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Abstract

Dans cet article, nous analysons le processus délibératif chargé de définir une politique publique de trame verte et bleue (TVB) en tant que stratégie de conservation intégrée, dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Nous montrons que l’expertise scientifique est un enjeu central dans le processus social aboutissant à une représentation de la TVB et à un cadre d’action publique. Le forum hybride en charge de son élaboration n’était pas isolé et la définition de la TVB et du cadre d’action publique qui en résulte est largement dépendante d’interactions, de jeux d’acteurs, de contraintes historiques ou encore d’un cadre législatif supranational qui dépassent largement l’arène participative et questionnent son autonomie. Nous soulignons ici l’enjeu de la place accordée à l’expertise académique pluridisciplinaire pour donner du sens au collectif et ainsi lui permettre de faire « cause commune ».
Natures
Sciences
Sociétés
Entre expertises et jeux d’acteurs : la trame verte et bleue
du Grenelle de l’environnement
Ruppert Vimal1, Raphaël Mathevet2, Laura Michel3
1Écologue, CNRS, UMR5175 Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive, 34293 Montpellier cedex 5, France
2Géographe, CNRS, UMR5175 Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive, 34293 Montpellier cedex 5, France
3Politiste, UM1-CNRS, UMR5112 Centre d’étude politique d’Europe latine, 34060 Montpellier cedex 1, France
En partant de l’observation de l’une des scènes du Grenelle de l’environnement, les auteurs posent une vieille question,
familière à la revue, qui est celle de la place de la science, et plus précisément de l’expertise, dans un dispositif de concertation
publique. Mais leur analyse renouvelle cette problématique en interrogeant la combinatoire effective entre des connaissances
issues de l’académie et celles issues de l’expertise collective. Les asymétries de compétences et les dispositions des acteurs à
coopérer apparaissent alors tributaires de la capacité d’un collectif participatif à bien distinguer ce qu’il peut attendre, d’une
part, de l’expertise académique, d’autre part, d’une expertise collective ouvrant sur une démarche plus pragmatique.
La Rédaction
Résumé – Dans cet article, nous analysons le processus délibératif chargé de définir une politique
publique de trame verte et bleue (TVB) en tant que stratégie de conservation intégrée, dans le cadre du
Grenelle de l’environnement. Nous montrons que l’expertise scientifique est un enjeu central dans le
processus social aboutissant à une représentation de la TVB et à un cadre d’action publique. Le forum
hybride en charge de son élaboration n’était pas isolé et la définition de la TVB et du cadre d’action
publique qui en résulte est largement dépendante d’interactions, de jeux d’acteurs, de contraintes
historiques ou encore d’un cadre législatif supranational qui dépassent largement l’arène participative et
questionnent son autonomie. Nous soulignons ici l’enjeu de la place accordée à l’expertise académique
pluridisciplinaire pour donner du sens au collectif et ainsi lui permettre de faire « cause commune ».
Abstract – Between scientific expertise and power games: the Green and Blue Infrastructure of the
Grenelle Environment Forum. In this paper we investigate the deliberative process charged with
defining an integrated conservation policy within the framework of the French Grenelle Environment
Forum, namely the Green and Blue Infrastructure (“trame verte et bleue” [TVB]). We point out the central
importance of scientific expertise in the social process leading to the representation of TVB and the
definition of a framework for public action. The hybrid forum in charge of its characterization did not
function in isolation. The TVB definition and the resulting public action framework are dependent on
social interactions and networks, historical constraints or supranational legal frameworks, which
transcend the participatory arena and question its autonomy. We emphasize the importance of the place
given to interdisciplinary academic expertise as determinant in creating sense for the group and
orienting it toward a “common cause”.
Introduction
Les rapports qu’entretiennent la science et la politique
ont très tôt interrogé les sociologues (Weber, 1959). Si les
outrages de la science au débat démocratique sont
souvent dénoncés (Habermas, 1973 ; Touraine, 1980),
l’analyse des politiques publiques s’intéresse aussi au
transfert de certains concepts des champs scientifiques
Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012)
© NSS-Dialogues, EDP Sciences 2013
DOI: 10.1051/nss/2012043
Disponible en ligne sur :
www.nss-journal.org
Mots-clés :
Grenelle
de l’environnement ;
réseau écologique ;
trame verte et bleue ;
dispositif participatif ;
expertise scientifique
Keywords:
Grenelle Environment
Forum; ecological
network; Green and
Blue Infrastructure;
participatory device;
scientific expertise
Auteur correspondant : R. Mathevet, raphael.mathevet@cefe.cnrs.fr
Article publié par EDP Sciences
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012)416
vers les champs sociaux et politiques et aux
simplifications dont ils sont l’objet pour devenir de
simples doctrines ou images faisant sens, fort éloignées
des concepts scientifiques d’origine (Muller, 1985 ; Jobert,
1994). De manière générale, les approches cognitivistes
prennent leur distance avec une vision rationaliste ou
«problem-solving » de l’action publique pour leur préférer
une approche constructiviste. Muller (1995) définit une
politique publique comme un lieu où une société
construit son rapport au monde. Comprendre une
politique publique, c’est alors s’intéresser aux processus
sociaux qui façonnent les représentations dominantes
d’une société à un moment donné, désignant les
problèmes légitimes à traiter et la manière d’agir à leur
encontre.
Mais si la politique publique est ainsi un moyen de
produire du sens, elle est aussi un instrument de pouvoir.
Il importe de souligner que les idées ne sont pas
désincarnées : elles sont portées par des acteurs sociaux
aux intérêts conflictuels qui luttent pour imposer la
légitimitédeleursidées,maisaussicellesdugroupequ’ils
représentent. Ainsi une politique publique fabrique des
images, mais distribue aussi les fonctions et les pouvoirs
entre acteurs concernés au travers d’un processus
d’ajustement et d’articulation entre des intérêts et buts
individuels différents et avec d’autres plus collectifs
(Friedberg, 1993). Analyser les politiques publiques
nécessite donc de s’intéresser aux dynamiques collectives
au sein desquelles expertises et jeux de pouvoir sont
socialement situés et s’entremêlent.
En s’inscrivant contre l’idée dominante d’une
science coupée de la société ou d’une connaissance
soustraite à un modèle unique d’activité scientifique, la
sociologie de l’innovation offre un cadre réflexif pour
analyser les rapports entre science, politique et société.
Elle souligne par ailleurs que, si l’innovation s’impose,
ce n’est pas en raison de sa qualité mais du fait du
processus qui a supporté cette innovation (Callon et
Latour, 1991).
Dans un monde où l’incertitude ne trouve plus
de réponse dans le religieux ou les grands récits
idéologiques, où les connaissances se révèlent partielles
et incertaines, et les enjeux de plus en plus complexes,
les rapports qu’entretiennent science et politique ne
peuvent plus se maintenir, le volontarisme politique
comme l’activité scientifique ne peuvent plus être les
seuls fondements légitimes de l’action publique (Callon
et al.,2001).
Il s’agit dès lors de définir un cadre interprétatif
des connaissances disponibles qui rende visibles les
incertitudes et qui permette simultanément de confron-
ter les valeurs et représentations des acteurs pour faire
émerger de nouvelles perspectives (Roqueplo, 1997).
Ainsi les concepts de science post-normale, de science
contextualisée ou « de mode 21» (Funtowicz et Ravetz,
1993 ; Nowotny et al.,2001 ; Barré, 2004 ; Van der Windt
et Swart, 2008), supposent que l’élaboration de la déci-
sion conduit les acteurs du forum hybride (Callon, 1988)
à produire aussi de nouvelles connaissances, pragma-
tiques et fondées pour l’action. En confrontant au terri-
toire lesconnaissances « demode 1 », issuesde lascience
normale, elles les dépassent en intégrant en outre le
résultat des interactions sociales inhérentes au processus
qui mène à la décision. Ce qui signifie que la qualité de la
connaissance et sa robustesse sociale sont plus que
jamais relatives à la qualité du dialogue (Habermas,
1987 ; Stengers, 2002). En reconnaissant la pluralité des
légitimités d’action, le dispositif sociotechnique mis en
place doit en effet permettre d’élaborer de façon pragma-
tique une vision partagée de l’action publique à travers
un processus d'apprentissage collectif (ComMod, 2009 ;
Habermas, 1987). Sur la base de ce postulat, cet article2
analyse la construction d’une politique publique de
conservation intégrée de la biodiversité en France – la
« trame verte et bleue » (TVB) – qui fait suite à un enga-
gement du Grenelle de l’environnement. Nous nous
interrogeons sur la place et la nature de l’expertise dans
cette démarche originale et voulue participative : Qui
représente l’expertise ? Comment les différents acteurs
utilisent-ils l’expertise pour défendre leurs intérêts ? Le
répertoire d’expertise est-il accessible à tous les groupes
d’intérêts de la même façon ? Comment cela influence-t-
il en retour la qualité du dialogue et la nature du cadre
d’action publique qui en émergent ?
Le Grenelle de l’environnement
et le comité opérationnel TVB
En 2007, le gouvernement français a lancé une
démarche originale intitulée « Grenelle de l’environne-
ment » qui, autour d’un processus de négociation
associant cinq collèges (collectivités, État, syndicats,
entreprises et associations), avait pour objectif d’élaborer
une nouvelle stratégie et un plan d’action national en
1La sciencedite « demode 2 » est dictéepar lecontexte, cen-
trée sur le problème à résoudre et interdisciplinaire, tandis que
la science« de mode 1 » estplutôt entreprisepar lechercheuret
la production de connaissance, basée sur une ou quelques dis-
ciplines (Nowotny et al., 2001). Ainsi, avec le mode 2, le contexte
d'application des connaissances (inter- ou transdisciplinaire)
écarte les seuls intérêts académiques (disciplinaires), l'organi-
sation et la production de la connaissance deviennent sensible-
ment moins hiérarchiques et institutionnalisées. Enfin, la
responsabilité sociale de la science prend une place importante
aux dépens de son autonomie traditionnelle.
2Cette étude a été financée par l’Agence nationale de la
recherche (contrat n° 05-BDIV-014, ABIME), l’Union euro-
péenne (contrat 226852, SCALES) et la région Languedoc-
Roussillon.
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012) 417
matière environnementale. Dans ce cadre, le groupe
chargé de la thématique biodiversité a proposé de
« construire la Trame verte nationale, tissu vivant du ter-
ritoire, qui assure les continuités et les proximités entre
milieux naturels permettant aux espèces de circuler et
d’interagiretauxécosystèmesdefonctionner »(MEDAD,
2007, p. 5). À l’issue des tables rondes, des comités opé-
rationnels (COMOP) ont vu le jour3afin d’assurer une
mise en œuvre opérationnelle des conclusions et relevés
de décision du Grenelle. Le COMOP n° 11, en charge de
la TVB, a dès lors bénéficié d’un mandat exceptionnelle-
mentlong de deux ans,justifié parlecaractère« complexe
et innovant » de la TVB.
Sous la tutelle d’un sénateur socialiste de la région
Nord-Pas-de-Calais, deux personnes ont assuré la direc-
tion et l’animation du COMOP TVB : le délégué au déve-
loppement durable et à l'expertise du Muséum national
d’histoire naturelle (MNHN) et le sous-directeur des
espaces naturels au ministère de l’Écologie, de l’Énergie,
du Développement durable et de la Mer (MEEDDM). Le
COMOP a réuni une quarantaine de personnes apparte-
nant à diverses structures : France Nature Environne-
ment (FNE), l’Assemblée permanente des chambres
d’agriculture (APCA), la Fédération nationale des syndi-
cats d’exploitants agricoles (FNSEA), la Fédération des
conservatoires d’espaces naturels (FCEN), la Fédération
des parcs naturels régionaux de France (FPNRF), les
Forestiers privés de France (FPF), la Fédération nationale
pour la pêche en France, la Fédération nationale des chas-
seurs, le Mouvement des entreprises de France (MEDEF),
l’Association des communes urbaines de France, l’Office
national des forêts (ONF), l’Assemblée des communautés
de France, Réserves naturelles de France, la Fondation
Nicolas Hulot (FNH), ainsi qu’un grand nombre de fonc-
tionnaires des services du MEEDDM ou d’autres minis-
tères (Agriculture et Transports, notamment). Les repré-
sentants des départements et des régions, bien qu’invités,
n’ont jamais participé au dispositif. Dès la première réu-
nion, l’ensemble des participants soulignait que cette
absence était problématique dans la mesure où les collec-
tivités territoriales seraient des acteurs-clés de la mise en
œuvre de la TVB. Notons que l’équipe TVB du ministère
s’est étoffée et mise en place tout au long de la procédure.
Unepersonneaétédésignéepourêtreenchargedelapoli-
tique TVB à long terme et deux autres agents ont appuyé
lepilotageduCOMOP.Un groupe d’experts scientifiques
s’est rapidement constitué autour de cette équipe, asso-
ciant l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques
(ONEMA), le Service d’études sur les transports, les
3Le processus « Grenelle de l’environnement » est donc
constitué de deux phases : les tables rondes qui ont eu lieu à la
fin de l’année 2007 et les comités opérationnels mis en place
l’annéesuivante.Notreanalyseportespécifiquementsurundes
comités opérationnels. Pour une analyse de la première phase
du Grenelle, voir Lascoumes (2011).
routes et leurs aménagements (SETRA), le MNHN et
piloté par le Cemagref4, institut de recherche en sciences
et technologies pour l’environnement et l’agriculture.
Durant deux ans, le COMOP s’est réuni en plénière en
moyenne une fois tous les quarante-cinq jours, ainsi que
lors de nombreuses séances des groupes de travail. La
mission du COMOP a consisté à définir les objectifs glo-
baux de la TVB, à clarifier ce qui la constitue et les élé-
ments de sa représentation, puis à identifier et proposer
des outils pour la mettre en œuvre. Ces deux années de
travail se concrétisent ainsi autour de divers documents :
la partie TVB des textes de loi Grenelle 1 et 2 ;
– des supports de communication qui seront utilisés
pour présenter la TVB aux différents publics concernés ;
des rapports d’expertises, notamment sur les outils
contractuels à destination de la TVB, l’intégration de la
TVB dans les documents d’urbanisme, les enjeux socio-
économiques relatifs à la TVB ;
– unguide méthodologique intitulé Orientations natio-
nales pour la préservation et la remise en bon état des continui-
tés écologiques5.
Ce guide, qui sera traduit en décrets par la suite, est la
principale production du COMOP et se décline en trois
parties. Le premier volet (guide 1), à destination des élus,
présente principalement les grandes orientations natio-
nales et les choix stratégiques pour la TVB (Allag-
Dhuisme et al., 2010a). Le second volet (guide 2) est un
appui à la mise en œuvre de la TVB et à l’élaboration des
schémas régionaux de cohérence écologique ; il s’adresse
principalement aux responsables des services ayant en
charge la mise en œuvre de la politique TVB (Allag-
Dhuisme et al., 2010b). Enfin, le troisième volet (guide 3)
traite de l’impact des infrastructures linéaires et s’adresse
aux services de l’État et aux autres établissements publics
qui en ont la charge (Allag-Dhuisme et al., 2010c).
Notre analyse se fonde sur la participation du premier
auteur aux réunions plénières du COMOP (une quin-
zaine), ainsi que sur les comptes rendus et productions
des différents groupes de travail et des entretiens semi-
directifs avec les principaux protagonistes.
La TVB ou la construction d’une nouvelle
représentation de la protection de la nature
Affichant le besoin d’une « préservation globale de la
biodiversité et non plus seulement de ses éléments les
4NB : le Cemagref (Centre national du machinisme agricole,
du génie rural et des eaux et forêts) est devenu depuis 2011
l’IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et techno-
logies pour l’environnement et l’agriculture).
5Cf.http://www.trameverteetbleue.fr/documentation-outils/
outils-methodes/productions-comite-operationnel-trame-verte-
bleue-issu-grenelle
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012)418
plus remarquables et emblématiques ou les plus
menacés » (Allag-Dhuisme et al., 2010a, p. 5), la TVB
semble s’inscrire en rupture avec les politiques de conser-
vation ayant prévalu jusqu’à présent. Dans un but péda-
gogique, le guide mentionne (ibid.) : « Il faut donc com-
mencer par renforcer le tissu vivant du territoire en
rétablissant, à l’image du système sanguin pour le corps
humain, des flux entre des organes vitaux – les zones de
plus haute valeur écologique – de façon à ce que vive tout
l’organisme – c'est-à-dire le tissu vivant du territoire.
C’est le but de la Trame verte et bleue nationale. » Tout au
long du guide, l’objet TVB reste cependant équivoque : il
est tantôt perçu comme un état de fait, une réalité à pro-
téger, tantôt défini comme un outil d’aménagement du
territoire. Il s’agit de diagnostiquer la TVB ou de l’élabo-
rer ; la TVB « doit constituer l’infrastructure naturelle du
territoire sur laquelle doit s’inventer un aménagement
durable à partir d’une organisation intelligente et éco-
nome de l’espace » (ibid.). Il semble par ailleurs que la
définition et la représentation cognitive de la TVB soient
clairement liées à la question de son identification spa-
tiale, qui apparaît comme la condition sine qua non de sa
mise en œuvre. Ainsi, le guide propose qu’elle soit
« constituée de trois […] éléments principaux baptisés,
par souci de simplicité : les réservoirs de biodiversité et
les corridors écologiques s’appliquant plus particulière-
ment aux milieux terrestres mais aussi humides, et enfin
les cours d’eau » (Allag-Dhuisme et al., 2010b, p. 6). Cette
représentation est ensuite justifiée (ibid., p. 7) : « La ges-
tion des deux composantes de la Trame verte et bleue
doit permettre aux espèces d’assumer leur fonction :
nutrition, reproduction et repos pour les réservoirs de
biodiversité, dispersion et migration pour les corridors. »
Dans un travail antérieur (Vimal et al.,2012), nous
avons exposé comment la transmission d’un modèle
scientifique (le modèle « taches-corridors-matrice ») de la
communauté scientifique (à laquelle il permet de tester
des hypothèses) à la société (où il devient l’unique repré-
sentation d’un objet particulièrement complexe) suppose
de considérer que le maintien d’un maillage écologique
passe principalement par les capacités de déplacement
des espèces d’un patch à un autre à l’échelle du paysage
et relève ainsi d’une simplification conséquente de
concepts écologiques complexes (Boitani et al.,2007).
Traduction non contestée des connaissances scienti-
fiques, le modèle est, dans le cadre du COMOP, le moyen
de contourner la complexité de l’objet en question et les
controverses qui l’entourent au nom d’un besoin d’opé-
rationnalité. Bien qu’inscrit dans la loi (loi n° 2010-788 du
12 juillet 2010), il reste une « boîte noire » (Callon et al.,
2001) qui devient le support induit de toutes les préconi-
sations d’identification et de gestion de la TVB. Le volet 2
du guide (Allag-Dhuisme et al., 2010b) propose toute une
gamme de techniques issues de divers projets aux
échelles variées pour identifier les différents constituants
de la TVB. Tout en laissant le choix de la méthode au
niveau régional, où régions et services de l’État doivent
coélaborer un schéma régional de cohérence écologique,
le guide mentionne des critères qui doivent obligatoire-
ment être intégrés en amont ou en aval pour s’assurer de
la cohérence du réseau écologique national résultant.
Le COMOP ancre de fait la TVB dans une démarche
technique au sein de laquelle la représentation cartogra-
phique devient le pilier de la nouvelle stratégie. La
cartographie des connectivités écologiques renvoie évi-
demment à la question de la définition des processus
écologiques, focalisée ici sur leur dimension spatiale.
Cette traduction spatiale de la TVB, censée permettre
d’identifier où débute et où s’arrête le réseau, permet in
finede se centrer sur l’enjeudeladéfinitiondes limites des
zonages susceptibles de devenir totalement ou en partie
opposables dans les documents d’urbanisme.
Du rôle de l’expertise académique
Face à la complexité inhérente au sujet traité et au
caractèrepeupopulaire et souvent contesté des politiques
environnementales, l’enjeu a été pour le COMOP de pro-
duire un cadre d’action publique qui, comme l’a précisé
le sénateur dès le début des travaux, soit « un compromis
entre acceptabilité et science6». La connaissance scienti-
fique, dans le cadre de sa mobilisation pour l’action, est
donc largement confrontée, d’une part, à sa contingence
et à sa complexité et, d’autre part, aux contraintes sociales
du territoire. Nous constatons que l’expertise scientifique
s’est exprimée sous une grande diversité de formes au
cours des deux années de mandat du COMOP, ce qui a
rendu les processus conduisant au compromis entre
expertiseet acceptabilité sociale difficilementexpliciteset
rarement partagés par l’ensemble des membres du col-
lectif. Nous tentons ici de retracer le cheminement de son
édification.
Après les premières séances du COMOP, qui avaient
pour objectif de faire un état de l’art des connaissances
scientifiques disponibles, le ministère a souhaité s’entou-
rer d’un groupe d’experts scientifiques piloté par le
Cemagref. Le MNHN, l’ONEMA ou le SETRA ont donc
participé de manière ponctuelle pour des missions pré-
cises directement en lien avec leur domaine de compé-
tence7, et c’est principalement le Cemagref qui a fait
6Notes personnelles de R. Vimal, COMOP, réunion plénière
du 21 janvier 2008, ministère de l’Écologie, du Développement
et de l’Aménagement durables (MEDAD).
7L’ONEMA a plus particulièrement travaillé sur la trame
bleue, le SETRA sur le volet 3 du guide, portant spécifiquement
sur les infrastructures, et le MNHN sur les listes d’espèces TVB
déterminantes.
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012) 419
figure de coordinateur scientifique au sein du dispositif.
Ainsi, le suivi du travail effectué par le Cemagref donne
à voir comment « le » scientifique peut directement être
mobilisé dans ces dispositifs participatifs. Quelle mis-
sion lui accorde-t-on ? Quelle légitimité de participation
et quelle liberté de décision ? Comment, en retour, il se
positionne, adapte son discours et construit lui-même
sa représentation de l’objet en question ? Il faut mention-
ner l’enjeu primordial relatif au domaine de compétence
du référent scientifique. Le choix d’un ingénieur du
Cemagref spécialiste en télédétection n’est pas anodin.
D’une part, le Cemagref est un organisme public de
recherche appliquée en sciences et technologies de
l’environnement, dont certaines missions sont claire-
ment en appui aux pouvoirs publics. D’autre part, le
choix d’un télédétecteur témoigne des prédispositions
du ministère à l’identification spatiale de la TVB. Si le
choix d’un seul interlocuteur8peut se justifier pour le
ministère, on ne peut que constater le manque de com-
plémentarité en termes de compétences scientifiques. La
présence d’autres chercheurs, notamment en écologie, en
sociologie, en droit, en géographie et en aménagement
du territoire, aurait sans doute introduit un débat sur ce
modèle et fait ressortir des enjeux non pris en considéra-
tion – en tout cas de façon explicite –, tant sur le plan éco-
logique (Boitani et al.,2007 ; Van der Windt et Swart,
2008) que sociologique (Mougenot et Melin, 2000 ;
Fortier, 2009), géographique (Mathevet et al.,2010)ou
juridique (Bonnin, 2008).
Si le Cemagref a été chargé de la rédaction du guide
méthodologique en qualité d’organisme de recherche
scientifique, il a effectué un travail de traduction (Callon,
1986) entre les mondes scientifiques et sociaux. La rédac-
tion des trois volets s’est en effet construite selon un pro-
cessus itératif au cours duquel le représentant du
Cemagref a fait des propositions soumises au ministère
et débattues ensuite au sein du COMOP. Pendant et
après chaque réunion, les acteurs étaient invités à faire
part de leurs commentaires et propositions de modifica-
tions. Les débats ont dès lors rapidement témoigné de la
difficulté à discerner ce qui relève de la « science » ou du
politique au sein d’un tel forum hybride. Lors d’un entre-
tien, le représentant du Cemagref nous expliqua qu’il
devait filtrer les différentes propositions, en traitant
celles relevant de compétences scientifiques et en laissant
au ministère le soin de l’arbitrage concernant des propo-
sitions d’ordre plus politique. C’est ainsi que, tout au
long du processus décisionnel, les constituants scienti-
fiques de la TVB – les connaissances de mode 1
(Nowotny et al.,2001), qui résultent déjà des compétences
8Notons cependant que, pour accompagner la rédaction du
guide, le représentant du Cemagref a recruté un ingénieur
contractuel en écologie.
disponibles – sont traduites dans un langage permettant
de rallier au projet de TVB des acteurs aux intérêts et
positionnements stratégiques hétérogènes. Le maintien
du soutien essentiel du ministère a demandé en particu-
lier un travail de recadrage du projet, conforme aux exi-
gences du fonctionnement du monde politique. Le rôle
de coordinateur scientifique du Cemagref se révèle donc
être celui d’un passeur entre les mondes scientifiques et
politiques.
Àla fin du mandat duCOMOP,le ministère a organisé
deux réunions où seuls des scientifiques académiques
étaient conviés, afin de leur présenter le dispositif TVB
proposé et ainsi légitimer scientifiquement le fruit de la
démarche. Les représentants du monde scientifique alors
mobilisés n’étant pas ceux présents dans le processus de
traduction issu du COMOP, le bilan de ces réunions men-
tionne sans surprise les lacunes de connaissances et le fait
que certains points ne font pas consensus au sein de la
communauté scientifique. Des ajustements à la marge ont
été effectués dans le guide méthodologique9. Cette forme
de validation par des scientifiques non investis au départ
dans le processus de traduction, et les ajustements qui ont
suivi, montrent que le processus de traduction vers un
projet politique n’a pas été totalement assumé par les
opérateurs.
Finalement, la mobilisation de l’expertise scientifique,
l’expertise formelle et mandatée, l’expertise académique
en l’occurrence, s’est opérée sur deux modes disjoints qui
semblent l’avoir affaiblie. D’une part, au sein du groupe
d’experts du COMOP, elle a dû entrer dans un processus
de traduction qui, par nature, « établit une équivalence
toujours contestable entre des problèmes formulés par
plusieurs acteurs dans des répertoires différents »
(Callon, 1988). À la charnière entre les différents acteurs,
le Cemagref a de fait endossé le rôle de principal opéra-
teur de traduction entre ces acteurs et le ministère, son
rôle de représentant purement scientifique se voyant
alors moins reconnu. D’autre part, des interventions
ponctuelles de scientifiques ont été mobilisées de façon
parallèle, rarement en présence de l’ensemble des
acteurs. Dans ce cas, le mécanisme qui opère le passage
de connaissances de mode 1, complexes et incertaines, à
des connaissances situées, pragmatiques et politisées
n’est pas ou peu partagé.
9À titre d’exemple, le guide mentionne en avertissement
(Allag-Dhuisme et al., 2010b, p. 24) : « Pour la sélection des espèces
dites déterminantes TVB pour les plantes vasculaires : l’adaptation de
laméthodologieaétéjugéenécessairelorsduséminaired’experts scien-
tifiques du 4 mars 2010, animé par le MNHN. Une première note de
problématique a été établie par la fédération des conservatoires bota-
niques nationaux et communiquée aux CSRPN avec les pré-listes de
faune transmises en avril 2010. Les travaux restent à poursuivre sur
cette méthodologie, en lien avec les réflexions sur l’entomofaune et les
habitats déterminants TVB. »
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012)420
De l’asymétrie de pouvoir à l’expertise
environnementale
Si, lors de la première réunion du COMOP, le sénateur
présidentdeséance déclarait : « Je souhaiteque nousnous
donnions le temps et les moyens d’élaborer une vision
partagée de ce que devrait être la TVB10 », deux ans après,
nous constatons que cet objectif collectif est indissociable
de la recherche permanente, de la part des différents
acteurs en présence, d’une reconnaissance de leur
légitimité respective. Dès lors, il s’agit de comprendre
comment la TVB et les outils proposés pour sa mise en
œuvre peuvent être avant tout un construit social qui,
d’une part, résulte des interactions plus ou moins
conflictuelles entre les participants et, d’autre part,
produit et structure dans le même temps leurs idées et
représentations. Et si le sénateur ajoutait : « […] au sein de
notre COMOP, nous sommes tous à égalité », on ne peut
que constater l’hétérogénéité du groupe en termes de
participation et d’investissement. Évidemment, tous les
acteurs représentés dans ce forum n’ont pas les mêmes
intérêts à y défendre ni les mêmes ressources à mobiliser.
Lors de l’une des premières réunions, le directeur de la
FCEN comparait la position de sa structure, où lui seul
devait prendre le temps de préparer les réunions, avec
celle de FNE, où deux personnes travaillaient à temps
plein sur le sujet. Dans ce contexte, la question de la
gestion du temps a pris toute son importance et, dès le
début, l’ensemble des acteurs déplorait les contraintes de
temps qui obligeaient le groupe à respecter un planning
imposé non pas par ses propres missions, mais par les
échéances législatives. Procédure chronophage et
parisienne, le COMOP opérait alors une première
sélection des acteurs.
Très rapidement, la dynamique collective du COMOP
s’est polarisée autour de FNE et des organisations profes-
sionnelles agricoles (OPA), à savoir l’APCA et la FNSEA.
La participation à des groupes de travail en parallèle aux
réunions du COMOP a joué un rôle important dans la
structuration du réseau d’acteurs autour de diverses
alliances et a été, pour certains d’entre eux, un moyen
d’existeret d’influencer le dispositif résultant. LaFPNRet
la FCEN ont, par exemple, réalisé conjointement une
étude sur les mesures contractuelles potentiellement
mobilisables dans le cadre de la TVB. De leur côté, FNE,
l’APCA, la FNSEA et FPF ont mené une réflexion com-
mune sur les enjeux socioéconomiques liés à la TVB. Au
coursdutemps,lesgroupesdetravailetréunionsannexes
ont par ailleurs pris de plus en plus de place aux dépens
des réunions plénières, multipliant les lieux de discus-
sion, de confrontation ou de partage des points de vue.
C’estsurletondel’ironieque,lorsd’unediscussionvisant
10 Notes personnelles de R. Vimal, COMOP, réunion plénière
du 21 janvier 2008, MEDAD.
à établir la composition de nouveaux groupes de travail,
la représentante de l’APCA lançait à son homologue de
FNE : « Tout sera décidé dans les groupes de travail, donc
il faudra que tu sois dans tous les groupes11
Bien sûr, on ne peut considérer le COMOP de
manière isolée. En décidant de mettre en œuvre la TVB, le
gouvernement répond à un engagement pris au sein du
Conseil de l’Europe de participer à la création d’un
Réseau écologique paneuropéen (Council of Europe et al.,
1996). La définition de la TVB ainsi validée au sein du
COMOP est d’ailleurs tout à fait conforme à celle com-
munément admise dans d’autres pays d’Europe. Bénéfi-
ciant en début de mandat de tout un retour d’expériences
assuré par divers porteurs de projet à des échelles
variées12, le COMOP n’a été, semble-t-il, ni un lieu de
questionnementdece modèle de représentation ni un lieu
d’exploration d’autres approches. Au contraire, la repré-
sentation de la TVB telle que proposée a été largement
mise en avant par certains acteurs, qui ont dès lors pu
mobiliser des ressources devenues stratégiques dans le
cadre du Grenelle de l’environnement. Il s’agit de la
FPNRF, qui au début du COMOP a multiplié les inter-
ventions pour faire valoir son expertise sur les questions
de TVB. Depuis plusieurs années, de nombreux parcs
naturels régionaux travaillaient en effet sur la thématique
(Girault, 2005) et la FPNRF animait un « groupe corri-
dor », rebaptisé pour l’occasion « groupe TVB ». Mais il
s’agit aussi de FNE, qui avait déjà rédigé et diffusé un
document de réflexion sur les réseaux écologiques
(Pavard et Paquin, 2006) allant dans ce sens et qui, au tra-
vers du COMOP et en amont, s’est « imposée » en « trans-
codeur » (Lascoumes, 1994) de la TVB. Les tables rondes
du Grenelle ont en effet représenté une véritable fenêtre
politique (Kingdom, 1984 ; Keeler, 1993) pour la fédéra-
tion, qui, depuis plusieurs années déjà, militait pour l’éta-
blissement d’un réseau écologique national.
Dans ce contexte, nous faisons l’hypothèse que l’effa-
cementde l’expert scientifique reconnu commetelau sein
du dispositif a pu permettre à l’expertise associative
incarnée par FNE d’occuper l’espace vacant et d’affirmer
sa légitimité. Celle-ci repose moins sur un niveau de
11 Notes personnelles de R. Vimal, COMOP, réunion plénière
16 décembre 2008, ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du
Développement durable et de l’Aménagement du territoire
(MEEDDAT).
12 Liste non exhaustive : mise en œuvre du réseau Isérois
(conseil général de l’Isère) ; TVB en Alsace (conseil régional
d’Alsace) ; Réseau routier et continuité écologique (Autoroutes
du Sud de la France [ASF]) ; Trame verte et carrière (Union
nationale des industries de carrières et matériaux de construc-
tion[UNICEM]) ;RéseauélectriqueetTVB(Réseaudetransport
d’électricité[RTE]) ;Expérience,méthodologieetmise enœuvre
(ECONAT, bureau d’étude en écologie appliquée) ; Apport des
expériences européennes pour la mise en place régionale
(conseil régional de Lorraine).
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012) 421
connaissance validé que sur l’appartenance à une com-
munauté (Lavignotte-Guérin, 1999), en l’occurrence ici
celle des experts de la nature. En effet, c’est en tant que
promoteur de la TVB bien en amont du Grenelle que la
fédération a progressivement bénéficié du rôle d’expert.
Elle a participé activement à tous les groupes de travail,
fait des propositions d’ordre du jour pour les séances plé-
nières, rédigé de nombreuses notes à l’attention du
Cemagref, etc. Des réunions spécifiques ont été organi-
sées en marge du COMOP entre le ministère, FNE et le
groupe d’experts. Notons ici que ce rapport privilégié
entre FNE et le ministère n’est pas propre à ce dispositif.
Certains auteurs (Lascoumes, 1994 ; Charvolin, 2003) ont
montré que les associations naturalistes ont toujours été
le bras armé d’un ministère faible en moyens et toujours
en quête de légitimité. Cet échange stabilisé de longue
date entre FNE et le ministère est donc ici un élément cen-
tral de l’approche, puisqu’il suppose qu’au travers du
COMOP, les deux partenaires ont tenté de renforcer leur
capacité d’action en assurant leur objectif commun que
représente le succès du Grenelle. Dans un champ poli-
tique où les rapports de force sont traditionnellement très
favorablesauxacteurséconomiques,leGrenelledel’envi-
ronnement constitue une fenêtre d’opportunité sans
précédent pour les acteurs environnementaux. Le pas-
sage dans le champ politique suppose alors un recadrage
correspondant à ses règles propres (Kingdom, 1984), ren-
dant indispensables certaines simplifications, comme
l’illustre le travail de FNE. Ainsi, lors d’une discussion en
marge d’une réunion du COMOP, le représentant de
FNE, au sujet de l’identification cartographique de
grandes continuités naturelles à l’échelle de la France,
nous assurait comprendre que la réalité écologique était
certainement plus complexe, mais que cela restait un
moyendelimiterlesnouvellesinfrastructureslinéairesde
transport. Le rôle joué par la fédération peut aussi être
illustré par un exemple tout à fait révélateur et qui a pris
une certaine place dans les débats : une fois la représen-
tation de la TVB admise, FNE a proposé au ministère
d’utiliserdes listes d’espèces régionalescommeuncritère
decohérencenationale pour mettre en œuvre la TVB. Bien
quel’approcheaitété perçue comme complexe et peu pra-
tique par les parties prenantes, le ministère, désireux de
ne pas compromettre la démarche par un retrait de FNE,
a mandaté le MNHN pour définir une méthode permet-
tant d’identifier ces listes d’espèces, ordinaires ou
remarquables,vis-à-visdesquelleslarégiona une respon-
sabilité élevée et dont le maintien nécessiterait de
préserver les continuités écologiques. Forts de leur expé-
rience du territoire, les acteurs directs de la conservation,
notamment la FPNRF, dont le positionnement s’est lar-
gement construit sur la base des réflexions en cours au
niveau du « groupe TVB », ont manifesté leur crainte
d’une démarche trop technique qui pourrait compro-
mettre l’adhésion des acteurs. La consultation nationale
en ligne portant sur les guides méthodologiques à mi-
mandat a d’ailleurs permis aux experts et praticiens de
terrain de manifester des positions proches de celles de la
FPNRF. FNE s’est donc retrouvée isolée, et certains repré-
sentants des autres structures ont jugé sa posture trop
lobbyiste et trop peu consensuelle. Finalement, les listes
d’espèces TVB déterminantes ont été maintenues dans le
dispositif, mais leur importance semble avoir été large-
ment minimisée : elles sont le résultat d’un compromis
entre l’efficacité et l’assurance juridique voulue par FNE,
l’enjeu de la complexité technique et de l’acceptation
sociale défendue par bon nombre d’acteurs et le débat
scientifique de fond alimenté par les spécialistes et qui
oppose entrée « espèces » et entrée « espaces ».
Du cognitif aux instruments
d’action publique
D’après notre analyse, il apparaît que les acteurs non
avertis du COMOP n’ont pas vraiment pu agir sur la défi-
nition de la TVB non pas par inintérêt, mais plutôt parce
qu’ils sont intervenus à un moment où celle-ci constituait
déjà une « boîte noire » : la complexité technique menait
alors à l’exclusion des profanes de toute discussion. Para-
doxalement, l’absence de controverse autour du modèle
proposé s’explique aussi par la flexibilité et le flou qui le
caractérisent. En effet, si la représentation schématique
semble avoir des vertus pédagogiques, il s’avère difficile
de se rendre compte de la forme que prendra la TVB sur
un territoire donné et donc des contraintes et avantages
qu’elle engendrera. C’est la force des images, qui agissent
comme des slogans mobilisateurs, d’autant mieux
qu’elles évacuent les points de conflit potentiels (Muller,
1984). Dans le cas présent, ce travail de traduction n’a pas
totalementfonctionné.On constate des « débordements »
de certains participants (Callon, 1986) qui expriment des
frustrations et des questionnements, comme l’illustre
cette intervention du représentant de l’APCA qui, lors de
l’une des dernières réunions, interroge la stabilité du
consensus soi-disant assurée par le modèle : « Il y a deux
Trames, celle qu’on a définie et puis vous êtes en train de
parler de tout un tas d’autres continuités qu’on peut
prendre en compte dans les SCOT13 ».
Devant cet écueil, il semble que les acteurs invités à
participeraient considéré progressivement qu’au-delàde
la définition donnée de la TVB, largement laissée à la
chargedesstructureslesplus« spécialistes »,cequifaisait
sensreposait plutôt sur lasémantiqueetle discours relatif
à son implantation dans le tissu territorial local, ainsi que
sur les outils de sa mise en œuvre, les instruments de la
13 SCOT : schémas de cohérence territoriale. Notes person-
nelles de R. Vimal, COMOP, 17 décembre 2009, MNHN.
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012)422
nouvelle politique publique en question. Le texte de loi,
mais surtout le guide méthodologique, rendent bien
compte des jeux d’acteurs qui ont animé le dispositif au
coursdeces deux années. Les OPA, représentées par deux
juristes appartenant à ces structures, ont rapidement fait
alliance pour assurer un contrepoids face à l’ambition des
environnementalistes et veiller à minimiser l’impact de la
politique TVB. Elles ont notamment été très vigilantes
quant à la traduction juridique des éléments des trois
volets du guide et ont insisté sur des aspects sémantiques,
essayant à tout prix d’éviter les rapprochements avec des
démarches récoltant une opinion négative auprès du
monde agricole. Il s’agit pour elles de ne pas apparaître
comme un facteur de résistance, voire d’échec, au projet
tout en maintenant leur légitimité en tant que porte-
parole des agriculteurs. Ainsi, dès la phase des tables
rondes du Grenelle, le nom de « réseau écologique » a été
remplacé par « trame verte et bleue » car jugé trop proche
du « réseau Natura 2000 », dont la mise en place avait été
très contestée par les acteurs de l’espace rural. Pour dési-
gner les zones à haute valeur écologique, l’expression
« réservoir de biodiversité » a été préférée à celle de
« cœur de nature », qui ne se distinguait pas suffisam-
ment des « cœurs » de parcs nationaux. Au-delà des
oppositions, grâce au dispositif COMOP, certains élé-
mentssontl’occasionpourlecollectifd’affirmeruneunité
à travers une vision commune des objectifs de la TVB. À
titre d’exemple, un paragraphe intitulé « La Trame verte
et bleue créatrice d’emploi » a été largement soutenu par
l’ensemble des acteurs et mentionne que « la Trame verte
et bleue doit être une politique d’aménagement du terri-
toire en faveur des habitants. Prenant en compte les
atouts et les fragilités des territoires, elle doit permettre
de préserver et développer au mieux leur équilibre et
leurs potentialités économiques » (Allag-Dhuisme et al.,
2010a, p. 32).
C’est donc sous cet angle que chacun des acteurs s’est
positionné dans le dispositif pour que les moyens qui ser-
viront à mettre en œuvre la TVB soient les plus efficaces
pour certains, les moins contraignants pour d’autres. De
ces positions divergentes sont nées les plus vives contro-
verses, comme le laisse entendre cette intervention de
FPF : « Beaucoup de zonages apparaissent. Je rappelle
qu’on ne souhaite pas, au niveau forestier, voir s’étendre
le nombre de zonages. Enfin, nous sommes très attachés
àlacontractualisation,maisonveutsavoirqueprendreen
compte dans cette contractualisation, les limites de cette
contractualisation et enfin qui va payer, sachant que me
dire que ce sont les collectivités n’est pas une réponse
pertinente14. » Ainsi, comme l’ont montré Lascoumes et
LeGalès(2005), les choix d’instruments d’action publique
ne relèvent pas de « simples choix techniques », mais sont
14 Notes personnelles de R. Vimal, COMOP, 1er avril 2010,
Association immobilière de l’École militaire (ASIEM).
avant tout le résultat de logiques politiques. Si la contrac-
tualisation est un moyen de faire bénéficier d’un revenu
leur réseau, agriculteurs comme forestiers ont réagi vive-
ment à toutes les injonctions et recommandations de
gestion qui risquaient de porter atteinte à leur souverai-
neté. La question de l’opposabilité, et donc du zonage, est
à l’origine d’une opposition majeure entre les deux prin-
cipaux protagonistes : FNE militait pour que la TVB soit
opposable dans les documents d’urbanisme, alors que les
OPA refusaient toute forme d’approche réglementaire
qui inclurait les terres agricoles. Incapable de trouver un
compromis sur ces questions, le COMOP a renvoyé la
controverseàunarbitrageparles élus des assemblées, ter-
rain de discussion plus opaque et moins favorable
structurellement aux acteurs environnementaux. De fait,
le choix a finalement été fait d’une opposabilité faible de
la TVB.
Conclusion
Après la nature, l’environnement puis la biodiversité,
le concept de réseau écologique est comme l’aboutis-
sement du processus d’écologisation des politiques
publiques. La TVB traverse, requalifie le territoire et sou-
ligne à la fois l’enjeu de la réflexion sur les représentations
de son fonctionnement écologique et l’enjeu d’un com-
promis social pour relier les composantes garantes de ce
fonctionnement.Onobserveainsiundoubledébatausein
duCOMOP : celui relatifàlaconceptionde la TVBetcelui
relatif à son application sur le terrain. Ces deux modes de
penser et d’agir se mélangent dans le processus d’élabo-
ration de la politique de TVB, dont l’analyse critique pose
la question de la relation entre science et action publique :
Comment l’intervention de l’État se fonde-t-elle sur
l’expertise ? Nous avons vu que le modèle support de
représentation de la TVB repose sur de nombreuses sim-
plifications et autant d’incertitudes, inhérentes à tout
processus de traduction. Ces dernières sont-elles réelle-
ment reconnues et prises en charge par le dispositif
participatif du Grenelle de l’environnement ?
Le produit du COMOP bénéficie d’une légitimité de
type procédural liée à son élaboration collective. Cepen-
dant, si l’organisation délibérative enrôle des acteurs
issus de différents réseaux sociotechniques, la création de
nouvelles règles ne s’est pas accompagnée d’une mise en
débat du principe même de TVB. Le COMOP ne peut
donc être considéré comme un forum associant connais-
sances de mode 1, issues plutôt d’une activité scientifique
en tant que telle, et connaissances de mode 2, auxquelles
chaque acteur présent est en capacité de participer.
Si la socialisation des énoncés et la traduction des
argumentaires de chacun ont demandé des ajustements
dans la définition de ce qu’est chaque acteur, le COMOP
a été surtout un lieu de négociation au sein duquel les
R. Vimal et al. :Natures Sciences Sociétés 20, 415–424 (2012) 423
groupes d’intérêt n’ont accordé que peu d’importance au
cadre cognitif de la politique publique et ont focalisé plu-
tôt sur son volet normatif et sur les instruments de sa
mise en œuvre. Ainsi, le processus de définition de ce
qu’est la TVB a semblé échapper au collectif pour être
pris en charge par les acteurs les plus spécialistes. Le dis-
positif d’action publique proposé est profondément
ancré dans une démarche technique qui nous interroge,
d’une part, sur l’acceptabilité sociale qui en résultera une
fois confronté aux réalités du territoire et, d’autre part,
sur l’efficacité et la pertinence écologique d’une telle
démarche.
Cette étude discute le rôle, les objectifs et l’efficacité at-
tendue de ces dispositifs participatifs temporaires. Nous
avons pu constater en effet que le COMOP n’était pas une
instance isolée et que la définition de la TVB et du cadre
d’action publique qui en résulte est largement dépen-
dante d’interactions, de jeux d’acteurs, de contraintes his-
toriques ou encore d’un cadre législatif supranational qui
dépassent largement l’arène participative et question-
nent son autonomie. À l’avenir, pour donner plus de sens
au collectif, pour qu’il fasse davantage « cause com-
mune » (Stengers, 2002), il semble que la place accordée
aux connaissances de mode 1, et donc à l’expertise aca-
démique, puisse jouer un rôle déterminant. Nous faisons
ici l’hypothèse que c’est le manque d’implication des
scientifiques ou d’experts reconnus en tant que tels, l’ab-
sence de complémentarité des compétences ou des condi-
tions favorables à leur mobilisation qui n’ont pas permis
au collectif de partager l’incertitude et la complexité des
connaissances relatives à la notion de réseau écologique
pour créer avant tout les conditions d’une vision com-
mune (Charvolin et al.,2011) et rendre viable une certaine
rationalité communicationnelle (Habermas, 1987).
Malgré tout, le dispositif existe. Les acteurs représen-
tant l’environnement ont ainsi disposé d’une fenêtre
d’opportunité pour faire avancer les choses. Évidem-
ment, en entrant dans le champ politique, ce dernier im-
pose un formatage relationnel et des rapports de force qui
limitent les possibilités d’action. Le processus apparaît
alors comme le début d’une construction progressive
d’une représentation partagée du problème de la gestion
intégrée des territoires de la biodiversité, des solutions et
de leurs conséquences. Il produit un nouveau cadre nor-
matif d’action combinant des éléments de puissance pu-
blique et des éléments d’expertise qui devraient donner
lieu à des progrès et rebonds au cours des années à venir.
Remerciements
Nous remercions l’équipe du ministère en charge de
l’Écologie pour son accueil ainsi que tous les membres
du COMOP TVB. Merci également à Jennifer Amsallem
et Michel Deshayes (IRSTEA) pour nos nombreux
échanges, ainsi qu’à Thierry Mougey (FPNR) pour ses
commentaires avisés sur le travail présenté ici.
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Reçu le 21 octobre 2010. Accepté le 6 octobre 2011.
... There is a growing global consensus about the shortcomings of traditional hard-engineering solutions to tackle urban drainage [1][2][3][4][5][6][7][8][9][10]. Conventional hydraulic engineering-from now on grey infrastructure -has historically concentrated its efforts on the volume of stormwater to be displaced, with the aim of moving it as fast and as far as possible from the city, while it has been negligent regarding the quality of water and its capacity to enhance urban life. ...
... The relatively recent concept of Blue-Green Infrastructure (BGI) refers to the recognition of green space and water's innate capacities-and the ecosystems in which they are immersed-to produce environmental benefits, as well as to improve the quality of life in cities. The English term BGI first appeared in the 2000s [8] and at around the same time that the concept of Trame Verte et Bleue emerged in France, as an integrated conservation policy focused on the existence of biodiversity corridors along watercourses and throughout cities [9]. Some BGI components include green corridors, parks, nature reserves, rivers, streams, lakes, lagoons, open green reservoirs, bioretention basins and floodable parks. ...
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Conventional urban drainage approaches have historically focused on the volume of stormwater to be displaced with the aim of moving it as fast and as far as possible from the city. They have also been negligent regarding water quality and the inherent value of watercourses to distinct forms of life in cities, from maintaining biodiversity to providing recreational space for residents. Contemporary responses to these issues point to a paradigm change: They seek to replicate the natural mechanisms of absorption and retention, with the aim of addressing pluvial drainage needs closer to the site of origin. This article aims to explore the extent to which such an approach could be accommodated in one dense and highly impervious setting in the Global South. Specifically, it compares urban morphology, land value, hydraulic performance, and politico-institutional conditions of grey and Blue-Green Infrastructure (BGI) scenarios in Buenos Aires, Argentina. The findings suggest that even in very dense and impervious urban basins it is possible to implement BGI with a significant effect in achieving urban-sustainability goals. Furthermore, the results demonstrate that it is possible to deculvert watercourses in line with Compact City principles through the development of hybrid BGI/grey-infrastructure systems.
... Such participation, however, is logically often limited to an understanding, a simple support or, optionally, an involvement in the implementation of conservation actions, but rarely in the decisions preceding this. From this point of view, answers proposing a high level of empowerment but simultaneously maintaining a distinct barrier between community and conservation can reveal a paradox and open up a potential gap between the willingness to empower communities and its practical implementation (Vimal & Mathevet, 2011;Vimal et al., 2013). ...
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In spite of significant investment, community-based conservation often suffers from a lack of appropriate design. In this study, drawing on 86 interviews around six national parks in tropical Africa, we analyse the perceptions of different stakeholders (e.g. governmental officials, non-governmental organization staff and researchers) regarding community participation. Our results mainly reveal the absence of a clear and shared definition of community participation. While 67% of the participants defined community participation as a community's support of nature protection (low empowerment) and/or as its participation in conservation implementation (medium empowerment), 28% mentioned that the community should also participate in decision-making (high empowerment). Our study shows that participants with no university degree, belonging to governmental organizations and/or employed as workers tend to propose a lower level of empowerment, while those educated to a postgraduate level, belonging to research institutes and/or employed as researchers propose higher degrees of empowerment. Our study mainly suggests that the different degrees of empowerment proposed by the stakeholders depend on their relation to the space of conservation and their daily connection to practical management as drivers of the inclusion or exclusion of local communities in conservation decision-making. To properly design and implement community-based conservation, conservation actors above all must share a common definition of the concept.
... Where exactly is the innovation and what are the conditions of its success? The different case studies in this paper illustrate how monitoring is both a social and scientific challenge towards the goals of biodiversity conservation (Vimal et al., 2012(Vimal et al., , 2013Vimal, 2017). Framing conservation policies, based on a simplistic model of knowledge transfer, fails to consider the importance of the social dimension not only as a factor of success, but also as an output of the process of expertise, as success in itself. ...
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Monitoring is increasingly recognised as a key instrument for effective nature conservation. It attempts to provide quantitative knowledge to implement conservation actions upon scientific evidence. However, science studies have shown that monitoring is not only a simple technical choice but also carries a cognitive representation of the world and plays a social role. Based on a socioethnographic approach involving 94 semi-structured interviews in seven national parks in tropical Africa and Indonesia, the objective of this study is to analyse the different dimensions of the relation between expertise and power, in the context of postcolonial environmental policies. Drawing on the limitations of monitoring programmes to guide management, this paper shows their unexpected roles and indirect effects. Monitoring appears as a means to provide parks with an effective existence following two dimensions. First, it enacts and contributes to convey a cognitive representation of nature conservation in those areas. Overall, monitoring programmes concentrate predominantly on long term scientific knowledge rather than on pragmatic and action driven knowledge. The majority of programmes focuses on conserving charismatic species and banning illegal activities inside the park rather than on fostering sustainable human activities around the park. Second, the implementation of monitoring programmes gives the parks a material dimension. It provides human, financial, and logistical resources, it controls the parks’ activities and structures the parks’ governance and administration. Therefore, the day-to-day use of indicators and technical instruments relies less on their ability to drive action than on their capacity to shape power relationships and to produce a social reality. Our findings question the predominant place given to quantitative science and technique in nature conservation and the social conditions under which an evidence based policy can be implemented.
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El abordaje tradicional de la infraestructura hidráulica se ha concentrado históricamente en el volumen de agua a desplazar –lo más rápido y lejos posible de la ciudad– sin priorizar su calidad ni capacidad inherente para construir espacio público y amenidad urbana. Las respuestas contemporáneas al manejo de los desagües pluviales apuntan a un cambio sustancial a partir de la aplicación de sistemas que procuran replicar los mecanismos naturales de absorción del suelo, junto al despliegue de estrategias de retención, con el objetivo de resolver el drenaje pluvial más cerca del sitio de origen. Este tipo de intervenciones se enmarcan dentro de la nueva Infraestructura Azul y Verde (IAV), que puede incluir también proyectos de desentubamiento de cursos de agua, entre otras iniciativas. Esta investigación examina hasta qué punto la IAV es factible en el entorno denso de la trama urbana de Buenos Aires como una forma más sostenible de gestionar el drenaje pluvial urbano, complementariamente a las soluciones convencionales de infraestructura gris. La viabilidad de soluciones IAV es analizada aquí en detalle a través de criterios técnicos, financieros, socioambientales e institucionales. Partimos del estudio de proyectos antecedentes en los que la disminución del riesgo hídrico y las mejoras en el espacio verde público produjeron incrementos en el valor del suelo, con el fin de modelar el comportamiento esperable del mercado inmobiliario local a partir de la implementación de medidas IAV en la Cuenca del Arroyo Medrano (CAM), nuestro caso de estudio. Finalmente, evaluamos la implementación de herramientas que permitirían recuperar parte de esta valorización inmobiliaria. Nuestros resultados sugieren que incluso en cuencas urbanas muy densas e impermeables, como la CAM, es posible implementar IAV con un efecto significativo en el logro de objetivos de sostenibilidad urbana.
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The purpose of the Green and Blue Network strategy (in French, Trame verte et bleue) is to build an ecological network to foster biodiversity. At the regional level it translates into regional plans for ecological consistency (in French, Schéma Régionaux de Cohérence Ecologique). This article is about the design and the implementation of the Green and Blue Network strategy in farming areas in the Rhônes-Alpes region. We show how this strategy has been subjected to different trials before being successfully deployed for mobilising farmers. This has led to changes in landscape design approaches. The ecological landscape, associating reservoirs of biodiversity and green and blue corridors, has gradually become a development landscape involving different modes of occupation. The challenge at the regional level is to limit urbanisation and the intensification of agriculture. Finally, with the deployment of the ecological consistency plan the landscape becomes a development landscape experienced by the inhabitants in their daily lives as a support for and product of economic and agricultural activities.
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Biodiversity conservation is more than ever an imperative for urban and territorial planning. In this regard, French public policies such as the Green and Blue Infrastructure (TVB) and the mitigation hierarchy (ERC) are regulatory tools dealing with sustainable urban planning and the preservation of biodiversity beyond protected areas. These two public policies have been explicitly brought to the fore in several laws and are now part of the planning procedure and important elements in discussion with territorial stakeholders. However, they encounter difficulties with regard their implementation in urban planning documents and thus to provide a means to contribute to stopping the loss of biodiversity. In this article we describe and compare the historical trajectories of these two public policies in France. Then we present the pitfalls concerning their integration within the framework of strategic urban and territorial planning. In order to overcome these difficulties, we identify different sources of potential complementarity between the two policies and we examine the main limits these articulations imply. Finally, we question the inter-territorial coherence of their implementation in light of the notion of "ecological solidarity" that has recently been introduced into legislation for biodiversity conservation as a basic principle to guide public decision-making.
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The new ecological management of urban green spaces suggested by the principles of the sustainable development suppose not only a change of practices but also a transformation of representations over the urbanized nature. It is a question of passing of the control of the alive in the support and in the care of the nature. In Marseille, prevails paradoxically a non interventionist liberal urban politics which contradicts an urbanistic culture of the control and a taste for the order. Therefore, these new management policies turn out to be at the same time source of conflicts between local actors and an opportunity to value the image of the city. The social reception of these politics appears to the inhabitants like a pretext to justify the continuity of assimilated practices of arrangement to justify the continuity of practices of development likened to a disengagement of public authorities, which illustrates the more general backward movement of the place of the green spaces in town. This article aims at analyzing the obstacles to the emergence of this rising ecological culture, the instrumentalization of the terms of which tends to favor the maintenance of environmental disparities.
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Ce chapitre fait la synthèse des référents théoriques aux sources ou proches de la posture de modélisation d'accompagnement: sciences de la complexité, apprentissage, simulation, sciences de la décision. Il aborde également les questions transdisciplinaires soulevées par la mise en oeuvre de cette démarche: enjeux de pouvoir et positionnement des chercheurs.
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L’article présente une analyse du processus de travail d’un des groupes du Grenelle Environnement à partir d’une observation participante et d’entretiens avec des membres. Après avoir écarté les problématiques fonctionnaliste (une innovation majeure) et critique (une mystification), l’auteur retient une approche pragmatique qui suit l’implication des acteurs, leurs interactions et montre l’indétermination de cette concertation. Il montre aussi le rôle décisif de la procédure imposée au groupe et du style de conduite des réunions. Ainsi, malgré un cadrage initial précis, l’analyse détaillée de l’évolution des propositions et de la construction montre la marge d’autonomie que le groupe a pu conquérir en imposant certaines priorités.
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Le développement des politiques de conservation de la biodiversité assigne aux espaces ruraux et urbains une fonction de préservation des ressources naturelles qui conduit à un redécoupage du territoire. Pour autant, cette requalification de l’espace en fonction de ses qualités naturelles contribue-t-elle à faire émerger de « nouveaux territoires », au sens où s’élabore un autre mode du « vivre ensemble » qui met en jeu l’interdépendance des acteurs et des objets naturels ? L’examen de deux actions publiques, la directive européenne Habitats et la Trame verte et bleue en région Nord-Pas-de-Calais, révèle des formes d’engagement très inégales parmi les différents acteurs. Toutefois, cette gestion durable des ressources naturelles, fondée sur des dispositifs participatifs locaux, redonne une certaine consistance à la question du « territoire », tout en se démarquant des conceptions mises en avant par les sociologues ruraux dans l’analyse des sociétés paysannes ou des collectivités rurales.
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Des déchets radioactifs aux ondes électromagnétiques en passant par les OGM, les inquiétudes et les controverses se multiplient qui mettent en cause le monopole des experts sur l’orientation des décisions politiques relatives aux questions technologiques. Loin de déplorer une crise de confiance, les auteurs de ce livre analysent les nouvelles relations entre savoir et pouvoir qui émergent de ces débats. Refusant les traditionnelles oppositions entre spécialistes et profanes, professionnels de la politique et citoyens ordinaires, ils tirent profit des expériences existantes pour tracer les contours d'une démocratie technique et imaginer des dispositifs de décision capables de répondre à ces nouveaux défis. (Résumé éditeur)
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Alors que la plupart des débats autour des politiques publiques se focalisent sur les objectifs annoncés et sur les résultats obtenus, l’ouvrage dirigé par Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès propose de faire porter l’attention sur les instruments de l’action publique. À travers ces études de cas européens, de la rationalisation salariale dans l’administration française à la restructuration de l’État en Grande-Bretagne, en passant par la réforme de la politique bancaire en Italie, un certain nombre de caractéristiques – des conditions de leur choix, des effets qu’ils produisent, aux rapports gouvernantsgouvernés qu’ils induisent – se dessinent. Au-delà, l’analyse des instruments d’action publique démontre sa capacité à révéler l’évolution des politiques publiques.