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Abstract

Le mot « accompagnement » s’est largement diffuse et popularise au cours dernieres annees pour qualifier des pratiques d’intervention aupres de publics varies, dans des secteurs les plus divers — malades, sans-abri, eleves en difficultes, immigrants, etc.. A partir d’entrevues realisees en France aupres d’intervenants oeuvrant dans quatre secteurs — soins palliatifs, soins aux personnes âgees, education, insertion au travail —, nous avons cherche a savoir ce que le mot accompagnement designe et a degager ce que ces pratiques ont en commun et ce qui les distingue. Nous avons ainsi mis en evidence le socle ideologique commun a des pratiques d’accompagnement par ailleurs tres differentes. Cela nous a egalement permis de clarifier quelques-uns des enjeux poses par les transformations actuelles de l’intervention psychosociale.
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Article
Éric Gagnon, Pierre Moulin et Béatrice Eysermann
Reflets: revue d'intervention sociale et communautaire
, vol. 17, n° 1, 2011, p. 90-111.
Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :
URI: http://id.erudit.org/iderudit/1005234ar
DOI: 10.7202/1005234ar
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«Ce qu’accompagner veut dire»
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
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Ce qu’accompagner veut dire
Éric Gagnon
Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale, Québec
Pierre Moulin
Université Paul Verlaine — Metz
Béatrice Eysermann
Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale, Québec
Résumé
Le mot « accompagnement » s’est largement diffusé et popularisé au
cours dernières années pour qualifier des pratiques d’intervention
auprès de publics variés, dans des secteurs les plus divers
malades, sans-abri, élèves en difficultés, immigrants, etc.. À partir
d’entrevues réalisées en France auprès d’intervenants œuvrant
dans quatre secteurs — soins palliatifs, soins aux personnes âgées,
éducation, insertion au travail —, nous avons cherché à savoir
ce que le mot accompagnement désigne et à dégager ce que ces
pratiques ont en commun et ce qui les distingue. Nous avons ainsi
mis en évidence le socle idéologique commun à des pratiques
d’accompagnement par ailleurs très différentes. Cela nous a
également permis de clarifier quelques-uns des enjeux posés par
les transformations actuelles de l’intervention psychosociale.
Mots clés : Accompagnement, intervention, soins, éducation,
insertion
What Coatching Means
Abstract
In recent years, the term “coatching” (“accompagnement” in
French) has been widely disseminated and popularized to describe
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
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the intervention practices employed with various groups in many
different areas (sick people, the homeless, students with learning
difficulties, immigrants, etc.). Based on interviews conducted in
France with pratician working in four sectors (palliative care,
senior care, education, and occupational integration), we sought
to determine the meaning of the term “coatching” in order to
identify differences and similarities in these practices. In this
way, we have shown the common ideological base of coatching
practices that are in fact quite divergent. We were also able to
clarify some of the challenges posed as a result of current changes
in psychosocial intervention.
Key words : Coaching, intervention, care, education, inte-
gration
Introduction
Depuis une vingtaine d’années, le mot « accompagnement » s’est
largement diffusé et popularisé. Font de l’accompagnement non
plus les soignants et les psychothérapeutes seulement, mais aussi
une large gamme d’intervenants œuvrant auprès de publics divers,
sans-abri, immigrants, jeunes en difficultés, ou au sein d’organismes
à missions tout aussi diverses telles que l’insertion par l’emploi,
l’accession au logement, les difficultés scolaires, la toxicomanie
ou la mort dans la dignité. Qu’ont en commun ces interventions
justifiant le recours au même vocable? Simple effet de mode ou
réelle unité des pratiques? Peut-on dégager un socle idéologique
commun qui expliquerait qu’on désigne cette diversité de
conceptions et d’interventions à travers le même terme?
La popularité du mot « accompagnement » semble de prime
abord renvoyer à ce que l’on pourrait appeler le rejet de la « prise
en charge » : ne plus vouloir « faire à la place » de la personne,
mais lui permettre d’exercer par elle-même un contrôle plus grand
sur sa vie, la soutenir dans ses efforts pour trouver la réponse à ses
problèmes et trouver sa propre voie (Laurin, 2001; Autès, 2008).
Le mot témoignerait de la promotion de l’autonomie, devenue
« La popularité du
mot« accompagnement »
semble de prime abord
renvoyer à ce que l’on
pourrait appeler le
rejet de la « prise en
charge »… »
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valeur cardinale dans les sociétés occidentales contemporaines,
et d’une transformation de l’assistance. Mais est-ce le seul trait
commun à toutes les pratiques d’accompagnement, et caractérise-
t-il vraiment toutes les pratiques?
Phénomène encore ambigu, l’accompagnement fait en
outre l’objet d’appréciations diverses. À propos de l’insertion
professionnelle, certains ont parlé d’une psychologisation de la
protection sociale, qui prend de moins en moins la forme de mesures
inconditionnelles et impersonnelles de soutien, pour reposer
davantage sur la responsabilisation et la mobilisation des individus;
l’autonomie de la personne justifie une déresponsabilisation
de l’État (Fassin, 2004; Astier, 2007). D’autres en revanche ont
insisté sur la nécessité dans l’intervention de prendre en compte
la personnalité et l’histoire singulière de l’individu, comme les
relations dites d’accompagnement se proposent généralement de
le faire, ne pas simplement traiter la personne comme un « ayant
droit », mais comme un véritable sujet avec lequel un véritable
échange est possible (Fustier, 2005).
Nous avons voulu aller plus loin dans la compréhension du
phénomène et dans la clarification de ces discussions, en cherchant
d’abord à savoir ce que les pratiques d’accompagnement ont en
commun. Généralement, les études sur le sujet portent que sur
un champ d’intervention, par exemple, l’accompagnement en
gérontologie (Bonnet, 2008), dans l’insertion professionnelle
(Divay, 2008), auprès des sans-abri et des personnes en situation
de grande précarité (Parizot, 2003), dans le coaching en entreprise
(Salman, 2008) ou dans le suivi des patients greffés (Spoljar, 2008).
Si ces études aident à comprendre les transformations dans un
secteur d’intervention, elles ne permettent pas de jeter un regard
transversal et comparatif sur l’accompagnement. En outre, plusieurs
d’entre elles se bornent à évaluer l’efficacité d’un dispositif sans
en analyser les origines, les orientations idéologiques et les enjeux
sociaux plus larges. Les pratiques d’accompagnement n’ont-elles
en commun que le nom ou sont-elles toutes animées, faute d’une
approche identique, de préoccupations et d’objectifs communs?
Répondre à cette question était notre premier objectif.
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
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Dans le prolongement des travaux de Cantelli et Genard (2007)
et d’Ion, Laval et Ravon (2007), nous nous sommes également
demandé quel type de sujet produit l’accompagnement. À travers
un travail d’écoute basé sur le respect et l’empathie, prenant en
compte la subjectivité et l’expérience des individus et faisant
appel à des dispositions subjectives et morales confiance,
autonomie, responsabilité et motivation quels changements
cherche-t-on à induire sur la situation de la personne ou dans
son rapport à soi et aux autres? À quelles normes ou exigences
doit-il se soumettre? Ces auteurs avancent que ce nouveau mode
d’intervention vise davantage à restaurer la dignité et la confiance
d’une personne vulnérable et souffrante, par le biais d’une relation
centrée sur l’écoute, plutôt que simplement relever un « individu »
dysfonctionnel en compensant ses déficits d’intégration, favoriser
l’émancipation d’un « sujet de droit » vis-à-vis des normes, accroitre
sa capacité de juger et de décider ou renforcer la maitrise de son
destin. Nous avons voulu vérifier leur thèse et en approfondir les
implications. C’était là notre second objectif.
Après quelques précisions d’ordre méthodologiques, nous
examinerons successivement quatre champs d’intervention
différents en relevant leurs similitudes et leurs différences.
Ces comparaisons déboucheront sur quelques constats et
réflexions touchant le travail de subjectivation dans les pratiques
d’accompagnement, et la manière dont celles-ci cherchent à
surmonter, au cœur de l’intervention, différentes tensions entre
l’universalisme et la singularité, la responsabilité individuelle et
l’aide inconditionnelle, l’autonomie et la norme.
Questions de méthode
Des entrevues réalisées en Lorraine par des étudiants dans le cadre
d’un cours de Master de psychologie ont fourni l’occasion d’établir
la comparaison souhaitée et d’approfondir la compréhension du
travail de subjectivation. Ainsi, à la fin de l’année 2006 et au début
de l’année suivante, une centaine d’entretiens ont été menés auprès
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
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d’intervenants aux pratiques très diverses, enseignants, infirmières,
conseillers, psychologues ou travailleurs sociaux, œuvrant dans
différents secteurs, sanitaire, social, éducatif ou entrepreneurial.
Chaque entretien débutait par une question générale sur ce que
l’accompagnement représentait pour l’intervenant, que l’on invitait
par la suite à parler de sa propre pratique. Les personnes interrogées
pouvaient librement développer ces deux points; le plus souvent,
elles relataient des histoires particulières d’accompagnement, de
succès comme d’échec.
Nous avons sélectionné 32 entrevues, de façon à constituer
quatre groupes égaux et homogènes de professionnels exerçant
leurs tiers dans quatre contextes de travail spécifiques
soins palliatifs, soins aux personnes âgées en maison de retraite,
éducation et insertion par l’emploi.
Deux critères ont présidé au choix des répondants : ils
s’adonnaient à des tâches différentes (soin, éducation, orientation)
qui comprenaient un accompagnement s’étendant sur plusieurs
décennies (soins) ou plus récent (école et emploi); ils exerçaient
des métiers diversifiés, entre autres, infirmières, aides-soignantes,
psychologues, animatrices, éducateurs, enseignants, formateurs,
conseillers d’orientation, directeurs d’école ou bénévoles1.
L’échantillon est composé d’un nombre presque égal d’hommes
et de femmes (17/15), avec en moyenne 16 ans d’ancienneté
professionnelle, donc une assez grande expérience de travail. La
moyenne d’âge des participants était de 30 ans et une grande
majorité d’entre eux (85 %) possédaient un diplôme d’études
supérieures.
Les entrevues furent ensuite retranscrites intégralement,
analysées et, avec l’aide du logiciel Nvivo 2, elles ont été codées
autour de cinq grands thèmes : 1. définition et objectifs de
l’accompagnement; 2. moyens et actions exigées; 3. perception
de l’accompagné, à savoir, ce qu’il est et ce qu’il doit être; 4.
exigences de l’accompagnement — attitudes, savoir-faire, gestion
des émotions; 5. difficultés rencontrées. Les quatre milieux de
travail ont d’abord été analysés séparément, puis nous les avons
comparés sur chacun des cinq thèmes. De cette analyse ont émergé
les six dimensions par lesquelles les pratiques d’accompagnement
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
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s’apparentent ou se distinguent, et qui sont au cœur de cette étude :
souci de l’autre, individualisation de la relation, approche
globale, travail sur soi, autonomie et intégration sociale.
Bien que les répondants aient donné en entrevue de nombreux
exemples d’accompagnement, il s’agit d’une étude de discours,
et non d’une véritable analyse des pratiques; les entrevues ne
permettaient pas de faire une analyse des conditions de travail.
La suite de l’article suit la même logique que notre analyse.
Nous nous pencherons successivement sur les quatre milieux — les
deux premiers conjointement, car les discours sont pratiquement
identiques — avant de procéder à une comparaison d’ensemble
et de répondre à nos interrogations de départ.
Accompagner
Prendre soin
Historiquement, c’est dans les soins de santé que l’on a commencé
à parler d’accompagnement pour désigner ce qui excède les
traitements et contribue au bien-être, et que l’on désigne en
anglais par le mot care : l’attention portée à autrui, le soutien
moral et psychologique, l’aide aux activités de la vie quotidienne
telles que se nourrir, se laver, s’habiller ou se déplacer. C’est tout
particulièrement dans les soins aux personnes âgées, handicapées
ou mourantes que se sont d’abord développés une réflexion, des
discours et des pratiques sur l’accompagnement (Moulin, 2000;
Gagnon, 2009). On va également parler d’accompagnement dans
les pratiques d’entraide (self-help) et de soutien (groupes de parole)
pour les personnes ayant un problème de dépendance, alcoolisme
et toxicomanie, ou atteintes d’une maladie grave ou chronique,
tels le cancer, le sida, les cardiopathies, en mettant l’accent sur la
connaissance de soi, l’expression de sa souffrance, ainsi que sur le
contrôle que la personne doit reconquérir sur sa vie à la suite de
ces bouleversements (Gagnon et Marche, 2007).
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
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Ce double héritage, on le retrouve dans le discours des
personnes qui travaillent en soins palliatifs et chez celles qui
œuvrent en maison de retraite. Pour les premières, accompagner
consiste à aider les personnes à vivre dans la dignité cette
dernière étape de leur vie et à demeurer maitresses de leur destin,
et ce, en soulageant leur douleur, en assurant une présence auprès
d’elles et en leur témoignant respect et considération. Pour les
secondes, accompagner consiste à convaincre les personnes que
la vie peut encore leur apporter plaisirs et satisfactions, et faire en
sorte qu’elles puissent trouver leur place en maison de retraite,
qu’elles s’y sentent bien et qu’elles puissent s’épanouir malgré
leur âge et leur condition physique.
La première dimension qui ressort sur la manière d’intervenir
est le souci de l’autre, l’attention qu’on lui accorde : être présent
pour ne pas laisser la personne mourir ou vieillir seule, l’écouter et
être attentif à ses besoins, s’intéresser à ce qu’elle est. « Montrer qu’ils
existent, quoi » (Infirmière, soins palliatifs, 40 ans). Accompagner,
c’est contrer la solitude et l’indifférence, comme le disent à leur
manière toutes les personnes interrogées. « C’est quelque chose
que l’on doit à la personne » (Aide-soignante, maison de retraite,
54 ans). Cette attention à l’autre est étroitement liée à la deuxième
dimension qui est l’individualisation de l’aide. Accompagner,
c’est vouloir traiter chaque personne comme un être unique, en
fonction de ses goûts, de ses désirs et de sa situation personnelle.
Sur le plan des moyens, cela exige de connaitre la personne, de
l’écouter et de la faire parler, d’être attentif à ses demandes, de ne
rien lui imposer, de s’adapter à sa condition physique, et aussi à
sa situation familiale, ce qui implique soit s’effacer en présence
de la famille, soit se faire présent dans le cas d’absence de proches.
Avec chaque personne en fin de vie, la relation se veut unique,
les activités ne sont jamais identiques. De chacune des personnes
accompagnées, on dira conserver d’ailleurs un souvenir particulier.
« Pour moi, la personne n’est jamais anonyme » (Infirmière, soins
palliatifs, 43 ans). Savoir communiquer, être réceptif et accepter
l’autre sans jugements sont donc des éléments importants. La
maison de retraite doit ressembler « le plus possible à un chez
soi » (Animatrice, 35 ans). L’individualisation des soins implique, et
« Accompagner, c’est
contrer la solitude… »
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
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c’est la troisième dimension importante, une approche globale
qui prend en compte la personne dans toutes ses dimensions,
du confort physique à son apparence coiffure, habillement
—, de ses angoisses à l’hygiène corporelle ou de la médication
à l’alimentation. Satisfaire ses besoins fondamentaux et soulager
sa douleur, mais aussi reconnaître et respecter ses valeurs et ses
croyances, ce qu’elle a été et ce qu’elle désire maintenant, lui
renvoyer une image positive d’elle-même. Accompagner, c’est
permettre à la personne de bénéficier d’une véritable attention
ou d’un intérêt authentique, d’être reconnue; c’est prévenir la
déshumanisation, la réduction de la personne à un corps malade
ou handicapé.
Souci de l’autre, individualisation et approche globale impli-
quent à leur tour un certain travail sur soi. C’est la quatrième
dimension. La personne accompagnée doit parvenir à une certaine
tranquillité, exprimer ses besoins et ses désirs pour pouvoir
y répondre, parler de ses craintes et de ses douleurs pour les
soulager, se réconcilier avec ses proches et parfois avec son passé,
surmonter sa colère et ses frustrations et parvenir idéalement à
accepter la mort. De la part de la personne qui accompagne, cela
implique également un travail sur soi : apprendre à s’adapter aux
situations, à accepter les personnes telles qu’elles sont, à ne pas les
juger, à les connaître pour répondre à leurs demandes, besoins et
désirs, à tolérer leur refus et leur silence, à savoir communiquer
et à comprendre ce qui n’est pas toujours clairement exprimé,
à les toucher, à les calmer, à les distraire, parfois à s’effacer. La
personne qui accompagne doit apprendre à conserver une certaine
maitrise de soi, pour ne pas être submergée par ses émotions,
et adopter une certaine distance professionnelle pour ne pas
être trop affectée par la souffrance, la solitude ou la mort. « La
souffrance physique c’est plus facile de nos jours à apaiser parce
qu’on a des médicaments. La souffrance morale, déjà, il faut être
expérimenté pour la ressentir et ressentir l’intensité. Et puis là,
on a moins d’armes quand même. » (Infirmière, 40 ans). Posture
paradoxale de l’accompagnant qui doit à la fois être au plus près
de la personne, se laisser toucher, tout en tenant ses émotions à
distance pour demeurer disponible et efficace (Bonnet, 2008).
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
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Il faut aussi savoir parler aux proches, les inviter à être présents
au patient, leur communiquer des informations pertinentes, les
écouter et bien réagir à leurs demandes répétées.
On insiste sur la dimension interpersonnelle, sur la relation
dont on ne cesse de dire qu’elle est à chaque fois unique,
l’authenticité envers soi-même et envers autrui, gage d’une
véritable « rencontre entre deux êtres humains » (Infirmier, 34
ans). « On travaille avec ses propres affects […] Il faut que tu sois
authentique » (Infirmier, 28 ans). On y pense en rentrant à la
maison, on en rêve la nuit, on en sort parfois très préoccupé ou
même angoissé. Cette intensité et ces émotions sont recherchées.
Pour l’accompagné comme pour l’accompagnant, c’est l’occasion
d’éprouver ce qui donne à la vie son sens et sa valeur : l’accueil, la
communication, la reconnaissance. Les difficultés relatées renvoient
davantage à la communication interpersonnelle : ne pas savoir quoi
dire ou comment réagir ou répondre, se buter au mutisme de la
personne ou se heurter à sa colère, la difficulté de se confier, le
déni de la mort imminente par le patient ou la famille.
Soutenir les élèves en difculté
Le mot accompagnement est employé de plus en plus fréquem ment
dans le milieu scolaire tant dans le contexte de l’enseignement
régulier que dans celui qui s’adresse aux enfants présentant des
difficultés d’apprentissage. La pédagogie prend dès lors la forme
d’un accompagnement. Il ne s’agit pas seulement de trouver la
manière de transmettre un savoir et d’en vérifier l’acquisition, mais
de soutenir un élève pour l’aider à traverser une période difficile
et à réussir sa scolarisation malgré ses problèmes.
La confiance est ici le maitre mot de l’accompagnement.
L’élève doit reprendre confiance en lui, en ses capacités, s’il veut
se donner les moyens de s’en sortir et fournir les efforts nécessaires
pour réussir. Il doit aussi avoir confiance dans l’enseignant pour
accepter l’accompagnement et l’encadrement. Au quotidien, cela
signifie lui faire faire des exercices supplémentaires et les corriger
sans les noter, lui donner une méthode et une discipline de travail,
s’assurer qu’il a bien compris les consignes d’un devoir, s’arrêter
« Pour l’accompagné
comme pour
l’accompagnant, c’est
l’occasion d’éprouver
ce qui donne à la
vie son sens et sa
valeur : l’accueil, la
communication, la
reconnaissance. »
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
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dans la cour d’école ou dans la rue pour échanger avec lui, le
faire travailler en petits groupes afin qu’il se sente moins intimidé,
s’intéresser à ce qui l’intéresse, le mettre dans des situations qui le
valorisent, éviter surtout de le placer en situation d’échec pour
ne pas le décourager : « L’aider à se tenir debout » (Enseignant,
38 ans). La confiance en soi est de l’ordre des moyens, mais elle
est aussi de l’ordre des fins.
« J’essaye que ça se passe le mieux possible pour
eux, qu’ils ne ressortent pas avec une envie folle
de tout casser, et surtout qu’ils aient l’envie de
revenir à l’école. Créer l’envie chez un enfant,
l’envie d’apprendre, l’envie de se retrouver avec
ses camarades. » (Enseignante, 53 ans)
« L’épanouissement c’est l’aboutissement; à partir
du moment où l’élève se sent valorisé, je pense
qu’il est en bonne voie pour être plus sûr de lui
et puis pouvoir se débrouiller tout seul ensuite.
[…] Moi, ce qui me motive, c’est que chaque
élève puisse réussir sa vie; pas réussir dans la vie,
mais réussir sa vie, dans le sens où il l’a choisie
et pas par défaut. » (Enseignant, 30 ans)
On retrouve dans le discours des enseignants deux dimensions
importantes rencontrées chez les soignants : le souci de l’autre et
l’individualisation de l’intervention. Il faut s’intéresser à l’élève,
insistent-ils tous, aller vers lui, entendre ce qu’il a à dire, lui
prêter attention. La démarche doit être individualisée et opérer
en proximité, en essayant « de travailler au plus près de chacun »
(Enseignant, 30 ans). Aussi, faut-il savoir repérer l’élève en
difficulté, identifier ce qui fait problème et le place en situation
d’échec, tel le manque de confiance, d’intérêt, de concentration ou
d’organisation, et trouver les moyens de les surmonter, par exemple,
lui apprendre à organiser son travail, valoriser ses réussites ou relier
la matière à ses intérêts. Il faut pour cela bien connaître l’élève,
tenir compte de son niveau d’apprentissage, de ses difficultés, de
sa situation et de son caractère, savoir ce qu’il aime et ce qui le
motive, et idéalement lui dispenser un enseignement adapté. Tout
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
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comme pour les soignants, le contraire de l’accompagnement
c’est l’indifférence et l’indistinction. L’approche globale fait
également partie ici de l’accompagnement, bien qu’elle se heurte
à d’importantes difficultés : si la source des problèmes de l’élève
se trouve à l’extérieur de l’école, dans ses conditions de vie à
la maison ou dans ses relations familiales, il devient alors très
difficile d’intervenir : on peut seulement enseigner à l’élève une
méthode de travail pour les devoirs à la maison ou tâcher de faire
en sorte qu’il se sente heureux à l’école, de manière à favoriser
ses apprentissages.
À ces caractéristiques générales de l’accompagnement s’ajoute
notre cinquième dimension, celle de l’autonomie qui consiste
à savoir s’organiser, à se prendre en main, à se discipliner et à se
responsabiliser afin, plus tard, de se trouver un travail et de se
débrouiller seul, de pouvoir accomplir des choses, de se réaliser
et de s’épanouir. L’autonomie commande un travail sur soi. Dès
lors, l’accompagnement apparaît résolument tourné vers l’avenir,
ce que le jeune deviendra plus tard, ce qui lui sera permis de
faire. Cela rend le travail d’accompagnement d’autant plus
exigeant. L’enseignant se sent responsable de l’élève, de ses succès
comme de ses insuccès : « L’échec de l’élève, c’est mon échec! »
(Enseignant, 56 ans). Il doit s’y investir intellectuellement, mais
aussi moralement et émotionnellement : pourvoir à la réussite
de ses élèves, leur accorder du temps et de l’attention, trouver
des moyens appropriés pour chacun d’eux, maintenir le lien
de confiance. Pour quelques enseignants, l’autonomie est liée
à la formation du citoyen. Être autonome c’est pouvoir juger,
faire des choix éclairés, exercer un esprit critique, devenir un
« citoyen accompli » (Enseignant, 38 ans), concerné et impliqué
dans les affaires de la cité. L’accompagnement vient soutenir un
projet éducatif comme formation de l’esprit et d’éducation à la
citoyenneté.
L’accompagnement, c’est une mission que les intervenants se
donnent, mais dont le succès est toujours incertain. D’où le besoin
parfois de l’enseignant d’être lui-même accompagné, soutenu et
conseillé dans ses efforts et son approche; le besoin de se concerter
avec d’autres enseignants dont on déplore l’indisponibilité et le
« …le contraire de
l’accompagnement
c’est l’indifférence et
l’indistinction. »
« L’accompagnement,
c’est une mission que
les intervenants se
donnent, mais dont
le succès est toujours
incertain. »
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
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manque de motivation pour se rencontrer et discuter d’un élève ou
du programme. L’enseignant se sent souvent livré à lui-même.
L’insertion par l’emploi
On dit également accompagner dans la recherche d’un emploi.
On accompagne des jeunes de16 à 30 ans, peu ou pas scolarisés, au
mode de vie parfois marginal — toxicomanie, délinquance—, des
moins jeunes qui ont perdu leur emploi et qui ne parviennent pas
à en retrouver un autre, des personnes dont la pauvreté, l’absence
de logement, les problèmes de santé ou les démêlés avec la justice
compliquent la recherche d’un emploi ou empêchent de compléter
une formation. L’intervenant les guide dans leurs démarches
administratives parfois complexes, les aide dans la rédaction de
leur CV et dans la préparation à un entretien d’embauche, leur
trouve un stage dans une entreprise ou une formation pour un
métier, les met en contact avec des organismes qui peuvent les
aider à solutionner un problème personnel, les soutient dans la
recherche d’un logement, travaille à changer leur comportement,
en leur apprenant par exemple à gérer un budget, à respecter un
horaire ou à soigner leur apparence. Certains n’ont besoin que
d’un accompagnement ponctuel, sur une courte période pour
répondre à un besoin précis, tel celui de compléter des démarches
administratives, alors que d’autres ont besoin d’un accompagnement
à plus long terme pour sortir de la marginalité, suivre une formation,
obtenir un stage ou décrocher un emploi. C’est de ces derniers que
les intervenants interrogés vont surtout nous entretenir.
L’objectif, c’est de leur trouver un emploi qui leur assure une
réinsertion sociale, qui les sort de la pauvreté et de la marginalité.
Dans les exemples de succès qu’ils se plaisent à raconter, les
intervenants soulignent comment cette insertion par l’emploi
est source de satisfaction, de valorisation et de bonheur pour la
personne, ainsi que de regain de confiance. Plus qu’une source
de revenus, le travail « c’est ce qui va lui donner un statut social »
(Formatrice, 32 ans). Par delà l’aide technique dans l’obtention
d’un emploi, l’accompagnement permet aux individus de
surmonter leurs difficultés et leurs échecs, de trouver leur place
au sein de la société et de réaliser leurs aspirations.
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
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Accompagner une personne, c’est d’abord l’accueillir et
l’écouter, connaitre son parcours, ses difficultés, ses doutes, mais
aussi ses compétences et ses aspirations. Le souci de l’autre, ici
encore, consiste à comprendre sa situation sans la juger, l’accepter
telle qu’il est, ne pas se fier aux apparences, sans non plus être
dupe des histoires que certains racontent et qui s’inscrivent au
programme pour bénéficier d’une aide immédiate sans volonté
réelle d’insertion. Ce qui signifie que les intervenants attendent
des usagers qu’ils s’inscrivent dans une démarche authentique et
volontaire.
Tout comme dans l’enseignement, la confiance est l’un des
principaux leviers du changement. Il faut en effet établir une
relation de confiance avec la personne afin de lui redonner
confiance en elle-même, ce qui est parfois long, difficile et toujours
fragile. La confiance s’obtient par le respect que l’on témoigne
à la personne, en la valorisant et en lui proposant des objectifs
réalistes. Cette relation de confiance est nécessaire pour que la
personne se sente suffisamment à l’aise pour se raconter et accepte
d’entreprendre ce qu’on lui propose, que ce soit une formation,
un stage, ou toute autre démarche. Découragement, faible estime
de soi, enlisement dans les problèmes du présent sans perspective
d’avenir, pauvreté, divorce, démêlé avec la justice, complexité
des démarches administratives, certaines personnes « reviennent
de très loin » (Formatrice, 30 ans). Il faut « constamment les
mobiliser, les maintenir en éveil » (Conseiller, 34 ans), ce qui est
parfois difficile en raison de leurs difficultés personnelles et de
leur profond découragement. On leur propose alors « une autre
vision de leur problème » (Conseiller, 28 ans) dans laquelle il est
permis d’espérer.
L’accompagnement ici aussi doit être individualisé et global. Il
faut s’adapter à chaque cas, tenir compte de la situation particulière
de la personne, lui proposer des activités et des projets qui intègrent
ses intérêts, ses compétences, ses capacités et ses besoins. Il faut
s’occuper de l’ensemble de ses maux. On ne peut envisager une
formation ou un stage si la personne ne sait pas où elle va dormir
ou si elle va manger; on ne peut lui trouver un stage sans résoudre
son problème de transport.
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
103
L’accompagnement se concrétise dans un projet. La personne
accompagnée doit se donner un projet, déterminer le type de travail
qu’elle aimerait faire et se donner les moyens pour y parvenir :
résoudre ses problèmes immédiats, tel le logement, se donner
une formation, se trouver un stage, intégrer une entreprise. La
personne doit apprendre à se connaître elle-même et à se raconter
— sa situation, ses difficultés, ses besoins, son histoire de vie. Elle
doit découvrir des métiers, leurs conditions réelles d’exercice de
même que la formation et les qualités requises pour leur pratique.
Elle doit prendre un certain recul face à elle-même, accepter les
remises en question, modifier son projet initial et, si nécessaire,
repartir dans une autre direction. L’intervenant aide la personne
à bâtir son projet et à le valider en considérant les capacités, les
perspectives d’emploi, les formations disponibles. « La personne
désordonnée, pleine de projets, un petit peu irréaliste, c’est aussi
notre boulot d’accompagnateur de la cadrer » (Conseiller, 28 ans).
Le projet doit être réaliste afin d’éviter des déceptions, un nouvel
échec ou plus de découragement; il faut éviter la démobilisation et
la perte de confiance que l’on cherche justement à surmonter. Le
projet doit être concret : un emploi précis, avec des étapes et un
échéancier. Il doit être adapté aux individus, à leurs aspirations, à
leurs goûts et à leurs habiletés. « Si on arrive à les amener jusqu’à
ce qu’ils se déterminent en tant qu’individus eux-mêmes, on a fait
le chemin qu’il fallait. » (Assistant social, 60 ans). Le même travail
sur soi se poursuit avec le coaching en entreprise où la personne
apprend à réévaluer ses aspirations et ses projets professionnels, à
se projeter dans le futur, à trouver une nouvelle motivation face
au travail — savoir « rebondir » — et à revoir sa stratégie pour
atteindre de nouveaux objectifs (Salman, 2008). Cependant, ce
type de pratiques risque de rabattre les problèmes organisationnels
sur des problèmes psychologiques individuels en faisant porter sur
les seules épaules des salariés la responsabilité d’éventuels échecs,
stratégiques, gestionnaires ou économiques.
L’individu doit être volontaire, définir son propre projet et s’y
investir. « Si le jeune est motivé, […] si au fond de lui vraiment
il veut s’en sortir, il veut travailler son projet professionnel, on
est sur le bon chemin. » (Conseiller, 34 ans). La personne doit
« L’accompagnement
se concrétise dans un
projet. »
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
104
adhérer à son projet et avoir le désir de changer sa situation
actuelle jugée indésirable. Il ne faut pas lui imposer des idées ou
un projet qui ne serait pas véritablement le sien. Un intervenant
parle d’accompagner « dans le vide » (Formateur, 39 ans) lorsque
la personne n’adhère pas vraiment au projet, que son projet est
irréaliste ou inadapté ou que la personne manque de volonté.
« Être acteur de son projet » (Éducateur, 46 ans) implique
d’être autonome, insistera-t-on. L’autonomie est une condition
de l’accompagnement et une finalité. L’usager décide du projet,
de continuer ou de poursuivre l’accompagnement, il doit savoir
ce qu’il veut et il doit se donner tous les moyens nécessaires pour
y parvenir. Accompagner, précisent quatre intervenants, ce n’est
pas « faire à la place », c’est montrer à l’autre comment faire, c’est
le guider. « C’est pas faire, c’est être à côté » (Formatrice, 32 ans),
donner une direction et des moyens, chercher des occasions,
aider à choisir.
encore, l’accompagnement prend une tournure paradoxale.
Même si la personne est autonome, il faut l’inciter à prendre une
certaine direction ou la décourager d’en prendre une autre; et si le
projet est bien le sien, on l’aide finalement à sortir de la marginalité
ou de l’exclusion et à avoir une conduite ou des activités qui
répondent aux normes sociales. Car, l’accompagnement vise
certes l’autonomie, mais aussi une certaine conformité sociale.
Pour réussir son intégration sociale, la sixième dimension de
notre analyse, la personne doit intégrer certaines normes propres
à la collectivité : terminer sa scolarité, apprendre à respecter les
consignes ou les horaires et savoir se présenter, par exemple,
en enlevant sa casquette ou en se rasant pour les garçons, en se
maquillant plus sobrement pour les filles. Il faut comprendre et
accepter les contraintes du monde du travail et les exigences de
la formation et du métier. L’intervenant veut amener la personne
à changer progressivement, par étapes, « par touches successives »
(Conseiller, 28 ans), afin qu’elle puisse mettre toutes les chances de
son côté. Les intervenants répugnent à la coercition, ils cherchent
à la fois le consentement et la soumission. Ils veulent persuader
et non obliger, du moins pas constamment ni ostensiblement,
et demeurent évasifs sur les sanctions à l’endroit de ceux
« …l’accompagnement
vise certes l’autonomie,
mais aussi une certaine
conformité sociale. »
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
105
qui ne se soumettent pas aux normes, se bornant à dire que
l’accompagnement est impossible.
Convergences, divergences et tensions
Subjectivité et rapport à soi
Relevant à la fois des fins et des moyens, quatre des six dimensions
qui, aux yeux des répondants, contribuent à qualifier une
intervention d’« accompagnement » sont communes à tous les
secteurs — soins palliatifs, soins aux personnes âgées, éducation
et insertion au travail —, quelles qu’en soient les tâches qui s’y
rattachent. Il s’agit du souci de l’autre, qui est fait de présence,
d’écoute et de non-indifférence; de l’individualisation de la
relation, qui suppose la connaissance de l’usager en vue d’adapter
l’intervention; de l’approche globale, qui tient compte de
l’intégrité de la personne, sa vie et son parcours; et du travail
sur soi.
L’accompagnement désigne une sorte d’idéal de l’intervention.
Accompagner, c’est être constamment présent et à l’écoute,
c’est sortir une personne de l’indifférence, de l’anonymat et
de la solitude, ne jamais la laisser seule avec ses difficultés.
C’est s’impliquer, ne pas travailler de manière impersonnelle et
routinière, mais toujours s’adapter à la situation, en y mettant
du temps, de l’énergie et de l’imagination. C’est vouloir faire la
différence, contribuer à changer un peu le destin d’une personne,
croire qu’avec un peu d’aide, tout le monde peut surmonter ses
peurs et ses difficultés, grandir et progresser. En somme, un idéal
assez exigeant tant pour l’accompagné qui est invité à effectuer
un retour sur lui-même, à se raconter, à considérer sa situation et
ses difficultés dans leur ensemble comme indésirables et vouloir
en sortir, à se discipliner, à reprendre confiance et à se transformer,
que pour l’intervenant qui doit afficher les bonnes attitudes,
trouver des solutions adaptées aux situations, ne pas compter ses
heures et ne jamais préjuger des résultats de son intervention.
« L’accompagnement
désigne une
sorte d’idéal de
l’intervention. »
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
106
L’accompagnement comporte d’ailleurs une part de don de soi :
on donne du temps, de l’attention qui excède le travail « normal »
de soignant ou d’éducateur (Fustier, 2005).
Ce que la popularité actuelle du mot « accompagnement »
traduit avant tout, c’est la place accordée à la subjectivité dans
l’intervention. On intervient sur la subjectivité de la personne qui
est invitée à s’examiner et à se connaître — au chapitre de ses peurs,
de sa souffrance, de ses expériences passées ou de ses problèmes
familiaux —, à se transformer, à retrouver confiance en elle-même,
à développer une image positive d’elle-même, à reconstruire son
identité et à reprendre contrôle sur sa vie. Mais l’intervenant investit
aussi sa propre subjectivité, par un travail sur ses attitudes, ses
réactions et ses modes de communication, une grande implication
professionnelle et un désir de changer la vie des gens, tout en
mesurant son implication pour ne pas surinvestir la relation et se
sentir lui aussi responsable des échecs de l’accompagné. Ce travail
sur soi, version contemporaine de la discipline, constitue l’attrait
de l’accompagnement en même temps qu’il le rend exigeant en ce
qu’il exige de temps, d’investissement personnel, de responsabilités
accrues, de savoir-faire et de savoir-être.
La personne accompagnée est considérée comme un être
singulier, fragile et vulnérable, qui doit être soutenu et traité
différemment de tout autre individu. Le sujet est d’abord compris
comme une personne vulnérable. En ce sens, on peut parler d’une
individualisation et d’une psychologisation de l’aide. Prolongement
de la pensée humaniste rogérienne de développement personnel,
étendue à tous les domaines de la vie, de l’enfance à la mort, de la
famille au travail, l’accompagnement est d’abord reconnaissance
d’une expérience, d’une histoire et des désirs singuliers, et effort
pour faire une place dans le monde à cette individualité (Paul,
2004); une forme d’adaptation dans et par la relation à l’autre qui
doit lui aussi s’ajuster et changer.
Autonomie et rapport à la norme
Outre ce qu’ils ont en commun, les différents domaines
d’intervention affichent des spécificités en ce qui concerne
« …on peut
parler d’une
individualisation et
d’une psychologisation
de l’aide. »
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
107
l’accompagnement véritable tel que décrit par les répondants.
Si toutes les formes d’accompagnement s’inscrivent dans une
certaine durée et visent une transformation graduelle de la
personne, les accompagnements scolaire et socioprofessionnel
ont ceci de particulier qu’ils sont tournés vers l’avenir, ce que
l’élève deviendra à l’âge adulte, ce que le chômeur peut faire
de sa vie; à l’opposé, les soins aux personnes âgées ou en fin de
vie sont entièrement centrés sur le présent et l’avenir immédiat :
on assure une présence justement pour améliorer la situation
actuelle, sans projet à long terme. L’accompagnement à l’école et
dans l’insertion ne se limite pas à aider la personne à surmonter
les échecs, mais l’amène à se projeter dans l’avenir, à accomplir
quelque chose, à occuper une place dans le monde, voire à réussir
sa vie. L’accompagnement a une visée d’intégration sociale pour
l’épanouissement et le bien-être de la personne. Ici, le sujet n’est
pas seulement une personne vulnérable, elle est un citoyen en
devenir. Cette citoyenneté n’est pas que politique; elle comporte
des accents psychologiques sur divers plans, notamment ceux de
l’épanouissement et du bien-être. Elle est l’aboutissement d’une
intervention sur la subjectivité, adaptée à chaque singularité,
autant qu’une éducation à la citoyenneté destinée à tous. La
relation pédagogique prend d’abord la forme d’une relation
compassionnelle.
Si la recherche de l’autonomie est relativement marginale
dans les soins où l’avenir est limité, elle est en revanche centrale
dans l’accompagnement scolaire et professionnel. Ce n’est pas tout
de compléter sa scolarité et de se trouver un emploi, il faut aussi
devenir un individu autonome, un citoyen à part entière, qui ne
dépend pas d’autrui et qui sait faire face aux difficultés de la vie.
Mais y parvenir passe par l’acceptation de normes et d’obligations,
à commencer par l’injonction paradoxale à devenir autonome,
à se conformer à une certaine idée de l’autonomie. Avoir un
projet c’est faire des choix, mais également se plier à des normes
pour s’intégrer. Comme le fait remarquer Divay (2008, p. 62), la
notion d’accompagnement « offre une élasticité sémantique qui
la rend socialement convenable. La dimension de contrôle […]
est gommée, sans être évacuée, tout en ennoblissant le rôle du
« Avoir un projet c’est
faire des choix, mais
également se plier
à des normes pour
s’intégrer. »
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
108
conseiller ». Présentées comme un accès à l’autonomie, les normes
deviennent plus acceptables. L’accompagnement ne signifie donc
pas un recul du contrôle professionnel, mais une transformation
de son mode d’exercice.
Tableau 1 : Dimensions de l’accompagnement
Dimensions communes aux
quatre secteurs
• soucidel’autre
• individualisationdelarelation
• approcheglobale
• travailsursoi
Dimensions spécifiques
à l’enseignement et à
l’insertion
• intégrationsociale
• autonomie
Accompagner, c’est ainsi chercher à réconcilier l’autonomie et les
normes sociales en les superposant, à réconcilier la reconnaissance
de l’individualité avec son insertion dans une organisation, école
ou travail, et dans le monde, avec chacun leurs contraintes. C’est
aussi chercher à conjuguer empathie — sur cette base que chacun
mérite considération et attention — avec discipline ou travail sur
soi, à concilier aide inconditionnelle et responsabilité individuelle
par laquelle chacun se prend en main, à associer enfin relation
compassionnelle et responsabilité professionnelle. Ces tensions et
ambiguïtés sont plus manifestes dans les domaines de l’éducation
et du travail, mais ne sont pas entièrement absentes de celui des
soins. Elles sont au cœur de l’accompagnement, qui participe
d’une culture qui valorise la communication, l’autonomie et
la responsabilisation (Ehrenberg, 1998), tout en en critiquant
les effets négatifs tels que la solitude ou l’exclusion des plus
vulnérables. Elle reprend et diffuse ces idéaux et exigences, tout
en compensant pour ceux qui n’arrivent pas à les rencontrer.
Le recours au mot « accompagnement » pour qualifier un très
grand nombre de pratiques témoigne en définitive de la place que
prend la subjectivité dans l’intervention sociale. Nouvelle version
de la croissance et du développement personnel, les pratiques dites
d’accompagnement ont ceci en commun qu’elles mobilisent non
« Accompagner, c’est
ainsi chercher à
réconcilier l’autonomie
et les normes
sociales… »
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
109
seulement les compétences et savoirs de l’individu, mais aussi
son histoire, l’image qu’il se fait de lui-même, la manière dont il
éprouve subjectivement sa situation, ainsi que ses forces morales :
responsabilité, autonomie, volonté (Cantelli et Genard, 2007). Ces
pratiques impliquent un travail sur soi et sur certains affects tels
que la peur, la souffrance, la honte, le découragement, les désirs
ou la confiance en autrui et en son propre potentiel. Elles visent
non seulement à faire acquérir objectivement à l’individu une
place ou un statut social — emploi, scolarité complétée, place en
hébergement ou mort digne —, mais aussi une transformation de
sa personne, de son identité, de sa place dans le monde, et de s’en
sentir responsable. Quels que soient son titre, sa formation ou son
statut, l’accompagnateur doit lui-même s’engager de son côté et
développer des habilités sur les plans psychologique et relationnel,
telles l’empathie ou la motivation, en plus de certaines qualités
humaines ou morales tels le respect, la tolérance, l’altruisme, la
sollicitude ou la mansuétude, dans un effort pour réconcilier
l’individualisation et l’universalisation des services, l’autonomie
et les normes, l’individualité et un certain conformisme, l’aide
inconditionnelle et la responsabilité individuelle, la compassion
et le professionnalisme. L’accompagnement est un effort pour
surmonter quelques-unes des contradictions de la relation d’aide,
et plus largement, les injonctions paradoxales auxquelles les
individus sont aujourd’hui soumis.
Derrière les discours des intervenants, on ne retrouve pas
une analyse ou une théorie commune des transformations et
impasses de la société justifiant leur approche. On n’ignore pas
les contraintes structurelles et institutionnelles, mais on manque
d’emprise sur elles et on se rabat sur l’interpersonnel. En revanche
se dégage une vision de la société contemporaine, comme une
société d’individus fragiles ou blessés, qui ont des handicaps plus
ou moins prononcés et qui, à des degrés divers, ont besoin d’un
soutien pour surmonter les obstacles, affronter les difficultés,
franchir certaines étapes de la vie, celles de la formation, de
l’insertion professionnelle, du vieillissement et de fin de vie; une
société caractérisée par l’incertitude quant à l’avenir en raison de
la précarité du travail et l’insécurité perçue quant à l’identité et
Le dossier Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011
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la place de chacun; une société néanmoins composée d’individus
ultimement responsables de leur destin et qui, avec l’appui d’un
professionnel, d’un ami ou d’un parent, parviennent à l’autonomie;
une société d’individus en constant travail sur eux-mêmes pour
pouvoir s’orienter, trouver leur voix, voire passer au travers des
épreuves, et en quête de reconnaissance pour se faire confirmer
la valeur de ce qu’ils ont accompli ou de ce qu’ils projettent de
faire; une société d’accompagnés et d’accompagnement.
Note
1. Pour une présentation plus détaillée des métiers, voir le rapport de recherche, Ce
qu’accompagner veut dire, disponible en format PDF à l’adresse suivante : http://www.
csssvc.qc.ca/publications/index.php.
Bibliographie
ASTIER, Isabelle (2007). Les nouvelles règles du social. Paris, PUF, 200 p.
AUTÈS, Michel (2008). « Au nom de quoi agir sur autrui? », Nouvelle revue de psychosociologie, No
6, p. 11-25.
BONNET, Magalie (2008). « Relation d’aide et aide à la relation en gérontologie » Nouvelle revue
de psychosociologie, No 6, p. 107-121.
CANTELLI, Fabrizio, et Jean-Louis GENARD (2007). « Jalons pour une sociologie politique de
la subjectivité », dans Fabrizio Cantelli et Jean-Louis Genard, (dir.), Action publique et subjectivité,
Paris, Librairie générale de droit et jurisprudence, p. 13-40.
DIVAY, Sophie (2008). « Psychologisation et dépsychologisation de l’accompagnement des
chômeurs », Sociologies pratiques, No 17, p. 55-66.
EHRENBERG, Alain (1998). La fatigue d’être soi, Paris, Odile Jacob, 318 p.
FASSIN, Didier (2004). Des maux indicibles. Sociologie des lieux d’écoute. Paris, La Découverte, 187 p.
FUSTIER, Paul (2005). Le lien d’accompagnement, Paris, Dunod, 238 p.
GAGNON, Éric (2009). « Une société d’accompagnement », dans Michèle Clément, Lucie Gélineau
et Anaïs-Monica McKay (dir.), Proximités. Lien, accompagnement et soin. Québec, Les Presses de
l’Université du Québec, p. 333-353.
GAGNON, Éric, et Hélène MARCHE (2007). « Communication, singularité, héroïsme.
L’accompagnement et les gestions temporelles du cancer », dans Ilario Rossi (dir.), Prévoir et
prédire la maladie, Montreuil, Éditions Aux lieux d’Être, p. 285-301.
ION, Jacques, Christian LAVAL et Bertrand RAVON (2007). « Politiques de l’individu et psychologies
d’intervention : transformation des cadres d’action dans le travail social », dans Fabrizio Cantelli
et Jean-Louis Genard, (dir.), Action publique et subjectivité, Paris, Librairie générale de droit et
jurisprudence, p. 157-168.
Reflets — Vol. 17, No 1, printemps 2011 Le dossier
111
LAURIN, Nicole (2001). « L’accompagnement », Revue Argument, Vol. 4, No 1, p. 76-85.
MOULIN, Pierre (2000). « Les soins palliatifs en France : un mouvement paradoxal de médicalisation
du mourir contemporain », Cahiers Internationaux de Sociologie, Vol. CVIII, p. 125-159.
PARIZOT, Isabelle (2003). Soigner les exclus, Paris, PUF, 256 p.
PAUL, Maela (2004). L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique, Paris, L’Harmattan, 356
p.
SALMAN, Scarlett (2008). « La fonction coaching en entreprise », Sociologies pratiques, No17, p. 43-
54.
SPOLJAR, Philippe (2008). « L’accompagnement du patient greffé, un travail sur les liens », Pratiques
psychologiques, No 14, p. 323-338.
... Toutefois, les propos sont divergents en ce qui concerne la définition de ce rôle. Selon Statistique Canada (2012, cité dans Le Conseil du statut de la femme, 2018) une proche aidante est : […] une personne qui, au cours des 12 mois précédents l'enquête, a fourni de l'aide ou des soins à un ou plusieurs bénéficiaires en raison d'un problème de santé de longue durée (qui L'accompagnement d'une personne âgée serait donc composé de quatre dimensions : le souci de l'autre, l'individualisation de l'aide, l'approche globale et le travail sur soi (Gagnon et al., 2011). ...
... Étroitement liée avec le souci de l'autre, l'individualisation de l'aide consiste à traiter chaque personne comme unique. Cette deuxième dimension nécessite le développement d'une relation de confiance, de sorte que l'accompagné soit à l'aise de communiquer ses besoins, mais aussi pour que l'accompagnateur soit réceptif et accepte les demandes sans porter de jugement (Gagnon et al., 2011). La troisième dimension, soit l'approche globale « […] prend en compte la personne dans toutes ses dimensions, du confort physique à son apparencecoiffure, habillement-, de ses angoisses à l'hygiène corporelle ou de la médication à l'alimentation » (p.97). ...
... Le souci de l'autre, l'individualisation et l'approche globale nécessite sans aucun doute un travail sur soi de la part de la personne accompagnée, mais aussi de la part de l'accompagnateur. Gagnon et al. (2011) explique que cette dernière dimension est « […] l'occasion d'éprouver ce qui donne à la vie son sens et sa valeur : l'accueil, la communication et la reconnaissance » (p.98). C'est seulement à travers cette dimension de l'accompagnement que la personne accompagnée parviendra à une tranquillité. ...
Full-text available
Thesis
Le vieillissement démographique est un phénomène qui touche plusieurs pays à travers le monde. Bien que le vieillissement des populations comporte de multiples facettes, cette thèse de maîtrise s’intéresse au rôle joué par les femmes proches aidantes dans le maintien à domicile des personnes âgées. L’objectif de la recherche est donc de comprendre l’expérience d’accompagnement auprès d’un parent âgé de la perspective des femmes francophones proches aidantes du Nouveau-Brunswick. L’originalité de notre étude est qu’elle s’appuie sur trois perspectives théoriques soit 1) La reconnaissance sociale (Honneth, 2000), 2) L’éthique du care (Tronto, 2008) et 3) La trajectoire d’accompagnement (Corbin, 1992). En utilisant l’approche phénoménologique, nous avons placé l’expérience d’accompagnement du parent âgé au centre de nos réflexions. Au total, six entretiens semi-dirigés furent réalisés avec des femmes faisant l’expérience du phénomène à l’étude. Nos résultats de recherche démontrent que la relation entre la proche aidante et le parent âgé est centrale à la trajectoire d’accompagnement. Dans ce sens, la reconnaissance sociale, de par la sphère de l’amour, peut être réfléchie au coeur de la relation d’accompagnement. Cette recherche nous a permis d’en apprendre davantage sur la complexité du phénomène d’accompagnement d’un parent âgé, notamment en ce qui concerne les difficultés rencontrées dans la trajectoire d’accompagnement. Ce constat, nous a permis d’approfondir notre analyse et de mettre en lumière deux types de trajectoires d’accompagnement 1) complète et 2) fragmentée.
... Although this may seem banal, the relational aspect of social work practice takes on a particularly telling role in contemporary practice, which is characterized by its critical stance toward paternalistic interventions and appraisal of "liberal" interventions. Social workers today seem to have grasped this particular context, as they define their work, generally, as providing accompaniment-that is, nondirective support and assistance to clients' self-determined goals (Gagnon, Moulin, & Eysermann, 2011). Social workers accompany individuals by helping them to modify their psychological traits so that they can ultimately be able to cope with daily stressors, be organized, be responsible, and work on their selves. ...
Full-text available
Article
http://sw.oxfordjournals.org/content/early/2016/11/09/sw.sww071.full.pdf+html
Full-text available
Article
Following a case study in urban areas in Quebec province dealing with the analysis of outreach practices developed by a team of public health and social services toward people called "marginalized", we analyze the "marginalization" faced by the latter by the institutions with which they have a weak link or no link at all. In the experience of this team, the workers themselves became "marginal", taking some distance away from the places where the services are usually provided and developing creative practices of social ties. Entrées d'index Mots clés : Marginalité sociale, pratiques de proximité, accompagnement, création de liens sociaux, effets de l'intervention
Full-text available
Article
Que propose le système éducatif pour accompagner tou.te.s les élèves dans leur apprentissage ? Beaucoup de dispositifs pédagogiques, sous toutes les formes possibles : des dispositifs externes à la classe, en petits groupes, en groupes de besoin, en ateliers à l’intérieur de la classe, avec des enseignant.e.s supplémentaires, des enseignant.e.s spécialisé.e.s, etc. Pour voir plus clair dans cette multitude de dispositifs, qui souvent se juxtaposent au fur et à mesure des années, nous les avons examinés selon leur public : les dispositifs organisés pour les seuls élèves en difficulté, comme les activités pédagogiques complémentaires en primaire ; les dispositifs organisés pour tou.te.s les élèves, comme l’accompagnement personnalisé dans le secondaire. La mise en place historique du premier type de dispositifs (tournés vers le soutien et la remédiation) semble avoir montré ses limites : le fait d’être hors la classe, outre l’effet immédiat de stigmatisation vis-à-vis des camarades de la classe, entraine une rupture avec la dynamique et la temporalité de la classe, ce qui n’améliore pas à moyen terme l’apprentissage des élèves. Suite à ces résultats, le passage de l’aide aux élèves en difficulté à l’accompagnement de tou.te.s les élèves s’est donc fait dans les préconisations officielles, mais n’a pas été suivi dans la pratique, puisque les deux types de dispositifs coexistent à l’heure actuelle. Ce Dossier de veille tente d’en comprendre les raisons, en explorant les études portant sur l’évaluation des dispositifs et en s’intéressant aussi bien à l’engagement des élèves dans leur apprentissage qu’aux transformations profondes des pratiques enseignantes qu’impliquent les dispositifs. Des pistes permettant aux enseignant.e.s de faire face aux défis de suivi de l’apprentissage (et donc de réussite) de tou.te.s leurs élèves sont abordées, notamment l’organisation et la gestion collective du repérage des besoins des élèves.
Full-text available
Article
RESUME Segment contestataire de la biomédecine moderne, le mouvement des soins palliatifs constitue actuellement un "paradigme global" de prise en charge du mourir, de la mort et du deuil, proposant simultanément une approche holistique du malade, un modèle d'organisation des soins, une éthique alternative et un projet politique dont l'ensemble fusionne en une synthèse inédite. Aussi, l'impact grandissant des soins palliatifs en France mérite que l'on retrace l'historique de leur institutionnalisation et que l'on mette au jour les fondements idéologiques (clinique, humaniste, herméneutique et chrétien) de leur doctrine. Ainsi définis, les soins palliatifs incarnent-ils à nos yeux un mouvement paradoxal de médicalisation du mourir contemporain. Mots clés : Soins palliatifs, Fin de vie, Médecine, Éthique, Idéologie. SUMMARY Contestant segment of the modem biomedical world, the palliative care movement represents a "new Paradigm" of care of the dying, death and mouming, proposing simultaneously holistic approach of patient, work organisation, alternative ethics and political project which blend into an original synthesis. Thus, the growing impact of palliative care in France leads us to retrace the history of their institutionalization and to analyse the ideological basements (clinical, humanistic, hermeneutics and christian) of their doctrine. So defined, the palliative care movement embodies a paradoxical movement of medicalization of contemporary dying. Key words : Palliative care, End of life, Medicine, Ethics, Ideology
Full-text available
Article
Nowadays, support to the elderly has become a major stake in France. The helping relationships which develop in households or institutions between professionals – home aids, assistant nurses and nurses – and elderly dependants show how specific it is to work with stigmatised elderly people. Standing between health care and social help, helping relationships in gerontology oscillate between different points of reference : social contracts and donations, professionalization and familiarization, domestic services and family care... Help professionals, whether they work in households or institutions, refer to various points of view, opposing rather than complementing one another. Therefore, relying both on research on helping relationships in households and on field research in facilities for the elderly, the aim of this article is to focus on and highlight the ambiguity of the helping relationships due to a lack of team work.
Book
Ce livre explore un grand renversement dans trois secteurs de l'intervention publique : les politiques d'insertion et d'accompagnement du chômage, le travail de médiation urbaine dans les cités difficiles et l'intervention sociale dans les collèges. Mais quel renversement ? Celui de la dette sociale. Activer, reconnaître, se rapprocher, personnaliser, accompagner, responsabiliser : tels sont les gestes qui orientent désormais les nouvelles règles du social, la société n'est plus la première redevable envers les individus et ces derniers doivent faire montre de leur adhésion pour être protégés. Il ne suffit plus de plier l'échine pour bénéficier de l'État-providence. Être actif, construire sa vie et produire son avenir au travers de projets est attendu en échange du filet minimal de protection. Le client passif du travail social est détrôné par la figure de l'usager coopérant. On n'attend plus seulement des jeunes qu'ils se soumettent à la discipline scolaire, mais, qu'ils deviennent aussi des entrepreneurs d'eux-mêmes. Le droit au respect de sa dignité est non seulement une exigence d'être reconnu pour ce que l'on est, mais autant pour ce que l'on aspire à être. Dans cette vaste entreprise de responsabilisation, chacun devenant le reflet de l'autre, l'intervention sociale redevient une question politique.
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The support approach as a specific professionnal position The support approach was progressivley introduced in most professional sectors, namely those where the human relation is significant. The patient’s therapeutic education is without any doubt an aspect of the support approach in the health sector. It is often presented as a help, in other words a psychological and/or social complement of the mediacl treatment. This support approach is expected to have useful and necessary effects, even economical results thanks to a better compliance with the treatment. But this support approach cannot be limited to prescriptions optimization nor to a goodwill device. Even though there is a risk of it being diverted from the values which characterize it, it is also a means of bringing change to which we have to be attentive. The aim of this paper is to establish some guidelines to understand first of all what support means and what characterizes this support position. We shall then identify the framework of interaction of this support approach. We shall also try to focus on the patient‘s therapeutic education.
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The counseling of the patients in a service of surgery (liver-transplant) is considered as a practice of “be-with” which aims at the specific relief of a suffering, without possible intervention on the external reality implied in the difficulties that the person must face: the disease or the accident, the transplantation, the intensive cares, and the subsequent psychic rebuilding. The counseling helps the patient to be dissociated from the purely biological and instrumental events while being based on the creation of a singular framework by the mediation of words and presence which tries to overcome the traumatisms and to integrate the induced psychic modifications by the body disorders. Two examples illustrate the intensity and the archaism of the deployed psychic phenomena to which the counseling must thus be confronted to support, maintain or rebuild the multiple internal and external links tried by the postoperative intensive care shock.
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L'accompagnement des chômeurs a supplanté l'aide à la recherche d'emploi. S'agit-il d'une simple variation terminologique, d'un effet de mode ou d'un glissement sémantique chargé de sens ? L'analyse des pratiques des intervenants du domaine de l'insertion professionnelle apporte quelques éléments de réponse à cette question. L'activité de conseil de ces professionnels semble en fait sous-tendue par un double mouvement de « dé-psychologisation » et de rationalisation qui se produit sous l'influence de nouvelles orientations nationales et internationales de la politique de l'emploi.