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Lexique et médiativité : les marqueurs pour le dire

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Lexique et médiativité:
les marqueurs pour le dire1
0. Introduction2
Parmi les différents types de médiativité3, une place importante est tenue par le
renvoi à la parole d'autrui4. Ce procédé possède bien entendu ses propres marqueurs,
dont certains ont déjà fait l'objet d'études détaillées5. Et parmi de tels marqueurs
médiatifs je m'intéresserai ici à ceux pourvus de deux caractéristiques bien précises: a)
la parole-source est le fait d'une voix anonyme et collective un ON-locuteur6. Une
telle voix représente une communauté linguistique plus ou moins vaste et aux limites
floues et diffuses7; b) Ils utilisent le verbe dire de façon centrale. Je bornerai l'analyse
aux principaux d'entre eux, à savoir: on dit que, dit-on, on dirait que, on dirait, dirait-
on, comme on dit, comme qui dirait, qui aurait dit que8. Le but de l'étude est de mettre
en évidence leurs principales propriétés, et de préciser la position du locuteur du tout
par rapport à la communauté linguistique évoquée par le marqueur, ainsi que l'attitude
de ce même locuteur par rapport à "l'information" dont cette communauté linguistique
est présentée comme étant l'auteur, la 'source'.
L'intérêt de ces marqueurs est qu'ils représentent une partie du lexique qui fait
intervenir un renvoi à une énonciation réelle ou virtuelle. Je ne retiendrai cependant pas
la dénomination très à la mode de marqueur de glose qui, comme un certain nombre
d'autres du même genre9, présente un double défaut: a) La notion de glose n'est pas
définie, et on utilise donc un mot de la langue comme s'il s'agissait d'un terme
1 Tous mes remerciements à S.Deloor (Univ. de Cergy-Pontoise), P.Haillet (Univ. de Cergy-Pontoise),
D.Flament (Univ. de Paris X), I.Tamba (EHESS) que j'ai copieusement mis à contribution lors de
nombreuses discussions sur les thèmes évoqués ici.
2 Les exemples utilisés dans ce texte sont de différentes sources. Certains ont été forgés, d'autres
proviennent de corpus écrits (dont Frantext) d'origines diverses, d'autres enfin de corpus oraux. Il n'y a
pour moi aucune différence de statut entre ces diverses provenances puisque les observables du linguiste
sont non pas les énoncés attestés, mais les énoncés attestés munis d'un jugement d'acceptabilité.
3 Le terme de médiativité est pour un certain nombre de linguistes dont je fais partie, la seule traduction
correcte de l'anglais evidentiality, face à evidentialité, anglicisme doublé d'un contre-sens.
4 Notion qui correspond à l'évocation de la parole d'un autre, i.e. une sorte de généralisation de la notion
de hearsay (evidence).
5 Cf. Guentcheva: 1994, 1996; Dendale-Tasmowski: 1994; Marque-Pucheu, 1999; Coltier: 2002, 2003;
Coltier-Dendale: 2004.
6 Pour cette notion, cf. Anscombre: 1990; 2005, 2006a, 2006b, pour les applications. Il s'agit donc de ce
que j'appelle les marqueurs médiatifs génériques.
7 Pour l'étude des différents procédés introducteurs d'une telle voix dans le discours, cf. Anscombre:
2010.
8 Je laisse de côté ici, faute de place, par ouï-dire, c'est ce qu'on dit, on ne dirait pas que, et comme dit x
(où x n'est pas un ON-locuteur). Par ailleurs, la tournure qui dirait que… ne subsiste plus guère
aujourd'hui que dans la tournure peu usitée bien malin qui dirait (que), dont voici un exemple: "…Bien
malin qui dirait/De quoi demain sera fait/De malheurs ou de bienfaits…" (Charles Trenet, Chansons
(1960-1992), pp. 387-391). Enfin, je n'insisterai pas sur la locution comme qui dirait. On en trouvera une
analyse détaillée dans Gómez-Jordana: 2009.
9 En particulier celle de marqueur de reformulation.
2
scientifique transparent; b) On fait comme si l'étiquette d'une catégorie était une
description scientifique de cette catégorie, pratique courante en linguistique. Je me
contenterai donc ici de parler de marqueur de médiativité, bien que le terme de
marqueur soit entouré d'un certain flou10. Tous les cas qui seront étudiés au long de ce
travail sont de la forme marqueur + énoncé explicite, l'énoncé explicite étant
obligatoire, mais pouvant dans certains cas se réduire à ce qu'il est convenu d'appeler
une phrase averbale, ainsi dans: Un beau brin de fille, comme on dit.
Voici en préalable un petit échantillonnage d'emploi de ces marqueurs;
(1) "…On dit que le deuil, par son travail progressif, efface lentement la douleur ; je ne pouvais,
je ne puis le croire…" (Ph. Forest, Tous les enfants sauf un, 2007, pp.161-162)
(2) "… Le prince Shekour, dit-on, s'empara d'une ville et l'offrit à sa favorite pour le prix d'un sou-
rire…" (R. Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, 1972, pp.37-38).
(3) "…On va le mettre au frais d'ailleurs dans le bas du frigo Ce sera meilleur il est à la crème Eh
bien, on dirait que tout ça se présente plutôt pas mal Non ?..." (S. Crémer, Comme un charme,
2006, pp. 93-94).
(4) "… Je lève les yeux de mon écran. Tu entres, souriant. - Bonjour, Docteur. - Bonjour, Madame
Lacourbe. C'est calme, on dirait ? Tu me serres la main…" (M. Winckler, La maladie de
Sachs , 1998, pp. 268-270).
(5) "… La barque glisse sur des canaux qui donnent, à l'infini dirait-on, dans d'autres canaux, tous
et de toutes parts bordés de murs assez hauts…" (Y. Bonnefoy, Rue Traversière et autres récits
en rêve, 1987, pp. 16-19).
(6) "…bien d'autres raisons me faisaient encore supposer que je m'en étais sorti, comme on dit, et
que j'avais remonté la pente, comme on dit, et même refait surface comme chacun y parvient
toujours plus ou moins…" (G. Bouillier, L'Invité mystère, 2004, pp. 17-20).
(7) "…Cinq mariages ! Le même jour ! Et comme qui dirait dans la même famille ! Il y a de quoi
vous remuer la France profonde ! …" (F.Dorin, Les Vendanges tardives, 1997, pp. 272-275).
(8) "…posée sur une chaise près de son lit, qu'il me montra avec un geste de la main, un hoche-
ment de tête et un sourire qui voulaient dire : « Tu vois où j'en suis ? Qui aurait dit cela quand
tu venais me rendre visite à Conchetas ?..." (M. Mohrt, Vers l'Ouest, 1988, pp.175-177).
2. Propriétés morphologiques et syntaxiques
2.1. Situation dans le discours
Il s'agira bien entendu de la situation du marqueur par rapport à l'énoncé p qu'ils
commentent. Trois cas sont envisageables: a) le marqueur est nécessairement situé
avant p: c'est bien entendu le cas de ceux des marqueurs étudiés ici qui comportent un
élément subordonnant, à savoir on dit que, on dirait que, qui aurait dit que, et ce sont
le seuls de la liste; b) le marqueur est nécessairement situé après p: c'est le cas de dit-
on, on dirait, dirait-on11. On le vérifiera sur:
(9) Homère n'a pas existé, dit-on/*Dit-on, Homère n'a pas existé.
(10) Lia a une voiture neuve, (on dirait + dirait-on).
(11) *(On dirait + Dirait-on), Lia a une voiture neuve12.
10 La notion de marqueur semble désigner à la fois ce qu'on a longtemps appelé connecteur, mais aussi
certaines unités comme les adverbes d'énonciation. Leur caractéristique commune semble être que d'une
part, leur structure sémantique est fondamentalement instructionnelle (mais ce ne sont pas les seules
entités à posséder cette propriété), et que d'autre part, cette valeur instructionnelle fait nécessairement
intervenir au moins un énoncé explicite (ou explicitable) du discours. Selon cette 'définition', certaines
exclamatives sont des marqueurs, et d'autres pas.
11 Ces marqueurs s'utilisent sans pronom datif. Il faut donc distinguer par exemple on dirait de on lui
dirait, dit-on de lui dit-on. Ce qui revient à les voir comme au moins partiellement figés, le verbe dire
qui y apparaît ayant perdu tout ou partie de ses propriétés, en particulier rectionnelles.
12 De façon surprenante, dirait-on est meilleur en incise médiane que on dirait, comme on le voit sur la
paire minimale: Le ciel semble, (dirait-on + ?on dirait), vouloir se dégager.
3
c) Le marqueur est autonome, et peut occuper diverses places, en particulier avant et
après: comme on dit, comme qui dirait13:
(12) Comme on dit, en mai fais ce qu'il te plaît.
(13) En mai fais ce qu'il te plaît, comme on dit.
(14) Un beau brin de fille, comme qui dirait.
(15) Comme qui dirait un beau brin de fille.
2.2. Variantes morpho-syntaxiques
Nous n'en examinerons que deux ici, à savoir:
(a) La possibilité de flexion du verbe:
Il s'agit bien sûr de la possibilité de flexion à sens constant par ailleurs. Deux cas
sont à, envisager:
(i) La variation de personne: elle semble impossible pour l'ensemble des marqueurs
considérés. Une forme comme dirions-nous, qui existe de facto, ne correspond pas pour
le sens à dirait-on, comme on peut le voir sur:
(16) Nous avons un gros problème sur les bras, (dirait-on + #dirions-nous).
Ou encore:
(17) J'ai un gros problème sur les bras, (dirait-on + #dirions-nous).
Exemples qui montrent que le on de dirait-on n'est plus un indice de personne, en
opposition donc avec ce qui se passe dans le cas de dirions-nous ou encore diriez-vous.
Il en est de même pour comme nous disons par rapport à comme on dit:
(18) Les carottes sont cuites, (comme on dit + ??comme nous disons).
Et dans le cas de :
(19) Les carottes sont cuites, comme vous dites.
L'incise comme vous dites ne correspond pas à la flexion de comme on dit, puisque son
sens est grosso modo celui de 'vous avez bien raison'. D'où un contraste comme: On
n'est jamais si bien servi que par soi-même, (comme on dit dans mon village + ??
comme nous disons dans mon village + *comme vous dites dans votre village). On peut
faire des observations semblables dans le cas de on dirait. Certes, des formes comme je
dirais ou vous diriez existent, mais avec un sens différent, comme exemplifié sur:
(20) Dis donc, tu as pris du poids, (on dirait + *vous diriez + *tu dirais).
(21) Attendez, (on dirait + *je dirais), oui, (on dirait + *je dirais) une liste de
mariage14.
Et pour la forme sans incise:
(22) Tiens, le ciel s'est dégagé, (on dirait + *nous dirions) qu'il va faire beau.
(23) Sans vouloir vous accuser, (on dirait + ??je dirais que vous le faites exprès).
Dans le cas de comme qui dirait et qui aurait dit que, le problème est vite résolu: il
s'agit d'expressions figées sans aucune variation possible. Passons à on dit que et dit-on,
plus délicats à comparer, et dont la différence d'avec les formes fléchies aux première et
seconde personnes respectivement est plus difficile à mettre en évidence. Le on de ces
deux expressions renvoyant à l'évidence à un dire communautaire, la différence se fait
sur la base d'opinions partagées qui ne peuvent être le dire d'un locuteur isolé:
(24) Les doubles roues, c'est possible, oui? Les mains courantes en titane, donc, (on
dit + ??je dis) que les mains ne glissent jamais dessus, même sous la pluie15.
13 Dans les corpus, comme qui dirait apparaît préférentiellement en tête et sans virgule le séparant de p.
Lorsqu'il est situé après p, il en est toujours sépa par une virgule. Le statut de cette virgule est
cependant peu clair.
14 Exemple obtenu à partir d'une phrase extraite de Grand amour, Eric Orsenna, 1993, pp. 130-132.
15 Exemple inspiré de Luc Lang, Les Indiens, 2001, pp. 231-232.
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(25) Les doubles roues, c'est possible, oui? Les mains courantes en titane, donc, les
mains ne glissent jamais dessus, (dit-on + *disons-nous + ??dis-je), même
sous la pluie16.
Bien entendu, l'origine de cette rigidité au niveau de la personne verbale est claire: elle
provient de ce que les tournures examinées sont passées du stade de formes verbales
fléchies à celui de marqueurs de dire. Elles ont donc été l'objet d'un processus de
grammaticalisation qui tend à leur faire perdre tout ou partie des caractéristiques de la
forme de base17.
(ii) La variation de temps et de mode:
Si comme nous venons de l'affirmer, les marqueurs que nous étudions font ou ont fait
l'objet d'un processus de grammaticalisation, on peut alors s'attendre également à
constater certaines restrictions au niveau de la variation du temps et du mode. Comme
nous l'avons dit précédemment, comme qui dirait est une expression totalement figée,
et on constate effectivement qu'elle n'admet aucune variation temporelle ou aspectuelle.
Le cas de qui aurait dit est plus délicat. Il admet les variantes qui eût dit, qui est en fait
un cultisme purement morphologique, et qui eût cru…18 Nous avons vu qu'il subsistait
des restes de qui dirait (que), sous la forme Bien malin qui dirait que19, ainsi que des
survivances comme Qui dirait, à le voir ainsi, que…20. Une hypothèse possible est que
la grammaticalisation de Qui aurait dit que, en séparant progressivement cette
construction de Qui dirait que, a provoqué le figement de cette dernière autour de la
forme bien malin qui dirait. Passons aux autres formes. La tournure comme on dit
admet apparemment des variations temporelles, ainsi qu'il apparaît sur:
(26) Qui trop embrasse, mal étreint, comme on dit.
(27) A la Saint Barnabé, fauche ton pré, comme on disait autrefois dans nos
campagnes.
(28) Il est naturel qu'aux heures de crise l'État réduise, comme on a dit, son
train de vie21.
(29) Ralliez-vous à mon panache blanc, comme on aurait dit sous Henri IV.
(30) Ma grand mère, elle, avec l'esprit d'entreprise qui la caractérisait, s'était,
comme on dirait aujourd'hui, reconvertie dans le privé22.
(31) "…ayant chacune à leur tête un recteur, il est vrai, mais un " petit recteur", comme on dira
bientôt, l'opinion publique ne s' y étant point trompée …" (1960, d'après Frantext).
C'est en fait la partie comme on [V] qui est figée, la partie verbale étant susceptible de
deux variations: a) Au niveau de la flexion, comme nous venons de le voir; b) Au
niveau du choix du verbe, V étant un verbe de dire (dire, prétendre, affirmer, assurer,
soutenir, etc.), d'attitude propositionnelle (croire, savoir, penser, etc.) ou encore de
16 Les formes disé-je et dites-vous sont possibles, mais avec un sens différent. Alors que dit-on signifie
grosso modo 'on prétend que, on assure que', disé-je et dites-vous peuvent grossièrement se paraphraser
par 'comme je viens de le dire' et 'selon vous'.
17 Je rappelle – car il y a une forte tendance à l'oublier - que le terme et le concept de grammaticalisation
apparaissent pour la première fois sous la plume de A. Meillet, Linguistique historique et linguistique
générale, Ed. Champion, Paris, 1912. Meillet y définit ce processus comme le passage d'un mot
autonome à un mot grammatical.
18 Bizarrement, la variante qui aurait cru… semble moins usitée.
19 Variantes Bien malin qui (pourrait + saurait) dire.
20 A titre indicatif, il y a dans Frantext environ 15 occurrences de qui dirait…? (en y incluant les
variantes bien malin qui dirait et qui est-ce qui dirait) pour la période de 1800 à 1900; 5 pour la période
de 1900 à 1960, et une seule (sous la forme bien malin qui…) pour la période de 1960 à 2007.
21 Exemple de Frantext.
22 Exemple de Frantext.
5
raisonnement (montrer, démontrer, prouver, etc.). Notons cependant que la série de
verbes qui peuvent être un V reste très limitée par rapport aux verbes combinables par
ailleurs avec comme d'une part et on d'autre part. Comme on dit est donc ce qu'on
appelle une expression figée à variantes étendues, ou encore locution à cases vides23.
La paire on dirait/dirait-on est trompeuse. En effet, les formes on aurait dit/aurait-on
dit sont parfaitement attestées, de même que on avait dit/avait-on dit, on dira/dira-ton,
etc. ce qui pose le problème du lien ou de l'absence de lien avec cette fois on dit/dit-on.
En fait, les deux paires on dit/dit-on et on dirait/dirait-on ne s'obtiennent pas l'une à
partir de l'autre par flexion du verbe, comme le montent les points de divergence
suivants24:
a) Au contraire de on dirait, on dit n'existe que sous la forme on dit que.
b) On dirait/dirait-on sont grosso modo synonymes de il semblerait/semblerait-il, ce
qui n'est jamais le cas de on dit/dit-on.
c) Il n'y a aucune variation temporelle possible pour on dirait/dirait-on, avec
conservation du sens de base 'il semble', sauf pour on dirait qui admet la variation On
aurait dit 'il semblait'. En revanche, la paire on dit/dit-on admet les variations
temporelles signalées plus haut à propos de comme on dit.
d) On dirait/dirait-on n'admettent aucune variation au niveau du verbe, alors que on
dit/dit-on sont, en tant que marques médiatives25, des locutions à cases libres, avec les
mêmes verbes que ceux signalés ci-dessus.
Résumons: comme cela s'est produit avec d'autres locutions du français formées sur
un verbe unique26, le français a construit à partir du verbe dire des marqueurs médiatifs
soit totalement figés (dirait-on, comme qui dirait) ou presque (qui aurait dit, on dirait),
soit présentant le statut de figement répertorié sous le nom de locution à cases libres
(On dit que, dit-on, comme on dit). Nous verrons plus avant d'autres propriétés séparant
ces diverses locutions fondées sur dire.
2.3. Problèmes d'incise
Avec les verbes de dire et d'opinion et un sujet pronominal, l'incise peut exister sous
trois formes distinctes: incise simple sans copie, incise simple avec copie, incise avec
inversion, comme exemplifié ci-dessous dans le cas du verbe croire:
(32) Max est, je crois, un de nos meilleurs éléments.
(33) Max est, je le crois, un de nos meilleurs éléments.
(34) Max est, croit-il, un de nos meilleurs éléments.
Bien entendu, les trois formes n'existent pas systématiquement, et peuvent par ailleurs
présenter des différences de sens27. On notera également que d'une part, l'incise simple
n'existe pas pour tous les pronoms, que d'autre part, l'incise n'est pas possible pour tous
les verbes et enfin, que l'incise avec inversion n'admet pas la copie, comme exemplifié
sur:
23 Versus locution à cases libres. Sur le statut théorique de ces notions, cf. Montoro del Arco: 2010 (sous
presse); et pour l'application à certaines structures du français, cf. Anscombre: 2010 (sous presse).
24 Haillet: 1995 (pp. 226 sq.) note déjà que on dirait que n'est pas le correspondant au conditionnel de on
dit que.
25 On remarquera que avec les verbes qui ne sont pas du type verbes de dire, la tournure comme on V a
une valeur strictement de circonstant, soit temporelle/causale (Comme la nuit tombait, l'homme sombre
arriva), soit de manière (Comme on fait son lit, on se couche).
26 Ainsi aller, qui a donné: allons, allez, va, va donc, qu'il aille, tu vas voir, etc.
27 Cf. sur ce point, Anscombre: 1981; C.B. Benveniste: 1989. Il est d'ailleurs loisible de se demander si
la mise en incise n'introduit pas toujours une différence sémantique.
6
(35) Il croit que Max est un de nos meilleurs éléments/Max est un de nos meilleurs
éléments, (*il croit + croit-il).
(36) Il a promis à Max de venir/Je viendrai, (*il a + a-t-il) promis à Max.
(37) Il a permis à Max de prendre la voiture/Tu peux prendre là voiture, (*il a +
*a-t-il) permis à Max.
(38) Max est, (croit-il + *le croit-il), un de nos meilleurs éléments28.
Je me bornerai ici à examiner, à la lumière des phénomènes d'incise, les éventuels
liens existant entre les marqueurs à l'étude ici.
Comme qui dirait étant une locution complètement figée, son seul rapport avec
l'incise est sa position dans la phrase, souvent médiane (C'est, comme qui dirait, plutôt
compromis), parfois finale (Tu seras mes yeux, comme qui dirait), très rarement initiale.
Dans les autres configurations, elle semble adverbe de constituant (L'Espagne, c'est
comme qui dirait chez moi)29. Qui aurait dit que et sa variante Qui eût dit que, sont
nécessairement situées en tête de phrase. La forme en incise n'existe guère qu'avec
copie30, et se situe alors nécessairement en fin de phrase, ou en position médiane:
(39) Qui aurait dit que nous perdrions la guerre en quelques jours?/Nous avons
perdu la guerre en quelques jours, (qui l'aurait dit? + *qui aurait dit?)/Nous
avons, (qui l'aurait dit + *qui aurait dit), perdu la guerre en quelques jours.
Comme on dit n'existe qu'à l'état d'incise en un sens proche de 'on dit', et admet la copie
sous certaines conditions, du moins avec le verbe dire31:
(40) Comme on (dit + le dit) dans mon village, chauffe un marron, ça le fais péter.
Il nous reste donc à étudier les cas de on dit que/dit-on d'une part, et de on dirait
que/on dirait/dirait-on d'autre part. Il s'agit de savoir si par exemple dit-on est la simple
incise sans copie de on dit que, ou bien alors autre chose. Le fait que les deux locutions
admettent les mêmes variations temporelles semble faire pencher la balance en faveur
de la première hypothèse. En fait, si dit-on s'est vraisemblablement formé à partir de
on dit que par mise en incise32, il a fini par constituer un marqueur autonome, se
distanciant de on dit que dans certains usages:
(41) On dit qu'il y a un réchauffement climatique, (et j'y crois + mais je n'y crois
pas).
(42) Il y a un réchauffement climatique, dit-on, (??et j'y crois + mais je n'y crois
pas ).
(43) On dit qu'il y a un réchauffement climatique, et effectivement, certains indices
le montrent.
(44) Il y a un réchauffement climatique, dit-on, ?et effectivement, certains indices
le montrent.
Nous verrons plus loin que cette divergence provient d'une différence entre on dit que
et dit-on quant à l'attribution des rôles médiatifs. Considérons maintenant le dernier cas,
28 Avec le curieux phénomène suivant, d'inversion de distribution: Max est, du moins (*croit-il + le croit-
il), un de nos meilleurs éléments.
29 Le fait que dans ce rôle, la locution puisse être facilement mise en incise – L'Espagne, c'est chez moi,
comme qui dirait – incline à penser qu'il pourrait s'agir d'un adverbe d'attitude énonciative.
30 Nous avons rencontré à l'écrit quelques cas sans copie.
31 Sur ce problème, cf. Anscombre: 2011, (à paraître).
32 Dit-on est très ancien, et apparaît en français dès le XIII° s. sous les formes dit-on et ce dit-on. Au
XVI° s., les deux formes coexistent encore, puis dit-on l'emporte et élimine l'autre forme.
7
à savoir on dirait que/on dirait/dirait-on33. Il y a bien sûr des cas où le passage de l'un
à l'autre semble n'être qu'un simple choix distributionnel, ainsi:
(45) On dirait qu'il va pleuvoir/Il va pleuvoir, on dirait/Il va pleuvoir, dirait-on.
Les deux derniers énoncés étant dans ce cas particulier les deux incises possibles à
partir du premier énoncé. Notons cependant que l'incise avec copie n'est pas possible:
on ne peut, sans modifier le sens, passer de il va pleuvoir, on dirait à il va pleuvoir, on
le dirait. Par ailleurs, la possibilité de on dirait en incise montre une première
différence avec on dit…, qui n’existe pas en incise sous cette forme, mais uniquement
avec inversion, ou alors avec copie:
(46) "…Frénard, j'ai vu qu'il regardait plusieurs fois vers la porte. Gail : « Il a dû prendre froid
(trop se mouiller au passage). - « Tu crois ? » - « On le dit. »…" (Frantext).
Emploi très généralement en dialogue, dans lequel dit-on n'est pas possible, non plus
que dirait-on, même avec copie, alors que on dirait l'est. De tels phénomènes sont
typiques d'une grammaticalisation à tout le moins en cours34. Notons également que les
trois marqueurs sont susceptibles de se combiner avec des interjections , ce qui n'est
pas le cas de on dirait que lorsqu'il signifie non pas 'il semble que' mais 'des gens
affirmeraient que':
(47) On dirait dans tout le pays que c'est moi le responsable.
(48) (*Tiens! + *Dis donc! + *T'as vu!), on dirait dans tout le pays que c'est moi le
responsable.
(49) (Tiens! + Dis donc! + T'as vu!), (on dirait qu'il va pleuvoir + il va pleuvoir, on
dirait + il va pleuvoir, dirait-on).
Voici pour terminer une différence entre on dirait que d'une part, et on dirait/dirait-on
marqueurs. Alors que on dirait que peut renvoyer à un autre personnage que le locuteur
L de l'énoncé, il n'en est pas de même pour on dirait/dirait-on, comme on le voit sur:
(50) Selon Max, on dirait qu'il va pleuvoir.
(51) Selon Max, il va pleuvoir (*dirait-on + ??on dirait).
Ces problèmes d'incise ont leur importance. En effet, dans la mesure où la mise en
incise est contrainte – en particulier au niveau de la place dans l'énoncé – elle est donc
reliée à la structure de l'énoncé, entre autres pour ce qui est de la répartition
thème/propos, et plus généralement des différents cadres discursifs (ou encore espaces
discursifs)35 qu'un énoncé met en place.
3. Propriétés sémantiques et pragmatiques
Le rôle principal de ces marqueurs est de spécifier les rôles joués par les différents
personnages du discours mis en scène par l'énoncé, en commençant par le locuteur L de
ce dernier. En particulier en ce qui concerne la responsabilité des divers contenus
engagés. C'est en cela que ce sont des marqueurs médiatifs. Une autre caractéristique
qu'ils possèdent, et souvent moins visible à première vue, consiste à concéder certains
statuts à ces mêmes contenus: tel personnage du discours présente tel contenu comme
ayant tel statut36. Nous verrons plus loin ce dont il s'agit.
3.1. Problèmes de ON-locuteur
33 Il y a en fait un quatrième terme, qui est on ne dirait pas que p 'on a p et pourtant il ne semble pas que
p', qui n'est pas pris en compte dans cette étude.
34 C f. Anscombre: 1981, pour le lien de ces problèmes d'incise avec la délocutivité.
35 Cf. Anscombre: 1990, sur ce point.
36 Cette formulation implique que les trois notions de polyphonie, de médiativité et de modalité ne sont
pas étrangères l'une à l'autre.
8
Je rappelle que dans les approches "standards de la polyphonie"37, le locuteur est le
personnage que l'énoncé désigne comme étant son auteur, distinct donc du sujet parlant,
auteur "physique" de ce même énoncé. Par ailleurs, sur la base des travaux de
Berrendonner : 1981 sur la ON-vérité, la notion de ON-locuteur38, occupe une place
importante dans l'optique polyphonique. Elle est censée représenter en effet une voix
collective et anonyme, i.e. aux limites floues39. On aura deviné que c'est un tel ON-
locuteur qui est à l'œuvre dans les marqueurs faisant l'objet de ce travail.
Un premier problème consiste à montrer que l'apparition d'un tel ON-locuteur est liée
à l'occurrence de nos marqueurs. La question est pertinente: d'une part, la présence
effective du pronom indéfini on dans six des marqueurs n'est pas à elle seule suffisante:
outre une valeur en effet vague et générale, on est susceptible de parcourir toute la
gamme de valeur des pronoms personnels40. D'autre part, deux de nos marqueurs ne
possèdent même pas ce pronom, à savoir comme qui dirait et qui aurait dit. Dans le cas
de comme qui dirait, la diachronie nous fournit un indice: il s'agit du qui 'si on', et
l'ensemble signifie quelque chose comme 'comme si on disait'41. Pour qui aurait dit…?,
il s'agit visiblement d'une interro-négative, de sens proche de 'personne n'aurait pu le
dire', ce personne renvoyant à un domaine de quantification non défini, ce qui encore
une fois rend notre hypothèse plausible, mais n'en démontre pas la validité. Pour y
parvenir, nous procèderons marqueur par marqueur.
comme on dit, on dit que, dit-on:
Ces trois marqueurs font intervenir un ON-locuteur reconnaissable à plusieurs
propriétés42:
a) La possibilité de combinaison avec des adverbes d'universalité comme
généralement, communément, etc. :
(52) Comme on dit communément, tout est bien qui finit bien.
(53) On dit généralement que ce type d’appareil est peu maniable.
(54) Une grave crise menace, dit-on couramment.
b) La possibilité de combinaison avec des adverbes d’habitualité comme toujours,
souvent, parfois, compatibles avec une interprétation de pluralité :
(55) Comme on dit toujours, tout est bien qui finit bien.
(56) On dit souvent que ce type d’appareil est peu maniable.
(57) Une grave crise menace, dit-on parfois.
c) La possibilité d'une désignation plus ou moins précise de la source 'd'information':
(58) Comme on dit un peu partout, tout est bien qui finit bien.
(59) On dit dans les milieux autorisés que ce type d’appareil est peu maniable.
(60) Une grave crise menace, dit-on dans la presse.
On dirait que, on dirait, dirait-on
Pour des raisons qui seront exposées plus loin, aucun de ces trois marqueurs n'admet
les adverbes d'universalité:
(61) Tiens! On dirait (*généralement) qu'il va pleuvoir.
37 On en trouvera un exposé concis dans Anscombre: 2009, et un exposé plus détaillé dans Haillet: 2007,
Nølke: 2009, Donaire: 2006.
38 Cf. la note 6 pour des références.
39 Je m’inspire ici directement de Berrendonner, op.cit.
40 Cf. Leeman: 1991.
41 Ce que Haillet: 2002, appelle le conditionnel d'hypothèse. J'ai signalé à plusieurs reprises son fréquent
usage dans les formes sentencieuses. Courant jusqu'à la fin du XVII° s. (chez La Fontaine par exemple),
il n'en subsiste ensuite que des emplois sporadiques.
42 Critères que j'emprunte à Anscombre (sous presse).
9
(62) Tiens! Il va pleuvoir, on dirait (*communément).
(63) Tiens! Il va pleuvoir, dirait-on (*couramment).
Et la combinaison avec les adverbes d'habitualité est restreinte à la forme on dirait que:
(64) Dans cette région, le ciel est toujours gris, et on dirait (parfois + toujours)
qu'il va neiger.
(65) Dans cette région, le ciel est toujours gris, et il va neiger, *(on dirait parfois +
*dirait-on parfois).
De même que la possibilité d'indication 'floue' de l'origine de l'information:
(66) Dans cette région, le ciel est toujours gris, et de l'avis général, on dirait
souvent qu'il va neiger.
(67) ??De l'avis général, le temps est à la neige, (on dirait + dirait-on).
Il nous faut donc avoir recours à d'autres critères dans le cas de on dirait et dirait-on.
Une première remarque en faveur de la présence d'un ON-locuteur dans le
fonctionnement de ces marqueurs est leur proximité sémantico-pragmatique avec il
semblerait et semblerait-il, deux formes impersonnelles à sujet non défini:
(68) Le ciel est gris et on dirait qu'il est sur le point de neiger./Le ciel est gris, et il
semblerait qu'il soit sur le point de neiger.
(69) Le ciel est gris, et il est sur le point de neiger, (on dirait + dirait-on)./ Le ciel
est gris, et il est sur le point de neiger, (il semblerait + semblerait-il).
Pour le second argument, nous utiliserons l'adverbe apparemment, étudié par
Anscombre et alii: 2009. Mon but est de montrer que le locuteur L des trois formes on
dirait que p, p, (on dirait + dirait-on) met en scène un ON-locuteur origine de p, et dont
il se distancie d'une certaine façon – d'où le conditionnel. C'est donc une façon pour L
de valider p tout en déclarant ne pas être à l'origine de cette validation. Apparemment,
p43 se comporte de façon analogue. Son locuteur fait allusion à des indices dont on peut
tirer la conclusion p, un on auquel L ne s'identifie pas. Il est donc tout à fait significatif
que apparement se combine fort bien avec nos trois marqueurs:
(70) Apparemment, on dirait qu'il va pleuvoir.
(71) Apparemment, il va pleuvoir, (on dirait + dirait-on).
Nous verrons plus loin d'autres indices qui vont dans le même sens;
Qui aurait dit:
Malgré le caractère presque totalement figé de la locution, on arrive cependant à
construire certaines combinaisons avec adverbes d'habitualité:
(72) Un tel succès, qui l'aurait jamais dit?
(73) "…Quel carnaval que celui-là! Qui aurait dit qu'un jour chacun et chacune devrait, son tour
venu, aller fatiguer sa charpente dans les champs de canne à sucre…" (M. Leiris, 1976, apud
Frantext).
(74) "...Well, Disraëli, dit Clay, quand nous voyagions, vous et moi ensemble, il y a quarante
ans, qui aurait jamais dit que vous deviendriez premier ministre?..." (A.Maurois, 1927, apud
Frantext).
Ainsi qu'avec des désignations 'floues' d'origine:
(75) Qui aurait dit parmi les scientifiques que la conquête de l'espace était si
proche?
(76) Contrairement à l'opinion générale – qui l'aurait dit? - c'est un inconnu qui
rafla la médaille d'or.
comme qui dirait:
43 Il s'agit du apparemment3, i.e. dans sa fonction de marqueur d'attitude énonciative. Cf. Anscombre et
alii: 2009.
10
La diachronie n'étant qu'un indice, et l'expression étant totalement figée, l'hypothèse
de la présence d'un ON-locuteur attaché en propre à la locution semble ardue. Il est en
effet hors de question d'introduire un quelconque adverbe d'habitualité ou
d'universalité, en raison de même du caractère figé de la locution, et l'évocation d'une
source quelle qu'elle soit de l'information est pratiquement impossible. Un premier
argument nous sera fourni par les paraphrases possibles: si la locution en quelque sorte
semble être la plus immédiate, elle n'est pas la seule. Il y en a d'autres, dont voici un
échantillonnage:
(77) Dans cette histoire, Max est (comme qui dirait + en quelque sorte) une victime.
(78) Dans cette histoire, Max est une victime, pourrait-on dire.
(79) On pourrait dire que dans cette histoire, Max est une victime.
(80) Dans cette histoire, Max est ce qu'on pourrait appeler une victime;
(81) Dans cette histoire, Max est ce que certains appelleraient une victime.
On aura remarqué la présence d'un on dans les exemples de (77) à ((80): sa glose par
certains dans (81) montre que ce on renvoie effectivement à un ON-locuteur. Une autre
possibilité de paraphrase est celle de c'est du moins ce qu'on dit44:
(82) Dans cette histoire, Max est une victime, c'est du moins ce qu'on dit.
Enfin, il est possible – quoique de façon limitée – de faire allusion à une communauté
linguistique, comme on le voit sur:
(83) Dans cette histoire, Max est comme qui dirait une victime, de l'avis général.
3.2. La position du locuteur L
La dénomination de ON-locuteur renvoie comme on l'a dit à une communauté
linguistique indéfinie et aux limites floues. Le locuteur L d'un énoncé qui met en scène
un tel ON-locuteur peut préciser sa position par rapport à cette communauté: il en fait
partie, déclare ne pas en faire partie, s'y oppose, prend ses distances, etc. Nous avons
par exemple vu ci-dessus que le locuteur de p, on dirait ne semble pas endosser pas la
responsabilité de p, et ne e se présenterait donc pas comme appartenant au ON-locuteur
à l'origine de p. Nous allons maintenant examiner en détail la position de L par rapport
au ON-locuteur introduit par chacune des locutions étudiées ici.
comme on dit, on dit que, dit-on:
Comme déjà noté dans Anscombre: 2005, 2006a, 2006b, les deux marqueurs on sait
que p et de on dit que p mettent tous deux en scène un ON-locuteur qui considère que p
est (généralement) vrai, ON-locuteur dont L fait nécessairement partie dans le cas de
savoir, et non nécessairement dans le cas de dire. Ce qui était illustré par:
(84) (*On sait + on dit) que Louis XI était un grand roi, mais je ne suis pas
d'accord.
(85) (*On sait + on dit) qu'il y a un réchauffement général de la planète, mais je
n'en crois rien.
(86) (*On sait + on dit) que le "non" l'a emporté, mais ce n'est pour moi qu'une
rumeur.
Exemples opposés à:
(87) On dit que Louis XI était un grand roi, et je partage totalement cette opinion.
(88) On sait que Louis XI était un grand roi, je dirais même le plus grand de tous45.
44 L se désengage généralement en ajoutant je n'y suis pour rien, je ne fais que répéter ce qu'on dit, etc.
45 Dans cet exemple, même fait de Louis XIV était un grand roi un présupposé, i.e. la voix d'un ON-
locuteur (une communauté linguistique indéfinie) auquel appartient nécessairement le locuteur L de
l'énoncé.
11
Comme on dit renvoie aussi à une communauté linguistique - un ON-locuteur – mais
la position du locuteur L par rapport à cette communauté est nettement plus
compliquée. ce sens. D'une façon générale, comme on dit introduit une façon de parler
considérée comme codée par rapport à une façon 'neutre' d'exprimer les choses. C'est
pourquoi on aura difficilement Il fait beau, comme on dit face Il fait un temps de rêve,
comme on dit46. Et le ON-locuteur auquel renvoie comme on dit est, de façon claire, la
communauté linguistique dans son ensemble ou à tout le moins, une partie de cette
communauté. Dans le cas des proverbes par exemple, la communauté linguistique
(supposée) évoquée est celle qui a trait à la 'sagesse populaire'. Nous raisonnerons sur
l'exemple:
(89) Comme on dit, une hirondelle ne fait pas le printemps.
Un premier point est que L peut connaître et admettre le bien-fondé du principe sous-
jacent à Une hirondelle ne fait pas le printemps sans pour autant estimer qu'il s'applique
à la situation objet de l'énonciation:
(90) Bien sûr, comme on dit, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais j'estime
personnellement qu'il n'y a pas de fumée sans feu.
Pour L, c'est la forme sentencieuse antonyme Il n'y a pas de fumée sans feu qu'il
convient d'appliquer à la situation, et non Il n'y a pas de fumée sans feu. Il y a plus: L
n'appartient pas nécessairement à la communauté linguistique à l'origine de Une
hirondelle ne fait pas le printemps: on le constate sur la possibilité de:
(91) Comme on dit dans le Nord, à la Sainte Catherine tout bois prend racine.
(92) Comme on dit dans les banlieues, il m'a grave vénéré.
(93) Comme on dit en anglais, il vaut mieux un oiseau dans la main que deux dans
le buisson.
Le mécanisme est le suivant: le locuteur L de comme on dit, p1 appartient à un ON2-
locuteur (par exemple les français moyens) qui possède dans son stock une tournure p2
– locution ou énoncé (par exemple Il m'a beaucoup énervé/A la sainte Catherine, tout
prend racine). Par ailleurs, L connaît et admet l'existence, dans le stock d'une autre
communauté un ON1- locuteur (ainsi les jeunes des banlieues47) – d'une tournure p1
qui n'appartient pas nécessairement au ON2-locuteur (ici Il m'a grave vénéré/A la sainte
Catherine, tout arbre prend racine), et estimée comme de sens équivalent à p2. C'est à
ce ON1-locuteur que renvoie le on de comme on dit et dans sa caractérisation par les
circonstants présents dans comme on dit: les jeunes des banlieues, la communauté
anglophone, le parler des gens du nord, etc. C'est uniquement par défaut que ON1 se
confond avec ON2, et que L appartient alors non seulement à ON1 mais aussi à ON2.
C'est le cas par exemple de Comme on dit, un tiens vaut mieux que deux tu l'auras: L
choisit d'exprimer son avis – 'il faut se contenter de ce que l'on a' – au travers d'un ON2-
locuteur qui est ici la classe des formes sentencieuses, une sous-classe de ON1.
Passons au cas de dit-on. Bien que d'un style soutenu et relevant plutôt de l'écrit, il
est fréquent, en particulier dans les éditoriaux de la presse. Sa fréquente combinaison
avec les pronoms personnels me et nous (me + nous) dit-on - montre que L
n'appartient pas nécessairement au ON-locuteur attaché à dit-on. La question est de
savoir s'il en est toujours ainsi ou pas. Dans Anscombre: 2006b, j'avais affirmé que L
n'appartient jamais au ON-locuteur de dit-on, mais sur la base d'un critère qui me paraît
46 C'est sans doute pourquoi, dans ce type d'emplois, on n'a pas comme on dit littéralement.
47 Je prends ici des communautés 'réelles' ou estimées telles, pour ne pas compliquées les choses. Il est
clair que ces communautés relèvent fondamentalement de l'imaginaire linguistique.
12
aujourd'hui discutable48. Il nous faut donc procéder autrement. Un premier argument
reprendra une remarque faite plus haut, à savoir que, contrairement à on dit que p, on ne
peut enchaîner sur p, dit-on que par un discours dans lequel L donne son accord à p:
(94) On dit qu'il y a un réchauffement climatique, (et c'est une opinion que je
partage + mais c'est une opinion que je ne partage pas).
(95) Il y a un réchauffement climatique, dit-on, (?et c'est une opinion que je
partage + mais c'est une opinion que je ne partage pas).
Un second argument viendra de la difficulté de la combinaison de dit-on avec selon
moi, comme illustré par le contraste:
(96) On dit qu'il y a un réchauffement climatique, (et ce n'est selon moi pas une
rumeur + mais ce n'est selon moi qu'une rumeur).
(97) Il y a un réchauffement climatique, dit-on, (??et ce n'est selon moi pas une
rumeur + mais ce n'est selon moi qu'une rumeur).
Remarque corroborées par l'observation que, dans les corpus, les enchaînements sur p,
dit-on, vont toujours dans les sens contraire à p49. Il s'agit là d'une loi rhétorique banale,
selon laquelle se déclarer ne pas être l'auteur d'une certaine affirmation revient à en
contester le contenu. Le fragment suivant (Frantext) semble constituer un contre-
exemple à ce qui vient d'être dit:
(98) "…La voiture rouge de la grande échelle avait été amenée par précaution, mais elle n'avait pas
servi, parce que, me dit-on, le sinistre s'était déclaré dans les sous-sols. Je vis en effet d'âcres
nuages de fumée noire sortir paresseusement des soupiraux de la chaufferie…".
Il n'en est en fait rien. L'auteur de ce fragment n'arien à voir avec ceux qui ont dit 'la
voiture rouge de la grande échelle n'a pas servi, parce que le sinistre s'est déclaré dans
le sous-sol', mais cela ne l'empêche pas de rapporter son expérience de visu que la
cause est bien celle alléguée50.
On dirait que, on dirait, dirait-on
La présence du conditionnel dans ces trois marqueurs est déjà en soi un argument
pour la non appartenance de L au ON-locuteur en jeu. Ceci dit, dans la mesure où ces
marqueurs semblent engagés dans un processus de grammaticalisation, cet argument
n'est pas définitif. Un tel processus peut en effet modifier ou même oblitérer certaines
propriétés de la locution de départ. Par ailleurs, il convient d'être prudent: on constate en
effet que nos trois marqueurs semblent donner lieu à des affirmations contradictoires.
D'une part, leur combinaison avec apparemment semble indiquer une distance entre le
ON-locuteur et L, comme signalé plus haut:
(99) Apparemment, on dirait qu'il va pleuvoir.
(100) Apparemment, il va pleuvoir, (on dirait + dirait-on).
Et d'autre part, les exemples suivants (inspirés de Anscombre: 2006b) indiquent à
l'inverse que L ferait cette fois partie de ce même ON-locuteur:
(101) (On dit + *on dirait) qu'il va pleuvoir, mais ce n'est pas mon avis.
(102) Si tu veux mon avis, (*on dit + on dirait) qu'il va pleuvoir.
48 Il s'agissait du contraste Ce pneu est fichu, dit-on/*Visiblement, ce pneu est fichu, dit-on, qui provient
en fait de ce que visiblement ne peut caractériser le L qui utilise le verbe dire en général. On comparera
de ce point de vue ??Visiblement, on dit que Max est incompétent et Visiblement, on critique
l'incompétence de Max.
49 Le plus célèbre d'entre eux étant dû à la plume de Georges Brassens: "…les hommes sont faits, nous
dit-on, pour vivre en bande com'des moutons. Moi j'vis seul, et c'est pas demain, que je suivrai leur droit
chemin…"
50 Notons également la distance temporelle entre 'la voiture n'avait pas servi' et 'je vis'.
13
Nous allons donc être amené à réviser ce qui a été dit plus haut à propos de ces
marqueurs. L'erreur commise consiste en fait à ne voir dans on dirait que p la seule
présence d'un ON-locuteur à l'origine de p. C'est oublier un point sur lequel nous avons
pourtant insisté plus d'une fois51, à savoir que la structure polyphonique d'un énoncé
peut faire intervenir des énoncés virtuels, i.e. non explicites en structure de surface52.
Nous proposerons pour on dirait que p53 l'analyse révisée suivante:
Le locuteur L de on dirait que p met en scène:
a) Un point de vue pdv1 = [x1] [il y a des indices en faveur de p]
b) Un point de vue pdv2 = [ON][p]
L s'identifie à x1, et se distancie de ON. ON est l'origine de p, conclusion que ON
tire des indices évoqués par x1.
En langage ordinaire, cette ébauche de description attribue à L l'affirmation que, à partir
de certains indices pointant vers p, certains (ON-locuteur) tireraient la conclusion que p,
responsabilité que L ne prend pas en charge. A la lumière de ce petit schéma, on
comprend alors l'apparente contradiction des exemples ci-dessus. D'une part, L constate
la présence d'indices allant dans le sens de il va pleuvoir, d'où (99) et (100). D'autre
part, il ne tire pas lui-même cette conclusion: le fait qu'il soit sur le point de pleuvoir ne
peut pas être son avis, c'est (101). Mais avec on dit que, comme nous l'avons plus haut,
cet avis peut être en revanche le sien. Examinons (102) pour finir. On dit que p dans
son ensemble ne peut être que difficilement un avis il se présente comme un simple
dire, mais il n'en est pas de même avec on dirait que p si du moins on accepte la
description esquissée ci-dessus54. Une paraphrase grossière serait 'mon avis est que
certains indices me font penser qu'il va pleuvoir'.
Qui aurait dit (que p)
Du point de vue de la valeur sémantique, le qui aurait dit étudié ici fonctionne
comme une interrogation rhétorique négative, à savoir que Qui aurait dit que p signifie
approximativement 'p s'est produit alors que personne ne l'aurait dit/personne n'aurait pu
le prévoir'. Toute la question est donc de déterminer si L peut ou non appartenir à cette
communauté linguistique qu'il présente comme n'ayant pas su dire ou prévoir qu'il était
arrivé que p. Une première remarque est que l'examen des contextes gauche et droite est
généralement éloquent:
(103) Nous avons tous été surpris. Qui aurait dit que cet être apparemment
insignifiant avait une telle envergure intellectuelle? Certainement pas moi!
(104) Beaucoup ont été pris surpris. Qui aurait dit que cet être apparemment
insignifiant avait une telle envergure intellectuelle? *Moi, à coup sûr.
(105) *Personne n'a été surpris. Qui aurait dit que cet être apparemment
insignifiant avait une telle envergure intellectuelle? Certainement pas moi!
Ces faits nous mettent sur la voie de la seconde remarque. Si en effet nous avons raison,
et si L fait partie de ceux qui n'ont pas su prévoir l'éventualité de p, il devrait être
impossible d'inscrire Qui aurait dit que p? dans un contexte indiquant sans ambiguïté
51 Cf. par exemple Anscombre: 2009.
52 C'est typiquement le cas des énoncés stéréotypiques, qui travaillent la plupart du temps en 'sous-
jacence' implicite.
53 De ce point de vue, les trois marqueurs se comportant de façon identique, nous ne traiterons que le cas
de on dirait que p. les notations que nous utilisons ici sont celles de Anscombre: 2009, à savoir pdv = [x]
[c], pdv est un point de vue, et x la variable instancier donc) relative à l'origine du contenu c,
contenu étant ici à prendre comme une simple désignation sans rapport avec un quelconque contenu
propositionnel à valeurs de vérité.
54 D'où par exemple le contraste Je trouve qu'on (*dit + dirait) qu'il va pleuvoir.
14
que L s'attendait à ce que p. En particulier lorsque la survenance de p est présentée sur le
mode du présupposé. D'où des enchaînements comme:
(106) Je ne m'attendais pas à ta venue: qui aurait dit que tu me rendrais visite?
(107) *Je m'attendais à ta venue: qui aurait dit que tu me rendrais visite?
Et l'exemple plus complexe:
(108) Je viens d'apprendre que tu allais venir me voir. Qui l'aurait dit?
Puisqu'en première lecture, ce semble être un contre-exemple. C'est en fait une certaine
distance temporelle qui permet d'utiliser Qui l'aurait dit. Si est le moment d'énonciation,
la partie gauche de (108) s'analyse en deux éléments, correspondant respectivement au
présupposé et au posé de cet énoncé:
a) c1 = tu vas venir me voir après t0
b) c2 = avant t0, j'ignorais c1
La présence du conditionnel passé dans la locution fait que la période d'ignorance
supposée est antérieure au moment de l'énonciation t0, ce qui est compatible avec le
posé. Notons au passage qu'on ne pourrait remplacer Qui l'aurait dit? par Qui le
dirait?, ce qui confirme notre analyse. L'effet de surprise marqué par Qui l'aurait dit?
provient ici d'une rupture en t0 – plus exactement autour de t0 – concernant le savoir de L
quant à la venue évoquée dans l'exemple (108).
comme qui dirait
Bien qu'il y ait plusieurs emplois de comme qui dirait55, ils possèdent tous une
caractéristique commune. En disant comme qui dirait (que) p, son locuteur L présente
une certaine qualification par p d'une série d'événements ou d'entités, évaluation qu'il ne
prend pas à son compte et dont il se distancie: 'certains iraient jusqu'à dire…'. En voici
un exemple:
(109) "… et je me rends compte que c'est pas près de finir, que c'est, comme qui dirait, carrément
sans espoir…" (Frantext).
En d'autres termes, L n'appartient pas au ON-locuteur de comme qui dirait. Vérifions-le
sur quelques propriétés. On notera tout d'abord que comme qui dirait ne se combine pas
avec à mon avis, locution qui engage la responsabilité de L:
(110) Max n'y est pour rien dans cette histoire, il est (à mon avis + comme qui dirait
+ *à mon avis comme qui dirait) innocent56.
L'inconvénient de ce critère est qu'il ne s'applique qu'aux énoncés appréciatifs, et non
par exemple, à des énoncés comme (7). Un critère très proche est celui de la
combinaison avec c'est du moins ce qu'on dit (var. du moins c'est ce qu'on dit) qui sert à
son locuteur à marquer son désengagement, d'où des exemples comme:
(111) Il paraît que Max est innocent, c'est du moins ce qu'on dit.
Ce désengagement du locuteur peut être mis en évidence par une impossibilité comme:
(112) *Selon moi, il paraît que Max est innocent.
On constate alors la parfaite acceptabilité de:
(113) Max n'y est pour rien dans cette histoire, il est comme qui dirait innocent, c'est
du moins ce qu'on dit.
Dernier argument: la possible combinaison avec dirait-on, locution dont l'emploi sert
également au locuteur L à refuser la paternité de l'énoncé qu'il produit. Ainsi:
(114) Et je me rends compte que c'est pas près de finir, que c'est, comme qui
dirait, carrément sans espoir, dirait-on.
55 Cf. Gómez-Jordana: 2009.
56 L'acceptabilité est inchangée si on remplace comme qui dirait par son quasi-synonyme en quelque
sorte.
15
(115) Max n'y est pour rien dans cette histoire, il est, dirait-on, comme qui dirait
innocent.
3.3. La nature de p: savoir fondé et savoir allégué
Il est bien connu que les marqueurs discursifs ne se combinent généralement pas
avec n'importe quoi. Ils imposent donc des contraintes sur la nature sémantico-
pragmatique de l'énoncé qu'ils introduisent. A l'inverse, ils sont susceptibles de conférer
à un énoncé à l'origine neutre certaines caractéristiques qui sont précisément celles que
leur combinaison exige. C'est à cette double dimension du problème que sera consacrée
la dernière partie de ce travail, qui s'appuiera essentiellement sur la distinction savoir
fondé/savoir allégué.
J'avais cru bon, dans des publications antérieures57, de distinguer les deux paires
oppositives savoir fondé/savoir allégué et expérience directe/expérience indirecte. Le
savoir fondé était de nature rationnelle, objective (ou en tout cas, présenté comme tel),
face au savoir allégué, de nature subjective, et de l'ordre de l'appréciatif alors que le
savoir fondé relève de l'ordre de l'expérimental ou du déductif. J'avais ainsi introduit ce
trait pour différencier on dit que et on sait que, en le distinguant de expérience
directe/indirecte, qui recoupait exactement en revanche la dichotomie savoir
médiativisé/non médiativisé. Je voudrais revenir sur la distinction entre les deux
dichotomies, qui me paraît aujourd'hui discutable. Le problème a son origine dans
Ducrot: 1975, qui qualifie les usages performatifs du verbe trouver comme exigeant
"…un jugement intrinsèque fondé sur la considération de l'objet même qui est jugé…"58, et lui
attribue le trait "expérience de la chose elle-même"59. Ducrot explique qu'une expérience
intrinsèque de la chose elle-même peut être indirecte, mais ne fournit guère
d'explications à ce sujet. Le seul exemple invoqué est Je trouve que ce film est
intéressant, qui a souvent fait croire que le trait caractéristique de Je trouve que p est
l'expérience directe stricto sensu de l'objet évoqué en p. On note en effet qu'un récit
même enthousiaste du film par un proche n'amènera que difficilement à la conclusion
Je trouve que ce film est intéressant, mais bien plutôt à Ce film a l'air intéressant ou
encore Je trouve l'idée de ce film intéressante. On pourrait croire sur ce type d'exemple
que le récit d'un événement auquel on n'a pas assisté personnellement – ici la projection
du film – même assorti d'un jugement se valeurêtre intéressant en l'occurrence - ne
suffit pas à autoriser l'emploi de Je trouve que. Il n'en est en fait rien, comme le
prouvent les exemples suivants:
(116) Je trouve que la mort de César a été horrible.
(117) Je trouve horrible de mourir à vingt ans.
La possibilité de (116) écarte définitivement l'idée d'une expérience directe stricto sensu
liée à l'usage de Je trouve que: le locuteur L n'a pas pu assister 'en direct' à l'assassinat
de Jules César. Il en est de même pour (117): la possibilité de son énonciation n'exige
pas de son locuteur d'être effectivement mort à vingt ans. Je proposerai l'explication
suivante: il existe en fait une série de savoirs qui ont comme propriété d'être considérés
comme allant de soi, comme s'imposant sans médiation à tout membre de la
communauté qui les partage. Je les appellerai des savoirs fondés. Ils comportent bien
entendu les savoirs présentés en langue comme résultant d'une perception, ainsi la
vision dans le cas du film. Mais il y en a d'autres, et je pense en particulier aux
stéréotypes: dans le cas de (117) par exemple, le caractère horrible de l'événement
57 Anscombre: 2005, 2006a.
58 Op. cit., p. 77.
59 Op; cit., p.83.
16
évoqué ne surgit pas du néant, mais repose sur une des phrases stéréotypiques associées
(entre autres) à mourir, à savoir quelque chose comme On meurt quand on est vieux60.
Or comme je l'ai souvent dit, parmi les stéréotypes figurent des phrases
événementielles, relatives à des faits que l'Histoire nous présente comme incontestables,
et dont la validité s'impose à nous sans médiation d'aucune sorte. Ainsi pour la mort de
César: nous savons de façon indiscutable qu'il a été assassiné par son fils Brutus, et cette
affirmation constitue pour nous une propriété définitoire61 de César. Notons cependant
que ce qui a été dit plus haut montre qu'il ne suffit pas d'être une phrase stéréotypique
pour être un savoir fondé: nous l'avons vu, les formes sentencieuses ne sont pas de tels
savoirs: elles sont médiatisées par un dire issu d'un ON-locuteur, et forment alors partie
des savoirs allégués. C'est la différence entre Les lapins mangent de carottes et La
vengeance est un plat qui se mange froid: le premier énoncé s'enchâsse sans problème
dans on sait que, et hors contexte extra-ordinaire, ne s'enchâsse pas dans on dit que: il
s'agit d'un savoir fondé. A l'inverse, le second – savoir allégué - peut être enchâssé dans
on dit que, et difficilementou à tout le moins non de façon naturelle – dans on sait
que.
C'est à la lumière de cette distinction savoir fondé/savoir allégué que je vais examiner
maintenant le statut des énoncés p introduits par nos différents marqueurs.
Le premier cas nous sera fourni par le contraste frappant entre on dit que/dit-on d'une
part, et comme on dit, d'autre part, que j'illustrerai sur:
(118) On dit qu'Einstein était un génie.
(119) Einstein était un génie, dit-on.
(120) On sait qu'Einstein était un génie.
(121) *Comme on dit, Einstein était un génie.
(122) Comme on sait, Einstein était un génie.
Ces exemples font ressortir un double contraste, entre dire et savoir d'une part, et entre
on dit et comme on dit d'autre part. Je partirai de la phrase générique Les lapins
mangent des carottes, dont je supposerai qu'elle est connue et acceptée par tous: il s'agit
donc d'une phrase générique typifiante a priori62, et elle représente un savoir partagé.
Or on remarque le contraste:
(123) (On dit + on sait) que les lapins mangent des carottes.
(124) (*Comme on dit + comme on sait), les lapins mangent des carottes.
J'expliquerai ce phénomène en disant que Les lapins mangent des carottes est en fait un
savoir fondé. Dans le cas de (123), on dit que est possible parce que, nous l'avons vu
supra, le locuteur L de on dit que n'appartient pas nécessairement au ON-locuteur figuré
par on. L peut donc attribuer ce savoir fondé à un ON-locuteur dont il ne fait pas partie
et dont il se distancie en en faisant un dire – un savoir allégué - de son point de vue à
lui. Avec on sait que, la complétive a le statut de présupposé, et représente ainsi une
communauté linguistique à laquelle L appartient nécessairement. Avec on sait que p, L
fait partie du ON-locuteur à l'origine de p. Dans le cas qui nous occupe, on sait que fait
de Les lapins mangent des carottes un savoir fondé également pour L. Revenons à nos
exemples (118) à (122). Pour beaucoup d'entre nous, p = Einstein était un génie est un
énoncé dont la vérité va de soi: il fait partie du savoir commun, c'est un savoir fondé.
Selon que c'en est un ou non pour un locuteur L, il pourra le commenter par on dit ou
60 Notons à l'appui de cette analyse qu'il serait curieux, dans le contexte de notre culture, de dire des
choses comme Je trouve horrible de mourir à quatre vingt dix ans.
61 I.e. une propriété intrinsèque en termes de théorie des stéréotypes.
62 Sur cette notion, cf. par exemple Anscombre: 2002.
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bien on sait: ces ont les exemples (118), (119) et (120). Avec comme on dit et comme on
sait, la configuration des rôles change: nous avons vu en effet qu'avec comme on dit, en
l'absence d'indications contraires, L appartenait au ON-locuteur mis en scène par on. Les
lapins mangent des carottes fait donc partie du savoir de L. Or il s'agit d'un savoir
fondé, y compris pour L lui-même, que L ne peut par conséquent pas présenter comme
un savoir allégué au travers de dire. D'où (124). Notons au passage que ces phénomènes
nous fournissent un critère pour décider si un savoir est allégué ou fondé dans le cas de
phrases génériques63.
3.4. La nature de p: énoncés gnomiques/événementiels/évaluatifs
Ce qui semble être spécifique des marqueurs examinés ici, c'est que non seulement
ils indiquent l'origine d'une certaine 'information' (au sens très vague du terme), mais
que d'une certaine façon ils la caractérisent. L'information Einstein était un génie est
présentée comme un savoir allégué par on dit que, et comme un savoir fondé par on sait
que. Il n'y a donc pas, comme beaucoup d'études sur la médiativité le laissent pourtant
entendre, une 'information' indépendante de l'origine qu'on lui attribuera éventuel-
lement. La spécification d'une origine entraîne ipso facto l'attribution de certaines
propriétés à 'l'information', en particulier, nous l'avons vu, pour ce qui est de la position
et de la nature sémantico-pragmatique de cette information par rapport à certaines
communautés linguistiques. Dans ce dernier paragraphe, nous examinerons le
comportement de comme qui dirait en présence des trois traits suivants: la gnomicité,
l'événementialité, et le caractère évaluatif.
Je rappelle brièvement qu'il est habituel d'opposer les phrases ou énoncés gnomiques,
qui dénotent une caractéristique constante et non temporellement localisable, aux
phrases ou énonces événementiels, renvoyant à des faits localisables dans un temps
borné. Les phrases/énoncés à ON-locuteur peuvent appartenir au type gnomique, par
exemple Les lapins mangent des carottes ou Des enfants bien élevés ne se mettent pas
les doigts dans le nez64. Ou bien au type événementiel, ainsi Les Vikings ont pillé
Lutèce, La boussole a été inventée par les Chinois, etc. Par ailleurs, un locuteur L donné
peut associer 'localement' à un terme des phrases dont il est lui-même le garant - des
phrases L-vraies, que j'appellerai des phrases/énoncés évaluatifs. Elles peuvent d'ailleurs
être génériques, ainsi Les chats sont affectueux mais ce n'est nullement nécessaire, ainsi
dans le cas de Dans ma région, les maisons sont hors de prix. Par ailleurs, et tout en
reflétant une opinion de leur locuteur L, les phrases évaluatives peuvent se présenter
comme reflétant un savoir fondé de ce même locuteur: d'où leur possible combinaison
avec je trouve que:
(125) Je trouve que dans ma région, les maisons sont hors de prix.
Nous allons voir que comme qui dirait opère un choix parmi ces différentes catégories.
Une première remarque est que comme qui dirait ne se combine avec les génériques
analytiques:
(126) *Les chats sont comme qui dirait des carnivores.
(127) *Les professeurs sont comme qui dirait des fonctionnaires.
(128) *Les mammifères allaitent leurs petits, comme qui dirait.
Ni avec les génériques typifiantes a priori:
(129) *Les chats chassent comme qui dirait les souris.
63 On trouvera dans Anscombre: 2006b, une analyse du comportement général des phrases gnomiques
en particulier sentencieuses – vis-à-vis des marqueurs présentés dans ce travail.
64 Parmi les phrases gnomiques figurent, outre les phrases génériques du type Les voitures ont quatre
roues, les phrases dites dispositionnelles comme Lia joue du piano. Je signale l'intéressant problème de
la délimitation du ON-locuteur de telles phrases.
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(130) *Les voitures ont comme qui dirait quatre roues.
(131) *Les castors construisent comme qui dirait des barrages.
On peut comprendre pourquoi: nous avons vu supra que pour le locuteur L de comme
qui dirait, p, p est une sorte d'évaluation qu'il ne prend pas à son compte, et dont il se
distancie. Dans la mesure où les analytiques et les typifiantes a priori représentent des
savoirs (fondés) partagés, L ne peut s'en distancier. Alors qu'il peut le faire dans le cas
de phrases notoirement évaluatives:
(132) Dans ma région, les maisons sont comme qui dirait hors de prix.
(133) Max est toujours prêt à rendre service. C'est comme qui dirait un bon
samaritain.
(134) Ce coffre-fort est comme qui dirait inviolable.
C'est pourquoi plus la possession d'une propriété représente un écart marqué par rapport
à une norme connue, et meilleur sera l'emploi de comme qui dirait. On comparera de e
point de vue:
(135) ?C'est comme qui dirait coûteux.
(136) C'est comme qui dirait hors de prix.
Ou encore:
(137) ?L'Empereur du Japon est comme qui dirait un chef.
(138) L'Empereur du Japon est comme qui dirait un dieu vivant.
Si l'on examine le cas des phrases événementielles, on constate un phénomène
identique. S'il s'agit d'un simple savoir fondé commun, la combinaison avec comme qui
dirait est impossible stricto sensu:
(139) *Charlemagne a été comme qui dirait couronné empereur en l'an 800.
(140) *Charles Quint régnait sur un vaste empire, comme qui dirait.
(141) *Lutèce était comme qui dirait la capitale de la Gaule.
Pour qu'une telle combinaison soit possible, il faut que l'énoncé que nous avons appelé
p puisse être interprété comme une évaluation d'un certain fait, événement ou entité:
(142) César était comme qui dirait le chef suprême des armées.
(143) La Grèce a été comme qui dirait le creuset de la civilisation occidentale.
(144) La flotte de Pompée a été comme qui dirait balayée à la bataille d 'Actium.
C'est donc bien ce trait d'évaluation qui caractérise l'emploi de comme qui dirait. Une
dernière série d'exemples nous permettra de mieux voir (comme qui dirait) son mode de
fonctionnement. Je distingue depuis un certain temps parmi les formes sentencieuses
celles que j'appelle les [proverbes], ainsi Qui va à la chasse perd sa place. Et les
phrases/énoncés situationnels comme Il a passé de l'eau sous les ponts65. Les premiers
font partie des énoncés typifiants a priori, les seconds sont apparentés aux phrases
/énoncés événementiels. Or de façon étonnante, comme qui dirait sépare ces deux sous-
classes:
(145) *Qui va à la chasse perd comme qui dirait sa place.
(146) *Un tiens vaut comme qui dirait mieux que deux tu l'auras.
(147) *Les bons comptes font comme qui dirait les bons amis.
(148) Il a coulé comme qui dirait de l'eau sous les ponts, depuis la dernière fois.
(149) Dans cette affaire, il y a comme qui dirait anguille sous roche.
65 Cf. Anscombre: 1994, 2000, 2006b; Kleiber: 1989, 2000. La classe des [proverbes], contrairement à ce
que j'ai parfois lu, ne représente pas la classe des proverbes au sens habituel, mais une classe d'énoncés
génériques possédant certaines propriétés linguistiques spécifiques. Il en est de même pour les phrases
/énoncés situationnels, qui possèdent parmi leurs propriétés définitoires, le fait d'être des formes
sentencieuses non génériques.
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(150) Comme qui dirait qu'il y a de l'eau dans le gaz.
On notera qu'on obtiendrait un résultat analogue avec dirait-on et on dirait. C'est qu'il
s'agit d'un problème d'évaluation. Dans les deux cas - [proverbes] et énoncés
situationnels, l'origine est un ON-locuteur, une communauté linguistique. Dans le cas
d'un [proverbe], le locuteur L convoque un principe général qu'il applique à la situation
envisagée. Dans le cas de l'énoncé situationnel, L déclare qu'à son avis, la situation telle
que lui la voit mériterait selon une communauté linguistique dont il se distancie
l'appréciation Il a passé de l'eau sous les ponts, Les carottes sont cuites, Il y anguille
sous roche, etc. Et il s’agit bien d'une évaluation de L dans le cas des énoncés
ssituationnels et non dans le cas des proverbes, comme on le voit avec le critère de à
mon avis:
(151) *A mon avis, (Qui va à la chasse perd sa place + Un tiens vaut mieux que deux
tu l'auras + Les bons comptes font les bons amis + …).
(152) A mon avis (Il a coulé de l'eau sous les ponts, depuis la dernière fois + Dans
cette affaire, il y a anguille sous roche + Il y a de l'eau dans le gaz + Les
carottes sont cuites +…).
4. En guise de conclusion
La leçon que je tire de l'examen de ces marqueurs médiatifs est qu'on a tort, à mon
avis (!), de borner leur rôle à la simple indication de l'origine d'une 'information'. En
fait, si l'on accorde quelque crédit à ce qui précède, on s'aperçoit que les marqueurs
médiatifs procèdent à une véritable mise en scène pour utiliser une métaphore
théâtrale qui a eu son heure de gloire. Il s'agit d'une distribution de rôles, d'une
structuration des ces rôles les uns par rapport aux autres, et enfin, d'une caractérisation
des contenus. En particulier, du choix de présenter des savoirs comme fondés ou au
contraire allégués, entre autres distinctions. J'aimerais par ailleurs attirer l'attention sur
le rôle fondamental que joue la notion de ON-locuteur dans le champ médiatif.
Jean-Claude ANSCOMBRE
Directeur de recherche émérite
CNRS-LDI
janscombre@ldi.univ-paris13.fr
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... Notre travail se situe dans le cadre des études des marqueurs médiatifs, telles que Guentcheva (1996), Dendale et Tasmowski (1994), ou Anscombre (2005Anscombre ( , 2010. Nous nous servirons également de la théorie de la polyphonie, telle qu'elle est décrite par exemple dans Ducrot (1984). ...
... (69) Une hirondelle ne fait pas le printemps, comme tu dis. Dans le cas des proverbes, le locuteur présente un énonciateur, une communauté linguistique à qui il peut donner ou non son accord, comme le rappelle également Anscombre (2010). Ainsi nous pouvons avoir, (70) Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais dans ce cas je suis sûr que le résultat des sondages est déterminant. ...
... Voir à ce sujetAnscombre (2010). ...
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In the comme on dit family, who says what? Polyphony and evidentiality in the house of comme qui dirait, comme dirait l’autre, comme tu dis The aim of our paper is to characterize three markers with a similar surface structure: comme qui dirait, comme dirait l’autre, comme tu dis. We propose a method of analysis based on their syntactic, distributional and semantic properties. The speaker who utters a sentence p through a marker brings in several voices, namely his and the one of an utterer or viewpoint, virtual or real and with respect to which the speaker must commit himself. Furthermore, the introduction of p through such a marker can imply or not some modal variation. After determining the main linguistic properties of each marker, several criteria will be studied showing their different semantic characteristics. Keywords: semantics, evidentiality, modality, polyphony, discourse markers
... Nous n'avons donc pas encore pu l'étudier. Mais, à première vue, elle semble assez gracile, et pourrait appartenir à une femme ». (Le Monde, 27/08/01) Le caractère provisoire du jugement, induisant une forme d'atténuation, de distanciation, explique la cooccurrence possible et fréquente de la locution avec des verbes modalisateurs comme sembler et paraître (A première vue, il semble que…) ainsi qu'avec le conditionnel (A première vue, on dirait que…) interprété comme modalisateur de l'énonciation (Korzen & Nølke, 1990, 2001Anscombre, 2010), c'està-dire avec des marques qui réduisent la responsabilité énonciative du locuteur 3 , favorisent aussi la mise à distance de l'assertion, et de ce fait, l'emploi contrastif de à première vue. ...
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On se propose d’étudier les locutions adverbiales "à première vue", "au premier abord", "de prime abord", trois locutions qui comportent une forme numérale ordinale et qui entretiennent des relations de proximité sémantique. Nous nous intéressons précisément au fonctionnement sémantique et pragmatique de ces locutions à valeur paradigmatisante (Nølke 1983), quand elles introduisent un point de vue (Anscombre & Ducrot 1983, Ducrot 1984, Nølke 1994). Dans cette perspective, nous faisons l’hypothèse d’un procès énonciatif, qui consiste à prendre en considération une situation, et qui vise à constituer un jugement stabilisé. Nous admettons alors que les locutions adverbiales 'à première vue', 'au premier abord', 'de prime abord', servent à sélectionner la phase initiale de ce procès énonciatif, ce qu’attestent les mises en corrélation possibles des trois marqueurs de point de vue avec des expressions qui signalent une évolution dans le temps du jugement du locuteur concernant une situation ('à mieux regarder', 'à y regarder de plus près', 'tout compte fait', 'tout bien considéré', ...). L’étude de ces enchaînements, qui vont parfois au-delà du paragraphe, fait apparaître la capacité des trois locutions à initier un cadre (Charolles 1997), et à appeler un autre cadre dans lequel le jugement va être réévalué. En présentant le point de vue qu’elle introduit comme provisoire et en attente de confirmation, chacune de ces locutions anticipe ainsi sur la suite du texte, et s’inscrit dans une structure aspectuelle de dicto qui est celle d’un procès énonciatif de constitution d’un jugement stabilisé. Nous nous appuyons sur des énoncés attestés au XXème, sélectionnés sur "Frantext intégral", ou bien choisis dans Le Monde sur cederom (1995-96, 1999-2002).
... A première vue signale un point de vue donné comme provisoire Du fait de la valeur de l'ordinal premier qui reste paradigmatisante 8 quand l'adjectif est pris dans la locution à première vue, celle-ci s'apparente aux « marqueurs d'intégration linéaire » (Jackiewicz, 2005), dits également « sériels » (Nøjgaard, 1992), et peut entrer dans une « série » généralement binaire, voire parfois ternaire, mais elle présente aussi une fonction modalisatrice dans le sens où elle donne toujours une instruction concernant l'attitude du locuteur relativement au contenu propositionnel, à savoir que le jugement posé est fondé sur une impression initiale, et qu'il peut être révisé. Ce caractère provisoire du jugement, induisant une forme d'atténuation, de distanciation 9 , explique la cooccurrence possible et fréquente de à première vue avec des marques qui réduisent la responsabilité énonciative du locuteur, et favorisent la mise à distance de l'assertion, tels les verbes modalisateurs comme sembler, paraître, avoir l'air de, … (à première vue, il semble que…), ou bien le conditionnel (à première vue, on dirait que…) interprété comme modalisateur de l'énonciation (Korzen & Nølke, 1990Anscombre, 2010) 10 . Le caractère provisoire du jugement explique encore la fréquente mise en contraste de à première vue avec une expression qui introduit un jugement venant disqualifier le point de vue précédent (à première vue P; (mais) en réalité Q). ...
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This paper follows a series of works concerning a semantic and pragmatic analysis of the french locution à première vue (lit. “at first sight”) when it is employed in contrast with expressions which signal an evolution of the judgment of the speaker (à y regarder de plus près, tout bien considéré, …) (Véronique Lenepveu, 2010, 2011, 2012; Véronique Lenepveu & Laurent Gosselin, 2013). At first, through the analysis of real examples and of their typical context, it is shown that all these locutions express a de dicto aspectual value, by selecting a phase of an enonciative process which consists in taking in consideration a situation in order to formulate a more or less settled judgment. Then, we show it is necessary to take into account de dicto aspectual value of these locutions in order to describe information structure of discourse patterns identified (Michel Charolles, 1997; William C. Mann & Sandy A. Thompson, 1988; Maité Taboada & William C. Mann, 2006).
Chapter
This chapter gives an structured overview and brief description of a wide range of grammatical and lexical evidential markers or expressions with evidential function in French.
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The current paper examines the function of a specific construction comme je l’ai dit and its role in a particular type of oral discourse. The phrase occurs with high frequency in an established discursive genre, namely, debates in the European Parliament (EP). It is presented as a parenthetic construction, including elements with an anaphoric function, and endowed with a specific discursive aim. In order to better understand the raison d’être of this syntactically autonomous form in the specialized corpus, a mixed semantic-discursive approach is adopted. The aim of the study is to highlight the main properties of the construction bearing a particular functionality and to specify its status in discourse from the perspective of the active interlocutor. Given its rather simple morphological paradigm, its rather stereotypical enlargements, and its easy mobility, comme je l’ai dit reveals certain specificities of the referential process. The reference of the anadeictic type causes a sort of “duplication” of the object of discourse and also its reconfiguration. The return to the already said, with the aim of re-modeling it, is in fact accompanied by a re-saying, a repetition of the locutor’s own speech. The interrupting, the going back, the reworking and advancing, involved in the use of the analysed construction, seem to have several implications. The presence of comme je l’ai dit is justified by the speaker’s intention to construct relevant discourse that takes into account intralocutive and interlocutive dialogism. The interruption followed by a relaunch is a signal that redirects the attention of the interlocutor, while the repetition, which is a reminder of the already said, preserves the continuity of the discourse. The two processes set up by comme je l’ai dit, anaphoric reference and repetition, have the function of ensuring the coherence and the continuity of ongoing discourse through the tradeoff between saying, repeating and discursive memory. The importance of adjustments between speaker and interlocutor is the basis of the chosen discursive strategy. The functional perspective brings out the interpersonal aspect of the referential procedure.
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This study aims at comparing the structures from French and Spanish respectively Comme dit le proverbe / Como dice el refrán as far as the insertion of the neutral object pronoun le / lo is concerned. According to a common view, such an insertion would be totally free in French (Comme le dit le proverbe) and completely impossible in Spanish (*Como lo dice el refrán). A more careful examination shows that in fact the insertion can happen to be obligatory in French (Comme (l + *φ) autorise la loi) and perfectly feasible in Spanish (Margarita vendrá mañana, como te (φ + lo) prometieron sus padres). It will be shown that this pronominal insertion is in fact constrained in both languages by specific rules governing the polyphonic/evidential structure.
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Partant des deux postulats suivants : 1. la structuration sémantique des textes peut être décrite au moyen de l’inférence. 2. il existe au moins trois niveaux d’inférence : lexicale, discursive et pragmatique, nous étudions trois types d'inférences : (i) des inférences lexicales qui peuvent être décrites soit dans le cadre des prédicats élémentaires, en rapportant des interprétations sous-jacentes à chacune des trois fonctions primaires (fonction prédicative, argumentale et actualisatrice), soit dans le cadre des prédicats de second ordre, à travers le phénomène d’enrichissement inférentiel et de parataxe, (ii) des inférences énonciatives qui déterminent l’interprétation des énoncés à travers des savoirs partagés entre locuteur et interlocuteur et (iii) des inférences discursives, où l’on montrera comment des connaissances pragmatiques interfèrent avec les différents énoncés d’un texte pour en produire des corrélations et des interprétations spécifiques. Notre corpus d’étude est constitué de documents textuels qu’on appelle feedbacks clients. Les feedbacks clients sont des documents textuels adressés aux entreprises, via plusieurs canaux d’interaction (e-mail, conversations d’agents virtuels, enquêtes de satisfaction, avis, forums, réseaux sociaux, etc.), dans lesquels les consommateurs formulent une demande explicite ou implicite qui appelle une réponse de la part de l’entreprise destinataire. Le système doit rapporter, dans un premier temps, les documents à trois grandes catégories : (i) les questions, qui correspondent à des demandes majoritairement explicites ; (ii) les opinions, qui n’appellent pas nécessairement une réponse même s’ils correspondent implicitement à une demande de prise en considération, et (iii) les injonctions, qui renvoient à une demande explicite ou implicite de réparation. Le contexte applicatif est le traitement automatique de ces documents en vue notamment de leur catégorisation sémantique.
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