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Abstract

Pardonning, spiritual act, psychological act Forgiveness is like love or happiness: it is and cannot be explained, it cannot be referred to a single field of the social sciences, it belongs to several. It seems that it comes from a monotheist tradition then its fate was to become globalized. What interests me here, is the place of forgiveness in psychotherapy, its effect on the psyche. Forgiveness, as a voluntary act, as a word in the illocutoire strength of execution, induces a psychic process, but does not substitute itself for it totally, it transforms a thought, and sometimes is similar to the mourning process. It breaks the vicious cycle of the avenging relation, and frees the man of his acts. So, he cannot be reduced to the only psychoanalytical dimension, therefore the necessity of the « complementarism »: it is at the contact point of this spiritual and psychic act that the change and the transformation of the thought and the psyche is produced. Its impact is analyzed through two clinical stories stemming from the transcultural consultation: in the first situation, a girl forgives her dying mother, and in the second a dead mother to her surviving son.
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DOSSIER
DOSSIER
La clinique transculturelle qui s’incarne dans l’exercice du décen-
trage et se nourrit du respect de la différence est en prise en per-
manence avec le religieux comme composante souvent
incontournable de la rencontre thérapeutique. À travers la clinique,
mais aussi les productions culturelles, sont interrogées les diverses
façons dont le sujet, les institutions et la société envisagent le reli-
gieux.
Le sentiment religieux, avec la diversité de son expression et de son
intensité, fait partie intégrante de la culture et des façons de lire le
monde. La richesse et la complexité de la clinique transculturelle
nous enjoignent d’être moins ignorants du fait religieux et d’exa-
miner sa place dans les dynamiques thérapeutiques et sociales. Si
comme nous dit Jean-Pierre Vernant : « Le religieux ne peut pas
être pensé en dehors des sociétés où il apparaît », comment le sen-
timent religieux voyage-t-il ? Quelle place prend-il dans la rencontre
thérapeutique et comment en appréhender les multiples facettes ?
Dans la perspective d’une dialectique possible entre clinique et cul-
ture, la réflexion tentera d’explorer l’abord anthropologique du re-
ligieux.
Yoram MOUCHENIK, Taïeb FERRADJI
le religieux :
du sacré au social
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LE RELIGIEUX DOSSIER
Le pardon est comme l’amour, la joie, il est et ne s’explique pas ; il ne
se réduit pas à un seul domaine des sciences humaines, il appartient
à plusieurs. Il semble bien qu’il ait d’abord appartenu à la tradition
monothéiste avant d’avoir pour destin à se mondialiser. Ce qui m’intéresse
ici, c’est la place du pardon dans la psychothérapie, son effet sur le psy-
chisme. La psychothérapie transculturelle a la particularité de rendre pos-
sible la rencontre entre un thérapeute et un patient qui n’ont pas la même
culture et parfois ne parlent pas la même langue. Ceci est possible par un
dispositif unissant un groupe thérapeutique pluridisciplinaire et des tra-
ducteurs. J’aborderai la question par deux situations cliniques où il a été
question de pardon. À partir d’elles sont nées plusieurs questions: qu’ap-
porte le pardon? Peut-on pardonner à un mort? Un mort peut-il pardon-
ner? Le pardon, comme acte volontaire, comme parole à la force illocutoire
d’exécution, induit un processus psychique, mais ne s’y substitue pas to-
talement, il transforme une pensée, et parfois s’apparente au processus du
deuil.
Le pardon nécessite les domaines de la philosophie, de l’anthropologie et
de la religion pour être un peu compréhensible. Il ne peut être réduit à la
seule dimension psychanalytique, d’où l’impératif du complémentarisme:
c’est au point de contact de cet acte spirituel et psychique que se produi-
sent le changement et la transformation de la pensée et de la psyché.
Claire Mestre est psychiatre et
anthropologue à la consultation
transculturelle du CHU de Bor-
deaux, 86 cours d!Albret, 33 000
Bordeaux.
Site": www.associationmana.e-
monsite.com.
E-mail": claire.mestre@chu-bor-
deaux.fr
Claire MESTRE
Centre Hospitalier
de Bordeaux, France
Le pardon, acte spirituel,
acte psychique
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DOSSIER
Quelques jalons pour le pardon
Que pouvons-nous retenir du pardon qui puisse nous éclairer dans le do-
maine de la clinique? Quand parler du pardon, comment le penser ? On
pardonne quelque chose, on pardonne à quelqu’un, on pardonne quel-
qu’un? Le contraire du pardon, est-ce la vengeance? Pardonner: est-ce sa-
voir, tout connaître? On peut d’emblée dire que ce n’est pasoublier,
annuler, ignorer.
C’est un acte, une parole. C’est aussi un fait culturel, anthropologique, qui
fait partie du don et de l’échange généralisé. Il s’associe à la dialectique de
la mémoire et de l’oubli, et au travail de deuil. Il est lié aussi à la faute, au
péché, à l’offense, et renvoie aux notions de l’absolution, la rémission, l’in-
dulgence, sur fond de sanction et de réparation.
On pourrait le résumer comme un acte positif par lequel on se souvient
et on décide de ne pas tenir compte de la faute dans les relations avec le
coupable (Abécassis 1996:141). Le pardon s’associe ainsi à l’acte de la
mémoire: pas de pardon sans mémoire de l’offense. Pourtant, la concep-
tion du pardon ne se laisse pas enfermer dans une seule définition; autant
d’auteurs, autant de représentations du pardon, de sa portée et de sa né-
cessité au service de la vie. On pourrait distinguer le pardon individuel et
le collectif, le pardon banal et l’exceptionnel.
Ainsi, le pardon envisagé par la psychologue Maryse Vaillant est «ordi-
naire» et fait partie des liens d’échange entre parents et enfants. Le pardon
s’inscrit donc dans une histoire familiale, dans une transmission transgé-
nérationnelle. Le pardon est, selon elle, un des fondements de la généalo-
gie : on doit à nos parents, on accorde le pardon à nos parents, c’est un
chemin de maturation. Pardonner à ses parents, c’est les acquitter, ce serait
une tâche individuelle.
Le pardon est un don de sens, une création personnelle qui reconstruit les
relations humaines. Le pardon annule la dette. Par sa dimension spirituelle,
l’homme domine le mal, il transforme le mal en promesse de vie, il permet
de se libérer du passé, sans l’oublier. Mais on ne sait pas pourquoi on par-
donne. Le pardon est un don sans retour, pardonner, c’est donner une ré-
ponse, par la force puisée dans l’amour divin ou dans la volonté de survie
du groupe. Le pardon reposerait sur les fantasmes réparateurs qui per-
mettraient de dépasser le ressentiment: on répare chez l’autre ce qu’on a
craint avoir détruit, pour sauver ce qui est abîmé en soi selon la théorie de
Mélanie Klein. Il s’accompagnerait aussi de la capacité de sollicitude de
Winnicott permettant la conciliation qui accompagne le pardon, ré-
conciliation avec le parent, ou bien son souvenir. La capacité de sollicitude,
c’est être concerné par l’autre; elle est développée durant la première année
où l’enfant pressent qu’en attaquant sa mère, il peut la perdre, puis il passe
au stade de l’inquiétude où il développe sollicitude et compassion pour sa
mère.
Le concept du pardon est énigmatique et beaucoup plus complexe pour
le philosophe Jacques Derrida (2000), pour qui il est un héritage religieux
en voie d’universalisation. Chaque fois qu’il est au service d’une finalité
(rachat, rédemption, réconciliation), ou qu’il tend à rétablir une normalité
(sociale ou psychologique) par un travail de deuil, par quelque thérapie,
ou écologie de la mémoire, le pardon n’est pas pur. Il ne devrait être ni nor-
mal, ni normatif, ni normalisant. Il devrait rester exceptionnel et extraor-
dinaire, à l’épreuve de l’impossible : comme s’il interrompait le cours
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ordinaire de la temporalité historique (ibid.: 107). Ainsi, le pardon ne par-
donne que l’impardonnable. Il ne nécessite pas la demande de pardon. Il
est inconditionnel, accordé au coupable en tant que coupable, sans contre
partie, sinon ce n’est pas au coupable que l’on pardonne, mais déjà à un
autre devenu meilleur. La question du sens pose problème: ne pardonner
que ce qui est réparable ? Pardonne-t-on quelque chose : un crime, une
faute, un acte qui n’épuise pas la personne incriminée, ou bien pardonne-
t-on à quelqu’un, demande-t-on pardon à la victime selon les recomman-
dations de Dieu qui a prescrit de pardonner pour être pardonné à son
tour?
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux
qui nous ont offensés.
Il existe une équivoque de la tradition: soit Dieu pardonne sans échange
et sans condition, soit il requiert le repentir et la transformation du pé-
cheur (ibid. : 119). Le pardon a donc deux pôles : l’inconditionnel et le
conditionnel. L’inconditionnel est hétérogène au conditionnel (le repentir,
la transformation), mais cette qualité lui permet de s’inscrire dans l’his-
toire, le droit, la politique, l’existence même et je rajouterai dans le travail
psychique. Ces deux pôles sont irréconciliables, mais indissociables. Le
pardon est inconditionnel, puis il s’inscrit dans une «écologie histo-
rique»: l’amnistie, l’amnésie, l’acquittement, le travail de deuil… Il s’ins-
crit ainsi dans une aporie.
Le pardon entre deux personnes supposent qu’elles ne sont pas forcément
d’accord sur ce quoi porte le pardon. Il se passe de la compréhension et de
réconciliation. Il excède toute institution, tout pouvoir, toute instance ju-
ridico-politique, en étant hétérogène à l’ordre du politique ou du juridique
(ibid.: 114). Ce n’est pas une négociation, une transaction calculée. L’État
ou une institution ne peuvent pardonner, c’est la victime qui peut pardon-
ner. Pourrait-on se substituer à la victime, morte par exemple? Qui peut
pardonner au nom des victimes disparues? Le pardon relève du secret, de
l’inaccessible, de l’incompréhensible (ibid.: 129).
Le pardon de Ricœur a lien avec l’ipséité. «L’amour précisément» est de
la même famille que le pardon. Comment le pardon s’inscrit-il dans la ré-
ciprocité? Selon sa dimension religieuse chrétienne, qui invite à aimer ses
ennemis, à leur pardonner, il ne faut en n’attendre aucun retour. Aimer ses
ennemis brise le cercle de la réciprocité. Mais l’amour convertit : on sou-
haite que l’ennemi devienne l’ami. L’idée n’est plus donner et rendre, mais
donner et recevoir. Ricœur rejoint Derrida dans la conception d’un pardon
individuel, dans une relation avec l’autre: il n’est pas l’amnistie, ni la ré-
conciliation et est apolitique. Selon la symbolique délier-lier (symbolique
que l’on retrouve dans la psychanalyse par la liaison des pulsions), le par-
don délie, au contraire de la promesse qui lie (idée empruntée à Hanna
Arendt). La faculté du pardon se fonde au moyen de la parole et sur la pré-
sence d’autrui. L’action du pardon est un miracle, comme l’action qui in-
nove. Le pardon serait la possibilité de délier : délier l’agent de son acte.
La parole du pardon sous-entend: «Tu vaux mieux que tes actes».
Malgré la complexité du pardon, on peut toutefois en comprendre qu’il
est une modalité d’échanges interindividuels entre deux êtres, qu’il n’in-
duit pas forcément la réciprocité ou la réconciliation et qu’il transforme
celui qui le pratique. Sa force s’inscrit dans le fait qu’il délie d’un acte et
propulse vers la vie. Le pardon est libre, gratuit et transcende toute poli-
tique institutionnelle. Le pardon se différencie ainsi des autres possibilités
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de réconciliation, comme antidote de la vengeance, qui sont définies par
la culture. Ainsi, Déogratias Bagilishya rappelle dans un bel article (2000)
que, face au risque de la vengeance engendrée par la transgression comme
le meurtre, la culture contient, grâce à la présence des anciens, des pra-
tiques rituelles et l’énonciation de proverbes, des possibilités de réconci-
liation et d’apaisement de la souffrance. Ainsi, l’auteur a-t-il pu grâce à ces
ressources trouver l’apaisement de son désordre intérieur imposé par le
meurtre de son fils lors du génocide rwandais.
Dans les situations cliniques que je vais aborder, le pardon est arrivé
comme une évidence, évoqué par le patient ou amené par le thérapeute en
réponse à une faute. La première situation concerne une femme exilée,
traumatisée, qui voit sa relation avec son nouveau né «empoisonnée» par
sa relation passée avec sa mère. Celle-ci l’avait abandonnée petite. Elle par-
donne à distance à sa mère qui est au Nigéria, avant que celle-ci ne meure.
Pourra-t-elle trouver la paix du deuil achevé? La deuxième situation
concerne un jeune homme perturbé, au parcours très chaotique, tôt or-
phelin, qui révèle à son thérapeute que, lors du génocide burundais, d’où
il a réchappé, il a dû, sous contrainte comme enfant soldat, tuer sa mère. Il
émerge l’idée que la défunte lui pardonne.
Situations cliniques
La première concerne «Bijou, le bébé qui pleurait les larmes de sa mère»1.
Espérance et son enfant Bijou sont adressées à la consultation transcul-
turelle par un Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA) en ur-
gence, à cause de l’inquiétude grandissante de la travailleuse sociale qui
l’accompagne: rien ne console ce bébé et la jeune mère n’arrive pas à com-
muniquer son désarroi car elle ne parle pas français.
L’histoire d’Espérance est frappante par l’accumulation de traumatismes
sur une période très courte. Espérance est alors âgée de vingt-cinq ans et
sa petite fille de quatre mois. Elle est originaire du Nigéria et parle anglais
pidgin, une interprète nous accompagnera tout au long du suivi. L’émo-
tion, mais aussi la souffrance et la désorganisation feront de la première
consultation un moment très éprouvant. La jeune femme raconte son his-
toire pendant que la petite fille pleure de tout son corps sans pouvoir être
consolée, ni par les thérapeutes, ni par sa mère.
Au Nigéria, Espérance était mariée et coiffeuse. Elle vient de la région du
Delta. Son mari, dont elle dit alors ne rien connaître des activités, décida
un jour de façon urgente de partir: ils étaient en danger de mort. Le
contexte de ce départ reste vague, Espérance ayant pu reconstruire l’hy-
pothèse que son mari, un homme instruit, faisait probablement partie d’un
groupe de résistance villageois2. Espérance était enceinte au moment du
départ. Arrivés à l’aéroport de Paris, Monsieur disparut. Madame se retro-
uva seule, à la rue et elle fut alors abusée alors qu’elle était enceinte de six
mois. Elle arriva à Bordeaux dans des conditions floues : «Quand je suis
arrivée en France, je me suis sentie comme rien du tout, vide». C’est dans
ce contexte traumatique qu’Espérance mit au monde son enfant: «J’étais
seule à l’hôpital avec toutes les douleurs que j’avais».
D’emblée, des éléments inquiétants sont repérés lors de ce premier récit :
les pleurs incessants du bébé, qui passe sans succès de bras et bras, le por-
tage inapproprié de sa mère qui oscille entre abandon et secousses de l’en-
fant. C’est une atmosphère de panique qui guette l’ensemble du groupe.
1Cette brève observation est
développée dans un article co-
écrit (Gioan & Mestre 2010). Le
groupe thérapeutique est cons-
titué par deux psychologues cli-
niciennes Estelle Gioan et Béré-
nise Quattoni. Les prénoms ont
été changés. La prise en charge
continue à l!heure de l!écriture.
2En effet, depuis longtemps, la
région du Delta est touchée par
des conflits entre locaux et mul-
tinationales : le pétrole qui tota-
lise 90 % des recettes natio-
nales ne se trouve que dans les
régions du Delta, d!où il est ex-
porté, mais les habitants de ces
régions vivent au dessous du
seuil de pauvreté africain.
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La mère semble épuisée. Les nuits sont très éprouvantes et elle n’arrive
pas à se reposer. Elle a des hallucinations dont on ne sait pas exactement
si ce sont des réminiscences ou bien des cauchemars. Devant l’ampleur de
la détresse de ces deux personnes, nous organisons très rapidement l’-
hospitalisation d’Espérance et de Bijou dans une unité de soin mère-en-
fant. Un risque de passage à l’acte nous semble très important. La mise
en place d’un traitement et d’un suivi assez lourds permettront la diminu-
tion de l’angoisse et de l’impulsivité. Conjointement, un suivi régulier est
organisé à la consultation transculturelle.
Nous pourrons alors ensemble élaborer les circonstances menaçantes qui
ont entouré la venue au monde de Bijou, mais aussi les représentations
ambivalentes dont elle était l’objet.
Espérance se retrouve mère dans un pays qu’elle ne connaît pas et dont
elle ne partage pas la langue, elle est seule et très isolée. Le bébé devient
porteur de représentations ambivalentes : par sa nomination, Bijou repré-
sente «tout ce qu’il me reste de précieux » alors qu’elle est dans le «dés-
espoir». Les interactions sont marquées par une violence mal contenue:
la mère tente d’interpréter les longs pleurs de sa fille: «Je ne peux pas ex-
pliquer ce qu’elle sent, mais je sais qu’elle est en colère». Et aux manifes-
tations du bébé, elle dit: «Quand elle pleure beaucoup, ça me met hors
de moi». L’abandon par son mari, sa disparition et ce contexte particulier
vont faire ressurgir avec inquiétude et force la figure de la mauvaise mère,
incarnée par sa propre mère qui avait quitté le domicile familial pour aller
vivre avec son nouveau mari alors qu’Espérance avait deux ans. Elle resta
vivre avec son père alors que son frère et sa sœur plus âgés furent placés
ailleurs, elle n’a plus eu de contact avec eux à partir de ce moment-là. À
douze ans au décès de son père, elle partit vivre chez sa tante maternelle
qui l’éleva jusqu’à ses dix-neuf ans, âge auquel elle se maria.
Au moment où Espérance se retrouve mère, les représentations maternel-
les s’imposent par des pensées qui la persécutent au point qu’elle pense
que sa mère cherche à lui faire du mal: «J’ai rêvé que ma mère voulait tuer
mon bébé et elle m’a dit de tuer mon bébé», elle a des hallucinations où
sa mère la menace elle et son bébé.
Ces accusations reposent sur une relation maternelle fortement perturbée.
Espérance renoue alors le contact avec sa mère par téléphone. Mais celle-
ci juge que les déboires d’Espérance sont le fait de sa transgression. Nous
apprenons ainsi qu’Espérance s’est mariée contre l’avis de sa mère : «Tu
es folle comme ton père», «Tu es une mauvaise mère», lui dit-elle.
La persécution mère-fille se rejoue entre Espérance et Bijou: Bijou pleure
et persécute sa mère déjà maltraitée par sa propre mère. Au terme de ces
relations, c’est Espérance qui se débat avec le sentiment d’être une mau-
vaise mère. Bijou présente rapidement des réveils brutaux pendant le som-
meil, Madame nous dit «comme si elle avait peur», elle semble terrorisée
quand elle sent que sa mère s’éloigne.
Espérance s’identifie à la mère de son enfance, mauvaise et persécutrice,
et ne peut s’identifier à la détresse de son bébé. Espérance n’a alors comme
seule issue, paradoxale, de vouloir confier sa fille à autrui par des mots et
des gestes qui inquiètent les soignants. Ne signifie-t-elle pas qu’elle veut
abandonner son bébé?
Le travail de consultation reposera sur plusieurs ingrédients: d’abord sur
un cadre qui permet de porter3Espérance et qui permet aussi de «penser»
3Le groupe constitué exclusive-
ment de femmes pouvant s!ap-
parenter à un groupe de
commères, mais il est de plus à
noter l!apport considérable de
l!interprète, qui en plus de l!ap-
port linguistique, représentera
une figure maternelle possible
confiante et aidante.
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et de «panser» les blessures d’Espérance bébé, petite fille, femme et mère.
Il reposera aussi sur les possibilités de modifier les représentations ma-
ternelles, comment passer d’une mère agressive à une mère faible qui n’a
pas eu d’autres choix que de laisser son enfant?
Espérance s’est retrouvée seule dans la migration, face à un nouveau défi:
apprendre la grave maladie de sa mère. À ce moment, se dessine pour
Espérance l’urgence de se réconcilier avec sa mère, sans doute sous l’im-
pact de la psychothérapie, mais aussi sous l’influence d’une tradition qui
incite à quitter les siens dans la paix. Espérance téléphone ainsi à sa mère
et nous annonce qu’elle lui pardonne tout le mal qu’elle lui a fait, l’amour
l’emporte sur le ressentiment et le sentiment fou d’être haïe par sa propre
mère. L’accompagnement d’Espérance n’est pas terminé et notre attention
clinique s’est ensuite portée sur la possibilité pour Espérance d’être apai-
sée après cette disparition.
La deuxième situation concerne Christian, un enfant soldat sans mémoire.
Ce jeune adulte fut confié à la consultation à la suite d’une tentative de
suicide par pendaison4. La reconstitution des souvenirs fut très difficile
car ses propos et sa pensée étaient souvent très confus. Il avait quitté le
Burundi très jeune (il ne savait pas exactement), alors qu’il y avait la guerre
durant laquelle sa mère avait été assassinée. Ils avaient fui avec le père au
Ghana, son pays natal, semble-t-il. Le père aimait beaucoup son épouse
et il est mort de «chagrin». Le père était agriculteur. Il n’avait alors plus
de souvenir de la mère, mais en gardait de son père, quand ils étaient en-
core ensemble. À sa mort, il s’était retrouvé à la rue, fouillant les poubelles
pour manger, mais il ne pouvait évoquer cette période: son front se plissait
et son regard s’éloignait dans le vide. Il voyait sa mère et son père en rêve,
sa mère lui disait de le rejoindre, comme ça, disait-il : «Je ne souffrirai
plus».
Christian entreprit un suivi à la consultation transculturelle, d’abord dans
le groupe thérapeutique, puis il a continué à venir me voir seule. Pendant
très longtemps, il avait sans arrêt le même discours : «J’ai beaucoup de
problèmes, je ne sais pas où aller, je n’ai pas de parents, je n’ai pas de pays,
je ne connais personne…». Progressivement, Christian rassembla ses sou-
venirs, des images, des paroles de ses parents, qui résonnaient en lui… : il
évoqua son père qui venait le chercher à la sortie de l’école, puis ils allaient
travailler ensemble dans les champs. Il ramena également une parole ma-
ternelle: «Il faut être patient». Mais la souffrance empira et, le jour, il se
voyait en double, la nuit, les morts tout de blanc habillés arrivaient et lui
disaient: «Viens avec nous». Je pensais alors aux visions des rescapés des
génocides qui sont envahis dans leur réalité par la vision des morts.
Christian s’accrocha à notre aide et était également avide de médicaments
qui éloigneraient ses visions angoissantes. Il était venu en bateau de l’A-
frique pour vivre, et ici il avait le sentiment qu’on lui refusait la vie en ne
lui accordant aucun statut. Cependant, il reprit progressivement une vie
sociale en s’inscrivant à des cours de français. Les séances d’ailleurs se fi-
rent dans cette langue, car il refusait d’utiliser l’anglais.
Progressivement, il put reconstruire la vie après la mort de son père, alors
qu’il était un jeune adolescent. Après cette disparition, il s’était retrouvé
seul sans projet et sans perspective, il ne pouvait seul payer le loyer de la
maison. C’est à ce moment-là qu’il était devenu fou et qu’il avait commencé
à avoir des visions : les morts, les démons aussi. Il s’était installé dans la
4C!est une situation dont je
m!occupe encore actuellement.
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rue, il mangeait dans les poubelles d’un restaurant et il dormait à côté. On
se moquait de lui. D’autres enfants dormaient avec lui. Le dimanche, des
hommes d’Église lui donnaient à manger. Cela avait duré quelques années,
puis il s’était mis à chercher du travail : un homme l’avait engagé comme
assistant et le camion lui servait de toit pour dormir. Lors de son arresta-
tion «pour trafic d’armes», à l’écoute de la sentence qui le menaçait, il
avait eu envie de se suicider, puis l’inspecteur de police l’avait aidé contre
une somme d’argent. Il avait pris un bateau dont il ignorait alors la desti-
nation. Raconter son histoirepeut paraître facile et pourtant il a fallu des
années pour Christian d’arriver à ce récit construit.
La thérapie continue au gré de Christian qui vient généralement me voir
de temps en temps : la vie reste dure car il est très seul; parfois il a des accès
de violence où il agresse ses amis lorsqu’il ne prend plus ses médicaments
car une voix lui dit de frapper. Il a trouvé un travail qui le soutient même
s’il est parfois dur physiquement. La tristesse l’envahit inexorablement:
la vue d’une femme qui porte un enfant le remplit d’amertume. Il pense à
sa mère, bien sûr, parfois la nuit elle vient le voir sans ses rêves.
Un soir de décembre, en 2008, il arrive et, après m’avoir donné quelques
nouvelles, il dit qu’il a quelque chose à me dire. À son air, je sens que c’est
grave et comme pour contrer le choc, je prends son dossier et me mets à
écrire, les mots pleuvent en français, chaotiques, mais c’est très clair. Il ra-
conte la mort de sa mère: «Je pense à ma mère…, c’est moi qui ai tué ma
mère, c’est pas ma faute…». Il raconte la guerre civile, l’enlèvement des
enfants, la prise imposée de drogues, le bandeau sur les yeux et l’ordre de
tirer… Et puis, «à chaque fois que je pense à ça…». Oui, ils l’ont en-
levé… Il raconte, l’assassinat de l’ami de ses parents, le viol de la mère, la
relâche du père qui est ghanéen, l’entraînement, puis, le bandeau sur les
yeux, l’ordre de tirer : on lui enlève le bandeau et c’est sa mère qui gît un
chiffon dans la bouche. Chaque enfant, ils étaient sept, a tué sa mère5. Le
père l’a recherché, puis ils sont partis pour le Ghana. Ce récit, c’est la pre-
mière fois qu’il le racontait, son père ne l’avait jamais entendu.
Je lui demande, à la suite de cet aveu angoissant, s’il rêve encore à sa mère,
car les rêves avaient été jusqu’à présent les expressions d’un travail de deuil
rendu compliqué par l’exil et la violence génocidaire. Oui, il rêve, et dans
le rêve, affirme-t-il, elle a une attitude de pardon. Je reprends cette idée et
appuie l’interprétation du rêve par le pardon: la mère pardonne à son fils.
Pour autant, je m’interroge : existe-t-il une autre issue que la folie à cette
histoire? Quel deuil? Quel pardon? Quel devenir?
Le pardon comme échange avec les morts ?
Le statut des défunts dépend du travail du deuil, dans la psyché comme
dans la culture, lui-même infiltré par les sentiments qui nous lient avec le
défunt. Plus l’ambivalence6règne, plus le statut du futur défunt est pro-
blématique. Quand le statut du mort est culturellement déterminé, c’est-
à-dire qu’il trouve une place dans un autre monde: le paradis ou l’enfer,
ou bien le monde des ancêtres, ou celui des esprits, celui-ci va arborer, en
cas d’ambivalence, le masque d’un mort malveillant: fantôme, esprit pos-
sesseur…
On sait avec Freud que l’ambivalence à l’égard d’un défunt amène à la ma-
nifestation d’un deuil pathologique. Cette observation clinique, Freud
(1933) tenta de la déceler par l’analyse des manifestations du peintre
6L!ambivalence est la présence
simultanée dans la relation à
une personne de tendances,
d!attitudes et de sentiments op-
posés que sont l!amour et la
haine.
5Je rappelle que le Burundi
connut une guerre civile en
1993, après un putch militaire
responsable de l!assassinat du
Président hutu Melchior Nda-
daye et de ses proches collabo-
rateurs. Il s!ensuivit un génocide
tutsi et un lynchage des Hutus
opposés à cette idéologie. Des
régions entières connurent la
purification ethnique de même
que Bujumbura.
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DOSSIER
Christophe Haitzman au XVIIesiècle qui développa une «névrose démo-
niaque» après le décès de son père. Le peintre aurait cédé aux sollicitations
du Diable, qui était venu le tenter après la perte de son père, et il s’était
engagé par écrit à lui appartenir corps et âme. Le peintre se repentit et
était persuadé que seule la grâce de Marie pourrait le sauver en forçant le
Malin à rendre le pacte écrit.
Ce qui m’intéresse pour approfondir ma réflexion, c’est le déclenchement
de la maladie: la mélancolie après la perte du père. Freud interprète les en-
gagements du peintre endeuillé comme la manifestation pathologique de
la perte : à travers un pacte, le Diable
promit
au peintre de remplacer le
père défunt, ce qui signifierait que le peintre espérait ainsi (inconsciem-
ment bien sûr) «récupérer la perte». La mélancolie apparaît ainsi comme
un mode pathologique du deuil. Le père est un être aimé, mais il est aussi
objet d’ambivalence (L’ambivalence serait la conséquence de l’amour et de
la haine, possiblement ressentie alors que de façon hypothétique le père
aurait interdit la peinture au fils). Le Diable portait les signes de la com-
plexité des sentiments à l’égard de son père: le fils attendait de lui une
grossesse et avait des sentiments de tendresse maternelle à son égard. Le
peintre résolut son repentir par des séances d’exorcisme qui permirent de
rompre l’engagement à l’égard du démon et il s’engagea, non sans diffi-
culté, vers la voie religieuse dans les ordres. Selon l’analyse psychanaly-
tique, le personnage du Diable prit ainsi la place du père défunt et entretint
avec le fils des échanges de promesses qui ne pourront s’arrêter que grâce
à l’action d’exorcismes. Le deuil se résolut dans l’engagement d’une vie
religieuse, la seule pouvant garantir la réduction totale de l’ambivalence à
l’égard du père, la seule permettant de retrouver un sentiment de sécurité
et d’amour retrouvé.
J’en conclus ainsi que l’ambivalence à l’égard d’un être aimé expose à un
deuil perturbé s’exprimant par des échanges, par le biais du rêve ou bien
des hallucinations menaçantes et persécutrices, qui prennent une forme
propre à la culture. Dans l’histoire de Freud, le travail du deuil fit du père
un être menaçant, hostile et dangereux, à travers le personnage chrétien
du Diable.
Pour Espérance, que peut devenir le travail de deuil alors que ces senti-
ments étaient très partagés à l’égard de sa mère ? En effet, à la naissance
de sa fille, notre patiente a vu ressurgir en elle des sentiments mélangés à
l’égard de sa mère, qui rejaillirent dans la relation avec sa petite fille. L’ur-
gence de la menace de la disparition de la mère la contraint à revisiter sa
relation avec elle. On peut se demander si Espérance en pardonnant à sa
mère, peut vivre un deuil qui apportera une mémoire apaisée de sa mère
Autrement dit, quand les vivants pardonnent aux morts,
l’acte du pardon
à l’égard d’un défunt peut-il réduire l’éventuelle ambivalence ?
Le pardon,
en déliant le défunt de ses actes hostiles à l’égard de l’endeuillé, permet-
trait-il au défunt de rester en paix avec le vivant ? Ou bien le pardon, en
transformant un sentiment d’ambivalence à l’égard d’un être disparu, per-
mettrait-il de ramener le défunt non plus à une figure hostile, mais à une
figure appartenant à une mémoire apaisée?
Le pardon et le transfert
À l’inverse, les morts peuvent-ils pardonner aux vivants? Dans les cultures
«animistes», où les morts par le passage de la mort changent de statut et
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LE RELIGIEUX DOSSIER
appartiennent à un monde parallèle, un mort hostile devient craint, appa-
raît dans les rêves des vivants (ou bien dans des visions) comme dangereux
et menaçant. Ceci est interprété par le fait que le défunt a des reproches à
l’égard du vivant. Il sera fait des gestes et des rituels pour apaiser et s’op-
poser à la vengeance possible du défunt.
Pour Julia Kristeva, les religions monothéistes ont trouvé l’antidote de la
haine, c’est le pardon, qui suspend le temps des vengeances. Le pardon
n’efface pas la haine, mais permet d’arrêter le geste de la vengeance, en
suspendant le jugement, en se référant à Dieu (2005: 370). Cette psy-
chanalyste fait de l’analyse une demande de pardon, au sens d’une renais-
sance psychique et physique. Ce faisant, elle met l’accent sur la fonction
de transformation du pardon sur la psyché et sur le corps: «C’est la pos-
sibilité de ce nouveau commencement, rendu possible par le transfert7et
l’interprétation, que j’appelle un
par-don:
donner et se donner un temps
nouveau, un autre soi, des liens imprévus» (2007: 60). La psychanalyse
met en œuvre un pardon moderne, une variante «post morale», par l’in-
terprétation, qui permet la donation de sens à l’insensé de la haine (2005,
op. cit. : 372). Elle permet la renaissance psychique, par la relation analy-
tique. Le pardon fait face à la haine, doublure du désir.
Pour ma part, à partir de ce pardon, possible grâce au jeu du transfert et
du contre-transfert, existe une possibilité de transformation et de déliai-
son, dans le sens délier un homme de ses actes. C’est pourquoi, j’affirme
que, dans la psychothérapie de certains patients, le pardon existe. Ce n’est
pas le thérapeute qui pardonne, au nom de quoi le ferait-il? Quel pouvoir,
quelle volonté pourrait-il s’octroyer? Cependant le thérapeute, étant éga-
lement là comme autrui, comme témoin, pris dans les rets du transfert et
comme objet de transfert, il permet que se délie et que se dénoue l’homme
de ses actes, signifiant ainsi: «Tu vaux mieux que tes actes».
Ainsi, la mère morte assassinée par Christian peut-elle lui pardonner par
le jeu du transfert, grâce au statut conféré par la culture au défunt, un être
susceptible de protection.
Conclusion
On remarquera que le pardon, dans les exemples dramatiques que j’ai ex-
plorés, n’a pas sa place dans le sens de pardonner à son bourreau, Espé-
rance pardonner à ses persécuteurs, Christian pardonner aux
génocidaires… Cette dimension peut-elle apparaître dans une psychothé-
rapie, je ne sais pas. On entend plus souvent la haine et le désir de ven-
geance individuels; sans doute que la dimension collective qui fait défaut
surtout dans la migration empêche toute évolution dans ce sens là. C’est
là que la dimension collective de la réconciliation fait défaut.
Il a été question de pardon comme l’acte de pensée (acte de parole) qui
rend possible la transformation d’un lien d’un être avec son prochain, son
parent en l’occurrence, qui pouvait être aussi un défunt. Le pardon s’est
appuyé sur une relation définie par la culture et réactualisée par la psycho-
thérapie. Le pardon a été donné dans les deux sens générationnels: de la
fille à la mère, de la mère au fils. Cet acte possible dans le déroulement de
la psychothérapie modifie la dynamique psychique et participe au proces-
sus soignant ou réparateur du soin. Cependant, il reste mystérieux dans
ses ressorts et ses effets.
7«"Désigne en psychanalyse, le
processus par lequel les désirs
inconscients s!actualisent sur
certains objets dans le cadre
d!un type de relation établi avec
eux et éminemment dans le
cadre de la relation analytique"»
(Laplanche & Pontalis 1967":
492)
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DOSSIER
Bibliographie
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Vaillant M. Pardonner à ses parents. Paris: La Martinière ; 2001.
Résumé
Le pardon, acte spirituel, acte psychique
Le pardon est comme l’amour, la joie, il est et ne s’explique pas ; il ne se réduit pas à un
seul domaine des sciences humaines, il appartient à plusieurs. Il semble bien qu’il ait d’a-
bord appartenu à la tradition monothéiste avant d’avoir pour destin de se mondialiser. Ce
qui m’intéresse ici, c’est la place du pardon dans la psychothérapie, son effet sur le psy-
chisme. Le pardon, comme acte volontaire, comme parole à la force illocutoire d’exécution,
induit un processus psychique, mais ne s’y substitue pas totalement, il transforme une
pensée et parfois s’apparente au processus du deuil. Il brise le cycle infernal de la relation
vengeresse et délie l’homme de ses actes. Ainsi, il ne peut être réduit à la seule dimension
psychanalytique, d’où l’impératif du complémentarisme: c’est au point de contact de cet
acte spirituel et psychique que se produisent le changement et la transformation de la pen-
sée et de la psyché. Son impact est analysé à travers deux vignettes cliniques issues de la
consultation transculturelle : dans la première situation, une fille pardonne à sa mère mou-
rante, et dans la seconde une mère morte à son fils survivant.
Mots-clés : pardon, psychothérapie, ethnopsychiatrie, processus psychique, travail de deuil, concept,
cas clinique.
Abstract
Pardonning, spiritual act, psychological act
Forgiveness is like love or happiness: it is and cannot be explained, it cannot be referred
to a single field of the social sciences, it belongs to several. It seems that it comes from a
monotheist tradition then its fate was to become globalized. What interests me here, is
the place of forgiveness in psychotherapy, its effect on the psyche. Forgiveness, as a volun-
tary act, as a word in the illocutoire strength of execution, induces a psychic process, but
does not substitute itself for it totally, it transforms a thought, and sometimes is similar
to the mourning process. It breaks the vicious cycle of the avenging relation, and frees the
man of his acts. So, he cannot be reduced to the only psychoanalytical dimension, therefore
the necessity of the «complementarism»: it is at the contact point of this spiritual and
psychic act that the change and the transformation of the thought and the psyche is pro-
duced. Its impact is analyzed through two clinical stories stemming from the transcultural
consultation: in the first situation, a girl forgives her dying mother, and in the second a
dead mother to her surviving son.
Keywords :forgiveness, psychotherapy, ethnopsychiatry, psychological process, mourning, concept,
case study.
Resumen
El perdón, acto espiritual, acto psíquico
El perdón es como el amor, como la felicidad, es decir, existe pero no se puede explicar ; él
no se reduce a un solo campo de las ciencias humanas sino que pertenece a varios de ellos.
Parece que el perdón perteneció en un principio a la tradición monoteísta antes de mun-
dializarse. Lo que me interesa en este trabajo es el lugar del perdón en la psicoterapia, su
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LE RELIGIEUX DOSSIER
efecto sobre el psiquismo. El perdón como acto voluntario, como palabra con fuerza de
acción, induce un proceso psíquico pero no se substituye totalmente a este proceso, él
transforma un pensamiento y a veces se asemeja al proceso de duelo. El perdón rompe el
círculo infernal de la relación vengativa y libera al hombre de sus actos. De esta manera el
perdón no puede ser reducido a la sola dimensión psicoanalítica, de ahí el imperativo del
complementarismo: es en el punto de contacto de este acto espiritual y psíquico que se
produce la transformación del pensamiento y del psiquismo. El impacto del perdón es ana-
lizado a través de dos situaciones clínicas provenientes de la consulta transcultural : en la
primera situación una hija perdona a su madre agonizante y en la otra una madre muerta
a su hijo sobreviviente.
Palabras claves: perdón, psicoterapia, ethnopsiquiatría, proceso psíquico, trabajo de duelo, con-
cepto, casi clínico.
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Article
Our aim is to think about the possible traumatic transmission from mother to child who has not been directly exposed to traumatizing events. We propose a clinical case. Its purpose, besides the care, is the prevention with the child. The frame of the care is ethno-psychiatric. The complementary approach allowed taking into account psychic and cultural elements of the story of the mother to try to build a sense and to understand the place of the child in the psychic economy of the mother. We try to bring to light the possible springs of the traumatic transmission in the relationship mother-baby. We suggest approaching this question by means of attachment theory, we hypothesize that the pathological childhood material, exacerbated by the psychological trauma, paves the way for maternal frightened expressions and becomes a potential channel for traumatic transmission from mother to infant. We shall bring to light the clinical work in ethno-psychoanalytical frame but also the interest of a work in network.
Article
This article is a personal testimony of the great suffering experienced by thousands of Rwandan parents on learning of the killing of their children in the 1994 Rwandan genocide. In the face of the unprecedented social cataclysm that led my eldest son to his death, my intent is to demonstrate the necessity of resituating ideas about grief and trauma in a framework that is coherent with Rwandan culture. This is essential if one wishes to help Rwandans find words for their fears, hopes and questions about the loss of loved ones in the context of extreme violence. By discussing the intervention offered by my mother, I address the approach used in Rwandan tradition as a response to and therapeutic tool for extreme grief and trauma.
  • A Abecassis
Abecassis A. L'acte de mémoire. Autrement 1991 ; 4 « Le pardon. Briser la dette et l'oubli » : 137-156.
Cet incroyable besoin de croire
  • J Kristeva
Kristeva J. Cet incroyable besoin de croire. Paris : Bayard ; 2007.
Pardonner à ses parents
  • M Vaillant
Vaillant M. Pardonner à ses parents. Paris : La Martinière ; 2001.