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Huiles, corps gras et produits cosmétiques

Authors:

Abstract

Cosmetic and fat industries maintain close relationship of customer to supplier. Fats being considered either as excipients or as invaluable active ingredients for the cosmetic industry. It should not be forgotten that the discovery of the structure of the lipids is due to Michel Eugene Chevreul a French chemist during the XIX° century he noticed, also, the presence in small quantity of what we call today the unsaponifiable. The consumption of fat by the cosmetic industry is low as compared to the produced tonnage. It is marked by the great diversity of fats consumed either virgin or refined. They are used as excipient or as active ingredient. Fats used by cosmetic formulators must comply with the specific regulations of cosmetic industry. A promising future exists for the marketing of new fats and research of the biological activities among the minor components of lipids.
Huiles, corps gras et produits cosmétiques
Alain RANCUREL
3, rue de Ouarville, 28300 Leves
Tél. : 02 37 21 32 63.
<rancurel@club-internet.fr>
Abstract
:
Cosmetic and fat industries maintain close relationship of customer to supplier. Fats being
considered either as excipients or as invaluable active ingredients for the cosmetic industry. It should not
be forgotten that the discovery of the structure of the lipids is due to Michel Eugene Chevreul a French
chemist during the XIX° century he noticed, also, the presence in small quantity of what we call today
the unsaponifiable. The consumption of fat by the cosmetic industry is low as compared to the produced
tonnage. It is marked by the great diversity of fats consumed either virgin or refined. They are used as
excipient or as active ingredient. Fats used by cosmetic formulators must comply with the specific
regulations of cosmetic industry. A promising future exists for the marketing of new fats and research of
the biological activities among the minor components of lipids.
Key words
:
Chevreul, cosmetic, excipient, excipient, lipids
Introduction
Messieurs les présidents, Mesdames Messieurs
et chers collègues, nous avons l’opportunité de
faire en deux jours un point complet sur les
liens étroits qui unissent le monde de la cosmé-
tique et celui des lipides (vous remarquerez que
j’évite le terme « corps gras » qui a pris une
connotation péjorative). Un vaste programme
a été établi et à ce sujet je tiens à remercier
Armelle Judde de l’Iterg pour son inlassable
patience dans la mise sur pied de ce pro-
gramme. Je tiens également à remercier nos
collègues de la SFC : le président Sebag et
Jean-Jacques Etienne pour leur aide dans la
mise en place de la collaboration entre nos
organismes. Je remercie également tous ceux
que je n’ai pas cités et sans qui ces journées
n’auraient pas été possibles.
Vous avez certainement noté que, conformé-
ment à la tradition de l’AFECG, notre deuxième
journée sera marquée par la remise de la
médaille Chevreul. Qu’il me soit permis de
rappeler que Michel Eugène Chevreul, chimiste
français du XIX
e
siècle, fut l’initiateur, entre
autres, de l’industrie des corps gras par sa
découverte de la structure des lipides compo-
sés d’esters d’acides gras et de glycérol.
Nous lui devons d’avoir remarqué qu’ils sont
toujours accompagnés d’une substance pré-
sente en faible quantité, ce que nous appelons
aujourd’hui l’insaponifiable.
En particulier, vers 1813, Chevreul retira des
calculs biliaires une substance cristallisable à
haut point de fusion qu’il baptisa « cholesté-
rine » : notre cholestérol.
Chevreul fut un homme d’une exceptionnelle
longévité puisqu’il est mort à 103 ans. Pour les
plus curieux d’entre vous, je vous invite à
consulter le numéro de La Recherche de ce mois
de mars où figurent quelques photos de Che-
vreul prise par Nadar dans sa centième année.
Si je puis me permettre, voilà qui prouve que les
corps gras conservent et que la chimie ne tue
pas toujours quand elle est bien employée.
En dehors de cet aspect historique, les indus-
tries de la cosmétique et des corps gras entre-
tiennent des relations étroites de client à four-
nisseur, puisque de nombreux corps gras
naturels sont utilisés dans les formules, comme
nous le verrons au cours de ces journées.
Les corps gras sont une source d’excipients de
valeur, mais n’oublions pas qu’ils peuvent être
aussi des principes actifs précieux pour l’indus-
trie cosmétique et que, par ailleurs, la peau
comporte un système complexe de lipides.
Je vois donc les lipides à la fois comme cibles et
comme vecteurs dans ce combat pour la jeu-
nesse et la beauté que mènent les formulateurs
de l’industrie cosmétique.
Consommation de corps gras
dans l’industrie cosmétique
L’organisation des journées m’a demandé de
vous fournir des chiffres sur l’utilisation des
corps gras en cosmétique. En fait, la consom-
mation des corps gras par cette industrie ne fait
pas l’objet d’une statistique spécifique, on ne
peut donc faire que des estimations ; je vous
invite donc à jeter quelques coups de projec-
teur sur quelques valeurs qui caractérisent
l’usage des corps gras utilisés par la cosmétique
par rapport aux usages traditionnels alimen-
taires.
En premier lieu, elle est marquée par la diver-
sité, un très grand nombre de corps gras natu-
rels essentiellement d’origine végétale sont
répertoriés dans les annuaires et index de four-
nisseurs ; j’en ai repérés environ 200 et, si on
décompte les dérivés de ces corps gras, on
dépasse 1 500 produits différents (encadré 1).
Vous savez aussi que les contenants de l’indus-
trie cosmétique sont de faible capacité : de
quelques grammes à 200 g en moyenne.
Sauf exception, les formes commercialisées
contiennent beaucoup d’eau, la phase grasse
représente de5à20%d’une émulsion et sur
cette phase dite grasse les adjuvants d’émulsi-
fication sont généralement majoritaires, on
peut donc dire que la consommation est très
faible si on la compare à celle des usages ali-
mentaires.
Pour une huile végétale alimentaire, l’unité de
consommation annuelle est la centaine de mil-
liers de tonnes. Pour un corps gras utilisé
comme excipient en cosmétique, l’unité de
compte annuelle est dans le meilleur des cas la
centaine de tonnes. Pour un corps gras utilisé
comme principe actif en cosmétique, l’unité de
compte annuelle est la tonne, voire moins, les
commandes de quelques kg ne sont pas rares.
Nous pouvons ajouter que la durée de vie de
ces matières sur le marché est très variable : de
une à plusieurs années, suivant en cela les
phénomènes de mode auxquels cette industrie
est soumise.
Encadré 1
Dérivés de corps gras utilisés en cosmétique
Amides grasses, alcools gras ethoxylés, amides ethoxylées, amines ethoxylées, acides gras
ethoxylés, alkylaminoacides, amides
Oxydes d’amines, amines et sels
Graisses et huiles, acides gras
Esters gras glycéridiques, lanolines et dérivés
Savons métalliques, stérols sulfosuccinates
398 DOSSIER
Article disponible sur le site http://www.ocl-journal.org ou http://dx.doi.org/10.1051/ocl.2004.0398
Il est également difficile de donner un ordre de
grandeur des prix. Cependant, on peut retenir
une fourchette de 2 à 100 euros.
Usages des corps gras
dans l’industrie cosmétique
Nous devons préciser immédiatement que
l’utilisation d’une substance dans ces industries
peut se faire sous deux formes : excipient ou
principe actif.
Nous serons amené à préciser les règles
d’emploi dans l’un et l’autre cas.
Excipient
Les corps gras sont utilisés soit à l’état naturel,
soit bruts, soit raffinés ou sous forme de dérivés
tensioactifs, ou autre. L’encadré 1 présente
quelque-uns de ces dérivés.
Quelles sont les formules concernées ?
– les formules sans eau : rouge à lèvres, com-
pacts, etc. ;
– les formules émulsionnées ils font alors partie
de la phase grasse d’émulsion eau dans huile,
huile dans eau ou d’émulsion multiples.
L’excipient est certes un vecteur mais « intelli-
gent », il doit en effet le plus souvent contri-
buer à solubiliser le « principe actif » (nous
reviendrons sur ce terme) ; il contribue de
façon parfois décisive aux qualités organolepti-
ques : couleur, odeur et toucher du produit
fini.
Il doit donc être neutre de ce point de vue,
c’est-à-dire qu’il ne doit pas présenter de réac-
tion fâcheuse avec les autres constituants de la
formule, il ne doit pas avoir de toxicité propre,
il doit être intrinsèquement stable. Tous ces
points seront développés au cours de ces jour-
nées.
Matière active
Je me répète, mais il faut insister : la variété des
substances tirées des corps gras et utilisées en
tant que matières actives ou revendiquant une
activité est très grande (encadré 2).
On trouve de nombreuses huiles végétales.
Une bibliographie récente m’a permis de
répertorier les suivantes : huile de cameline,
huile de macadamia, huile d’onagre, huile de
pépins de courge, huile de macassar, beurre de
karité, huile d’avocat, huile de moringa, huile
de pongamia, huile de coprah, huile d’argan,
huile de Luffa Cylindrica.
Vous remarquez la diversité dont j’ai déjà parlé
ainsi qu’un fait remarquable : des produits déjà
anciens font encore l’objet de publications,
voire de brevets d’application, alors qu’ils sont
sur le marché depuis parfois plus de trente ans.
Vous remarquez également que les huiles et
corps gras végétaux sont très représentés par
opposition aux corps gras animaux, ilyaune
tendance marquée à l’abandon de cette ori-
gine depuis la crise de la vache folle, j’ai trouvé
seulement une publication sur la lanoline.
Contraintes dans l’emploi
des corps gras
Comme pour toute industrie, la cosmétique est
soumise à un certain nombre de contraintes
préalables à la mise sur le marché d’un nouveau
produit.
Nous évoquerons donc les contraintes techni-
ques et les contraintes réglementaires.
Contraintes techniques
Matière active ou excipient, les matières pre-
mières doivent répondre à différentes contrain-
tes techniques dont certaines ont déjà été évo-
quées : stabilité, compatibilité, résistance à
l’oxydation.
Il doit ne pas contenir de polluants indésira-
bles : aflatoxine, hydrocarbures aromatiques
polycycliques, résidus de pesticides, OGM en
partant des plus anciens vers les plus récents.
Tous ces aspects vont êtres développés et je
l’espère discutés au cours de notre première
journée.
Contraintes réglementaires
en cosmétique
Rappelons à cette occasion la définition d’un
produit cosmétique selon la Communauté
européenne et reprise dans le code de la santé
publique (encadré 3).
Cette définition pose le problème des principes
actifs utilisés en cosmétique puisque d’après ce
texte un constituant du produit ne doit pas
pénétrer le corps humain. Où se trouve la limite
entre le médicament et le cosmétique ?
Nous aurons certainement à en débattre au
cours des conférences de notre deuxième jour-
née.
Le futur, les innovations,
les attentes
Voici le moment difficile : prendre sa boule de
cristal et faire des projections qui seront
démenties quand on les relira dans quelques
années (heureusement que je ne me fais pas
d’illusion sur une relecture de ma prose).
Si l’on reprend ma division précédente, on peut
dire que les développements peuvent interve-
nir dans trois domaines : l’excipient, le principe
actif et la formule.
Je pense que l’industrie cosmétique va conti-
nuer d’évoluer vers de nouveaux modes de
formulation grâce aux progrès des agents de
surface et aux adjuvants de formulation.
On peut envisager des développements vers les
émulsions multiples, les microémulsions, la
microencapsulation, l’utilisation des molécules
cages comme les cyclodextrines dans le cas de
molécules fragiles.
Par contre, le développement de formes utili-
sables pour une cosmétique par voie orale me
paraît limité par la réglementation, nous pour-
rons en débattre.
En ce qui concerne le principe actif, l’industrie
des corps gras doit continuer à proposer des
produits nouveaux issus de plantes rares et être
Encadré 2
Quelques corps gras répertoriés comme matière active
Huile de cameline,
Huile de macadamia, huile d’onagre,
Huile de pépins de courge, huile de macassar, beurre de karité,
Huile d’avocat,
Huile de moringa,
Huile de pongamia, huile de coprah,
Huile d’argan,
Huile de Luffa Cylindrica
Encadré 3
Définition d’un produit cosmétique selon la Communauté européenne
On entend par produit cosmétique « toute substance ou préparation destinée à être mise en
contact avec les diverses parties superficielles du corps humain, notamment l’épiderme, les
systèmes pileux et capillaires, les ongles, les lèvres et les organes génitaux externes, ou avec les
dents et les muqueuse buccales, en vue exclusivement, ou principalement, de les nettoyer, de
les parfumer d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état, ou de corriger
les odeurs corporelles. »
OCL VOL. 11 N° 6 NOVEMBRE-DE
´CEMBRE 2004 399
capable de produire des corps gras de haute
qualité en petit tonnage.
Les progrès des connaissances en biologie et en
physiologie devraient continuer à permettre la
mise en évidence des propriétés de ces nou-
veaux corps gras ou de découvrir des vertus à
des substances déjà connues. C’est ce que j’ai
pu constater à la lecture de brevets récents
concernant l’huile d’avocat.
Conclusion
Nous aurions pu donner comme titre à ces
journées : « Tout ce que l’industrie des corps
gras a toujours voulu savoir sur la cosmétique
sans avoir jamais osé le demander et tout ce
que l’industrie de la cosmétique a toujours
voulu savoir sur les corps gras (pardon, les
lipides) sans avoir jamais osé le demander ».
Alors osons. n
400 DOSSIER
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