbique (200mg), de la fursulthiamine (20 mg) et de la flavine adénine
dinucléotide (20 mg) pour éviter des détériorations rénales ou hépatiques.
Les symptômes digestifs (douleurs abdominales, ballonnements, constipation, diarrhées, manque
d’appétit, nausées) et les symptômes psychologiques (dépression, anxiété, troubles somatoformes)
ont été évalués grâce à une échelle à 4 points (0 nul, 1 léger, 2 modéré, 3 sévère). Un indice de
qualité de vie a également été mesuré (HRQOL). L’effet du traitement était calculé via les
différences (item par item) entre le score juste avant le traitement et le score après le traitement
(pris entre la 8ème et la 12ème semaine de l’étude). L’effet pour chaque symptôme a été côté sur une
échelle à 5 points (≤-1 exacerbé, 0 sans changement, 1 légèrement efficace, 2 modérément
efficace, 3 particulièrement efficace). La consommation de trimébutine, d’antidépresseurs et de
benzodiazépines a été mesurée. La prise de médicament est évaluée en mg d’équivalent
d’imipramine pour les antidépresseurs, de diazépam pour les benzodiazépines.
Les résultats sont donnés en médiane et étendue ou en moyenne avec erreur standard ou en
nombre de patient et fréquence. Les auteurs ont observé une diminution statistiquement
significative de la sévérité de 7 symptômes chez les patients du groupe jeûne : douleurs
abdominales score de 2(0-3) à 0(0-3) p<0,001, ballonnements de 2(0-3) à 1(0-3) p<0,001, diarrhées
de 2(0-3) à 0(0-3) p<0,01, manque d’appétit de 0(0-2) à 0(0-1) p<0,02, nausées de 0(0-3) à 0(0-2)
63
p<0,01, anxiété de 1(0-3) à 0(0-3) p<0,001 et interférences avec la vie courante de 2(0-3) à 0(0-3)
p<0,001, alors que le groupe contrôle ne présentait d’amélioration que pour 3 symptômes
(douleurs abdominales, ballonnements et interférences avec la vie courante) . Au total, le jeûne
améliore significativement mieux la douleur abdominale (p<0,01), les diarrhées (p<0,01), les
nausées (p<0,05), l’anxiété (p<0,05) et l’interférence dans la vie quotidienne (p<0,001) que la
thérapie contrôle. Par ailleurs, les patients du groupe jeûne ont significativement diminué leur
consommation de médicaments (de 7,8±2,9mg à 1,1±0,9 pour les antidépresseurs, de 5,4±1,7mg à
1,7±0,5 pour les anxiolytiques et de 158±35 mg à 61±21 pour la trimébutine ; p<=0,02)
contrairement aux patients du groupe contrôle (diminution de 10,0±3,9mg à 10,0±3,7 pour les
antidépresseurs, de 4,2±0,7mg à 5,1±0,8 pour les anxiolytiques et de 205±54 à 232±52 pour la
trimébutine). Les auteurs ne rapportent pas de comparaison inter-groupe pour la consommation
médicamenteuse.
Les auteurs proposent d’expliquer les résultats observés par les mécanismes suivants : le jeûne, par
la mise au repos du tube digestif pourrait permettre une sorte de désensibilisation à certains
aliments mal tolérés par les patients ainsi que la diminution du réflexe gastro colique. De plus ils
font l’hypothèse que le jeûne induit des modifications neuroendocriniennes qui permettent de
diminuer l’anxiété et par là de diminuer les symptômes digestifs. Enfin ils estiment que l’isolement
social auquel est soumis le patient pendant la période de jeûne peut également constituer une aide
pour développer des réponses à des problèmes psychologiques ou comportementaux en lien avec
les symptômes digestifs.
Les auteurs rappellent que les patients du groupe jeûne recevaient une supplémentation en
thiamine et en acide ascorbique, et que cette supplémentation pourrait également expliquer les
effets observés. Enfin, cette étude présente d’autres limites et biais potentiels : le traitement initial
(durant les 4 premières semaines) n’était pas contrôlé mais dépendant du médecin présent, il n’y a
pas eu de randomisation adéquate et l’aveugle n’étant pas possible, des biais de sélection et
d’évaluation sont possibles…Enfin, le suivi n’a pas été prolongé au-delà de 6 semaines après le
jeûne et les résultats sur le plus long terme ne sont donc pas connus.
Les auteurs concluent cependant que l’observation d’une amélioration des symptômes suite à un
jeûne chez des patients présentant un syndrome de l’intestin irritable et résistants au traitement
standard justifie d’explorer par de nouvelles études l’indication du jeûne dans ce contexte.