ArticlePDF Available

Abstract

Energy poverty has been conceptualized as an environmental injustice by Walker and Day (2012). Our paper is an extension of this approach and situated it in a critical way inside Amartya Sen’ work on capabilities (1999, 2009). We show on the one hand how Sen’s idea of justice, which is based on the notion of capability, is relevant to think energy justice and environmental justice, but, on the other hand, that this approach is unsufficient to think the ecological transition. We propose a conceptual framework outlying a democratic way to transition. We suggest turning to non liberal conceptions of freedom and social imagination with C. Castoriadis’ concept of autonomy.
VertigO - la revue
électronique en sciences de
l'environnement
Volume 14 Numéro 3 | Décembre 2014
Transition énergétique : contexte, enjeux et possibilités
Dossier : Transition énergétique : contexte, enjeux et possibilités
Liberté individuelle et contraintes
matérielles : une approche
conceptuelle de la pauvreté
énergétique en Belgique
NATHALIE FROGNEUX, CHARLOTTE LUYCKX ET FRANÇOISE BARTIAUX
Résumés
FrançaisEnglish
La pauvreté énergétique a été conceptualisée comme une injustice environnementale par Walker
et Day (2012). Notre papier se situe dans le prolongement de cette approche, et l’inscrit de façon
critique à l’intérieur de la réflexion menée par Amartya Sen sur les capabilités (1999, 2009). Nous
montrons combien, d’une part, l’idée de justice de Sen qui repose sur la notion de capabilité peut
être pertinente pour penser la justice énergétique et environnementale, mais combien, d’autre
part, cette approche demeure insuffisante pour penser la transition écologique. Nous proposons
un cadre conceptuel dans lequel une voie démocratique de transition serait possible. Pour cela,
nous proposons de penser la liberté et l’imagination sociale dans un cadre non libéral avec le
concept d’autonomie de C. Castoriadis.
Energy poverty has been conceptualized as an environmental injustice by Walker and Day (2012).
Our paper is an extension of this approach and situated it in a critical way inside Amartya Sen’
work on capabilities (1999, 2009). We show on the one hand how Sen’s idea of justice, which is
based on the notion of capability, is relevant to think energy justice and environmental justice,
but, on the other hand, that this approach is unsufficient to think the ecological transition. We
propose a conceptual framework outlying a democratic way to transition. We suggest turning to
non liberal conceptions of freedom and social imagination with C. Castoriadis’ concept of
autonomy.
Entrées d’index
Page
1
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
Mots-clés : capabilités, écologie, liberté individuelle, liberté collective, auto-limitation,
autonomie, pauvreté énergétique, injustice environnementale, imaginaire social
Keywords : Capabilities, ecology, individual freedom, collective freedom, self-limitation,
autonomy, energy poverty, environmental injustice, social imagination
Texte intégral
Introduction
La pauvreté énergétique en Belgique
Cet article s’inscrit dans le cadre de la réflexion interdisciplinaire sur la transition
énergétique (Rip et Kemp, 1998) et vise à mettre en lien des questions habituellement
traitées séparément. En effet, la question de la pauvreté énergétique nous amène à
soulever celle de la transition énergétique et ainsi celle d’un cadre politique nécessaire
pour amorcer de nouveaux modes de vie. Sans prétendre épuiser cette question ici, nous
voudrions fournir quelques outils philosophiques pour entamer une rencontre entre les
approches trop souvent séparées de la philosophie de la technique ou de la nature
(Jonas, 1990) et de la philosophie sociale et politique, qui s’intéresse à la question de la
justice (Sen, 1999, 2009). D’autre part, nous voudrions prendre en considération
quelques enjeux économiques (Jackson, 2009) et les recherches de certains ingénieurs
de l’énergie (Jeanmart et Possoz, 2013), afin de nous tourner vers un nouvel imaginaire
social-historique.
1
En effet, la plupart des théories de la justice se centrent sur le social, faisant fi de la
question des ressources naturelles. Corrélativement, la question énergétique, souvent
abordée comme une question technique, tend à négliger les enjeux sociaux et politiques
qui y sont associés. Pour notre part, nous voulons croiser plus étroitement ces deux
problématiques en posant ainsi la question de la justice énergétique dans le cadre de la
transition énergétique qui devrait, selon nous, supposer un autre rapport social à
l’énergie.
2
À partir des enjeux sociaux de la pauvreté énergétique, nous souhaitons ainsi offrir de
nouveaux outils pour penser une transition acceptable socialement, c’est-à-dire
démocratique. La théorie des capabilités d’Amartya Sen (1999, 2009) nous permet de
poser un cadre pour penser la justice, indissociablement sociale et environnementale.
Gardant l’acquis moderne de la liberté tout en tenant compte de la menace que nous
faisons peser sur la nature, nous voudrions montrer que seule une solution
démocratique peut être envisagée à la crise écologique. Nous montrons combien, d’une
part, l’idée de justice de Sen qui repose sur la notion de capabilité peut être pertinente
pour penser la justice énergétique et environnementale, mais combien, d’autre part,
cette approche demeure insuffisante pour penser la transition écologique. Il existe en
effet des limites naturelles assez précises à l’intérieur lesquelles les questions de justice
se posent. Différents scénarios sont publiés par le GIEC. Le dernier rapport fait le
constat suivant : si les États veulent pouvoir s’en tenir au seuil de l’augmentation de 2°C
à l’échelle mondiale, il leur faut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 %
par rapport à 2010 d’ici à 2050, et les éliminer presque totalement d’ici la fin du siècle
(GIEC, 2014).
3
La pauvreté énergétique de certaines couches de la population belge nous semble
heuristique pour penser beaucoup plus largement cette transition, autant écologique
que de justice sociale. Ainsi, les solutions mobilisées pour réduire la pauvreté
énergétique des plus fragiles socialement devront aussi contribuer à la transition
énergétique et même écologique. Par pauvreté énergétique (terme plutôt utilisé en
Belgique francophone) ou précarité énergétique (terme utilisé en France), que nous
prenons ici comme synonymes, nous entendons la situation de ceux qui ne peuvent pas
4
Page
2
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
Le cas de la Belgique
Les réponses politiques en Belgique francophone
se chauffer confortablement dans leur logement. Certaines définitions chiffrées font état
des attentes actuelles : 18°C dans l’ensemble du logement et 20°C dans les pièces de vie.
La pauvreté énergétique a été conceptualisée comme une injustice environnementale
par G. Walker et R. Day (2012). Pour G. Walker (2012, p. 1), « la justice
environnementale est l’entrelacement de l’environnement et des différences sociales
comment pour certains groupes, l’environnement fait partie intégrante de la ‘vie bonne’,
la prospérité, la santé, le bien-être, tandis que pour d’autres, l’environnement est une
source de menace et de risque, et l’accès à des ressources comme l’énergie, l’eau et les
espaces verts sont limités ». G. Walker et R. Day (2012) ont ainsi souligné que la justice
environnementale1 doit pouvoir tabler sur une (re)-distribution juste et des procédures
équitables ainsi qu’une reconnaissance sociale et politique2.
5
En Belgique, 6 % des ménages, soit 550 000 personnes, ont des arriérés de payement
sur leurs factures énergétiques et pour les ménages sous le seuil de pauvreté, cette
proportion s’élève à 16 % (Grevisse et Brynart, 2013, p. 1446). Selon ces auteurs
toujours, 7 % des ménages ne parviennent pas à maintenir une température adéquate au
sein de leur foyer. En 2009, d’après l’enquête SILC (Statistics on Income and Living
Conditions), cela représentait 5,1 % des Belges, soit environ 550 000 personnes
(Huybrechs et al., 2011, pp. 98-101). Pour la frange de la population dont les revenus
sont équivalents à la médiane du pays, le montant consacré aux dépenses énergétiques
pour le domicile correspond à environ 6 % du revenu du ménage. Pour les revenus
appartenant au premier décile, la proportion est de 15 % (Grevisse et Brynart, 2013).
6
En Belgique, les logements disponibles sur le marché de la location (dont 24 % sont
des logements sociaux) sont réputés être des « passoires énergétiques », impossibles à
chauffer adéquatement, car leur principal défaut est le manque d’isolation. Au
recensement de 2001, 30 % des logements sont occupés par des locataires (Vanneste et
al., 2007). Si l’on se concentre sur les ménages sous le seuil de pauvreté, 60 % d’entre
eux vivent dans des logements mal isolés (Grevisse et Brynart, 2013). En outre, « la
précarité énergétique se présente quatre fois plus souvent chez les locataires que chez
les propriétaires » (Huybrechs et al., 2011, p. 74). Toujours selon l’enquête SILC de
2009, « entre 1999 et 2009, la part du budget des ménages consacrée aux dépenses
énergétiques est passée en moyenne de 4,36 % à 5,77 % » (Huybrechs et al., 2011, p. 73).
7
Mais quelles sont au juste les logiques qui sous-tendent les politiques belges en
vigueur pour lutter contre la pauvreté énergétique ? Certaines mesures sociales agissent
sur le prix de l’énergie (tarifs sociaux pour le gaz et/ou l’électricité, fonds social
chauffage pour le mazout). D’autres visent à protéger l’accès à l’énergie en cas de défaut
de paiement (fortes conditions à la coupure de gaz et /ou d’électricité en période
hivernale), d’autres encore tentent de réduire la consommation d’énergie en adaptant
les logements (primes régionales pour les investissements économiseurs d’énergie ou la
rénovation de l’habitat) , enfin d’autres mesures tendent exclusivement à transformer
les mentalités par la sensibilisation et la formation (guidances sociales énergétiques,
désignation de tuteurs en énergie)3. On le voit, les mesures sont nombreuses et les
logiques qui les sous-tendent sont parfois bien différentes, et elles n’ont pas toujours les
effets croisés de justice sociale et de réduction de la consommation énergétique.
8
Par exemple, les compteurs à budget (expression utilisée en Belgique pour les
« prepayment meters » anglais) constituent un instrument de politique énergétique
inspiré par l’idée que le marché règlera les problèmes de pauvreté énergétique, en
l’occurrence ici les factures impayées : les ménages ainsi sanctionnés n’ont accès à
l’électricité ou au gaz que par paiement anticipatif, et sans avoir la possibilité de lisser
les paiements chaque mois en fonction de leur consommation annuelle moyenne,
9
Page
3
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
comme c’est le cas pour les autres consommateurs (Bartiaux, De Menten et al., 2011).
Cette mesure à visée économique semble donc aggraver l’injustice sociale.
Parmi les mesures qui consistent à subventionner les comportements ou les
installations moins énergivores, on notera que ces nouvelles installations ne diminuent
pas automatiquement la consommation énergétique globale. Ainsi une étude danoise a
montré que les subsides à l’achat de pompes à chaleur pour les résidences secondaires
ont abouti à augmenter la consommation totale d’énergie à cause d’une utilisation plus
longue et/ou une demande accrue de chaleur (Gram-Hanssen et al., 2012). C’est le
fameux effet rebond, l’énergie économisée dans un secteur est dépensée dans un autre,
ce qui fait que la demande d’énergie globale ne diminue pas avec des installations moins
voraces sur le plan énergétique. En outre, ce mécanisme s’observe moins dans des
couches sociales plus défavorisées. Ainsi, plusieurs études britanniques ont montré
qu’après avoir bénéficié de travaux de rénovation énergétique, les ménages en pauvreté
énergétique pouvaient dans certains cas dépenser la même quantité d’énergie pour
chauffer leur logement à une température plus élevée, soit qu’ils n’effectuaient pas de
transferts financiers vers d’autres postes incluant une consommation d’énergie, comme
le tourisme (Pett, 2009). Dès lors, ces mécanismes de subvention pour de nouvelles
installations pourraient être des facteurs accroissant les inégalités sociales.
10
En effet, les aides financières et subsides divers profitent principalement aux plus
riches, comme l’étude danoise citée plus haut l’indique. En Belgique, K. Maréchal
(2009) a montré que les subsides pour les panneaux photovoltaïques accordés par la
Région bruxelloise ont été distribués dans les trois communes les plus riches de la
Région et pour la Région Wallonne. F. Bartiaux (2011b, pp. 67-69) souligne en outre les
injustices de types distributionnel et procédural dans l’attribution des subsides pour les
panneaux photovoltaïques et plus généralement pour l’isolation des logements. Il est
donc désormais patent que la justice sociale et la réduction de la consommation
énergétique peuvent être dissociées.
11
Par ailleurs, certaines mesures sociales, prises sans considération du contexte
écologique, peuvent s’avérer problématiques non seulement sur le plan
environnemental, mais aussi dans un deuxième temps sur le plan social.
12
Par exemple les chèques mazout, qui sont octroyés aux ménages les plus pauvres en
Belgique, ont-ils pour objectif de réduire la pauvreté énergétique, mais ils demeurent
liés aux énergies fossiles et n’induisent pas une réduction de la consommation des
ménages. Au contraire, ils permettent aux personnes précarisées de rattraper
(relativement !) leur retard par rapport à un niveau socio-économique moyen qui
néglige la question de la transition. Ils contribuent alors à une course à la
surconsommation qui n’est pas souvent liée à un mode de vie énergivore, mais à la
piètre qualité énergétique du logement et des appareils électroménagers et de
communication.
13
Dans une perspective d’équité, nous pouvons comprendre le fait de chauffer son
logement de manière suffisante comme un besoin qu’il s’agit de satisfaire pour tous. La
pauvreté énergétique pourrait donc être considérée comme l’absence ou le défaut d’un
bien socio-économique premier. C’est alors que l’on sera tenté de répondre par des
énergies sans limites, comme l’électricité issue du nucléaire, en opérant bien sûr un
calcul du prix de vente qui se réduit au prix de production et externalise largement une
part du coût réel sur les générations futures. Mais de cette manière, on crée une
injustice sociale majeure entre générations ou cohortes de population.
14
En revanche, si nous voulons parvenir à une justice sociale intergénérationnelle, il
faudrait calculer le coût réel de cette énergie en internalisant ses coûts secondaires (le
retraitement des déchets et l’impact sur la santé) et le répercuter sur son prix de vente.
Mais dans ces conditions l’énergie serait tellement coûteuse, qu’elle entraînerait un
changement de modèle de consommation.
15
Il ressort clairement de ces exemples que les deux problématiques, sociale et
environnementale, doivent être pensées conjointement : la transition énergétique doit à
tout prix éviter d’augmenter encore les écarts sociaux. Idéalement, elle devrait être une
occasion de les réduire. Et la lutte pour plus de justice sociale ne peut se faire en
masquant l’existence de la crise écologique, c’est pourquoi un changement de
consommation doit être engagé qualitativement (moins tabler sur les énergies fossiles)
16
Page
4
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
Pour une transition énergétique socialement juste
De l’injustice environnementale à une transition écologique
démocratique
Limites à prendre en compte pour une transition énergétique
juste
et quantitativement (réduire la consommation d’énergies fossiles). Cette crise devrait
permettre aux personnes les plus précarisées d’être aux premières lignes des stratégies
d’adaptation et de changement.
Dans ce contexte le danger technologique et les limites écologiques sont encore
parfois difficilement perceptibles alors même que nous sommes face à l’urgence
extrême, des solutions reposant sur des procédures démocratiques peuvent sembler
trop lentes. Comment en effet convaincre chacun ? Hans Jonas, qui a eu le mérite de
mettre en garde contre les limites naturelles de notre style de vie dès 1979, dans la
version originale du Principe responsabilité (Jonas, 1990), n’a pas cru que la
démocratie serait capable d’intégrer la contrainte écologique. La démocratie
représentative semble favoriser l’intérêt commun à court terme, négligeant ou
fragilisant les enjeux à long terme et l’intérêt des générations futures. Elle semble bien
incapable de décentrement. Dès lors, Jonas en conclut que seule une solution
expertocratique serait adéquate pour prendre les mesures requises face à la crise de
notre civilisation technologique. Pourtant, les mesures politiques « paternalistes » ou
imposées au nom d’une expertise scientifique (et économique) à laquelle le plus grand
nombre ne pourrait pas adhérer ou qui ne pourraient imprégner les mentalités que très
progressivement, sont elles aussi inacceptables et sans doute peu efficaces à long terme,
puisqu’elles ne transforment pas les pratiques sociales.
17
Si nous refusons les solutions paternalistes et hétéronomes, si nous pensons que la
démocratie est le modèle adapté pour une telle transition, c’est parce qu’elle demande la
participation de chacun pour l’établissement d’un choix collectif et que seule une
majorité qui s’est autodéterminée peut contraindre une minorité porteuse d’une opinion
différente. Cela suppose une authentique culture démocratique. Ainsi la transition
énergétique devrait-elle être pensée comme l’occasion de promouvoir un nouveau
modèle de société choisi collectivement, qui puisse tabler sur l’acquis principal de la
modernité : la liberté. Il faut toutefois que ce concept soit pensé non pas seulement du
point de vue de l’individu, mais également collectivement, et en relation avec les
conditions de possibilité de son exercice réel.
18
Certes, l’expression « transition énergétique » est polysémique et M. Eames et M.
Hunt (2013) attirent l’attention à juste titre sur le fait qu’elle est normative, mais que
« une grande partie du pouvoir de ce modèle vient de sa flexibilité d’interprétation
puisqu’elle rassemble des vues concurrentes du futur basées sur le nucléaire, la
production d’énergie fossile avec capture et stockage du carbone ou des énergies
renouvelables intensives en capitaux, comme l’éolien littoral (off-shore), jusque des
visions fondées sur les réseaux et les équipements intelligents, la microgénération et la
réduction de la demande » (Eames et Hunt 2013, p. 49). Chaque scénario implique des
coûts et bénéfices socio-économiques différenciés, et sera coproduit par des structures
institutionnelles et de gouvernance spécifiques (Eames et Hunt 2013, p. 50).
19
Outre la nécessité de diminuer la consommation d’énergie fossile requise pour limiter
les effets du réchauffement climatique, il faut mentionner que certains vont jusqu’à
penser qu’à l’heure actuelle, aucune source d’énergie de substitution (qu’elle soit non
renouvelable comme le gaz de schiste ou même renouvelable comme les éoliennes ou les
panneaux solaires) ne peut satisfaire la demande croissante de consommation d’énergie
(Jeanmart et Possoz, 2013). Pour d’autres, en revanche, comme D. Arent et al. (2011, p.
20
Page
5
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
Des mesures politiques peu favorables à la transition
énergétique
« L’équité et l’énergie ne peuvent augmenter en harmonie l’une avec l’autre que
jusqu’à un certain point. En deçà d’un seuil déterminé d’énergie par tête, les
moteurs améliorent les conditions du progrès social. Au-delà de ce seuil, la
consommation d’énergie augmente aux dépens de l’équité. Plus l’énergie abonde,
plus le contrôle de cette énergie est mal réparti. Il ne s’agit pas ici d’une limitation
de la capacité technique à mieux répartir ce contrôle de l’énergie, mais de limites
inscrites dans les dimensions du corps humain, les rythmes sociaux et l’espace
vital » (Illich, 1975, p. 10).
412), « le potentiel des énergies renouvelables est présent partout et bien supérieur à
deux cents fois la consommation totale actuelle des États-Unis ». Optant par prudence
pour la première de ces deux hypothèses, nous proposons de penser les moyens d’une
diminution de notre consommation globale d’énergie fossile.
Par ailleurs, cette diminution ne manquera pas, selon toute vraisemblance, de toucher
jusqu’aux axiomes mêmes de notre modèle économique et politique : la crise de
l’énergie remet en cause l’un des axiomes de base du modèle économique moderne et
l’un des piliers de la vision occidentale du développement, à savoir la croissance
économique (Jackson, 2009). C’est donc l’ensemble de notre modèle de société qui est
remis en question, et ce constat touche bien évidemment de façon directe le domaine
domestique étant donné qu’il représente environ un quart de la consommation globale
d’énergie consommée.
21
On a souvent abordé la pauvreté énergétique en termes utilitaristes, c’est-à-dire qu’il
s’agissait de procurer des ressources à ceux qui en manquaient en respectant leurs
préférences : tous les individus devraient pouvoir disposer de la quantité d’énergie dont
ils ont besoin, et si possible d’une part égale, mais toujours en fonction de leurs besoins.
L’approche utilitariste met l’accent sur les ressources nécessaires pour satisfaire les
préférences du plus grand nombre et sur les revenus comme critères principaux de
justice partielle étant donné la complexité des éléments qui interagissent pour générer
les situations d’injustice sociale et environnementales (politiques, sociales,
économiques…). Mais pour établir ce calcul, il faudrait connaître la situation
énergétique de l’ensemble des logements. Or, une telle expertise est couteuse et les plus
fragilisés n’y recourent pas, même si la Région Wallonne finance à 60 % la réalisation
d’un audit énergétique : « dans le cas d'une maison unifamiliale ou d'un appartement
ayant ses propres systèmes de chauffages et d’eau chaude sanitaire, la prime pour la
réalisation d'un audit énergétique est de 60 % du montant de la facture TVA comprise
(ou de la note d'honoraires) et ne peut excéder 360 € par audit » (Portail de l'énergie en
Wallonie, 2014).
22
Visant exclusivement la justice, cette logique utilitariste ne nous paraît pas
satisfaisante, car elle n’assure pas la transition énergétique. En effet, elle n’impose
aucun frein à la consommation individuelle agrégée et risque même d’entraîner une plus
grande exploitation des ressources naturelles au nom de davantage d’équité, puisque
son présupposé est que l’utilité de chaque individu augmente lorsque sa part (du gâteau)
augmente. On peut alors égaliser les parts en augmentant la taille globale à répartir,
pour que toutes les portions individuelles deviennent aussi importantes que la plus
grande d’entre elles. Aborder la pauvreté énergétique en ces termes de pure répartition
conduit à imaginer des correctifs à la consommation actuelle pour égaliser les
différences quantitatives. Il faudrait désormais revoir cette question de la répartition en
partant du constat de la taille finie de l’énergie à répartir.
23
Pourtant, cette approche repose sur un présupposé : l’énergie comme moyen d’accès à
une vie bonne. Mais en augmentant l’accès à des ressources énergétiques, améliore-t-on
réellement les conditions de vie ? Dans les années 1970, Ivan Illich mettait déjà cette
équation en doute :
24
25
Page
6
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
Des procédures efficaces pour favoriser la transition
énergétique
De l’utilité de l’énergie à la liberté réelle
Illich souligne en effet le caractère insidieux de la dépendance à l’égard de l’énergie
comme moyen de déployer notre liberté humaine. La limite de cette logique est pour lui
double : naturelle et humaine.
À cet égard, la certification énergétique des bâtiments constitue un exemple de
politique énergétique de l’Union européenne qui vise à inscrire le parc immobilier
européen dans un processus de transition énergétique en le rénovant. Cette certification
découle de l’implémentation dans chaque pays européen d’une directive de 2002
(Energy Performance of Buildings Directive – EPBD) revue en 2010. À l’achat ou la mise
en location d’un bâtiment, une évaluation énergétique et des recommandations pour
améliorer sa performance énergétique sont désormais obligatoires dans tous les pays
européens (avec des modalités un peu différentes selon le pays).
26
Les études montrent que, jusqu’à présent, l’impact énergétique écologique de cette
mesure d’information dirigée vers les acheteurs ou locataires potentiels est très limité et
qu’elle est même, le cas échéant, détournée vers des enjeux économiques, puisqu’elle se
répercute sur le prix de vente de la maison, sans encourager les nouveaux propriétaires
à effectuer des rénovations visant à diminuer leur consommation d’énergie selon les
recommandations reçues (Gram-Hanssen et al., 2007 ; Adjei, 2011 ; Bartiaux, 2011 ;
Stieß et Dunkelberg, 2013; Christensen et al., 2014 ; Bartiaux et al., 2014).
27
Or, ce ne sont ni les moyens mis en œuvre, ni la détermination qui ont fait défaut en
l’occurrence, car cette mesure de politique énergétique a nécessité pour sa préparation
des financements européens et des efforts de recherche très importants, notamment
pour standardiser autant que possible le calcul de la performance énergétique de tout
logement. Elle illustre pourtant bien les limites d’une politique de sensibilisation et
d’information pour faire advenir la transition énergétique par les décisions des
consommateurs (voir aussi Shove, 2010) et la ‘main invisible’ du marché (économique).
28
En Belgique, en revanche une mesure capable de combiner une limitation de la
consommation et une plus grande justice sociale devrait être prise. La tarification
progressive de l’électricité a en effet été décidée par le gouvernement wallon en janvier
2014 et aurait dû être d’application dès le début de l’année suivante, mais est reportée
en 2017 pour des raisons de mise en œuvre informatique. Elle se fonde sur deux
mesures : une allocation d’électricité gratuite annuelle, variable selon la taille du
ménage (entre 400 kWh pour une personne isolée et 800 kWh pour les ménages de sept
personnes et plus et pour les clients bénéficiant d’un tarif social spécifique), et une
tarification progressive selon la quantité consommée d’électricité (alors qu’à l’heure
actuelle, plus on consomme, moins le prix à l’unité est élevé), ce qui permet aux
ménages les plus économes de payer moins cher leur électricité. À noter que les
personnes se chauffant à l’électricité ou via une pompe à chaleur et les clients
professionnels, y compris les agriculteurs, ne se verront pas appliquer la mesure
(Gouvernement Wallon, 2014).
29
Ce système, dit de la « tarification progressive, solidaire et familiale » est à la fois
social et environnemental et a d’ailleurs été largement soutenu par les syndicats, les
associations sociales et environnementales. Ainsi, pour le syndicat chrétien, « d’une
part, cette mesure réduira la facture d’électricité des personnes à faibles revenus et
permettra ainsi de lutter contre la précarité énergétique ; d’autre part, elle incitera les
autres catégories de ménages à diminuer leur consommation. » (Becker et Kunsch,
2014).
30
Afin d’adopter une perspective plus compréhensive, la théorie des capabilités
d’Amartya Sen nous semble plus prometteuse, car elle permet de penser notre liberté
comme autrement que comme le libre accès à des ressources pour déployer une vie
31
Page
7
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
La transition énergétique vue sous l’angle des capabilités
bonne. Pour lui en effet, les modes de vie valorisés ne supposent pas forcément des
moyens importants. Il ne s’agit plus de penser l’énergie comme la condition de
possibilité de nombreux moyens de vivre, mais plutôt de penser les choix de vie
valorisés et ensuite de trouver les moyens variés d’y parvenir (qui ne passent pas
toujours par la mobilisation de beaucoup d’énergie).
La théorie des capabilités présente au moins trois avantages pour la transition
énergétique : (1) en nous recentrant sur les fins que nous valorisons, elle permet ce
faisant d’imaginer des scénarios de transitions qui, tout en permettant une
émancipation progressive vis-à-vis des énergies fossiles, nous engagent dans une voie
qui laisse entière les fins humaines fondamentales librement évaluées par les individus.
(2) En s’attachant à une justice qui respecte les choix des sujets libres, elle pose que
toute solution doit être démocratique. A. Sen souligne en effet que les régimes
autoritaires créent des effets pervers qui les empêchent d’atteindre leurs objectifs. (3)
Penser la liberté comme « épaisse » et pas seulement comme absence de contrainte fait
que pour lui la liberté apparaît comme un moyen et une fin dans la gestion de la crise,
tant écologique que sociale.
32
Par conséquent, l’approche des capabilités (d’Amartya Sen et Martha Nussbaum)
permet un découplage entre les besoins humains fondamentaux et l’accès aux énergies
fossiles, et ce découplage nous permet de prendre distance avec l’interprétation des
situations de précarité énergétique sous l’angle d’un ensemble de « fuel needs »
inassouvis (Boardman, 2010, p. 48). Elle nous permet de sortir le recours aux énergies
fossiles du cadre donnant comme réponse unique à toute une série de besoins (par
ailleurs eux-mêmes, en partie créés par ce cadre socio-culturel).
33
L’un des points cruciaux développés par le théoricien du développement Amartya Sen
consiste à définir le développement à partir d’une distinction entre les fins et les moyens
en vertu de laquelle l’horizon de développement d’une population ne peut être calculé
exclusivement en terme d’accroissement du revenu (ou du PIB). A. Sen propose de
casser l’équation, qui fonctionne comme un dogme moderne, selon laquelle la
prospérité économique coïncide avec davantage de liberté réelle. Autrement dit la
prospérité économique doit être interrogée : est-elle vraiment le moyen d’atteindre
davantage de liberté et de quelle liberté voulons-nous ?
34
Pour A. Sen, la pauvreté entraîne fondamentalement une privation de capabilités de
base. Il est possible de la comparer aux cas de famines par exemple, qui interpellent A.
Sen transversalement et avec insistance au fil de son œuvre : les famines ne doivent pas
être interprétées exclusivement comme privation inacceptable de matières premières
brutes, mais comme un ensemble complexe de privations de libertés diverses, à
commencer par la privation de liberté politique (en effet, nous dit A. Sen, la plupart des
famines ont lieu dans des pays régis par un système non démocratique). La réflexion sur
la pauvreté, selon A. Sen, ne peut être conçue de façon indépendante des structures
politiques, économiques et sociales à l’intérieur desquelles elles se déploient4. À quoi
nous voudrions ajouter les conditions écologiques ou écosystémiques. Ce qu’il faut en
effet éviter, c’est que l’indigence ne soit imposée par un manque de considération du
cadre écologique.
35
Cette représentation de la pauvreté économique nous informe donc sur la façon de
nous rapporter au cas particulier de la pauvreté énergétique. Il nous semble évident que,
de la même façon que le revenu, l’accumulation ou la richesse sont pour A. Sen un
moyen en vue d’une fin et non une fin en soi, il en va de même de l’énergie en général
qui est un moyen d’accès à certains fonctionnements (se chauffer, se déplacer, se
loger…) et donc à certains choix globaux de vie bonne (par exemple pouvoir mener une
vie de chercheur universitaire) ; et a fortiori il en est ainsi des énergies fossiles (qui ne
sont qu’un moyen parmi d’autres d’atteindre le fonctionnement « être chauffé
adéquatement »). Le fait d’être bien nourri ou bien chauffé apparaît ainsi comme un
fonctionnement ou un moyen d’existence (un bien premier dirait J. Rawls), qui peut
être un moyen, mais aussi un bien en soi et pourtant pas encore un bien ultime. Certains
36
Page
8
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
fonctionnements sont élémentaires (se nourrir, échapper aux maladies évitables, se
chauffer), d’autres complexes (participer à la vie politique, jouir d’une estime de soi).
Or, les capabilités reposent toujours sur des fonctionnements complexes et non
stratifiés ou ordonnés hiérarchiquement. Ainsi travailler peut être le moyen de
s’épanouir intellectuellement et d’étendre ses relations sociales, tout en offrant des
moyens financiers pour réaliser des passe-temps qui équilibrent la vie.
A. Sen distingue deux dimensions de la liberté : (1) la possibilité d’œuvrer à nos
objectifs raisonnables, c’est-à-dire à ce à quoi nous tenons, ce que nous valorisons ; et
(2) le processus de choix lui-même, c’est-à-dire la possibilité d’être actif dans les valeurs
que nous choisissons. La première insiste sur les ouvertures possibles, la possibilité de
faire quelque chose, la seconde sur la possibilité de choisir librement de faire quelque
chose, que nous nommons ici, avec un accent castoriadien « processus d’autonomisation
du sujet ». Tandis que la première conception de la liberté se concentre sur le résultat
final, la seconde prend la liberté dans un sens plus global en incluant le processus par
lequel un résultat final est obtenu et permet de comprendre pourquoi une cage dorée
peut être synonyme de prison, et ainsi pourquoi des pratiques écologiques justes issues
de politiques paternalistes peuvent être insatisfaisantes pour les individus, et
inefficaces, car peu internalisées. Ainsi, bien que conséquentialiste (puisqu’elle vise à
réduire les écarts sociaux), cette approche accorde aussi, un intérêt spécifique aux
procédures de justice. Deux actions aux conséquences identiques seront pourtant plus
ou moins justes en fonction du degré de liberté individuelle qu’elles mobilisent. Dans
cette optique, celui qui choisit pour des raisons esthétiques de préférer un logement mal
chauffé qu’une habitation fonctionnelle ne se trouve pas dans la même situation que
celui qui subit le froid. Seules les mesures environnementales prises avec l’adhésion des
intéressés, c’est-à-dire choisies et pas subies, peuvent être considérées comme justes.
Les capabilités désignent donc la liberté réelle des individus qui disposent de la
possibilité d’accomplir les choix de vie qu’ils valorisent et de les réaliser.
37
L’avantage d’un individu par rapport à un autre est donc jaugé, pour A. Sen, non pas
en fonction de ses revenus (prospérité économique et liberté réelle pouvant parfois
diverger) ou de l’utilité individuelle, mais en fonction de sa capacité à faire les choses
qu’il a raison de valoriser (Sen, 1999) capacité qui intègre les deux aspects de la liberté
(résultat et processus) : « Contrairement aux modes de pensée reposant sur l’utilité ou
les ressources, l’approche par les capabilités juge l’avantage d’un individu à sa capabilité
de faire les choses qu’il a raison de valoriser. […] Ici l’attention se concentre sur la
liberté [que cette personne] a vraiment de faire ceci ou d’être cela – ce qu’il lui paraît
bon de faire ou d’être. » (Sen, 2010, p. 284)5.
38
L’objectif d’une théorie de la justice doit être, dans ce contexte, de permettre l’exercice
effectif d’une pluralité de fonctionnements (ou accomplissements), au service de
l’amélioration des capabilités réelles des individus de mener à bien leurs projets de vie.
39
Considéré comme un moyen parmi d’autres et non comme le seul moyen ou bien sûr
comme une fin en soi, le revenu apparaît dès lors seulement comme l’un des vecteurs
d’accroissement de la liberté réelle des personnes – ou capabilité – au côté d’une série
d’autres moyens qui ne peuvent faire l’objet d’un calcul monétaire, comme l’éducation,
le fait d’habiter dans un espace démocratique, l’accès aux soins de santé, etc. De la
même façon, pour A. Sen, la pauvreté ne désigne pas seulement une faiblesse – voire
une inexistence – de revenus ou de ressources, mais plus fondamentalement une
privation de capabilités, c’est-à-dire de liberté réelle pour vivre selon ses choix. Des
revenus supérieurs ne garantissent pas toujours l’accès à davantage de liberté réelle,
quand par exemple la personne souffre d’un problème de santé..
40
Dès lors, si A. Sen ne propose pas une solution méthodologique clef-sur-porte (ou
clef-en-main) pour mener à bien une étude portant sur la justice environnementale en
général ou la pauvreté énergétique en particulier, il offre, par contre, une notion de
liberté apte à poser des bases théoriques d’une transition énergétique démocratique et
soucieuse de réduire les inégalités environnementales. En effet, sans poser un projet
révolutionnaire et radicalement utopique, A. Sen part des débats actuels pour induire un
changement dans notre conception de l’économie pour davantage de justice sociale
(Sen, 2014). Mais il nous permet de poursuivre notre double objectif d’une plus grande
41
Page
9
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pauv
...
11/
02/
2015
justice environnementale et d’une transition vers un autre type de consommation
énergétique.
Appliqués au champ théorique recouvrant les questions de justice environnementale,
trois points centraux peuvent être épinglés à partir de la démarche d’Amartya Sen :
42
Premièrement, selon l’approche des capabilités, nous pouvons dire de la
réflexion portant sur la justice environnementale qu’elle doit privilégier la voie
empirique comparative de situations de vie réelle telles que les gens les
connaissent. En outre, elle procède négativement, c’est-à-dire non pas en
affirmant ce que serait la justice, mais en écartant ce qui apparaît comme injuste.
En effet, il s’agirait d’identifier et de refuser les injustices réelles relatives, plutôt
que chercher à proposer une définition universelle et abstraite ou formelle de la
justice du point de vue strictement institutionnel, et assume par conséquent son
caractère imparfait, incomplet et lacunaire.
En second lieu, la réflexion menée par A. Sen portant sur la base
informationnelle de la justice nous semble essentielle. La justice comprend de
nombreuses dimensions dont il nous faut tenir compte : l’information requise
pour établir si une mesure est juste doit donc être large. Alors, elle nous engage
sur la voie d’une approche qui ne réduit pas la description de situations
d’injustices à des relations sociales ou de redistribution des richesses, mais à un
cadre plus large de nombreux autres facteurs sont pris en compte.
L’environnement n’apparaît pas seulement comme un ensemble de ressources à
redistribuer, mais comme le cadre que la justice doit prendre en compte. Ce
faisant, la perspective d’A. Sen confère un soutènement solide aux thèses
développées par Gordon Walker (2012, pp. 42-52). Ce dernier met en effet
l’accent sur l’importance d’aborder les injustices environnementales non
seulement du point de vue de la justice distributive (qui s’intéresse à la
répartition des ressources), mais également du point de vue de la justice
procédurale (qui porte sur l’importance des procédures de participation dont
doivent pouvoir jouir les individus, et dont l’absence favorise ou renforce les
situations d’injustice) tout en intégrant les questions de reconnaissance des
individus ou des collectivités concernés par les situations d’injustice (Fraser,
2005 ; Honneth, 2013). G. Walker et R. Day (2012) montrent combien la
pauvreté énergétique affecte ceux qui en souffrent sur ces trois dimensions. Ces
trois niveaux de justice qui doivent, selon G. Walker, impérativement être
appréhendés conjointement pour parvenir à une intelligence de la complexité des
paramètres en jeu, reflètent adéquatement, à notre sens, l’intuition d’A. Sen en
faveur d’un élargissement de la base informationnelle. Favoriser l’accroissement
des capabilités des individus victimes d’une injustice environnementale suppose
l’identification de ces différentes dimensions, et ne peut en aucun cas être réduit
à l’une d’elles. À cet égard notons que les capabilités d’A. Sen peuvent être vues
soit comme une quatrième façon de définir le concept de justice, aux côtés de la
justice distributive, de la justice procédurale et de la justice comme
reconnaissance (Voir Scholsberg, 2004), soit comme un cadre à l’intérieur duquel
ces trois conceptions de la justice doivent être abordées (Walker, 2012, p. 52).
Seule la seconde option nous semble théoriquement défendable, car les positions
d’A. Sen se situent à un niveau « méta » ou second de réflexion vis-à-vis des trois
théories de la justice, renvoyant, selon notre analyse, davantage à la question de
la base informationnelle.
Troisièmement, le couple conceptuel « capabilité moyens de son
accomplissement » revêt un intérêt particulier pour éviter de se focaliser sur de
faux objectifs. Ainsi, ce qu’il faut favoriser et préserver, c’est la capabilité définie
par les intéressés eux-mêmes, et pas les moyens de son accomplissement ou
fonctionnements (functionnings) comme tels qui peuvent n’être que temporaires
ou mal adaptés et finalement hétéronomes. C’est autrement dit le fait de se sentir
au chaud et pas le fait de pouvoir se chauffer.
Page
10
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
Les capabilités amoindries par la pauvreté énergétique
Une palette d’incitants plus complexes répondant à une base
informationnelle large
Dans la perspective des capabilités, il semblerait dès lors peu opportun de vouloir
fournir du mazout à tous de manière égale, comme si la possession de mazout ou de gaz
était une fin en soi. Parler d’energy poverty est don déjà plus approprié que de parler
d’energy need, car cette expression désigne un besoin en énergie non comblé (qui
diffère d’un besoin en ressources fossiles non comblé dans la dialectique fin-moyen).
Néanmoins, une telle expression risque de nous fourvoyer quant à nos priorités si les
capabilités elles-mêmes qui sont désignées comme amoindries par un déficit
« énergétique » ne sont pas identifiées et explicitées.

Comprendre la façon dont sont concrètement et structurellement générées des
situations réelles d’atrophie de capabilités dans un contexte sociopolitique opulent (si
on le compare à d’autres endroits du globe) nous encourage à nous interroger sur les
causes d’une telle situation et sur les facteurs propices à leur occurrence. Un rapport
élaboré sur la précarité énergétique en Belgique en 2011 dresse une liste de causes que
l’on peut associer à l’existence de situations de pauvreté énergétique (Huybrechs et al.,
2011, pp. 14-35) : l’insuffisance des revenus et la qualité médiocre de l’isolation du
logement sont épinglées en premier lieu. Le niveau d’instruction joue également un
double rôle en tant qu’il a, d’une part, un impact sur le revenu, et d’autre part, qu’il peut
entraver – surtout dans le cas des personnes analphabètes – la possibilité pour ces
personnes de traiter les factures et les modes d’emploi des systèmes de chauffage ou
d’électricité. Un faible niveau d’instruction constitue également un obstacle à
l’acquisition des connaissances de base en matière d’efficacité énergétique ou encore à la
recherche positive d’information sur les tarifs. Certains comportements spécifiques des
personnes précarisées sont également évoqués, comme une tendance à passer plus de
temps à domicile, le fait d’avoir un rapport au temps « décalé » par rapport à la norme
sociale, qui peut constituer une entrave (à l’accès aux guichets d’information pour
l’énergie par exemple). La culture joue également un rôle déterminant selon l’étude
mentionnée, et notamment l’influence de la culture de la consommation chez les
personnes précarisées qui génère des dépenses excessives ou des situations
d’endettement. Par ailleurs, sur le plan des relations sociales, les auteurs de l’étude
constatent que les personnes en situation de précarité sont souvent plus isolées que la
moyenne de la population, ou entourées de personnes se trouvant elles-mêmes en
situation de précarité ne pouvant dès lors ne pas leur apporter d’aide matérielle. Cet
isolement se traduit également par une non-participation à la vie associative
socioculturelle qui entraine à son tour une mauvaise connaissance de l’espace public et
de la nécessité d’une transition énergétique. Parmi les facteurs corrélés à la pauvreté
énergétique se trouve également la libéralisation du marché de l’énergie qui, sans faire
baisser substantiellement le prix de l’énergie, a grandement complexifié les procédures
et multiplié les acteurs. Ceci a eu comme conséquence d’engendrer un coût élevé en
recherche d’informations et de démarches administratives. Le dernier facteur identifié
par l’étude, et sans doute l’un des plus évidents, est celui du prix de l’énergie qui varie en
fonction du vecteur énergétique utilisé, du fournisseur choisi et de la consommation du
ménage.

Pour croiser plusieurs capabilités et pour croiser les capabilités de plusieurs
personnes (usagers, fournisseurs, producteurs…), on pourrait concevoir des incitants
financiers graduels relatifs à des critères qualitatifs et quantitatifs. Par exemple, pour la
construction ou la rénovation et l’isolation du logement (toit, châssis, chauffage à
pellets, géothermie, panneaux solaires…), c’est-à-dire des primes à la rénovation, il
serait possible de tenir compte non seulement de critères techniques à des fins
écologiques comme la performance énergétique en terme d’isolation de la maison
(comme c’est le cas le plus souvent maintenant), mais aussi des critères écologiques de
fabrication (leur fabrication est-elle énergivore, utilise-t-elle des ressources

Page
11
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
renouvelables ?) et des critères sociaux de construction (quel type d’emploi est
mobilisé ? Les travailleurs sont-ils reconnus ? protégés ?), mais aussi de transport
(fabrication locale).
Alors, dans la perspective informationnelle élargie, on pourrait imaginer des critères
de subvention tenant compte : du coût énergétique (quantité) engendré, du type de
ressources énergétiques mobilisées (qualité), de la pollution entraînée par le produit (le
coût écologique pour s’en débarrasser), du coût social (comment sont traités les
fabricants ? mais à l’inverse une production engageant une grande répartition des
bénéfices sociaux serait mieux soutenue), de l’impact écologique lié au transport (des
matériaux ou des produits finis), de la durabilité espérée des investissements (contre les
coûts importants pour un très court terme), du rapport entre le volume et le nombre
d’occupants du logement.
46
On peut imaginer des mécanismes d’incitants de deux types pour ceux qui appliquent
ces critères : soit subventionner les producteurs (sous certaines conditions), soit
subventionner les acheteurs ou consommateurs. Et pourquoi ne pas imaginer également
des pénalités et ne pas (sur)taxer les producteurs de produits polluants et subventionner
la consommation de produits qui répondraient à la liste de critères ci-dessus ? Certes, la
mise en œuvre de critères aussi nombreux rendrait le calcul des incitants compliqué et
graduel – et certains n’hésiteront pas à le trouver irréalisable – mais il serait aussi sans
doute plus juste.
47
Sans doute avons-nous en Région Wallonne, un instrument de ce type mis sur pied en
2012 : c’est « l’écopack »6, un emprunt à 0 %, sans acte chez le notaire, ni de frais de
dossier, destiné aux ménages wallons désireux d'améliorer la performance énergétique
de leur habitation par des travaux de rénovation. Un conseiller (appelé écopasseur7) se
rend sur place pour proposer les travaux les plus adéquats. La durée de remboursement
varie en fonction des revenus et de la situation familiale. Il n’y a pas d’acte chez le
notaire ni de frais de dossier. L’écopack n’est octroyé ni pour les résidences secondaires,
aux propriétaires ou aux locataires disposant de revenus situés dans le décile supérieur.
Il doit porter sur un bouquet de deux travaux au minimum, dont au moins un travail de
performance énergétique (visant à améliorer l’isolation ou l’efficacité énergétique)8.
Tous les travaux couverts par l’écopack contribuent à la réduction des consommations
énergétiques9. En outre, la plupart des travaux ainsi financés donnent droit à une prime
wallonne calculée sur la base des revenus du ménage et sur différents critères
techniques, en outre ces primes sont majorées pour les ménages à revenus modestes.
Notons encore que des « surprimes » forfaitaires existent pour les travaux d’isolation
réalisés dans des matériaux, ou si la résistance thermique est spécialement élevée10. Ces
primes complémentaires peuvent être immédiatement déduites des mensualités du
remboursement. À noter également que certains travaux (comme l’isolation du toit ou
des conduites d’eau chaude) peuvent être réalisés par le demandeur lui-même. En
résumé et d’après les promoteurs, « l’écopack, c’est tout bénéfice pour le confort et le
portefeuille des ménages wallons, la relance de l’économie wallonne, la planète »11 !
48
L’approche d’A. Sen nous encourage à endosser une vision globale du problème de la
précarité énergétique qui décloisonne le raisonnement et ouvre des possibles : l’objectif
que tous disposent de suffisamment d’énergie pour atteindre les 20°C standards ne doit
pas constituer l’unique critère devant être pris en compte pour lutter contre la précarité
énergétique. Il faut plutôt favoriser les mesures qui permettent aux plus démunis
d’augmenter leur palette de choix durables dans des directions diverses, laissant un
espace pour la création sociale : miser prioritairement sur la qualité des logements pour
diminuer les besoins en énergie, encourager les commerces de proximité et la proximité
des logements sociaux vis-à-vis du centre-ville… Ce cadre permet par ailleurs également
de comprendre les liens entre des initiatives, a priori éloignées du problème de la
précarité énergétique, et qui pourtant font partie d’un même ensemble de problèmes,
puisque nous avons vu que les vulnérabilités associées à la précarité énergétique étaient
l’isolement social et géographique, le manque d’instruction ou encore l’analphabétisme.
La théorie d’A. Sen nous invite à décloisonner des initiatives et à endosser une
conception plus holiste du travail social : favoriser le lien social, promouvoir l’éducation
continue et l’alphabétisation par exemple sont, dans un sens, des initiatives qui
contribuent également à enrayer la précarité énergétique.
49
Page
12
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
La liberté portée par ses conditions
"Je suis une structure psychologique et historique. J’ai reçu avec l’existence une
manière d’exister, un style. (…) Et cependant, je suis libre, non pas en dépit ou en
deçà de ces motivations, mais par leur moyen. Car cette vie signifiante, cette
certaine signification de la nature et de l’histoire que je suis, ne limite pas mon
accès au monde, elle est au contraire mon moyen de communiquer avec
lui » (Merleau-Ponty, 1945, p. 519).
« Il y a des raisons de ne pas nous concentrer trop exclusivement sur la liberté.
Dans un monde limité, certains types de libertés sont soit impossibles, soit
immoraux. La liberté d’accumuler indéfiniment des biens matériels est l’une de
celles-là. Les libertés d’acquérir une reconnaissance sociale aux dépens du travail
des enfants dans la chaine de production, de trouver un travail intéressant au prix
de l’effondrement de la biodiversité, ou de participer à la vie de la communauté
Comme nous venons de le montrer, l’approche d’A. Sen présente différents avantages
pour poser le cadre d’une réflexion sur la justice environnementale. Accueillante à une
pluralité de visions de la vie bonne et soucieuse de respecter la liberté des personnes,
elle nous permet de poser la question politique fondamentale, celle des fins, plutôt que
d’encourager une focalisation sur les moyens actuellement en vigueur. Ce faisant, elle
permet de sortir d’un réductionnisme marchand et d’élargir considérablement le champ
de réflexion de la pauvreté énergétique, en l’orientant vers une vision alternative du
développement.
50
Cependant, il nous apparaît que ce cadre des capabilités reste encore trop centré sur
des questions sociales du développement humain, abstraction faite de notre « condition
de terrien » (comme le dirait H. Arendt) et qu’il est en outre trop individualiste, au sens
où l’articulation entre l’exercice des libertés individuelles et des libertés collectives dans
le cadre écologique n’est pas suffisamment explicite.
51
En effet, A. Sen intègre la question non pas de la nature, mais de
l’environnement selon le critère de la « liberté durable », qu’il définit comme « le
maintien et si possible l’extension, des libertés et capabilités concrètes dont jouissent les
gens aujourd’hui « sans compromettre la capabilité des générations futures » d’avoir
une liberté semblable ou supérieure. » (Sen, 2010, p. 307). Mais cet impératif est-il
suffisant pour sortir des impasses énergétiques ? La focalisation sur la liberté de mettre
en œuvre les projets de vie évalués individuellement comme raisonnable permet-elle, à
elle seule, d’orienter les comportements vers une plus grande soutenabilité ? Qu’en est-
il, dans un contexte d’interdépendance écosystémique, des projets de vie qui, bien que
raisonnables ou rationnels, induisent un mode de vie trop énergivore?
52
À cet égard, bien que critique sur un nombre important de points vis-à-vis de la vision
moderne de l’économie et du développement, l’approche d’A. Sen est bel et bien
héritière de cette tradition de la souveraineté, et du partage entre nature et société, qui
pense la sphère sociale indépendamment des conditions de possibilité naturelles à
l’intérieur desquelles elle s’inscrit inévitablement (Flipo, 2005)12. Cette vision d’une
liberté souveraine alimente ce que Latour appelle le Grand Partage entre l’homme et la
nature, que l’on peut considérer comme la pierre angulaire de la vision moderne du
développement (Latour, 1991).
53
Pourtant, il nous semble possible, à partir des capabilités d’A. Sen de faire un pas au-
delà de ce grand partage vers une autre conception de la liberté capable de se penser au
sein d’une nature finie, et ainsi de penser la transition énergétique comme
nécessairement démocratique. Nous nous inspirons ce faisant d’une conception de la
liberté qui pourrait aussi avoir des accents merleau-pontiens, une liberté comme reprise
plutôt que comme détachement ou opposition (Merleau-Ponty, 1945). Tout comme
Hannah Arendt (2002), celui-ci pense en effet que les diverses déterminations ou
contraintes sociales ou corporelles ne sont pas autant de limitations ou de négations de
la liberté, mais sont au contraire les conditions de possibilité de celle-ci, ce sur quoi elle
peut s’élever.
54
Nous trouvons ainsi sous la plume de Tim Jackson, économiste reconnu pour ses
recherches sur les indicateurs de prospérité alternatifs au PIB, l’expression de cette
critique de l’approche d’A. Sen :
55
Page
13
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
aux dépens des générations futures pourraient en être d’autres » (Jackson, 2009,
p. 58).
L’autonomisation individuelle et collective
L’auto-institution du social historique
Deux types de facteurs, dans la perspective de T. Jackson, doivent constituer le cadre
à l’intérieur duquel une palette plurielle de capabilités peut être déployée : d’une part le
caractère fini des « ressources écologiques à l’intérieur desquelles la vie sur Terre est
possible » et, d’autre part, « l’échelle de la population mondiale » (Jackson, 2009, p.
58).
56
L’objectif d’une vision durable de la prospérité et du développement doit donc mettre
en relation l’idée chère à A. Sen d’un accroissement des capabilités réelles des individus,
et l’établissement de limites en relation avec l’impact de nos activités sur
l’environnement et la vie sociale. Cela nous engage, dans la perspective ouverte par Tim
Jackson, sur la voie d’une vision différente de la prospérité : « une vision où chacun a la
possibilité de s’épanouir, où il est possible d’atteindre une meilleure cohésion sociale,
d’accéder à des niveaux de bien-être supérieurs tout en réduisant notre impact matériel
sur l’environnement » (Jackson, 2009, p. 49).
57
Nous voici donc arrivés à la conclusion que la pauvreté énergétique devrait trouver
une solution qui permette de penser autrement notre liberté réelle et la manière dont
nous concevons la vie bonne.
58
En 1980, le philosophe, économiste et psychanalyste français d’origine grecque,
Cornélius Castoriadis (Castoriadis et Cohn-Bendit, 2014) développait une vision de la
crise écologique qui reste, aujourd’hui encore, d’une étonnante actualité, non seulement
en raison de son diagnostic de la crise, mais aussi parce qu’il nous offre des outils
conceptuels de première importance pour en sortir. D’abord parce que Castoriadis
pense d’emblée la liberté comme capacité d’autonomie et donc d’autolimitation, ensuite
parce qu’il n’oppose pas la liberté individuelle à l’autonomie collective, enfin parce qu’il
permet d’envisager les transformations des significations imaginaires sociales comme le
résultat d’une création constante.
59
Castoriadis propose une conception de la liberté non pas comme souveraine, mais
comme un processus d’autonomisation. Partant d’une situation instituée, l’autonomie
au sens étymologique sera la capacité de se donner à soi-même ses propres lois et ainsi à
s’auto-limiter, à s’auto-modérer, en instituant le cadre qui la limite (en l’occurrence des
lois, des incitants financiers ou encore des normes de rénovation, mais aussi de
nouveaux modes de vie…). La liberté devrait dans ce cas être pensée indissociablement
comme individuelle et collective, comme un processus d’autonomisation qui intègre
l’autolimitation, individuelle et collective, dans un cadre naturel fini et même menacé.
Castoriadis appelle ce processus d’autonomisation praxis : « Nous appelons praxis ce
faire dans lequel l’autre et les autres sont visés comme êtres autonomes et considérés
comme l’agent essentiel du développement de leur propre autonomie. » (Castoriadis,
1975, p. 112) Or, cette limite qui lui est inhérente n’est pas pour elle un obstacle, mais sa
condition. C’est davantage l’excès, l’absence de limite et démesure qui la menacent.
Accepter que la liberté soit toujours un processus d’autonomisation qui s’exerce
réflexivement dans un cadre donné, c’est-à-dire dans un ensemble de conditions, tel est
l’enjeu contemporain, sur lequel nous nous accordons avec lui.
60
Soulignant le caractère social-historique de toute existence humaine ainsi que son
étayage sur la strate naturelle, il montre à quel point l’ensemble de nos besoins
“fondamentaux” et les modalités de leur satisfaction varient. Si la vie humaine n’est
jamais “nue” et purement physiologique, il n’existe en effet pas de besoins « naturels »
ou de dépendances « intangibles », au sens ils seraient dépourvus
d’institutionnalisation. Au contraire : « chaque société crée un ensemble de besoins
pour ses membres et leur apprend que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, et même
61
Page
14
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
Institution de nouvelles pratiques sociales
ne peut être matériellement vécue, que si ces besoins-là sont satisfaits » (Castoriadis,
2014, p. 32). Chaque société institue ce qu’elle juge nécessaire comme « besoins » (c’est-
à-dire ce qui requiert une satisfaction) et fonctionne ensuite comme si ceux-ci étaient
nécessaires et ne pouvaient dès lors être remis en question. Or, si le propre de toute
société est d’instituer des significations, les modes de vie et les pratiques instituées
peuvent être remis en question par un nouvel imaginaire instituant. La force de
Castoriadis est certainement de penser indissociablement cet imaginaire comme
individuel et collectif.
Nous voyons à quel point l’imaginaire social imprègne l’imagination individuelle,
mais celui-ci travaille aussi le social, car il ne s’y réduit jamais. C. Castoriadis établit
entre eux une relation circulaire, qui laisse ouvert un espace de liberté pour la création
de nouvelles formes social-historiques. La liberté individuelle tient en effet à la capacité
réflexive et de remise en question de la pensée héritée et des institutions sociales
instituées : elle agit dans une reprise du donné qui l’a façonnée. En effet, si la société ne
nous donnait pas les moyens de la remettre en question, individuellement et
collectivement, elle échouerait puisqu’elle aurait anéanti notre liberté et notre créativité,
c’est-à-dire notre capacité d’instituer de nouvelles formes sociales historiques. C.
Castoriadis pense donc la liberté individuelle et la liberté collective dans un rapport
circulaire, puisqu’elles se façonnent l’une l’autre sans se réduire l’une à l’autre.
L’autonomie individuelle se gagne donc sur fond d’hétéronomie dans un processus
incessant de reprise et de critique. Mais elle est circulaire également dans la mesure où
elle ne se gagne qu’au sein du social, jamais en s’y opposant ou en réduisant son
importance.

Tout l’enjeu pour notre génération qui a pris la mesure de la crise environnementale
consiste alors à adopter une attitude critique, afin de remettre en question les besoins
institués et de sortir d’une perspective hétéronome pour construire de façon autonome
de nouveaux besoins et de nouveaux modes de vie (voir aussi Bartiaux, Frogneux et al.,
2011). Plutôt que de voir notre maîtrise des énergies fossiles comme une force, nous
pourrions les envisager comme une dépendance, comme le faisait Ivan Illich dès les
années 1970. Autrement dit, il s’agit de retrouver la force instituante qui nous permet de
remettre en question les institutions existantes.

Ce que Castoriadis nous permet de penser grâce à sa conception de l’institution (du
langage aux moyens de transport), c’est la transition vers de nouvelles pratiques
sociales, puisque nous instituons notre mode de vie, mais aussi les moyens matériels de
sa réalisation. Pour le dire dans un autre paradigme, nous instituons des pratiques
sociales et nous pouvons donc en créer de nouvelles. Pour T. Schatzki (1996 : 89), une
pratique est soit une performance, soit une entité coordonnée, c’est-à-dire « une
connexion de faires et de dires se déployant temporellement et dispersée spatialement »
avec des « composantes-clés de cette connexion […] qui lient les faires et les dires dans
le but de constituer une pratique » (Warde, 2005 : 139). T. Schatzki identifie trois
composantes-clés de cette « connexion de faires et de dires » : les connaissances (‘know-
how’) et routines, les règles institutionnalisées, et les structures téléo-affectives, qu’il
définit ainsi : « les fins, projets, tâches, objectifs, croyances, émotions et
humeurs » (1996 : 89). Plusieurs auteurs, dont T. Schatzki (2010) lui-même, soulignent
la pertinence d’intégrer une quatrième composante-clé de cette « connexion de faires et
de dires », à savoir la structure matérielle, les produits disponibles et les arrangements
techniques. Cette composante technique paraît spécialement pertinente dans les études
de sociologie de l’énergie (K. Gram-Hanssen, 2010). Ces pratiques constituent donc
l’unité de toute analyse, et elles sont toujours sociales – c’est une tautologie selon A.
Reckwitz (2002 : 250) puisqu’elles sont socialement établies et standardisées
(instituées dirait Castoriadis) jusqu’à un certain point. Il en est de même de ces
composantes-clés qui soutiennent les pratiques.

À partir de ce cadre théorique, E. Shove et al. (2012, p.163) conceptualisent le
changement de pratique par plusieurs processus conjoints : « la distribution et la
65
Page
15
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
Des libertés individuelles et collectives qui se renforcent
mutuellement
circulation [d’objets ou d’infrastructures] matériels, de compétences et de significations
» (soit trois des composantes-clés d’une pratique présentées ci-dessus – ces auteurs ne
prenant pas en compte la composante-clé des règles institutionnalisées), la
reconfiguration des « relations entre pratiques », la recomposition des « carrières de
pratiques et de ceux qui les portent » et le « fait de forger et de briser certains des liens,
des relations, des réseaux et des partenariats impliqués ». Pour traduire ces théories des
pratiques sociales en instruments de politique énergétique, F. Bartiaux et al. (2014)
proposent plusieurs voies : renforcer chacune des composantes-clés, développer des
synergies entre elles, et intégrer de nombreuses pratiques disparates en quelques
« pratiques intégratrices », que T. Schatzki (1996, p. 103) définit comme « un ensemble
de faires et de dires liés par des compréhensions, des règles explicites, et une structure
teleoaffective [commune] ». Il est donc utile de mener ensemble des mesures
d’éducation et d’information (pour convaincre), des mesures coercitives (par des
normes et des pénalités) et des mesures incitatives (économiques pour transformer les
équipements matériels).
Se pose effectivement, dans cette optique, la question de savoir concrètement
comment articuler les niveaux de décision pour engager la transition énergétique. Bien
sûr, les bouleversements ainsi induits comportent des risques politiques majeurs
susceptibles d’encourager des replis identitaires et des modèles politiques dictatoriaux.
J. Urry (2010) ne craint pas exemple la montée en puissance de seigneurs de guerre
régionaux.
66
La surconsommation d’énergie supposée structurellement par le modèle de société
consumériste engendre, et engendrera davantage dans les années à venir, des situations
de dépendance et de concurrence énergétiques et selon A. Giddens (2011, p. 230), « des
conflits à large échelle restent possibles, qui amèneront peut-être l’usage d’armes de
destruction massive ». Dès lors, « une des choses qui pourraient mettre par terre le
système social occidental ce n’est pas la « paupérisation » absolue ou relative, mais, par
exemple, le fait que les gouvernements ne puissent plus fournir aux automobilistes de
l’essence » (Castoriadis, 2014, 33).
67
C’est pour cela que derrière la crise de l’énergie se niche un ensemble plus vaste de
questions qui touchent le fonctionnement politique et social de nos sociétés. C.
Castoriadis croit qu’il est possible de modifier notre imaginaire social historique de
manière démocratique : « La crise de l’énergie n’a de sens comme crise, et n’est crise,
que par rapport au modèle présent de société. C’est cette société-ci qui a besoin, chaque
année, de 10 % de pétrole ou d’énergie de plus pour pouvoir continuer à tourner. Cela
veut dire que la crise de l’énergie est, en un sens, crise de cette société » (Castoriadis,
2014, 34). Et la crise doit s’entendre comme un passage vers un autre imaginaire social-
historique auxquels adhèrent les individus.
68
Soulevons encore une tension. Nous avons affaire désormais à un défi qui suppose de
gérer deux mouvements contradictoires : l’un centripète et l’autre centrifuge. Il y a en
effet une tension entre le fait d’être tous « dans le même navire planétaire », aux prises
avec une condition commune, et celui de respecter les modes de vie divergents,
librement choisis et valorisés. En effet, l’idéal pluraliste moderne doit impérativement
être maintenu, mais doit tout aussi impérativement être pensé à l’intérieur des limites
physiques de la planète. Ce qui implique de repenser la séparation entre public et privé
sur laquelle table la modernité, mais qui est mise à mal par la question de l’énergie. Or,
C. Castoriadis évite cette tension en pensant que la liberté individuelle et la liberté
collective se renforcent mutuellement, de sorte que la démocratie ne produit pas
systématiquement des libertés individuelles centrifuges, mais est au contraire un
formidable outil d’auto-limitation collective.
69
Cette pensée ambitieuse n’est sans doute pas un doux rêve idéaliste. En effet, il est
possible de voir Boulder comme une municipalité qui a opté pour une telle auto-
limitation démocratique. Boulder est une ville universitaire des États-Unis dans l’État
70
Page
16
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
« Reconnaissant l’absence de garantie ultime, la démocratie est « le régime du
risque historique – une autre manière de dire qu’elle est le régime de la liberté – et
un régime tragique » ; ce pour quoi elle est aussi « le régime de l’autolimitation »,
laquelle suppose que chacun soit à même de saisir le danger qui menace et de se
comporter en citoyen responsable ». (Caumières, 2014, p. 14.)
Conclusion
Remerciements
du Colorado dont le Conseil municipal a voté en 2002 la « Résolution 906 », qui engage
la ville à réduire ses émissions de gaz à effet de serre au niveau établi par le Protocole de
Kyoto. En novembre 2006, les citoyens de Boulder ont voté une taxe (« Climate Action
Plan tax »), la première taxe aux États-Unis exclusivement consacrée à l’atténuation des
changements climatiques. Elle a été reconduite par un nouveau vote en novembre 2012.
Cette taxe est basée sur la quantité mensuelle d’électricité consommée et a rapporté en
2010 environ $1,8 millions de dollards. Elle finance le plan d’action pour le climat, qui
s’attache principalement à réduire la consommation d’énergie dans les secteurs
résidentiel et commercial et la mobilité, promouvoir l’utilisation des énergies
renouvelables, et diminuer les quantités de déchets mis en décharge (City of Boulder,
2014).
Certes, ce type d’option suppose une certaine audace, car elle ne repose que sur elle-
même, comme le souligne, Philippe Caumières qui parle de cette limite dans les termes
suivants:
71
Nous avons en effet le choix entre la liberté et le confort de la vie nue. Ce qu’A. Sen et
C. Castoriadis nous amènent à penser à partir de la crise écologique, c’est que la
démocratie ne peut pas se mettre au service du simple confort individuel, car l’exercice
de la liberté est un bien supérieur.
72
À partir de mesures actuellement en vigueur en Belgique pour résoudre l’injustice que
constitue la pauvreté énergétique, nous avons tenté de montrer que deux questions ne
peuvent être séparées : nous devons viser davantage de justice énergétique en même
temps qu’une transition énergétique. Mais selon nous, ceci n’est possible qu’en
reconsidérant le point de vue du sujet et de sa liberté réelle, de ses capabilités.
73
S’en tenir à une redistribution juste de l’énergie, dans l’objectif de réduire les
injustices sociales, reviendrait encore à entretenir un système social-historique qui
génère une crise environnementale majeure. De même, les projets visant à multiplier les
nouvelles sources d’énergie ou à trouver des énergies renouvelables peuvent également
constituer des réformes adaptatives du système et même le renforcer, en aggravant
d’autant ses défauts notamment en augmentant les injustices sociales.
74
Par contre, si nous prenons la mesure heuristique de la pauvreté énergétique pour les
questions de justice et de transition énergétiques, nous découvrons son potentiel
subversif pour notre mode de vie : il y a en germe, derrière la crise de l’énergie, une
remise en cause de l’ensemble du social historique productiviste qui nous permet
d’imaginer les choses autrement.
75
Et pour résoudre la tension qui veut que nous puissions avoir des choix différents
sous une condition écologique commune, nous devons repenser la liberté démocratique
comme capable de s’auto-limiter. Nous pouvons instituer une tout autre manière de
concevoir notre rapport à l’énergie et à l’environnement : l’énergie n’est pas
nécessairement la condition d’accès à une vie bonne et heureuse (Sen), pas plus que
l’environnement n’est un réservoir neutre, inépuisable (Jonas). Cette condition
naturelle de notre autonomie doit être entendue ici dans les deux sens du terme : à la
fois une condition de possibilité et un cadre qui la limite (Castoriadis).
76
Cette recherche s'inscrit dans le projet 2GENDERS (Generation and Gender ENergy
DEprivation: Realities and Social policies), financé en 2013-2017 par l'administration de
77
Page
17
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
Bibliographie
la politique scientifique belge BELSPO (référence : BR/121/A5/2GENDERS). Les
auteurs remercient vivement plusieurs collègues de l'Université catholique de Louvain
pour des discussions stimulantes : Anne Baudaux, chercheuse en anthropologie dans ce
projet, Olivier Servais, professeur d'anthropologie, Hervé Pourtois et Philippe Van
Parijs, professeurs de philosophie.
Adjei A., L. Hamilton et M. Roys, 2011, A study of homeowners’ energy efficiency improvements
and the impact of the Energy Performance Certificate. Hertfordshire: BRE (Building Research
Establishment). [En ligne] URL : http://www.ideal-
epbd.eu/download/homeowners_questionnaire_wa.pdf, consulté le 15 juin 2014.
Arendt, H., 2002, Condition de l'homme moderne, Calmann-Lévy, coll. Pocket Agora, Paris,
406p.
Arent, D., P. Denholm, E. Drury, R. Gelman, M. Hand, C. Kutscher, M. Mann, M. Mehos et A.
Wise, 2011, Chapter 13: Status and prospects of renewable energy, F. P. Sioshansi, Energy,
sustainability and the environment: Technology, incentives, behavior, Elsevier, 367–416.
Bartiaux, F. (Ed.), 2011, A qualitative study on home energy-related renovation in five European
countries: homeowners’ practices and opinions, Louvain-la-Neuve. [En ligne] URL :
http://www.ideal-epbd.eu/download/ideal_epbd_indepth_interviews_Final.pdf Consulté le 15
juin 2014.
Bartiaux, F., N. Frogneux et O. Servais, 2011, Chapter 3: Energy “Needs”, Desires, and Wishes:
Anthropological Insights and Prospective Views, F. P. Sioshansi (ed), Energy, sustainability and
the environment: Technology, incentives, behavior, Elsevier, pp. 63–87.
Bartiaux, F., K. Gram-Hanssen, P. Fonseca, L. Ozoliņa et T. H. Christensen, 2014, A practice-
theory approach to homeowners energy retrofits in four European areas, Building Research &
Information, 42, 4, pp. 525–538.
Bartiaux, F., T. De Menten, O. Servais et N. Frogneux, 2011, Policies affecting energy poverty in
Belgium: Paradoxes between social and climate policies, présenté au INCLUeSEV meeting,
Durham NC, USA, 6-7 octobre 2011, 8p.
Becker, M. et Kunsch, C. (2014), Tarification progressive et solidaire de l’électricité, un peu de
courage ! 13 janvier 2014. [En ligne] URL : http://www.moc-site.be/index.php/89-
actualites/445-tarification-progressive-et-solidaire-de-l-electricite-un-peu-de-courage . Consulté
le 2 décembre 2014.
Boardman, B., 2010, Fixing fuel Poverty: Challenges and Solutions, Earthscan, London, 224 p.
Castoriadis, C., 1975, L’institution imaginaire de la société, Paris, Point/Seuil, 544 p.
Castoriadis, C. et D. Cohn-Bendit et le public de Louvain-la-Neuve, 1981, De l’écologie à
l’autonomie, Paris, Seuil, 126 p. [réédition : Castoriadis, C., D. Cohn-Bendit, 2014, De l'écologie à
l'autonomie, Le Bord de l'eau, 106 p.]
Caumières, P., 2014, Introduction, 8 p., C. Castoriadis et D. Cohn-Bendit, De l'écologie à
l'autonomie, Le Bord de l'eau, pp. 7–14.
Christensen, T. H., K. Gram-Hanssen, M. de Best-Waldhober et A. Adjei, 2014, Energy retrofits of
Danish homes: is the Energy Performance Certificate useful? Building Research & Information,
42, 4, pp. 489–500.
City of Boulder, Colorado, 2014, Climate Action Home Page. [En ligne] URL :
https://bouldercolorado.gov/climate
Eames, M. et M. Hunt, 2013, Energy justice in sustainability transitions research, 15 p., Energy
Justice in a Changing Climate – Social equity and low-carbon energy, K. Bickerstaff, G. Walker
et H. Bulkeley (eds), Zed Books, LondonNew York, pp. 4660.
Elias, N., 1939, trad. fr. 1973, La civilisation des mœurs, rééd. Calmann-Lévy, 1991, 345 p.
Flipo, F., 2005, Pour une écologisation du concept de capabilité d'Amartya Sen, Natures,
Sciences, Sociétés, 13, pp. 68–75.
Fraser, N., 2005, Qu'est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution, trad. d'E.
Ferrarese, La Découverte, réed. 2011, 178 p.
Giddens, A., 2011, The Politics of climate change, 2ème éd°, Cambridge, Polity Press, 276 p.
GIEC, Communiqué de presse du 13 avril 2014, [en ligne] URL :
http://www.ipcc.ch/pdf/ar5/pr_wg3/20140413_pr_pc_wg3_fr.pdf
Gouvernement Wallon, 2014, Énergie : adoption définitive de la Tarification progressive,
solidaire et familiale, 17 janvier 2014. http://nollet.wallonie.be/energie-adoption-d-finitive-de-
la-tarification-progressive-solidaire-et-familiale
Gram-Hanssen, K., F. Bartiaux, O. M. Jensen et, M. Cantaert, 2007, Do homeowners use energy
labels? A comparison between Denmark and Belgium, Energy Policy, 35, 2879–2888.
Page
18
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
Gram-Hanssen, K., 2010, “Residential heat comfort practices: Understanding users.” Building
Research and Information, 38, 2, pp. 175–186.
Gram-Hanssen, K., T.H. Christensen et P.E. Petersen, 2012, Air-to-air heat pumps in real-life use:
Are potential savings achieved or are they transformed into increased comfort? Energy and
Buildings, 53, pp. 64–73.
Grevisse F. et M. Brynart, 2013, Energy poverty in Europe: Towards a more global understanding,
Rethink, Renew, Restart. Proceedings of the ECEEE summer study 2013, pp. 1445–1454. [En
ligne] URL : http://proceedings.eceee.org/visabstrakt.php?event=3&doc=5B-185-13 Consulté le
15 juin 2014.
Honneth, A., 2013, La lutte pour la reconnaissance, Folio/Essais, 350 p.
Huybrechs, F., S. Meyer, J. Vranken, 2011, La Précarité énergétique en Belgique, Université Libre
de Bruxelles, Universiteit Antwerp, 198 p. [En ligne] URL :
http://dev.ulb.ac.be/ceese/CEESE/documents/Energiearmoede_La_Precarite_Energetique_en_Belgique_rapport_final.pdf
Consulté le 15 janvier 2014.
Illich, I, 1975, Énergie et équité, Paris, Seuil, 88 p.
Jackson T., 2009, Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable,
Bruxelles, De Boeck, 247 p.
Jeanmart, H. et L. Possoz, 2013, Le rêve de la croissance économique confronté à la réalité des
limites physiques et technologiques de l’énergie, van Ypersele, J.-P., Hudon M., (dir), 2013,
Premier congrès interdisciplinaire du développement durable. Quelle transition pour nos
sociétés ?, Namur, pp. 27-39, [En ligne] URL :
http://www.congrestransitiondurable.org/files/files/Recueils/theme-1-couleur.pdf, consulté le 2
juin 2014.
Jonas, H., 1979, Das Prinzip Verantwortung, Frankfurt am Main, Insel, 428 p. [traduction
française : Jonas, H., 1990, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation
technologique, Paris, Cerf, 336 p.]
Kinney, L., M. Ruzzin, S. Van Pelt et E. Vasatka, 2007, Bolder Boulder: A city’s quest to meet
Kyoto when federal policies fail, Saving Energy – Just Do It!, ECEEE 2007 Summer Study, 3, p.
147–154. [En ligne] URL :
http://www.eceee.org/library/conference_proceedings/eceee_Summer_Studies/2007/Panel_3/3.253,
consulté le 15 juin 2014.
Latour, B., 1991 [rééd. 2006], Nous n'avons jamais été modernes. Essai d'anthropologie
symétrique, Paris, La Découverte, 205 p.
Maréchal, K., 2009, The crucial role of habits in energy consumption: an evolutionary approach
on changing current patterns. Act! Innovate! Deliver! Reducing energy demand sustainably,
ECEEE 2009 Summer Study Proceedings, pp. 1693–1703. [En ligne] URL :
http://www.eceee.org/conference_proceedings/eceee/2009/Panel_8/8.062/paper, consulté le
15 juin 2014.
Merleau-Ponty, M., 1945, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 560 p.
Meyer, S. et F. Huybrechs, 2012, Chapitre 7 – La précarité énergétique en Belgique, 24 p., J.
Vranken, W. Lahaye, A. Geerts et C. Coppée (eds.), Pauvreté en Belgique, Annuaire 2012, Acco,
Leuven/Den Haag, pp. 185–208. [En ligne] URL : http://www.mi-
is.be/sites/default/files/doc/pauvrete_en_belgique_2012_-_8848_-_11-01-
2012_-_binnenwerk_0.pdf. Consulté le 1er octobre 2014.
Nussbaum, M.C., 2012, Capabilités. Comment créer les conditions d'un monde plus juste ?, Paris,
Flammarion, trad. Solange Chavel, 300 p.
Pett, J., 2009, Carbon footprints of low income households; does addressing fuel poverty conflict
with carbon saving? Act! Innovate! Deliver!, ECEEE ed(s), ECEEE 2009 Summer Study, pp. 1675
–1686. [En ligne] URL :
http://www.eceee.org/library/conference_proceedings/eceee_Summer_Studies/2009/Panel_8/8.017/paper,
consulté le 15 juin 2014.
Portail de l'énergie en Wallonie, 2014 ; [En ligne] URL : http://energie.wallonie.be/fr/audit-
energetique-2014.html?IDD=91466&IDC=6386, consulté le 19 juin 2014.
Rip, A. et R. Kemp, 1998, Chapter 6. Technological change, 73 p., S. Rayner, E. Malone, Human
choice and climate change, Volume 2, Resources and technology, Ohio, Battelle Press, pp. 327
–399.
Schatzki, T., 1996, Social Practices: A Wittgensteinian Approach to Human Activity and the
Social, Cambridge, Cambridge University Press, 242 p.
Scholsberg, D., 2004, Reconceiving environmental justice: global movement and political
theories, Environmental Politics, 13, 3, pp. 517–540
Sen, A., 1999, Development as Freedom, Oxford, Oxford University Press, 394 p. [traduction
française, Sen, A., 2003, Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, Paris,
Odile Jacob, 2003, 480 p.]
Sen, A., 2009, The Idea of Justice, London, Penguin Books, 496 p., [traduction française: Sen, A.,
2010, L’idée de Justice, Paris, Flammarion, 558 p.]
Page
19
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
Notes
1 Nous prenons le terme d’environnement, car notre cadre part d’une préoccupation
anthropologique, sans pourtant vouloir induire une perspective anthropocentrique.
2 Bien sûr, la thématique de la pauvreté énergétique s’insère dans la question plus générale de la
production et la consommation d’énergie. Nous nous limitons cependant ici à la consommation
d’énergie dans le secteur résidentiel, en excluant notamment celle due au transport.
3 Pour plus de détail, voir par exemple Meyer et Huybrechs (2012).
4 Une série de libertés instrumentales sont associées, en tant que moyens, à l’objectif d’accroître
les capabilités réelles (la fin de toute entreprise de développement) : les libertés politiques, les
ouvertures économiques, les opportunités sociales, les garanties de transparence et la sécurité
protectrice, interagissant pour favoriser ou diminuer les situations d’injustice réelles vécues par
les individus au sein d’une société donnée (Sen, 2003, p. 20).
5 Notons qu’A. Sen s’en tient à une conception formelle des capabilités contrairement à Martha
Nussbaum (2012) qui opte pour des capabilités substantielles qui se rapprochent alors d’une
perspective des besoins ou des biens premiers.
6 Les informations sur cet instrument proviennent du site http://www.ecopack-wallonie.be/fr
(consulté le 20/6/2014).
7 Les écopasseurs donnent aux ménages des conseils de base pour réaliser leurs travaux et ils les
accompagnent dans toutes leurs démarches administratives. Ils analysent aussi rigoureusement la
capacité de remboursement pour éviter tout risque de surendettement. Un écopasseur s’exprime
notamment en langage des signes.
9 Ils sont regroupés en quatre catégories : les travaux de performance énergétique (voir la note
précédente), les travaux induits réalisés en parallèle de travaux de performance énergétique, les
petits travaux économiseurs d’énergie, et les travaux de production d’énergie renouvelable ; parmi
ces derniers, certains sont finançables (installation de capteurs solaires thermiques pour l’eau
chaude sanitaire et/ou le chauffage), d’autres pas, mais ils interviennent dans la constitution d’un
bouquet (panneaux photovoltaïques, micro-cogénération).
10 http://www.ecopack-wallonie.be/upload/TABLEAU_PRIMESECOPACK_2014.pdf
11 http://www.ecopack-wallonie.be/fr
12 Dans le prolongement de cette critique, nous trouvons sous la plume de Fabrice Flipo une
critique analogue à la nôtre : tout en reconnaissant la pertinence potentielle de l’approche d’A.
Sen sur bien des points en tant que cadre pour penser la transition écologique, il considère
néanmoins qu’une série d’amendements doivent y être apportés. Notamment, nous dit F. Flipo,
l’approche d’A. Sen permet de sortir du réductionnisme marchand (en élargissant la base
informationnelle), mais pas du réductionnisme économique qui réduit la nature à sa valeur
strictement instrumentale, et la présente comme un stock de ressources à notre disposition. C’est
Sen, A. (2014), Stop Obsessing About Global Warming, Real Clear Science, August 25, 2014. [En
ligne] URL :
http://www.realclearscience.com/2014/08/25/stop_obsessing_about_global_warming_260657.html
Shove, E., 2010, Beyond the ABC: Climate change policy and theories of social change,
Environment and Planning A, 42, 6, pp. 1273–1285.
Shove, E., M. Pantzar et M. Watson, 2012, The dynamics of social practice. Everyday life and
how it changes. London, Sage, 208 p.
Stieß, I., E. Dunkelberg, 2013, Objectives, barriers and occasions for energy efficient
refurbishment by private homeowners, Journal of Cleaner Production, 48, pp. 250–259.
Urry J., 2010, Consuming the planet to excess, Theory, Culture & Society, 27,2-3, pp. 191–212.
Vanneste, D., I. Thomas, L. Goossens, 2007, Le logement en Belgique, Enquête socio-économique
2001, monographies, Direction générale Statistique et Information économique, Bruxelles, 223 p.
Walker, G., 2012, Environmental Justice: Concepts, Evidence and Politics, London, Routledge,
256 p.
Walker, G., et R. Day, 2012, Fuel poverty as injustice: Integrating distribution, recognition and
procedure in the struggle for affordable warmth, Energy Policy, 49, pp. 69–75.
Warde, A., 2005, Consumption and theories of practice, Journal of Consumer Culture, 5, 2, pp.
131–153.
Watts, C., M. Jentsch, et P. James, 2011, Evaluation of domestic Energy Performance Certificates
in use, Building Services Engineering Research and Technology, 32, 4, pp. 361–376.
8 Isolation thermique de la toiture, des murs ou sols, remplacement des châssis ou du vitrage,
placement d’un système de ventilation, installation d’une pompe à chaleur ou d’une chaudière à
biomasse ou à condensation au gaz naturel, propane ou mazout, réalisation d'un audit
énergétique… Voir http://www.ecopack-wallonie.be/fr/pour-quels-travaux/types-bouquets-
travaux
Page
20
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
néanmoins sur la question de la limite de notre exploitation que nous centrerons la critique à Sen
développée dans le cadre de cet article, en référence à Jackson (Jackson, 2009).
Pour citer cet article
Référence électronique
Nathalie Frogneux, Charlotte Luyckx et Françoise Bartiaux, « Liberté individuelle et contraintes
matérielles : une approche conceptuelle de la pauvreté énergétique en Belgique », VertigO - la
revue électronique en sciences de l'environnement [En ligne], Volume 14 Numéro 3 | Décembre
2014, mis en ligne le 16 janvier 2015, consulté le 11 février 2015. URL :
http://vertigo.revues.org/15617 ; DOI : 10.4000/vertigo.15617
Auteurs
Nathalie Frogneux
Philosophe, Professeure à l’Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve),
SSH/ISP/IACS/CEUR/LAAP, 14 place D. Mercier, bte L3.06.01, B-1348-Louvain-la-Neuve,
Belgique, courriel : nathalie.frogneux@uclouvain.be
Charlotte Luyckx
Docteur en Philosophie, Assistante à l’Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve),
SSH/ISP/CEFI, 14 place D. Mercier, bte L3.06.01, B -1348-Louvain-la-Neuve, Belgique, courriel :
charlotte.luyckx@uclouvain.be
Françoise Bartiaux
Sociologue, Maître de Recherche au FNRS, Professeure à l’Université catholique de Louvain
(Louvain-la-Neuve), SSH/IACS/DEMO-LAAP-CIRFASE, Collège Jacques Leclercq, Place
Montesquieu 1, bte L2.08.03, B-1348-Louvain-la-Neuve, Belgique, courriel :
francoise.bartiaux@uclouvain.be
Droits d’auteur
© Tous droits réservés
Page
21
sur
21
Liberté individuelle et contraintes matérielles : une approche conceptuelle de la pa
...
11/
02/
2015
... Society institutes these criteria itself and in so doing, society institutes itself" (Bartiaux et al., 2011: 74) [35]. The question of how societies can institute themselves democratically is developed by Frogneux et al. (2014) [13]. In this process, individuals' autonomy is quite important, as is the autonomy of the society that proposes a common paradigm. ...
... Society institutes these criteria itself and in so doing, society institutes itself" (Bartiaux et al., 2011: 74) [35]. The question of how societies can institute themselves democratically is developed by Frogneux et al. (2014) [13]. In this process, individuals' autonomy is quite important, as is the autonomy of the society that proposes a common paradigm. ...
... Table 2 exhibits large difference between types of households when it comes to health and especially to protein intake, as one-third (34.8%) of the energy-poor households said that they cannot afford protein every other day, as opposed to 1.6% for the energy-richest households. 13 This is referred to as the heat-or-eat dilemma in the literature on energy poverty (Beatty et al., 2014) [41]. For one energy-poor household out of three, there might even be no dilemma between heating and eating for they report having affordability problems both for heating and for protein intake every other day. ...
... This Chapter briefly summarises the article written byFrogneux et al. (2014) during the 2GENDERS research project. ...
Chapter
Full-text available
This Chapter briefly summarises the article written by Frogneux et al. (2014) during the 2GENDERS research project.
Book
Full-text available
This publication presents the results of the 2GENDERS research project on energy poverty in Belgium.
Article
Full-text available
La situation énergétique au sein des ménages ruraux d’Ifangni au Bénin est caractérisée par une disparité dans l’accès à l’énergie d’une part, son contrôle par les femmes rurales dans la réalisation de leurs activités productives d’autre part. Elle pose un problème de justice sociale qui entrave leur autonomisation économique. L’objectif de la présente recherche est d’analyser l’influence de la justice énergétique sur l’autonomisation des femmes. Sur la base de l’interactionnisme symbolique et de la justice intragénérationnelle, l’analyse de l’influence de ce problème sur l’autonomisation des femmes rurales d’Ifangni vise d’abord à appréhender l’effet de l’accès aux ressources énergétiques et de son contrôle sur les activités productives des femmes, avant de cerner son importance sur leur autonomisation économique. De cette recherche qui se veut mixte, il ressort que la division sexuelle du travail pour l’approvisionnement du ménage en énergie productive à Ifangni est régie par une organisation sociale qui confère des rôles différents aux hommes et aux femmes, puis renforce les relations de dépendance dans les ménages. Par ailleurs, l’accès et le contrôle des ressources énergétiques par les femmes, déterminent leur autonomisation économique à condition qu’elles mettent à profit le gain de temps issu de l’utilisation de l’énergie, puis gèrent efficacement l’énergie disponible, en surpassant les « valeurs morales » puis en se référant à l’équité intragénérationnelle dans le contexte actuel de changement climatique, pour diversifier leurs activités productives. Mots clés : Ifangni, justice énergétique, activités productives, autonomisation des femmes.
Book
Everyday life is defined and characterised by the rise, transformation and fall of social practices. Using terminology that is both accessible and sophisticated, this essential book guides the reader through a multi-level analysis of this dynamic. In working through core propositions about social practices and how they change the book is clear and accessible; real world examples, including the history of car driving, the emergence of frozen food, and the fate of hula hooping, bring abstract concepts to life and firmly ground them in empirical case-studies and new research. Demonstrating the relevance of social theory for public policy problems, the authors show that the everyday is the basis of social transformation addressing questions such as:how do practices emerge, exist and die?what are the elements from which practices are made?how do practices recruit practitioners?how are elements, practices and the links between them generated, renewed and reproduced? Precise, relevant and persuasive this book will inspire students and researchers from across the social sciences.
Book
Si le produit intérieur brut d'un pays augmente chaque année et que le pourcentage de personnes privées d'instruction et de soins médicaux grandit lui aussi, ce pays est-il vraiment en progrès ? Nos indicateurs économiques échouent à saisir la réalité des vies individuelles. Nos théories du développement ignorent les plus élémentaires besoins de dignité. Mais il existe une alternative : l'approche des capabilités, sans doute la plus novatrice et la plus prometteuse des contributions de la philosophie politique à la question de la justice sociale. Que sont les capabilités ? Ce sont les réponses à la question : "Qu'est-ce que cette personne est capable de faire et d'être ?". Au fil d'une passionnante discussion, Martha Nussbaum propose une liste de capabilités, garantes de domaines de libertés si centraux que leur absence rend la vie indigne. Son approche se présente comme une contribution au débat national et international, et non comme un dogme qui devrait être accepté en bloc. Une fois évaluée, soupesée, comparée avec d'autres, si elle résiste à l'épreuve de l'argument, elle pourra être adoptée et mise en oeuvre. Autrement dit, les lecteurs de ce livre seront les auteurs du prochain chapitre de cette histoire du développement humain.
Article
Since its publication in the early 90s, Brenda Boardman's Fuel Poverty has been the reference text for those wishing to learn about this complex subject. In this, its successor, she turns a critical eye to the new millennium and finds that the situation, while now more widely recognised, is far from having improved. The book begins by discussing the political awakening to the issue and exploring just who constitutes the fuel poor. It examines the factors that contribute to fuel poverty - low incomes, high fuel prices and poor quality housing - and looks at and evaluates the policies that have been employed to help reduce the problem. The latter part presents a detailed set of proposals based around long-term improvements in the housing stock that must be employed if we are to avoid a dire situation continuing to get worse. Based on detailed analysis of the situation in the UK, the growth of fuel poverty (sometimes called energy poverty) in other countries and the new focus in European policy makes the book timely and provides important lessons for those who now have to produce policies to tackle the issues.
Article
Environmental justice has increasingly become part of the language of environmental activism, political debate, academic research and policy making around the world. It raises questions about how the environment impacts on different people’s lives. Does pollution follow the poor? Are some communities far more vulnerable to the impacts of flooding or climate change than others? Are the benefits of access to green space for all, or only for some? Do powerful voices dominate environmental decisions to the exclusion of others?
Article
This article is based on a transcript of a speech by Anthony Giddens that was presented as the twentieth Policy & Politics Annual Lecture on 17 March 2015 at the University of Bristol, UK. Hence it is not as polished as an orthodox article might be. The speech is available online at www. bris. ac. uk/sps/policypolitcs/annuallecture2015/. It drew in some part upon the successive editions of his book, The politics of climate change (2009; 2011). Giddens looks at the political issues posed by climate change and stresses the fundamental importance and urgency of the problem for global civilization. Four key propositions are presented. First, that climate change needs to be seen as an immediate issue requiring urgent attention, not as a remote problem down the line. Second, rather than formal targets to limit carbon emissions reached under the auspices of the UN, bilateral and regional accords are likely to be much more important. Third, the power of fossil fuel companies needs to be challenged on a global level. Finally, digitally enhanced global activism can have a powerful impact on the climate change debate and the pressure for change.