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Le Paléolithique supérieur ancien de la vallée de l'Erve (Mayenne) : un état des connaissances

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Le « canyon » de Saulges est une entité géographique tout à fait singulière dans le vieux socle du Massif armoricain qui ne compte que de rares zones karstiques. Sur 1,5 km de longueur environ, la rivière Erve a entaillé une formation de calcaire du Carbonifère, creusement à l'origine du développement d'une vingtaine de cavités dont deux (la grotte Mayenne-Sciences et la grotte Margot) sont aujourd'hui connues pour leurs dessins et gravures paléolithiques. La position géographique du site et la présence exceptionnelle de restes osseux parfaitement fossilisés dans les niveaux archéologiques confèrent à la vallée de l'Erve une valeur scientifique particulière, notamment en regard de l'indigence des références pour le Maximum glaciaire au nord de la Loire et, plus généralement, pour l'ensemble des cultures du Paléolithique supérieur. Si la présence du Badegoulien est suggérée, c'est pour le moment le Solutréen qui semble être la culture matérielle la mieux documentée dans la vallée. Il s'agit des occupations pérennes les plus septentrionales connues à ce jour pour cette culture, à l'exception du site de Saint-Sulpice-de-Favière (Essonne), davantage apparenté à une halte ou à un atelier de fabrication de feuilles de laurier (Sacchi et al., 1996 ; Schmider et Roblin-Jouve, 2008) et de la découverte récente d'une pièce solutréenne à Guitrancourt (Yvelines) (Blaser et al., 2009). S'adaptant aux contraintes environnementales du Pléniglaciaire, comme à celles de l'approvisionnement en matières premières, ces groupes humains vont abandonner dans les grottes des corpus mobiliers originaux, notamment lithiques, témoignant de gestes et de comportements aux implications palethnologiques fort ori-ginales. Curieusement, ni le mobilier provenant des fouilles anciennes ni celui mis au jour récemment ne semblent suggérer une présence gravettienne. L'absence de « fossiles directeurs », comme les pointes de la Gravette ou encore les burins de Noailles ou ceux du Raysse, est à noter. Pourtant, les représentations graphiques de la grotte Mayenne-Sciences, comme celles de la phase ancienne de la grotte Margot, sont clairement attribuables à cette période (voir R. Pigeaud, ce volume). Au contraire, l'Aurignacien est bien présent dans la vallée. C'est notamment le cas à la grotte de la Chèvre où les collections anciennes, en cours d'étude, livrent des produits lamino-lamellaire et des outils caractéristiques d'un stade évolué de la période (Aurignacien III-IV). Du premier bilan qui peut-être dressé émanent deux constats majeurs : d'une part, l'état de conservation et l'originalité des assemblages lithiques et osseux des occupations de la vallée de l'Erve sont en tout point remarquables ; d'autre part, les questions paléo-environnementales, si importantes durant le Maximum glaciaire, peuvent être posées à partir de restes organiques variés. L'étude pluridisciplinaire de ce site, au contact du Massif armoricain et du Bassin parisien, va sans doute à ce titre contribuer à l'enrichissement des connaissances sur la chronostratigraphie des cultures du Paléolithique supérieur au nord de la Loire.
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Mémoire LVI de la Société Préhistorique française
Stéphan HINGUANT
et Miguel BIARD
Le Paléolithique supérieur
ancien de la vallée de lErve
(Mayenne) :
un état des connaissances
Résumé
Le « canyon » de Saulges est une entité géographique tout à fait singulière
dans le vieux socle du Massif armoricain qui ne compte que de rares zones
karstiques. Sur 1,5 km de longueur environ, la rivière Erve a entaillé une
formation de calcaire du Carbonifère, creusement à l’origine du dévelop-
pement d’une vingtaine de cavités dont deux (la grotte Mayenne-Sciences
et la grotte Margot) sont aujourd’hui connues pour leurs dessins et gravures
paléolithiques (fig. 1). La position géographique du site et la présence
exceptionnelle de restes osseux parfaitement fossilisés dans les niveaux
archéologiques confèrent à la vallée de l’Erve une valeur scientifique parti-
culière, notamment en regard de l’indigence des références pour le Maxi-
mum glaciaire au nord de la Loire et, plus généralement, pour l’ensemble
des cultures du Paléolithique supérieur.
Si la présence du Badegoulien est suggérée, c’est pour le moment le
Solutréen qui semble être la culture matérielle la mieux documentée dans
la vallée. Il s’agit des occupations pérennes les plus septentrionales connues
à ce jour pour cette culture, à l’exception du site de Saint-Sulpice-de-
Favière (Essonne), davantage apparenté à une halte ou à un atelier de
fabrication de feuilles de laurier (Sacchi et al., 1996 ; Schmider et Roblin-
Jouve, 2008) et de la découverte récente d’une pièce solutréenne à
Guitrancourt (Yvelines) (Blaser et al., 2009). S’adaptant aux contraintes
environnementales du Pléniglaciaire, comme à celles de l’approvisionne-
ment en matières premières, ces groupes humains vont abandonner dans
les grottes des corpus mobiliers originaux, notamment lithiques, témoignant
de gestes et de comportements aux implications palethnologiques fort ori-
ginales.
Curieusement, ni le mobilier provenant des fouilles anciennes ni celui
mis au jour récemment ne semblent suggérer une présence gravettienne.
L’absence de « fossiles directeurs », comme les pointes de la Gravette ou
encore les burins de Noailles ou ceux du Raysse, est à noter. Pourtant, les
représentations graphiques de la grotte Mayenne-Sciences, comme celles
de la phase ancienne de la grotte Margot, sont clairement attribuables à
cette période (voir R. Pigeaud, ce volume).
Au contraire, l’Aurignacien est bien présent dans la vallée. C’est notam-
ment le cas à la grotte de la Chèvre où les collections anciennes, en cours
d’étude, livrent des produits lamino-lamellaire et des outils caractéristiques
d’un stade évolué de la période (Aurignacien III-IV).
Du premier bilan qui peut-être dressé émanent deux constats majeurs :
d’une part, l’état de conservation et l’originalité des assemblages lithiques
et osseux des occupations de la vallée de l’Erve sont en tout point
2 Stéphan HINGUANT et Miguel BIARD
Le Paléolithique supérieur ancien de l’Europe du Nord-Ouest
remarquables ; d’autre part, les questions paléo-environnementales, si
importantes durant le Maximum glaciaire, peuvent être posées à partir de
restes organiques variés. L’étude pluridisciplinaire de ce site, au contact
du Massif armoricain et du Bassin parisien, va sans doute à ce titre contri-
buer à l’enrichissement des connaissances sur la chronostratigraphie des
cultures du Paléolithique supérieur au nord de la Loire.
Mots clés
Solutréen, Badegoulien, assemblages lithiques, restes osseux, art,
Mayenne.
Abstract
The Erve river is cutting across a small calcareous massif affected by a
karstic network on a distance of 1.5 km. This unique feature of the Armori-
can Massif, represents an exceptional area which includes (actually known)
about twenty caves and cavities hiding prehistoric remains and/or parietal
art of different periods. It is the subject of a heavy research program of the
UMR 6566 (CNRS, Rennes). The geographic position of the site and the
exceptional presence of preserved fossilized bones incorporated in the
archaeologic layers, give a high scientific value to the Erve valley. This
finding contrasts with the poverty of the references dealing with the Last
Glacial Maximum from the northern middle part of France (North of the
Loire river) and, more generally, with the Upper Palaeolithic cultural enti-
ties.
So far as the Old Upper Palaeolithic is concerned, the ancient excava-
tions show as first results of the present research, evidence of a remarkable
Solutrean presence. In the actual state of our research, the other cultural
entities are less known but we are sure that they are extensive and that the
potential of the site is important.
The Solutrean, whose industries are apparently the best developed in the
valley, shows the largest amount of data. These settlements represent, up
to now, the northernmost presence for the Solutrean.
Oddly, neither the old collections, nor the present research data, appear
to evidence an extensive Gravettian presence. The absence of “charac-
teristic fossils”, such as the Gravettian points or the Noailles burins or
Raysse burins, must be pointed out. However, the graphic representations
of the cave Mayenne-Sciences, as well as these of the old phase of the cave
Margot, are clearly attributed to this period.
On the contrary, the Aurignacian is well present in the valley. It is in
particular the case in the cave of La Chèvre where the study of the old and
mixed collections, actually in progress, shows a characteristic production
of blades and bladelets as well as tools allowing an attribution to an
advanced stage of the Aurignacian (III-IV) period. We also observed the
large proportion of quartz artefacts in the lithic assemblages.
As a whole, two major facts can be pointed out: the state of preserva-
tion and the peculiarity of the lithic and bony assemblages associated to
the occupations of the Erve valley are in every respect remarkable. Be-
cause they are associated with reliable stratigraphic contexts, they will
allow drawing up a new chrono-cultural reference scale for the North-
Western part of France. On the other hand, the paleo-environmental
questions typical of the Upper Pleistocene and particularly those linked
to the adaptations of the human groups during the Pleniglacial, will find
explanations with the study of this site located at the margins of the Pa-
risian Basin.
This paper intends to review the advances and the perspectives related
with the program, we will stress above all on the Maximum Glacial and on
the Solutrean occupations of the Rochefort Cave.
Keywords
Solutrean, Badegoulian, lithic assemblages, bones remains, art,
Mayenne.
Le Paléolithique supérieur ancien de la vallée de l’Erve (Mayenne) : un état des connaissances 3
Mémoire LVI de la Société Préhistorique française
UN LOURD PASSIF
En 1983, M. Allard dressait un bilan sur le Paléo-
lithique supérieur de la vallée de l’Erve. Il y faisait état
de la présence de plusieurs cultures, de l’Aurignacien
à la fin de l’Épipaléolithique (Allard, 1983). Toutes les
collections prises en compte provenaient de fouilles
anciennes effectuées dans les différentes grottes de la
vallée depuis la fin du XIXe siècle (Maillard, 1876, 1879
et 1889 ; Moreau, 1877 ; Daniel, 1932, 1933 et 1936).
Dans un article postérieur (Allard, 1985), il insiste sur
le Solutréen, horizon dominant sans conteste les corpus
lithiques inventoriés, ce qu’avait, en son temps, déjà
relevé P. Smith dans sa synthèse sur la période en
France (Smith, 1966). À l’exception de sondages
limités réalisés devant le porche de la Dérouine entre
1985 et 1987 (Bigot et al., 2002) et malgré la décou-
verte de la grotte ornée Mayenne-Sciences en 1967
(Bouillon, 1967 ; Pigeaud, 2004), aucune fouille mo-
derne ne verra cependant le jour. Aujourd’hui, au cœur
d’un programme de recherche de l’UMR 6566
CReAAH (Rennes) coordonné par J.-L. Monnier,
quatre grottes de la vallée font l’objet de nouvelles
investigations (grottes Rochefort et de la Chèvre pour
les habitats, grottes Mayenne-Sciences et Margot pour
les représentations pariétales).
Éparpillées dans de nombreux musées de France ou
dans celui de Dresde (Allemagne), dans des collections
privées, voire, récemment, vendues sur des sites d’en-
chères, des centaines de pièces lithiques et osseuses
provenant de fouilles anciennes sont aujourd’hui diffi-
cilement accessibles et, surtout, se retrouvent sans
contexte stratigraphique fiable permettant de les
replacer dans une chronologie. Néanmoins, et malgré
les constats alarmistes qui prévalaient avant la reprise
des fouilles actuelles, le potentiel des sites de la vallée
de l’Erve reste considérable, comme en témoignent par
exemple les résultats obtenus pour les niveaux solu-
tréens de la grotte Rochefort depuis 2005 (Hinguant
et al., à paraître).
Il faut enfin ajouter aux corpus en cours d’étude
ceux issus du nettoyage du versant de la grotte de la
Chèvre, matériel récolté au sein des déblais Maillard
et Daniel. Il s’agit des déchets jugés inexploitables par
les chercheurs de l’époque ou de ceux passés aux
travers des mailles du filet de ces « pêches à l’objet »,
parmi lesquels on compte quelques pièces entières ou
diagnostiques. Mais, en l’état actuel des recherches et
tant que nous n’aurons pas identifié clairement de
niveaux stratigraphiques, nous resterons prudents dans
les attributions chronologiques de ce site.
Terminons ce bref historique par la question des
matériaux lithiques exploités par les préhistoriques
dans la vallée de l’Erve. Elle n’a été que rarement
évoquée par nos prédécesseurs, sauf à propos de la
valeur esthétique de certaines roches recherchées,
comme le quartz hyalin. Quelles que soient les périodes
considérées, les groupes humains qui se sont installés
dans la vallée ont dû faire face à l’absence de matériaux
siliceux exploitables à des fins de débitage. La recherche
de gîtes sur le massif cristallin, mais aussi au-delà, sur
les marges du Bassin parisien, a ainsi conduit à une
diversification des roches exploitées par les hommes,
au point que certains matériaux deviennent des
marqueurs chronoculturels. Il en est ainsi du grès
lustré, exploité exclusivement par les Solutréens, ou du
cristal de roche, débité à la fois par les Solutréens et
les Aurignaciens (Collin, 2002 ; Hinguant et al., à
Fig. 1 – Localisation générale de la vallée de l’Erve et des principales
grottes évoquées dans le texte. 1 : grotte Rochefort ; 2 : grotte de la
Chèvre ; 3 : grotte du Plessis ; 4 : grotte Margot ; 5 : porche de la Dérouine
et grotte Mayenne-Sciences (infographie R. Colleter).
Fig. 1 – Location of the Erve valley and of the main caves mentioned in
the text. 1: Rochefort cave; 2: La Chèvre cave; 3: Plessis cave; 4: Margot
cave; 5: Dérouine cave porch and Mayenne-Sciences cave (computer
graphics R. Colleter).
4 Stéphan HINGUANT et Miguel BIARD
Le Paléolithique supérieur ancien de l’Europe du Nord-Ouest
paraître). Parmi les silex, dont la plupart des origines
restent à préciser, l’accent peut être mis sur une pièce
provenant de la grotte de la Chèvre, qui rappelle des
éléments similaires découverts à Arcy-sur-Cure
(Yonne), dans les couches IV et V de la grotte du Renne
(Klaric, 2003 ; Primault, 2003). Il s’agit d’un silex du
Turonien supérieur provenant de la région du Grand-
Pressigny (Indre-et-Loire), aux caractéristiques si parti-
culières que sa reconnaissance est indéniable. Des
matières premières lithiques provenant de plus de
150 km sont donc d’ores et déjà envisageables. D’autres
sources plus proches existent néanmoins, par exemple
dans les argiles à silex bajociennes de la vallée de la
Vègre (Sarthe), soit à moins de 10 km du site.
UNE PRÉSENCE BADEGOULIENNE
À LA GROTTE DE LA CHÈVRE ?
Sur le site de la grotte de la Chèvre a été entreprise
depuis 2007 une récolte de vestiges provenant des
dépôts issus du démantèlement des couches archéo-
logiques par les fouilleurs du XIXe siècle. Les premiers
résultats révèlent qu’un seul horizon anthropique, sans
doute historique, scelle la roche en place et qu’il a été
recouvert par ces déblais. Des centaines d’artefacts
lithiques, pour la plupart des éclats issus de blocs de
silex gris-bleu homogène, ainsi que des restes osseux
quaternaires et récents, sont mêlés à une petite pro-
duction céramique et métallique remontant au Moyen
Âge et à l’Antiquité. De toute évidence mélangés, ces
artefacts sont inscrits dans un niveau brun noir humique
correspondant au « sol » historique qui nappait le
versant avant toute intervention archéologique sur le
site. Cependant, les premières observations suggèrent
que les éléments historiques sont de moins en moins
fréquents dans l’épaisseur même de la couche alors
qu’augmente la proportion du matériel lithique préhis-
torique. L’idée qu’un niveau sédimentaire paléolithique,
bien qu’en partie remanié, pédogénéisé et sans doute
de faible épaisseur, puisse être ponctuellement préservé
sur le versant, se dessine peu à peu. La question de
l’attribution chronologique de cet ensemble n’est pas
encore résolue, mais les premiers diagnostics techno-
typologiques permettent d’envisager une présence
badegoulienne.
L’assemblage lithique se caractérise avant tout par
l’homogénéité de la matière première exploitée, un
silex gris-bleu à grain fin. Le débitage est tourné vers
une production de petits éclats. La présence au sein de
l’assemblage de nucléus à éclats, de raclettes, de burins
transversaux et carénés, et d’une armature est à noter.
Les raclettes sont toujours de petites dimensions, éclats
globalement quadrangulaires et plutôt fins. La retouche
peut être indifféremment directe, inverse ou alterne,
mais elle est toujours abrupte (Houget, 2008). Ces
premières observations et la tendance typologique qui
se dégage du lot collecté pour le moment pourraient
donc soutenir l’idée d’une occupation badegoulienne
dans ou aux abords de la grotte de la Chèvre, attribution
que la fouille de la couche mise au jour devrait ou non
valider rapidement. S’il se confirmait, ce diagnostic
nous mettrait face à l’une des rares manifestations
connues de cette culture au nord de la Loire.
LE SOLUTRÉEN
DE LA GROTTE ROCHEFORT
ET LES TÉMOIGNAGES
DU MAXIMUM GLACIAIRE
Depuis le début des recherches, au moins cinq
cavités ont livré du matériel solutréen dans la vallée :
la grotte Rochefort, la grotte de la Chèvre, la grotte
Margot, la grotte du Plessis et le porche de la Dé-
rouine (Smith, 1966 ; Allard, 1983 et 1985). Une
fouille en cours dans la grotte Rochefort permet
aujourd’hui de mettre en place un cadre stratigra-
phique fiable et d’aborder les aspects paléo-
environnementaux.
Tabl. 1 – Datations radiocarbone des niveaux solutréens de la grotte Rochefort. Les cinq premières dates sont aber-
rantes et témoignent d’intrusions en surface de la couche solutréenne ou de problèmes liés aux échantillons (charbons
de bois).
Table 1 – Radiocarbon dates of the Solutrean levels in Rochefort cave. The first five dates are aberrant and indicate
either pollution at the top of the Solutrean layer or problems with the samples (wood charcoals).
Le Paléolithique supérieur ancien de la vallée de l’Erve (Mayenne) : un état des connaissances 5
Mémoire LVI de la Société Préhistorique française
Les mobiliers lithiques et osseux solutréens sont
suffisamment rares dans la moitié nord de la France
pour souligner tout l’intérêt de ces fouilles modernes.
Les datations 14C actuellement obtenues confirment
l’homogénéité de la période de fréquentation entre
18300 et 20000 BP, et font du site solutréen de la grotte
Rochefort un des mieux daté pour cette période
(tabl. 1).
Les niveaux en cours de fouille semblent indiquer
la présence d’au moins un sol d’occupation, dont
l’existence se voit confirmée par la découverte d’une
vidange de foyer et d’une structure circulaire de blocs
agencés. Nous savons également que les hommes ont
pratiqué des activités de taille et de boucherie dans la
grotte. Compte tenu des résultats et de la lecture des
plans de répartition, il paraît maintenant évident que le
cœur de l’habitat solutréen se trouve dans la partie la
plus large de la salle, à l’extrémité du couloir d’accès
(fig. 2 ; Hinguant et Colleter, 2007). En effet, le mobi-
lier actuellement mis au jour correspond selon toute
vraisemblance à la périphérie de l’occupation (zones
de rejet, vidange de foyer, densité de plus en plus faible
des artefacts vers le fond de la salle, etc.). Il serait donc
tout à fait opportun de pouvoir fouiller le reste de la
salle, sachant que le potentiel d’information doit y être
des plus riches, notamment pour l’interprétation de
l’habitat.
Parfaitement scellé par la couche du Pléniglaciaire
supérieur, le niveau solutréen n’est affecté par aucune
perturbation postdépositionnelle pouvant en compro-
mettre la lecture. Si les objets recueillis entre les inter-
stices des petits blocs ont probablement été déplacés
Fig. 2 – Plan de la grotte Rochefort et planimétrie des vestiges mobiliers solutréens (infographie R. Colleter).
Fig. 2 – Plan of the Rochefort cave and planimetric distribution of the Solutrean artefacts (computer graphics R. Colleter).
6 Stéphan HINGUANT et Miguel BIARD
Le Paléolithique supérieur ancien de l’Europe du Nord-Ouest
par l’activité du froid, la taphonomie du site et l’homo-
généité des corpus plaident plutôt en faveur d’horizons
peu remaniés.
Outre l’outillage, on note aussi la présence de
nombreux éclats de façonnage de feuilles de lauriers,
d’esquilles et de pièces osseuses fragmentées ou pré-
sentant des traces de fracturation et des stries liées à la
découpe, ou encore des fragments d’os brûlés. Éléments
de parure et art mobilier sont également présents,
comprenant notamment des côtes et plaquettes gravées.
Un corpus de plus de 300 fragments de ces dernières
est à ce jour constitué, et l’on compte plusieurs exem-
plaires portant des représentations figuratives dont un
protomé de cheval et un profil de bouquetin (fig. 3).
Enfin, l’industrie osseuse est attestée, même si sa pré-
sence demeure pour le moment ténue (Monnier et al.,
2005). Deux épingles en os complètes ainsi que des
dents de renard et des coquillages perforés font partie
des découvertes intéressantes (fig. 4).
ORIGINALITÉ
DE LASSEMBLAGE LITHIQUE
L’industrie solutréenne de la grotte Rochefort a été
produite à partir de plusieurs matières premières, mais
surtout de grès lustré, exploité de façon dominante
(tabl. 2 et fig. 5). Rappelons que les ressources litho-
logiques siliceuses sont absentes du canyon et que les
premiers affleurements de silex sont situés à 10 km
au sud-est, dans des calcaires crayeux du Bajocien de
la vallée de la Vègre. Le cristal de roche, soit sous
une forme prismatique fumée soit sous forme de
galets translucides, est également une matière pre-
mière bien représentée. Deux provenances ont été
identifiées pour chacun des faciès, la première à
30 km au nord du site, sur les mêmes lieux d’appro-
visionnement que le grès lustré, la seconde sur les
hautes terrasses de la Mayenne, 30 km à l’ouest de la
vallée de l’Erve.
Toutes les pièces finies semblent avoir été apportées
telles quelles dans la grotte. La détermination techno-
logique et les tentatives de rapprochement dans la
chaîne opératoire nous permettent en effet de confirmer
l’absence de production de supports dans la grotte elle-
même. On constate une carence d’éclats corticaux, de
produits de mise en forme ou d’entretien. Curieuse-
ment, seuls les cristaux de roche ont fait l’objet d’un
débitage. Il s’agit d’un débitage bipolaire sur enclume
permettant d’obtenir des éclats allongés dont un exem-
plaire porte une retouche directe concave placée sur un
bord.
Deux types de supports ont été majoritairement
apportés. Le premier correspond à des lames épaisses
de section triangulaire régulière aux bords parallèles.
Le second est composé de lames et de portions de
lames moins régulières et plus larges. Il s’agit dans les
deux cas de lames de plein débitage. Les préparations
au détachement de ces produits montrent un soin parti-
culier qui se caractérise par la mise en place d’un
éperon proéminent, arrondi par doucissage. Le choix
des tailleurs de la grotte Rochefort est également
parfois opportuniste. Il s’est porté vers tous les supports
permettant de façonner une pièce bifaciale (gros éclats,
portions régulières de lames d’entretien, etc.). Les
lames étroites et épaisses semblent avoir été réservées
à la retouche des outils domestiques tandis que les
lames plus larges et minces correspondent aux supports
des pointes foliacées.
Les pièces dominantes sont les feuilles de laurier
(tabl. 3). Le premier caractère retenu est la petitesse
de ces pièces, la plus grande feuille entière mesurant
51 mm x 32 mm x 5 mm. Une première lecture
technologique semble montrer qu’il s’agit de pièces
en phase terminale de fabrication. Les dernières
retouches sont plates et rasantes, et recouvrent des
négatifs d’enlèvement plus envahissants, semblant
attester la pratique de la pression dans le stade final
de production. Sur les fragments, la reconnaissance
des extrémités est difficile. Néanmoins, il semblerait
qu’une majorité corresponde à des parties basales :
les épaisseurs sont importantes et les sections bi-
convexes. Les pointes sont marquées par des carac-
tères opposés ; épaisseur plus fine et section plate. La
majeure partie des fragments proximaux montre par
ailleurs des fractures en languette. Ce type de stigmate
traduit souvent, dans le cas de pointes de projectiles,
des accidents d’impact ou de démanchement (Plisson
et Genest, 1989).
Fig. 3 – Grotte Rochefort : recto verso de la plaquette gravée no 7 159
au protomé de cheval et arrière train de capriné (bouquetin ? ; cliché
H. Paitier, Inrap ; relevé R. Pigeaud).
Fig. 3 – Rochefort cave: the two sides of the engraved slab 7159. Horse
protome and caprine (ibex?) hindquarters (photo H. Paitier, Inrap;
drawing R. Pigeaud).
Le Paléolithique supérieur ancien de la vallée de l’Erve (Mayenne) : un état des connaissances 7
Mémoire LVI de la Société Préhistorique française
Les lames retouchées se caractérisent par une
retouche directe, abrupte ou semi-abrupte et plus
rarement en écaille, se situant préférentiellement sur
les deux bords de façon continue (fig. 5, no 2). Un
second type de retouche est très soigné, directe et semi-
abrupte. La succession des enlèvements, associée à
l’aspect rasant de cette retouche, signe l’utilisation de
la pression. Leur localisation est le plus souvent sur la
partie proximo-mésiale des lames et correspond sûre-
ment à un raffûtage.
Les pièces esquillées sont, pour la majorité, fabri-
quées à partir de portions de lames quadrangulaires.
Les enlèvements écailleux sont visibles de manière
opposée sur les cassures et rarement sur les bords
tranchants. Les grattoirs se situent préférentiellement
sur des parties distales de lames (fig. 5, no 1). Les
fronts sont réalisés par une retouche directe et semi-
abrupte. Deux des grattoirs présentent la particularité
d’avoir des fronts peu convexes, à la limite de la
troncature.
Fig. 4 – Grotte Rochefort, éléments de parure des niveaux solutréens. 1 et 7 : canines de renard polaire percées ;
2 : galet de cristal de roche incisé ; 3 et 4 : Dentalium sp. ; 5 : Glycymeris sp percé ; 6 : métarcarpien vestigiel
de renne incisé ; 8 : Chlamys sp. (clichés et infographie C. Peschaux).
Fig. 4 – Rochefort cave: Solutrean personal ornaments. 1 and 7: Polar fox perforated canines; 2: Incised
pebble of rock crystal; 3 and 4: Dentalium sp.; 5: perforated Glycymeris sp.; 6: Incised vestigial metacarpal
of reindeer; 8: Chlamys sp. (photos and computer graphics C. Peschaux).
8 Stéphan HINGUANT et Miguel BIARD
Le Paléolithique supérieur ancien de l’Europe du Nord-Ouest
Les feuilles de saule sont façonnées à partir de lames
(fig. 5, no 5). Les portions examinées, puisqu’aucune
pièce ne nous est à ce jour parvenue entière, présentent
une retouche envahissante sur la face supérieure du
support. Les dernières séries de retouches suggèrent
encore une fois qu’il s’agit de pièces en fin de fabrica-
tion. Quelques bases montrent par ailleurs une régula-
risation du profil par une retouche effectuée sur la face
inférieure.
Deux pièces en grès lustré présentent des dimensions
similaires et sont façonnées sur des portions mésiales
de lames dont l’arête de la face supérieure a servi de
nervure guide pour le débitage (fig. 5, nos 3 et 4). Le
débitage a été rendu possible grâce à l’installation d’un
plan de frappe par une troncature. C’est à partir de cette
dernière que les produits ont été détachés. Ce type de
débitage fait immédiatement penser à une production
lamellaire sur portion de lame épaisse. Cependant,
l’analyse du reste de l’industrie nous oriente vers une
autre hypothèse. Parmi les 1 793 pièces lithiques, on
Tabl. 2 – Grotte Rochefort : décompte des
vestiges lithiques solutréens par type de
matière première.
Table 2 – Rochefort cave: Count of the Solu-
trean lithic artefacts by type of raw material.
Fig. 5 – Grotte Rochefort, mobilier lithique solutréen en grès lustré. 1 : grattoir ; 2 : lame retouchée ;
3 et 4 : portions mésiales de lames amincies ; 5 : préparation d’un plan pression pour la fabrication
d’une feuille de saule (dessin S. Hinguant).
Fig. 5 – Rochefort cave: Solutrean lithic artefacts made of Eocene silicified sandstone (“grès
lustré”). 1: Endscraper; 2: Retouched blade; 3 et 4: Mesial fragments of thinned blades; 5: Prepa-
ration of a pressure plane for the manufacture of a willow leaf (drawing S. Hinguant).
Le Paléolithique supérieur ancien de la vallée de l’Erve (Mayenne) : un état des connaissances 9
Mémoire LVI de la Société Préhistorique française
compte 32 produits lamellaires. Ces lamelles ne
semblent pas faire partie des objectifs de taille des
Solutréens. Elles sont débitées sur place de manière
opportuniste et sont plutôt à replacer dans une phase de
préparation ou de réduction d’un support (façonnage).
Certaines sont même des chutes de burin. Il semble
donc plus cohérent de voir dans ce débitage une tenta-
tive d’amincissement du support.
PÉNURIE
OU RÉCUPÉRATION
OPPORTUNISTE DE SUPPORTS
L’hypothèse d’une récupération de pièces anciennes
ou contemporaines par les Solutréens est à considérer.
Plusieurs découvertes viennent l’étayer. Il s’agit, pour
la plus convaincante, d’un éclat levallois préférentiel
réutilisé en pièce esquillée ou en coin à fendre. Cet
objet a été découvert posé à plat au fond d’une structure
en pierres aménagée dans le sol (fig. 6). Un des bords
de l’éclat porte une superposition d’enlèvements mar-
ginaux, parfois envahissants, affectant en priorité la
face inférieure. Le tranchant distal présente des stig-
mates similaires mais plus discrets. Le bord opposé est
souligné par une concavité résultant de la répétition de
coups, un « bouchardage » qui s’étend sur 4 cm de
longueur. Toutes ces modifications ont ôté en grande
partie l’ancienne patine de la pièce pour laisser appa-
raître la couleur originelle du silex.
Plusieurs pièces sont ainsi affectées par une double
patine. Faut-il y voir une pénurie de matière première
ayant obligé les Solutréens à récupérer des supports
moustériens ou aurignaciens, voire des pièces d’occupa-
tions subsynchrones ? Rappelons que ces cultures sont
bien présentes dans la vallée et que des occupations
solutréennes sont aussi attestées dans la grotte de la
Chèvre, voisine d’une vingtaine de mètres, ou encore
dans le porche de la Dérouine. Cette récupération peut
donc également témoigner d’un ramassage opportu-
niste de supports facilement accessibles. Quoi qu’il en
soit, la mise en évidence de doubles patines et le
réemploi d’outils typologiquement reconnaissables
donneront une idée du taux de « recyclage » du silex.
UN SPECTRE FAUNIQUE LARGE
La composition faunique est dominée par le renne
(Rangifer tarandus) et le cheval (Equus ferus et Equus
hydruntinus), et reflète bien, dans son ensemble, l’en-
vironnement ouvert et froid du Dernier Maximum
glaciaire. Les indices d’exploitation de ces espèces par
les Solutréens de la grotte Rochefort se traduisent par
la présence de traces de découpe, de traces d’impact,
de fractures en spirale sur les os longs et de quelques
stigmates de combustion. Pour le renne, les premières
analyses archéozoologiques apportent des renseigne-
ments sur certaines étapes de la découpe de la carcasse
correspondant aux phases de désarticulation ou au
prélèvement de la viande. Sur les faces palmaires des
métapodes, des stries témoignent plutôt de l’enlève-
ment des tendons. Les bois ont par ailleurs été une
source de matière première, suggérant une exploitation
quasi exhaustive des animaux abattus.
Le bouquetin (Capra sp.), le bison (Bison priscus)
et le chevreuil (Capreolus capreolus) sont les autres
grands herbivores inscrits au menu des Solutréens de
la grotte Rochefort. La présence du rhinocéros laineux
(Coelondonta antiquitatis) est douteuse, les quelques
restes pouvant appartenir à une « pollution » posté-
rieure. Le mammouth (Mammuthus primigenius) est
par contre attesté, mais seulement à partir de quelques
fossiles. Ajoutons également le sanglier (Sus scrofa) à
cette liste.
Les carnivores ne sont pas exclus du spectre : les
taxons déterminés sont le loup (Canis lupus), les
renards commun et polaire (Vulpes vulpes et Alopex
lagopus), le chat sauvage (Felis silvestris), la panthère
des neiges (Panthera pardus), le lynx (Lynx lynx) et
l’ours brun (Ursus arctos), auxquels s’ajoutent des
mustélidés indéterminés.
Poissons (Salmonidés), oiseaux (Falco sp.) et lièvre
variable (Lepus timidus) sont par ailleurs présents parmi
les ossements découverts. Enfin, la microfaune confirme
l’existence d’espaces ouverts froids et secs dans l’envi-
ronnement des chasseurs de la vallée de l’Erve. L’asso-
ciation du spermophile d’Europe (Citellus citellus), du
lemming à collier (Dicrostonyx torquatus) et du campa-
gnol des hauteurs (Microtus gregalis) est typique d’un
biotope steppique. Mais l’abondance du campagnol
agreste (Microtus agrestis) comme la présence des cam-
pagnols terrestre et amphibie (Arvicola terrestris/
Arvicola sapidus), inféodés à des milieux d’herbes
hautes et humides, suggèrent une mixité du paysage ;
mixité déjà envisagée à travers certains représentants de
la grande faune habituellement assujettis à des conditions
tempérées (sanglier, chevreuil, chat sauvage, etc.).
Les corpus tels qu’ils se présentent pour le moment
semblent donc bien en adéquation avec ce que l’on
connaît des productions et des conditions paléo-
environnementales froides du Solutréen moyen, vers
19500 BP. Mais la singularité des assemblages lithiques,
notamment dans les matériaux utilisés, comme la pré-
sence d’espèces tempérées dans les spectres fauniques
font du Solutréen de la vallée de l’Erve un exemple peu
commun.
Tabl. 3 – Grotte Rochefort : décompte géné-
ral de l’outillage solutréen.
Table 3 – Rochefort cave: Count of the Solu-
trean lithic tools.
10 Stéphan HINGUANT et Miguel BIARD
Le Paléolithique supérieur ancien de l’Europe du Nord-Ouest
OÙ SONT LES GRAVETTIENS ?
Dans la grotte de la Chèvre, R. Daniel a signalé à
M. Allard un petit niveau lenticulaire contenant trois
outils dont une pointe de la Gravette (Allard, 1983).
Dans les grottes de la Chèvre, de Rochefort, de Margot
ou encore du porche de la Dérouine, des pointes à dos,
des burins de Corbiac ou encore des pointes de la
Gravette ont sporadiquement été découverts ; ils pro-
viennent toujours des fouilles anciennes. Ni les fouilles
actuelles dans la grande salle de la grotte Rochefort ni
l’étude des séries remaniées provenant des déblais du
versant de la grotte de la Chèvre ne confirment pourtant
l’existence de cet horizon culturel. Les datations radio-
carbone obtenues sur un échantillon osseux provenant
du porche de la Dérouine (Gif-7714, 22600 ± 380 BP
sur collagène et 23500 ± 400 BP sur fraction acide ;
Bigot et al., 2002) ainsi que celles réalisées directement
sur un dessin de la grotte ornée Mayenne-Sciences
(GifA 100647, 24220 ± 850 BP et GifA 100645,
24900 ± 360 BP ; Pigeaud et al., 2003) placent pourtant
bien une étape de la fréquentation de la cavité et la réali-
sation des dessins pendant la période gravettienne.
Fig. 6 – Grotte Rochefort : éclat levallois préférentiel réutilisé par les Solutréens (cliché R. Colleter ; dessin
S. Hinguant).
Fig. 6 – Rochefort cave: Preferential Levallois flake reused by the Solutreans (photo R. Colleter, drawing
S. Hingant).
Le Paléolithique supérieur ancien de la vallée de l’Erve (Mayenne) : un état des connaissances 11
Mémoire LVI de la Société Préhistorique française
Sans conteste présent dans la vallée de l’Erve, sur
la foi de quelques pièces lithiques caractéristiques et
des datations absolues de la grotte ornée Mayenne-
Sciences, le Gravettien se fait toutefois discret pour le
moment.
LAURIGNACIEN
À partir des collections de l’abbé Maillard, M. Allard
(1983) reconnaît la présence de l’Aurignacien dans
deux grottes, la grotte Margot et la grotte de la Chèvre.
R. Daniel avait auparavant identifié cet horizon dans le
dernier site d’après le diagnostic d’un matériel lithique
riche en grattoirs. Il constate la prédominance des types
grattoirs à museau et grattoirs carénés et remarque la
faible représentation des grattoirs en bout de lame. Les
lames et les lamelles habituellement associées à ces
productions sont en revanche plus rares, notamment les
lames et les lamelles Dufour (fig. 7).
En 2002, S. Collin présente, dans le cadre d’un
mémoire de maîtrise, l’industrie en cristal de roche
provenant des fouilles anciennes de la grotte de la
Chèvre (Collin, 2002). Cette industrie est dominée par
une production laminaire et surtout lamellaire. L’auteur
conclut après plusieurs comparaisons avec des sites
ayant livré du matériel en cristal de roche que « l’hypo-
thèse aurignacienne semble envisageable en vue du
style du débitage, la morphologie de la retouche et la
présence d’une probable lamelle Dufour ».
C’est sur ces bases que nous reprenons le diagnostic
chronoculturel de la grotte de la Chèvre, en le complé-
tant avec des éléments issus de la fouille des rejets
nappant le versant devant la grotte. Cette étape de
fouille a permis de recueillir plus de 11 000 pièces
lithiques (Houget, 2008 ; Biard in Hinguant et Colleter,
2009). Parmi elles, les indices concernant l’Aurigna-
cien se font très discrets. Il existe bien quelques nucléus
lamellaires sur éclat ou sur lame qui pourraient s’y
rattacher et quelques grattoirs carénés (6 pièces). Néan-
moins, il faut noter la présence de 14 lamelles à
retouche inverse qui pourraient être interprétées d’un
strict point de vue typologique comme des lamelles
Dufour. Quant aux pièces en cristal de roche, une
soixantaine d’éléments supplémentaires vient compléter
la collection, mais leur lecture technologique ne permet
pas de déceler de façon affirmative des points communs
avec les industries aurignaciennes. Sans doute ces
productions si particulières se verront-elles, à terme,
rapprochées des horizons solutréens, ce que les décou-
vertes de la grotte Rochefort suggèrent déjà forte-
ment.
Fig. 7 – Grotte de la Chèvre : échantillonnage de pièces lithiques aurignaciennes provenant de
fouilles anciennes (1 à 4 et 9 et 10 d’après Allard, 1983 ; 5 à 8 d’après Daniel, 1936 ; 11 d’après
Houget, 2008).
Fig. 7 – La Chèvre cave: Sample of Aurignacian lithic artefacts from ancient excavations (1 to 4
and 9 and 10 after Allard, 1983; 5 to 8 after Daniel, 1936; 11 after Houget, 2008).
12 Stéphan HINGUANT et Miguel BIARD
Le Paléolithique supérieur ancien de l’Europe du Nord-Ouest
CONCLUSION
À l’exception du Solutréen, formellement identifié
lors des fouilles anciennes et dont la richesse et l’intérêt
se voient confirmés par le programme en cours dans la
grotte Rochefort, aucune autre culture du Paléolithique
supérieur ancien n’est à ce jour clairement identifiée
dans la vallée de l’Erve. L’indéniable bruit de fond
qu’évoquent les quelques fossiles directeurs repérés
dans les collections et les datations radiocarbone de la
grotte ornée Mayenne-Sciences sont pourtant promet-
teurs. Il reste donc à découvrir des dépôts in situ, no-
tamment à la grotte de la Chèvre, ce que les recherches
en cours devraient sûrement permettre dans les années
à venir.
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Stéphan HINGUANT
INRAP, direction interrégionale Grand-Ouest,
Cesson-Sévigné, France
stephan.hinguant@inrap.fr
Miguel BIARD
INRAP, direction interrégionale Grand-Ouest,
Rouen, France
miguel.biard@inrap.fr
... Le Boeuf musqué (Ovibos moschatus), animal caractéristique des milieux septentrionaux et secs est encore plus rare : il a été identifié dans deux niveaux du Solutréen (moyen et supérieur) des fouilles Peyrony de Laugerie-Haute Ouest (Madelaine, 1989 ;Castel et Madelaine, 2006). Les restes du Rhinocéros laineux (Coelodonta antiquitatis) sont tout aussi rares dans les sites solutréens : des « débris » dans la couche IV de Badegoule (Bouchud, 1966) et un reste dans un niveau de la grotte Rochefort (Hinguant et Biard, 2013). Si le Mammouth (Mammuthus primigenius) est identifié dans six sites solutréens, ses rares restes sont majoritairement des fragments d'incisives et de molaires -qui ont pu être collectés sur des carcasses. ...
Article
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Within the Solutrean portable corpus gathered from Rochefort cave, a series of approximately thirty items has been isolated. It is mainly made up of herbivore ribs but also of fragments of long bones and dentin which are showing some incisions with different degrees of depth, the disposition of which does not remind of simple grooves related to cutting activities. Amazing items such as an entire brown bear rib or a fragment of mammoth tusk are part of this sereis of incised pièces. These symbolic engraved décorations are known for the Solutrean period but the blurry chronostratigraphic contexts of most of the older collections make them unreliable items of reference. The search for comparisons has not been really fruitful, thus the Rochefort cave corpus distinguishes itself by the quantity and quality of the objects that have been listed.
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La vallée de l'Erve, en Mayenne, et particulièrement le « canyon » de Saulges, ont accueilli des groupes de chasseurs-cueilleurs durant tout le Paléolithique supérieur. Le dynamisme économique dont ils ont fait preuve se retrouve dans la sphère du symbolique. À côté des deux grottes ornées, Mayenne-Sciences et Margot, la grotte Rochefort, site d'habitat solutréen, nous livre quantité d'ossements et de plaquettes gravées. Fouillées suivant des techniques modernes, bien datées, les couches solutréennes permettent de se faire une idée du contexte de la réalisation de ces gravures et (peut-être) peintures sur objets mobiliers. Nous nous intéresserons ici aux oeuvres sur supports minéraux (grès, schiste, calcaire). Nous réfléchirons aux liens qu'il serait possible de tisser avec le mode d'occupation de la cavité et proposerons différentes pistes de réflexion sur le comportement symbolique des Solutréens de la grotte Rochefort. Abstract: Familiar rites, recycled stones. The engraved Solutrean plaquettes of the Erve valley (Mayenne, France). During the whole Upper Paleolithic, the Erve valley, in Mayenne (France), and in particular the Saulges "canyon", welcomed groups of hunters-gatherers. The economical dynamism they showed is mirrored in the area of symbolism. Next to the art of Mayenne-Sciences and Margot caves, Rochefort cave, a Solutrean settlement site, has delivered many bones and engraved plaquettes. The Solutrean layers have been excavated with modern techniques and are well dated; they allow us to get an idea of the execution context of engravings and (maybe) paintings on portable pieces. In this paper we take an interest in representations on mineral supports (sandstone, schist, limestone). By precise description and inventory of graphic units, we try to establish links with the type of occupation of the cave as to propose different thoughts concerning Solutrean people's symbolic behavior of Rochefort cave.
Article
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Les grottes de la vallée de l’Erve, dans le département de la Mayenne, sont connues pour leurs vestiges du Paléolithique moyen final et, surtout, du Paléolithique supérieur. Les sondages réalisés en 1999 et 2000 devant la grotte de la Chèvre avaient pour objectif de cerner l’extension des fouilles du XIXe siècle. Le remanié de ces fouilles a livré de nombreux objets du Paléolithique moyen final, du Paléolithique supérieur et d’époques plus récentes. Deux fossiles se distinguent cependant dans cette collection. Il s’agit d’un fragment de canine supérieure d’Homotherium latidens et d’une molaire supérieure de Dama clactoniana qui indiquent qu’un niveau plus ancien, attribuable au Pléistocène moyen, était ou est encore présent dans la grotte. La mise en évidence d’un tel niveau serait importante pour la connaissance de cette période dans le Grand-Ouest de la France car le seul site remarquable du Pléistocène moyen actuellement connu dans cette région est celui de Menez-Dregan (Finistère) dans lequel la faune est très mal conservée. The caves of the Erve Valley in the Mayenne Department are known for their remains from the Final Middle Palaeolithic and, above all, from the Upper Palaeolithic. The test pits carried out in 1999 and 2000 in front of La Chèvre Cave aimed at determining the extent of the 19th Century excavations. The wastes from these excavation yielded many objects from the Final Middle Palaeolithic, from the Upper Palaeolithic, and from more recent periods. Two fossils, however, stand out in this collection. They are a fragment of upper canine of Homotherium latidens and an upper molar of Dama Clactoniana, which indicate that an older level, belonging to the Middle Pleistocene, was or is still present in the cave. The determination of such a level would be important for our knowledge of this period in the West of France, as the only remarkable site currently known for the Middle Pleistocene in this region is the site of Menez-Dregan (Finistère), in which faunal remains are very poorly preserved.
Research
Les grottes de la vallée de l’Erve, dans le département de la Mayenne, sont connues pour leurs vestiges préhistoriques, couvrant toutes les périodes du Paléolithique moyen au Néolithique. Des sondages réalisés en 1999 et 2000 devant la grotte de la Chèvre (Saint-Pierre-sur-Erve) avaient permis de récolter des vestiges osseux en position remanié, attribuables au Pléistocène moyen, permettant d’envisager la présence d’occupations humaines plus anciennes dans la vallée. Ces données se voient confirmer par la découverte récente d’autres fossiles, enrichissant la liste faunique établie, même si le contexte chronostratigraphique fait toujours défaut. Il s’agit en particulier de dents pouvant être attribuées à Ursus deningeri, Equus sussenbornensis et Equus altidens. Cet article se propose de préciser le contexte chronologique correspondant à cette faune antérieure au Pléistocène supérieur grâce à ces nouveaux fossiles, dans l’attente de la fouille envisagée des couches en place dans la grotte de la Chèvre. Erve's caves, located in department of Mayenne, are well known for their prehistoric relics from the period of Paleolithic to Neolithic. Excavations realized between 1999 and 2000 in front of the Chèvre cave (Saint-Pierre-sur-Erve) able to collect bone relics find in a non primary position, attributed to middle Pleistocene. They able to think about an oldest human occupation in the valley. These elements are confirmed by the recent discover of other fossils improving the faunal list, even if the chronostatigraphic context is lacking. It is in particular teeth which can be attributed to Ursus deningeri, Equus sussenbornensis and Equus altidens. The aim of this article is to precise the chronologic context of this fauna older than the Upper Pleistocene, waiting the future excavation of the sediment in place in the Chèvre cave.
Conference Paper
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La vallée de l'Erve en Mayenne, traverse une des rares zones à activité karstique du massif Armoricain : le " canyon de Saulges ". Le site, qui fonctionnait comme une " zone refuge " au Paléolithique supérieur, a révélé des gisements d'une grande richesse, malheureusement fouillés anciennement. La reprise des études dans la grotte ornée Mayenne-Sciences, et dans deux sites en stratigraphie (grotte de la Chèvre et grotte Rochefort), a renouvelé l'intérêt des préhistoriens pour ce site. Il est alors apparu nécessaire de faire un nouveau bilan de l'art mobilier, dispersé actuellement dans divers musées. Celui-ci est beaucoup plus riche qu'on ne pouvait le penser : canines et coquillages perforés, industrie osseuse, et même un curieux galet avec un Glouton gravé. La présence de coquillages marins actuels ainsi que d'une canine de Phoque donne des indications quant aux relations possibles entre la vallée de l'Erve et les sites du bord de l'Atlantique et de la Manche (Plasenn-al-Lomm…). La présence d'organismes marins quaternaires et fossiles dans les collections du Paléolithique su-périeur de la vallée de l'Erve implique l'existence de communications et d'échanges entre cette région et les zones côtières ainsi que le bassin Parisien. La vallée de l'Erve devait se trouver, au Paléolithique supérieur, au coeur d'un vaste territoire aux potentiels divers en ce qui concerne les ressources en nourriture et matières premières. Elle n'était pas isolée mais correspondait plutôt à un carrefour. The Erve-Valley in the Mayenne department crosses one of the rare zones of the Armorican Massif with karstic activity: the " Canyon of Saulges ". The area was clearly a refuge (shelter) zone during the Upper Palaeolithic and therefore revealed very rich deposits, which were unfortunately searched in times past. The new study of the decorated cave Mayenne-Sciences near by and the restarted excavations renew the interest of the Prehistorians for this area. So it seemed necessary to undertake a new statement of the art furniture, at present dispersed in different museums. The furniture is much more important than expected: perforated canines and shells, bone industry, and even a curious pebble with a glutton.
Conference Paper
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Le pseudo canyon de Saulges est une entaille de 1,5 km creusée par l’Erve, affluent de la Sarthe, dans un petit massif calcaire du Carbonifère. La rivière, qui sectionne ici le massif selon une direction nord-sud, est à l’origine du développement d’un karst de dimensions réduites, partiellement connu, dont certaines cavités parfois assez vastes (grotte Rochefort, grotte Margot) ont servi d’abris ou de sanctuaires aux Préhistoriques. Ces grottes s’ouvrent sur les deux rives du cours d’eau, au pied ou à mi-hauteur de falaises abruptes, et ont pour la plupart été fouillées anciennement. Le Solutréen semble être la culture matérielle la mieux représentée dans les couches paléolithiques, pour lesquelles un programme de recherche est actuellement en cours (UMR 6566 CNRS). Dans la grotte Rochefort, les datations 14C obtenues placent les occupations entre 19320 +/- 90 et 20090 +/- 100 BP. Les niveaux en cours de fouille indiquent que les hommes ont pratiqué des activités de taille et de boucherie dans la grotte elle-même. Outre l’outillage, on note aussi la présence de nombreux éclats de façonnage de feuilles de lauriers, d’esquilles et de pièces osseuses fragmentées ou présentant des stries liées à la découpe, ou encore des fragments d’os brûlés. Eléments de parure et art mobilier sont également présents, comprenant notamment des plaquettes gravées. Même si aucun aménagement de sols ni aucune structure (de type foyer par exemple) ne viennent pour l’instant confirmer l’existence d’un véritable niveau d’habitat, les éléments mis au jour accréditent ainsi la pratique d’activités domestiques et symboliques dans la cavité. Le corpus faunique, pour lequel il faut souligner la remarquable qualité de conservation des vestiges osseux, est varié. Il est cependant dominé par le renne et le cheval et témoigne dans son ensemble d’un environnement ouvert et froid. Avec les occupations de la vallée de l’Erve, nous avons pratiquement affaire aux témoignages les plus septentrionaux de l’extension du Solutréen. Outre sa géographie, l’originalité et la qualité du site tiennent dans la nature des matériaux lithiques exploités, la conservation des restes osseux, exceptionnelle dans le Massif armoricain, et la présence d’un art mobilier.
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La grotte ornee Mayenne-Sciences (Thorigne-en-Charnie, Mayenne) possede quatre caracteristiques principales : 1) elle est isolee geographiquement, completement releguee a l'ecart des grandes « provinces » comme l'Aquitaine et le Lot ; 2) elle est isolee culturellement : elle fait en effet partie du groupe des neuf cavites ou abris attribues au Paleolithique superieur du nord de la France, avec les grottes de Gouy et d'Orival en Normandie, Boutigny, Le Croc-Marin et Les Trois Pignons en Essonne, la grotte du Cheval et la Grande Grotte d'Arcy-sur-Cure en Bourgogne, et Church Hole en Angleterre ; or, les grottes de la vallee de la Cure mises a part, toutes les autres manifestations artistiques peuvent etre attribuees au Magdalenien, tandis que deux datations radiocarbones sur un cheval de Mayenne-Sciences ont fourni une datation d'epoque gravettienne d'environ 25 000 ans ; 3) elle est isolee archeologiquement : l'anciennete des fouilles ne permet pas de raccorder entre elles les sequences du Paleolithique superieur retrouvees a proximite de celles des grands sites de reference du Perigord et du Poitou-Charentes ; 4) elle est « aberrante » du double point de vue du style et des constructions symboliques. Apres une etude exhaustive, qui nous verra analyser et preciser les contextes geologique, archeologique et artistique de la grotte, nous decrirons precisement chacune de ses representations. Nous tenterons ensuite d'etablir une synthese des sites d'art parietal et mobilier dans le voisinage « immediat » de Mayenne-Sciences puis, poussant plus loin notre analyse, de la replacer au sein d'une tendance figurative que nous proposons d'appeler « art de la silhouette », tendance qui fut majoritaire dans l'Europe ante-magdalenienne. Nous montrerons finalement que le caractere « aberrant » du decor de Mayenne-Sciences participe de son isolement aux marges des grands courants culturels prehistoriques, comme pour d'autres exemples de grottes ornees. Celles-ci seront regroupees sous le terme de « grottes-limites », grottes situees a l'extremite de la zone d'influence d'une « province » particuliere qui, dans le cas de Mayenne-Sciences, se situerait probablement dans la region du Quercy.
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Radiocarbon dates of the Mayenne-Sciences cave (Thorigné-en-Charnie, Mayenne, France): a Gravettian art in northern France? The small decorated Mayenne-Sciences cave (Thorigné-en-Charnie, Mayenne) in the North of France contains 59 representations, among which are 27 drawings done with a black pigment, essentially charcoal. Some pigment scraped from two spots of one horse yielded radiocarbon dates of: 24 220 ± 850 BP (Gif A 100 647) and 24 900 ± 360 BP (Gif A 100 645). This means that part of the decoration of the Mayenne-Sciences cave was executed in the middle of the Gravettian period, and that the horse dates to about the same time as some of the Pech-Merle and Cougnac drawings. To cite this article: R. Pigeaud et al., C. R. Palevol 2 (2003) 161–168.
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Resume : Nos connaissances actuelles du Paleolithique superieur des grottes de la Mayenne reposent sur trois faits : les fouilles realisees a la fin du siecle dernier dans la vallee de l'Erve, les travaux qu'y effectua R. Daniel en 1931-32 et la decouverte d'une grotte a peintures en 1967. L'etude des collections conservees a Laval et au Mans, ainsi que les relations des anciennes fouilles menees sur le gisement permettent d'etablir un bilan provisoire des cultures qui se sont manifestees dans chacune des principales grottes fouillees et montrent que tous les grands courants culturels du Paleolithique superieur ont laisse des traces sur le site.
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Le Gravettien est une culture qui s'est étendue sur toute l'Europe pendant près de huit millénaires. Les industries lithiques qui ont permis sa caractérisation présentent, en général, des traits culturels partagés qui étayent une vision paneuropéenne de cette civilisation. Pourtant, certaines séries ne présentent pas toujours ces mêmes traits culturels. Cela signifie-t-il qu'elles ne sont pas gravettiennes ? Dans ce cas, d'où proviennent-elles ? Peut-on les interpréter en terme humain et paléohistorique ? A partir de l'exemple des industries du Gravettien moyen (à « burins » du Raysse), ce travail tente d'apporter de nouveaux éléments de réflexion quant à ces questions. Le premier chapitre est consacré à la caractérisation technologique d'une série provenant d'un gisement de la région Centre : la Picardie (Indre-et-Loire). Les résultats sont ensuite comparés, dans le second chapitre, à ceux de l'analyse de l'industrie de la couche V de la Grotte du Renne (Yonne). Les différences mises en exergue sont alors envisagées à la lueur d'une évaluation taphonomique de la séquence gravettienne de la Grotte du Renne. Le troisième chapitre consiste en une recension de l'ensemble des gisements à « burins » du Raysse connus. L'objectif est de déterminer les sites qui disposent des conditions qualitatives requises pour participer aux discussions amorcées dans les parties précédentes. Le dernier chapitre permet une mise en perspective diachronique de la phase à Raysse. Les données rassemblées dans les chapitres antérieurs y sont confrontées à celles issues de l'analyse technologique d'une série du Gravettien moyen à burins de Noailles (Brassempouy, Landes) et d'une série du Gravettien (le Cirque de la Patrie, Seine-et-Marne). Les différences évoquées conduisent alors à envisager l'existence d'un épisode paléohistorique et de proposer que le Gravettien puisse aussi être envisagé comme une mosaïque de traditions techniques régionales.
Le gisement solutréen de Saint-Sulpice-de-Favières (Essonne), Bulletin de la Société préhistorique française
  • Sacchi C Schmider B
  • Chantret F A Roblin-Jouve
SACCHI C., SCHMIDER B., CHANTRET F., ROBLIN-JOUVE A. (1996) – Le gisement solutréen de Saint-Sulpice-de-Favières (Essonne), Bulletin de la Société préhistorique française, 93, 4, p. 502-527.