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Auteurs : Bastien Cochard, Pegah Pelleteret,
Pierre-Yves Bovigny et François Lefort
Institut Terre, Nature et Environnement
© Haute école du paysage, d’ingénierie
et d’architecture (hepia) 2015
www.hes-so.ch Graphisme : Pegah Pelleteret
Cryptostroma corticale
Agent de la suie de l’érable
Cryptostroma corticale est un champignon anamorphe
classé comme ascomycète de la famille des Xylariaceae
(genre Biscogniauxia) sur la base d’identification géné-
tique. Découvert et isolé pour la première fois en 1899 sur
un érable champêtre, Acer campestre nord-américain par
Ellis & Everhart, sa forme sexuée n’a encore jamais été
décrite. En Europe, le premier cas fut rapporté en 1945,
au Royaume-Uni dans le parc de la ville d’Essex. À l’heure
actuelle, ce champignon a été retrouvé dans 7 autres pays
européens depuis le début du 21 ème siècle, en France,
en Autriche, en Allemagne, en Hollande, en République
Tchèque, et en Suisse. En France, ce champignon fut
recensé en 1950, 1991-1992 et 2005 en région parisienne
puis en 2011 dans trois régions : Centre, Franche-Comté
et Pays de la Loire. À chaque fois, ces recensements
faisaient suite à des périodes de grandes sécheresses.
En Suisse, selon les données de l’Institut fédéral de
recherches sur la forêt, la neige et le paysage, des cas
de suie de l’érable furent détectés en 2003 au Tessin sans
plus de précision. Le premier cas rapporté sur la base de
cultures pures isolées et de diagnostic génétique est celui
de Genève en 2014 (EPPO Global Data Base) (Photo 1).
Deux autres cas ont été observés à Genève en 2015. Bien
que ce champignon pathogène touche un grand nombre
d’espèces d’Acer, l’érable sycomore, Acer pseudoplatanus
est l’espèce la plus sensible.
Pathogénie
Au début de l’infection les symptômes sont relativement
discrets. Des rameaux desséchés apparaissent à la cime
des arbres portant des feuilles recroquevillées sur elles-
mêmes, qui présentent des signes de chlorose et qui ne
se détachent pas jusqu’à l’automne. Ce n’est qu’au prin-
temps suivant que des boursouflures peuvent apparaître
sur l’écorce du tronc (Photo 2). À un stade plus avancé
de la maladie, l’écorce se détache en plaque longitudinale
dévoilant un amas de spores sous forme d’une suie noire
qui donne le nom à cette maladie (Photo 3). Cryptostro-
ma corticale ayant la faculté de contourner facilement les
barrières de compartimentation instaurées par l’arbre, l’ex-
pansion du mycélium peut être rapide et l’arbre peut mou-
rir en quelques années.
Cette maladie n’est pas épidémique, mais apparaît sur
des sujets déjà affaiblis par des stress abiotiques. Séche-
resses, problèmes de compaction du sol et orages vio-
lents sont des facteurs déterminant dans l’apparition de
cette maladie. Une température moyenne supérieure à
22°C sur une longue durée est un facteur aggravant. Par
ailleurs, le stress lié aux oxydes d’azote induit par la pollu-
tion atmosphérique notamment en ville est également un
facteur aggravant pour les érables qui y sont sensibles.
Biologie et épidémiologie
Les spores dispersées par le vent colonisent les arbres
par le biais de blessures. Le champignon va alors se
développer en profondeur dans les tissus de l’arbre. En
réponse à l’infection, l’hôte va alors cloisonner les zones
atteintes et sécréter des métabolites secondaires au
niveau des parois cellulaires, ce qui se traduira par la
formation d’une coloration verte jaunâtre de l’aubier visible
lors d’une coupe transversale du tronc (Photo 4). Par la
suite, le mycélium va se développer sous forme de feuillets
blanchâtres entre l’écorce et le liber créant des chancres
qui avec le temps éclateront, laissant apparaitre une fine
couche poudreuse de couleur noire, correspondant aux
stromas du champignon contenant les spores (Photo 5).
Impact sur la santé humaine
Cryptostroma corticale n’est pas un agent infectieux pour
l’homme. Cependant, les spores de ce champignon sont
hautement allergènes et peuvent induire une pneumopa-
thie d’hypersensibilité dite alvéolite allergique extrinsèque,
connue sous le nom de maladie des écorceurs d’érable,
qui peut conduire à des troubles respiratoires importants.
Il est donc recommandé d’utiliser des mesures de protec-
tion comme le port d’un masque et de couper les arbres
en hiver lorsque la sporulation est faible voire inexistante.
Dans les parcs et les boisements périurbains, l’utilisa-
tion de cette essence n’est pas à proscrire. Néanmoins,
il convient d’offrir des conditions favorables aux érables
implantés afin de limiter les risques d’infection liés à des
stress abiotiques. Il est préférable de planter les arbres de
façon disséminée afin de limiter les risques de contamina-
tion des sujets géographiquement proches.
Moyens de lutte et mesures prophylactiques
Aucun traitement permettant d’éradiquer la maladie
n’existe à l’heure actuelle. Afin de diminuer les risques
d’infection, il faut supprimer tout foyer de maladie, d’abord
par la taille si cela est possible, et sinon par l’abattage des
sujets atteints, qui est fortement recommandé. Celui-ci doit
être réalisé durant la période hivernale pour limiter la libé-
ration de spores dans l’environnement et les risques que
celles-ci comportent pour les travailleurs. Les déchets de
taille doivent être incinérés et les outils de taille ou d’abat-
tage doivent être désinfectés après chaque utilisation.
Pour limiter les risques d’apparition de suie de l’érable, cer-
taines règles doivent être respectées durant la plantation.
Les érables étant sensibles à la sécheresse, il faudra veiller
à les implanter dans un sol aéré, frais et relativement riche
en matière organique. De plus, il est préférable de planter
cette essence, en zone ombragée et de façon disséminée
afin de limiter les échecs de reprise lors des transplanta-
tions. La lutte biologique est encore inexistante mais il est
raisonnable de penser que les champignons et bactéries
disponibles sous la dénomination de matières fertilisantes
biologiques, en particulier les espèces potentiellement en-
dophytiques, peuvent contribuer à une bonne santé des
érables.
L’augmentation des cas observés pourrait être liée au
changement climatique et il est probable qu’il faille s’ha-
bituer à cette nouvelle maladie des érables. L’application
des mesures de lutte et de prophylaxie préconisées per-
mettront de ne pas renoncer à cette essence comme arbre
ornemental.
Biologie et épidémiologie
Pathogénie
Impact sur la santé humaine
Impact sur la santé humaine
Moyens de lutte et mesures prophylactiques
Moyens de lutte et mesures prophylactiques
Photo 3
Symptôme caractéristique de la maladie de la suie de l’érable,
l’écorce du tronc se détache de façon longitudinale
© Sabrina Pasche, hepia
Photo 2
Chancre dû à Cryptostroma corticale sur érable commençant à éclater pour
laisser apparaître les spores
© Sabrina Pasche, hepia
Photo 5
Spores de Cryptostroma corticale.
© Sabrina Pasche, hepia
Photo 1
Erable dépérissant diagnostiqué pour la maladie de la suie de
l’érable.
© Bastien Cochard, hepia
Photo 4
Compartimentation de l’aubier et coloration verte jaunâtre caractéristique d’une
infection par Cryptostroma corticale.
© Bastien Cochard, hepia
Cryptostroma corticale
Agent de la suie de l’érable

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