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« Les marguilliers des églises du nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles », Bulletin historique du Haut-Pays, n° 80, 2014, p. 49-64.

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Abstract

Les biens temporels de l'église paroissiale furent une préoccupation majeure dans les villes et les villages de la France d'Ancien Régime. Ces biens étaient gérés par une institution appelée dans les régions septentrionales du royaume fabrique. Quel rôle cette institution et cet argent jouèrent-t-ils dans les relations et les solidarités paroissiales ? Quels rapports le curé entretenait-il avec les gestionnaires temporels des biens de l'église paroissiale ? Après avoir définit la fabrique nous nous intéresserons aux personnes qui l'administraient, les marguilliers.
Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014 | 49
Les marguilliers des églises
du nord de la France
aux XVIIe et XVIIIe siècles
Par Philippe Moulis
1
Les biens temporels de l’église paroissiale furent une préoccupation majeure dans les villes
et les villages de la France d’Ancien Régime. Ces biens étaient gérés par une institution appelée dans
les régions septentrionales du royaume fabrique.
Quel rôle cette institution et cet argent jouèrent-t-ils dans les relations et les solidarités
paroissiales ? Quels rapports le curé entretenait-il avec les gestionnaires temporels des biens de
l’église paroissiale ? Après avoir définit la fabrique nous nous intéresserons aux personnes qui
l’administraient, les marguilliers.
I. Qu’est-ce qu’une fabrique ?
Les dictionnaires de droit canonique donnent plusieurs définitions assez floues du mot
fabrique. Durand de Maillane la définit ainsi :
« Fabrique, signifie le temporel, ou le revenu affec à l’entretien d’une église paroissiale, tant
pour les parations, que pour la célébration du service divin (…). On entend aussi par ce mot dans
l’usage, l’œuvre me ou le corps des paroissiens qui le composent & qui sont préposés pour avoir soin
des biens & des charges de la fabrique. Ce mot de fabrique vient du mot fabrica, qui signifie
construction (…). Or comme la construction des églises & leurs réparations, sont un objet important, &
pour les dépenses qu’elles occasionnent, & pour l’intérêt qu’y ont les peuples, on assigna des fonds
particuliers à la fabrique dès le premier partage des biens de l’église & on en confia ensuite
l’administration aux paroissiens »
2
.
Le curé partageait l’administration temporelle de sa paroisse avec des laïcs qui géraient la
fabrique. Celle-ci était constituée par un groupe de laïcs, les marguilliers, qui administraient les biens
meubles ou immeubles et les revenus appartenant à l’église paroissiale. Quant au mot marguillier, il
vient du latin : matricularius, « celui qui tient un registre ». Les marguilliers assuraient l’entretien de
celle-ci par l’achat du luminaire, du pain et du vin de messe … Les marguilliers rétribuaient
également le personnel ecclésiastique et laïc de la paroisse.
Aux XVIe et XVIIe siècles, plusieurs arrêts et règlements royaux normalisèrent le
fonctionnement des fabriques
3
. Citons les arrêts de 1571 et 1580 et les édits de 1619 et 1695. Jousse
dans son Traité du gouvernement temporel et spirituels des paroisses, Paris, 1769 détaille et explique cette
législation. Les statuts synodaux boulonnais emboîtèrent le pas à ce dispositif réglementaire. Ceux
de Mgr Nicolas Ladvocat-Billiad, de 1678, définissaient en trois articles les droits et devoirs des
1
. Université de Paris 13, Sorbonne Paris Cité, Pléiade-CRESC (E. A. 2356).
2
. P. DURAND de MAILLANE, Dictionnaire de droit canonique, et de pratique bénéficiale, Chez Joseph Duplain, Lyon, 1776, t. III, p. 1-2.
3
. L’ouvrage de base est G. LE BRAS, L’Église et le village, Paris, 1976, p. 155-156.
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marguilliers
4
. Ceux de Mgr Claude Le Tonnelier de Breteuil, de 1686, réduisirent à un seul article les
attributions des marguilliers
5
. En 1701, les statuts synodaux de Mgr Pierre de Langle réformèrent
profondément la gestion des fabriques en leur consacrant huit articles
6
. Dans un règlement pour
addition aux statuts de l’année 1700, l’évêque de Langle publia un Modèle de compte pout les fabriques des
Eglises de la Campagne dans le diocèse de Boulogne
7
. Quant aux statuts synodaux de 1744, ils reprirent, en
grande partie, ceux de 1701
8
. Consacrant sept articles à la gestion des fabriques, Mgr Partz-de-Pressy
poursuivit la réforme entreprise par Mgr Pierre de Langle. Dans de nombreux évêchés, ces textes
normatifs prévoyaient « que les fabriques devaient gérer le temporel de la paroisse, en collecter les revenus et
assurer les dépenses d’entretien et de réparation des églises et de leur décoration, à l’exception de l’entretien des
chœurs dont la charges incombait aux décimateurs »
9
.
Les comptes de fabrique étudiés
Au XVIIIe siècle, la plupart des paroisses du diocèse de Boulogne-sur-Mer, excepté deux,
avait une fabrique
10
. Les soixante-quatorze comptes de fabrique étudiés s’échelonnent de 1645 à
1789.
Fabrique
Doyenné
Première année
Dernière année
Nombre de
comptes
Boucres
Guînes
1645
1653
3
Ergny
Alette
1653
1788
26
Febvin-Palfart
Bomy
1782
1782
1
Herbelles
Bléquin
1697
1785
6
Lumbres
Bléquin
1712
1772
8
Marck
Marck
1732
1739
4
Saint-Pol-sur-Ternoise
Saint-Pol
1734
1780
6
Tournehem
Tournehem
1684
1789
20
Total
74
Tableau n°1 - Les comptes de fabrique étudiés
Les archives disponibles nous ont permis d’analyser treize comptes du XVIIe siècle et
soixante-et-un comptes du XVIIIe siècle. Nous avons privilégié les séries longues avec les comptes
d’Ergny, de Herbelles et de Tournehem. Les autres comptes s’échelonnent entre une et soixante
années. Nous avons affiné notre étude avec l’enquête de 1790 qui donne une vue d’ensemble sur les
revenus et les dépenses des fabriques du diocèse de Boulogne-sur-Mer
11
. Deux cents quatre-vingt-
quatre communes mentionnent le montant des revenus de leur fabrique et deux cents cinquante-
cinq communes le montant des dépenses.
Intéressons-nous maintenant aux acteurs de ces comptes, les gestionnaires paroissiaux.
4
. Arch. mun. de Saint-Omer, 10789.85-5, t. II, Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1678, article XXXVIII Des
Marguilliers, article XXIX Des obits & Fondations et article XXX Des comptes des fabriques & confréries, p. 33-35.
5
. Arch. mun. de Saint-Omer, 10789.85-5, t. II, Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1686, article XXVIII, p. 29.
6
. Arch. mun. de Saint-Omer, 10789.85-5, t. II, Statuts synodaux de 1701, titre XIII, Du revenu temporel des Eglises & de son administration.
7
. Arch. mun. de Saint-Omer, 10789.85-5, t. II, Règlemens de Monseigneur l’éveque de Boulogne, publiez en son synode du 7 mai 1704, pour addition
aux statuts de l’année 1700, p. 31-40.
8
. Arch. mun. de Saint-Omer, 10789.85-5, t. II, Statuts synodaux de 1744, titre XIV, De l’administration du revenu des fabriques.
9
. P. GOUJARD, Un catholicisme bien tempéré, la vie religieuse dans les paroisses rurales de Normandie 1680-1789, Editions du C.T.H.S., Paris,
1996, p. 99.
10
. Hernicourt, dans le doyenné de Saint-Pol, n’avait pas de fabrique car il n’y avait pas de revenu ; Ruisseauville, dans le doyenné de
Vieil-Hesdin, car son église était celle de l’abbaye et les chanoines réguliers assumaient les frais du culte ; A. PLAYOUST-CHAUSSIS, La
vie religieuse dans le diocèse de Boulogne au XVIIIe siècle (1725-1790), Arras, 1976, p. 195.
11
. Villes et villages du Pas-de-Calais en 1790. 60 questions et leurs réponses, par L.-N. BERTHE, P. BOUGARD, D. CANLER, J.-M.
DECELLE, J.-P. JESSENNE, Mémoires de la Commission départementale d’Histoire et d’Archéologie du Pas-de-Calais, Arras, 1991-
1992, t. XXVII et XXVIII.
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II. Les gestionnaires paroissiaux
La gestion de la fabrique conférait autorité et pouvoir dans la paroisse et permettait aux
laïcs d’intervenir directement dans la vie religieuse. Le ou les marguilliers de la fabrique, aussi
dénommés marglier, receveur ou comptable, étaient donc les chefs temporels de la paroisse aux
côtés du curé, chef spirituel. Quelle fut la composition de l’élite locale qui dirigea la fabrique et en
géra l’argent ?
Les marguilliers selon les statuts synodaux
Les statuts synodaux boulonnais du XVIIe siècle et ceux du XVIIIe siècle réglementaient la
fonction de marguillier. Ce dernier devait être élu chaque année à la pluralité des voix parmi les
paroissiens « bons et solvables » et assisté par les principaux habitants du lieu pour les décisions
importantes à prendre
12
. Dans la plupart des paroisses rurales, les candidatures étaient présentées
soit par le curé soit par les marguilliers sortants. Notons quelques exceptions dans les fabriques
urbaines, comme celles de Saint-Pol-sur-Ternoise ou de Tournehem, le Magistrat contrôlait la
nomination des marguilliers. Ces derniers étaient responsables de leur gestion sur leurs deniers
personnels. La reddition des comptes de la fabrique d’Ergny « commenchan l’année 1692 et finichant en
1695 » montre que le marguillier Jean-Baptiste Vualloir était responsable sur ses biens personnels :
Somme des receus pour quatre anné des revenus porte 794 livres 5 sols, portant le tout
calculé et examiné par nous curé manant et habitans dudit ergny et louis guilbert receveur nommé.
Je suis demeuré redevable de la somme de 466 livres a ladite eglise d’ergny et audit sieur curé,
laquelle somme de 466 livres 3 sols je promets soubs lobligaons de tous mes biens et heritages paier
aladite eglise ses receveurs ou commis a leurs premieres volonté et par telle voie quils adviserons
bon estre
13
.
Les statuts synodaux de 1678 normalisèrent l’élection des marguilliers et donnèrent, sous la
surveillance des archidiacres et des doyens, plus de responsabilités aux curés :
Nous ordonnons qu’à la diligence des Curez, au lieu ou il n’y a point de Marguilliers pour
administrer le temporel des Eglises, il en sera incontinent éleu en la manière accoûtumée, personnes
solvable & de probité, & qui n’ayent autre employ ou recepte incompatible avec ladite charge de
Marguillier à peine de nullité de ladite élection, deffendons en ce cas ausdits Marguilliers éleus
contre notre presente Ordonnance de s’immiscer en ladite charge. Voulons que tous les ans, ou du
moins tous les deux ans, à iour certain suivant l’usage de chaque Eglise, ou que ledit iour sera
arresté par le curé, il soit procédé au Eslections desdits Marguilliers aux memes conditions portées
par ce Statut ; & que ceux qui sortiront de charge rendent incessamment leur compte & payent le
reliqua entre les mains du nouveau Marguillier pour en faire par luy recepte dans son compte,
lorsqu’il sortira de son employ, enjoignons aux Curez de tenir la main à l’execution de nostre
presente Ordonnance, & d’avertir leurs Doyens, des contraventions qui s’y feront, à ce qu’ils nous
en donnent avis, & ou les Habitans seroient Refusans de proceder à l’élection desdits Marguilliers,
nous les y obligerons, méme par interdit personnel desdits refusants
14
.
Les statuts synodaux de Mgr Pierre de Langle de 1701 dressèrent un bilan catastrophique de
la fonction de marguillier :
Il y a dans presque tous les lieux de nôtre Diocèse que nous avons visitez, un si grand
désordre dans l’administration des revenus des Eglises, que cela demande de Nous une attention
toute particulière. Nous avons remarqué que le plus grand abus est venu du peu de soin qu’on a eu
12
. Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1701, titre XIII : du revenu temporel des églises et de son administration ; statuts de
1744, titre XIV : de l’administration du revenu des fabriques ; A. PLAYOUST-CHAUSSIS, op. cit., p. 195.
13
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 302 GG1 : comptes de la fabrique de l’église d’Ergny de 1692-1695.
14
. Arch. mun. de Saint-Omer, 10789.85-5, t. II, Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1678, article XXXVIII, p. 33-
34.
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de faire un bon choix des administrateurs de ces biens, & de la negligence qu’on a eü à leur en faire
rendre compte. Pour y remedier autant qu’il est en nous, Nous ordonnons que tous les ans vers la
fin de l’année il sera procédé dans une assemblée générale de la paroisse à l’élection d’un Marguillier
bon & solvable, dont la conduite soit édifiante. Elle sera convoquée à cet effet par le curé qui y
présidera, & ou les principaux Paroissiens, le Bailli & autres Officiers de la justice seront appellez
pour y donner leurs suffrages. Après que l’élection en aura été faite à la pluralité des voix, celui qui
aura été choisi, prétera serment entre les mains du Curé, en présence des Paroissiens, de se bien
aquiter de l’emploi qui lui est donné, & on lui remettra tous les enseignements necessaires pour
faire l’administration des Revenus de la Fabrique, dont il commencera la Recette au mois de Janvier
suivant. Après son année achevée, si on est content de sa conduite, on le poura continuer une
seconde & même une troisième, au delà de laquelle il ne poura plus étre continué. Il sera obligé de
faire cette Recette gratis, & il envisagera plus dans cet emploi l’honneur d’y servir Dieu & l’Eglise,
qu’aucun interét temporel qui ne pouroit être que très-médiocre, quand même on y attacheroit
quelque rétribution
15
.
Les statuts de 1744 déploraient les mêmes irrégularités mais définissaient la procédure de
l’élection du marguillier :
Nous voulons que, conformément aux ordonnances, il soit procédé tous les ans en chaque
paroisse, aux jours et lieux accoutumés, à la nomination d’un marguillier, à l’issue de la messe
paroissiale, dans une assemblée des principaux habitants, annoncée par le curé au prône le
dimanche précédent, et convoquée au son de la cloche, laquelle nomination sera insérée dans un
registre à ce destiné, et il ne sera nommé pour marguilliers, que des personnes de probité et
solvables : les marguilliers pourront être continués pendant trois années de suite, mais ne pourront
l’être au delà ; et sera, après lesdites trois années, procédé à l’élection d’un autre marguillier
16
.
Les prescriptions synodales exigeaient que le marguillier soit solvable et honnête. Il devait
être élu chaque année. Les statuts de 1678 l’autorisaient à renouveler son mandat une seule fois ;
ceux de 1686 stipulaient que : « Les Marguilliers, establis dans les paroisses, & élus suivant la coûtume,
pourront estre continuez, autant qu’il sera trouvé à propos, pour le bien des Eglises & Fabriques »
17
.
Les statuts synodaux de Mgr de Langle de 1701 et ceux de l’évêque Partz-de-Pressy de 1744
permettaient seulement deux renouvellements consécutifs
18
. La « réforme » des fabriques entreprise
par Pierre de Langle eut-elle du succès ? Les enquêtes épiscopales, de 1725 et de 1753-1757,
analysées par Arlette Playoust-Chaussis brossent un bilan négatif des fabriques. « Les sultats de
cette mauvaise observation des statuts » écrit cette historienne, « illustrent fort bien la situation
générale des fabriques, vivant dans le désordre, parce que leur direction n’était pas établie assez
rigoureusement dans la réalité, ni les inventaires assez pr écis, et que des éléments étrangers tels que
baillis ou seigneurs venaient sans cesse troubler »
19
.
Les comptes étudiés respectèrent-ils ces obligations épiscopales ?
Les marguilliers selon les comptes de fabrique
Nous avons vu que le mot marguillier vient du latin : matricularius, « celui qui tient un
registre ». Les soixante-quatorze comptes de fabriques étudiés qualifient le plus souvent la personne
qui gère les comptes de receveur ou de comptable. La dénomination marguillier est surtout usitée
lors de la reddition des comptes. Quelles étaient leurs charges ?
15
. Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1701, titre XIII, article I.
16
. Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1744, titre XIV, article I.
17
. Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1686, article XXVIII, p. 29.
18
. Dans le diocèse de Beauvais, la durée moyenne de la charge de marguillier était d’une à deux années. Les marguilliers deux ou
trois par paroisse dans le diocèse de Beauvais étaient désignés plutôt que véritablement élus par l’assemblée des paroissiens ; A.
BONZON-LEIZEROVICI, Prêtres et paroisses dans le diocèse de Beauvais (1535-1650), thèse sous la direction du Pr Marc Venard, Université
de Paris X Nanterre, 1995, t. I p. 261 et p. 267.
19
. A. PLAYOUST-CHAUSSIS, op. cit., p. 201.
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Les fonctions du receveur sont définies par les comptes eux-mêmes. Le registre de
Tournehem pour la période 1722 à 1725 précise :
« Compte que fait Antoine Leclercq receveur des biens et revenus temporels de l’eglise de la ville
de Tournehem tant en bled, avoine, argent, chapon, pouille, bois à couppe ballivaux, et des censives pour
4 années 1722, 1723, 1724, 1725 icelui pour en payer par ledit receveur les sieurs curé, vicaire, clerc
et autres redevances entretiennement de ladite Eglise durant le temps du présent compte et autrement
ainsi que le tout sera ci apres par chacun chapitre […] et autres payements faits par ledit receveur »
20
.
Les registres de l’échevinage de la ville de Saint-Pol-sur-Ternoise donnent d’autres
indications. Le magistrat fixait les compétences du receveur. Dans un premier temps, ce dernier
devait faire ses preuves et ses attributions étaient limitées à la perception des revenus de la fabrique
« sans pouvoir agir contre les redevables » :
« Du 5 aout 1704 en chambre eschevinalle de la ville de st pol le magistrat assemblé et evocque
est comparu le sr Nicolas moronval receveur de leglise et pauvreté lequel a dit que par son acte du vingt
trois de septambre mils sept cent deux couché au prnt registre, il a esté admis simplement a lad recepte
pour lespace de deux ans consecutifs sans designation de pouvoir d’agir contre les redevables et comme il
luy est deub notablement a requis le magistrat de luy donner pouvoir d’agir executer et traduire en cause
lesdt redevable ce que le magistrat luy at accordé et at sig »
21
.
Puis, peu à peu, les échevins augmentaient les compétences du receveur. En 1708, ce
dernier était autorisé à percevoir les arrérages ; ainsi le 20 mars 1708 :
« Le magistrat assemblée sur la representation faite par Jean Baptiste guffroy de l’église
paroissiale de cette ville quil est deu une somme considerable darrerage d’une lettre de rente deue par feu
antoine beugniet et sa femme a laditte eglise dont il ne peut tirer payement a este resolu quil sera procedé
par exécution et saisie d’icelle des biens des debiteurs et pour cest effect comission levé a la seneschaussée
de st pol de quoy fait ledit magistrat lauthorise
22
.
Le 29 d’octobre 1708, En chambre eschevinalle de la ville de St Pol le magistrat assambon
permit au sr guffroy receveur de l’eglise paroissialle de ceste ville de recevoir les deniers du remboursement
de la rente deub par charles theret du valhuon
23
.
Le 27 janvier 1712, le magistrat assemblé at ag(…) que le sr guffroy receveur de leglise
paroissialle de la ville de St Pol recouvrira la somme de 150 livres pour denier principaux de la rente
crée et constituer par jean et nicolas de senlis pere et fils au prouffit des mayeurs et eschevins de cette ville
en leur qualid’adminsitrateurs des biens de laditte eglise
24
.
Le 23 décembre 1719, est comparue le sieur jean baptiste guffroye receveur de leglise
paroissialle et pauvreté de cette ville lequel a dit qu’en execution de la resolution prises par le ma gistrat
et du pouvoir à luy donné le 19 de ce mois, il s’est transporté en la ville de bethune et a fait les rembours
de deux rentes heritière deub aux R. P. jésuistes de bethune par lad ville de st pol »
25
.
La fonction de receveur était dans certaines fabriques à gros revenus, comme celle de
Tournehem, mise en adjudication. Ces types de documents précisaient avec minutie les termes de
l’adjudication, les conditions et charges nécessaires à l’emploi et s’achevaient par la mise à prix de
l’office de receveur. L’adjudication accordée, en 1734, à François Deudin, nous servira d’exemple :
« L’an mil sept cent trente quatre et le treizième jour de decembre Pardevant les lieutenant
general, et hommes de fiefs soussignes du Bailliage Royal de Tournehem. A la requête des maieur et
20
. C. DELOBEL, Tournehem : une communauté d’Artois à la fin du XVIIème et au XVIIIème siècle : Entre héritage urbain et évolution rurale,
mémoire de maîtrise d’Histoire, sous la direction du Pr. Gilles Deregnaucourt, Université d’Artois, 2003, p. 116.
21
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 45.
22
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 102v.
23
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 108.
24
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 184.
25
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB3, fol. 83-83v.
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eschevins de laditte Ville et administrateurs des biens et revenus temporels de laditte Eglise, joint à eux,
et du consentement du procureur du Roy, ensuite des affiches et publications faittes à l’issue de la messe
de laditte eglise et les lieux circonvoisins pour trois jours differents il a éprocéddé en l’auditoire Roÿal
dudit bailliage à l’adjudication, au rabais, et moins disant de la recette a faire desdits revenus (…) et
biens qui lui appartiennent ou pourroient lui appartenir, et cela pour le terme et espace de quatre années
consécutives à commencer du premier jour de janvier de cette année mil sept cent trente quatre, et à finir
au dernier de decembre mil sept cent trente sept.
[Les] Charges, clauses et conditions [seront :] Premierement celluy a qui sera adjugé laditte
recette sera tenu de rendre compte pardevant les auditeurs dans les six mois apres l’eschéance de sa
recette, de renouveler tous les noms des personnes et biens qui sont chargés desdittes rentes en bonne et
deue forme.
Ne pourra apporter en compte aucune remise ni insolvabilité, à moins qu’il ne justifie de ses
devoir et diligence faites dans trois mois apres chacune eschéance des termes, de rentes et autres
redevances, et au cas qu’il y auroit proces à soutenir, il sera obligé avant d’en former aucun de le
communiquer aux administrateurs, apres qu’il aura fait donner aux débiteurs sinon et à faute de ce
faire il sera responsable en son propre, et privé nom de tous depens dommages et interet, payera toutes les
ordonnances qui luy seront donné et signé du maieur et des deux eschevins en justifiant quittances lui
seront allouées et passées par somme qu’il payera aux Srs curé, vicaire et clercq, pour rétribution des
messes et fondations ordinaires et assistance d’obits qu’on décharge à laditte église.
Mettra toute de suite dans son compte tout les articles de chaque particuliers dans chacque
chapitre des redevances fera une table alphabétique à la fin ou au commencement du compte ou tous les
particuliers nommés audit compte seront renvoyés par chiffre, et numero aux pages ou ils se trouveront
couchés, lui sera paune fois pour tout la somme de 20 livres courant.
Pour le compte quil aura dressé et rendu compris le double Le dit receveur sera tenu de donner
bonne et suffisante caution avec justificateur demeurant en cette province d’artois et seront tenu d’eslir
domicille irrevocable en cette ville ainsi que ledit adjudicataire auquel lieu Tous actes, exploits, et
significations seront bien et dument faites comme à leurs personnes a peine d’estre procédé de nouveau à
leurs folle enchère à l’adjudication deladitte recette.
Leur titre necessaire pour faire laditte recette seront délivrés et communiqués audit adjudicataire
par lesdits administrateurs incessament apres la présente adjudication reception de caution et certificateur
en donnant son récépissé et soumission de remettre lesdits titres entre les mains desdits administrateurs à
la première réquisition.
Sera tenu ledit receveur de paier comptant le reliquat de son compte aussitôt qu’il aura été par
lui rendu sous les obligations de ces biens présens et avenir meme de sa personne pourquoy ils seront
affectés et hypotecques, à la sureté de laditte recette ainsi que ceux de ses cautions et certificateur qui
seront pareillement obligés et responsables des deniers deladitte recette avec l’adjudicataire sollidairement
sans division ni discussion quelconque et seront lesdits adjudicataires caution et certificateur traités
comme dépositaire de biens de justice et réponderont pardevant nous pour raison de laditte recette, compte
et reliquat et tout ce que dessus Circonstances et dependances sans pouvoir en décliner la juridiction pour
quelque cause et pretexte que ce soit, et nonobstant tout changement de domicille et ledit adjudica taire
acquittera les ordonnances desdits administrateurs qui seront en dessous de cinquante livres dans laditte
ville auquel effet s’il est étranger il laissera de l’argent en mains tiers pour acquitter ordonnances, et
portera dans son compte a rendre toute sa recette en monnoye de Flandres qu’il réduira en monnoye
courrante (…).
Après lecture faites des presentes en presence de plusieurs personnes assemblées au son de la
cloche de laditte eglise et de celle de l’auditoire la susditte recette a été mise à prix »
26
.
Dans d’autres paroisses, le receveur était habilité à ratifier des contrats afin de trouver des
financements pour des travaux importants. Ainsi en fut-il à Frevent en 1753. Cette fabrique se
trouvant à court d’argent pour réparer la charpente et la couverture de l’église, son receveur Henri
Planchon signa une convention avec Angélique Devilliers, par laquelle la fabrique acceptait une
26
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, 9 J 122 P65 ; C. DELOBEL, op. cit., p. 118-120.
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somme de 2000 livres et s’engageait à décharger à ses frais la fondation faite en 1737 par Angélique
Devillers, mère d’Henri Planchon, soit une messe à perpétuité tous les dimanches et l’entretien
d’une lampe dans le chœur
27
.
Le décès du receveur durant son exercice obligeait son épouse à endosser ces responsabilités
jusqu’à la nomination d’un nouveau marguillier et de la reddition des comptes. Dans les comptes
étudiés, nous avons relevé quatre cas :
- le 11 mars 1705, Mme Clément, veuve de Ch. De Wintre, rendit deux mois après la fin
d’exercice, les comptes de la fabrique d’Herbelles pour les années 1697-1704 ;
- le 4 juillet 1711, Marie-Jeanne Carton, veuve de Ph. Delannoy, restitua, six mois après sa
charge, les comptes de la fabrique d’Herbelles pour les années 1705-1710 ;
- le 23 juillet 1773, Marie-Françoise, veuve de J.-F. Verdue, remit 6 mois après la fin d’exercice,
les comptes de la fabrique de Lumbres pour les années 1769-1772 ;
- le 8 octobre 1781, Pacifique Verdevoy, veuve de Pierre François Joseph Graux, donna sept
mois après la clôture, les comptes de la fabrique de Saint-Pol-sur-Ternoise pour les années
1779-1780.
Les lourdes responsabilités qui incombaient aux marguilliers suscitèrent dans certains
diocèses une véritable crise de recrutement. Dans les années 1630-1640, plusieurs évêchés subirent
une grave crise de recrutement, notamment dans le diocèse de Beauvais et dans les campagnes
parisiennes. De plus, la lourde pression fiscale s’accentuant, les populations rechignaient à verser
rentes et fermages à l’église
28
. Le risque d’endettement était tellement fort pendant les périodes de
conflits militaires que la charge de marguillier conduisait à la ruine personnelle. On comprend
aisément qu’au XVIIe siècle, le volontariat n’était pas de mise. D’ailleurs les statuts synodaux du
diocèse de Boulogne-sur-Mer du XVIIe siècle se font l’écho du problème du recrutement des
marguilliers :
« Nous ordonnons qu’à la diligence des Curez, au lieu ou il n’y a point de Marguilliers pour
administrer le temporel des Eglises, il en sera incontinent éleu en la manière accoûtumée, personnes
solvable & de probité, & qui n’ayent autre employ ou recepte incompatible avec ladite charge de
Marguillier à peine de nullide ladite élection (…) [dans le cas] ou les Habitans seroient Refusans de
proceder à l’élection desdits Marguilliers, nous les y obligerons, méme par interdit personnel desdits
refusants »
29
.
Les statuts de 1678 envisageaient le cas des fabriques sans marguillier. Le curé devait faire
son possible pour en trouver un
30
. La modicité des revenus de la fabrique était parfois invoquée
comme principale raison du manque de marguillier. Mais l’exemple de la fabrique de Zoteux
montre les limites de l’observance des obligations synodales car le curé fut contraint de se charger
de cette fonction parce que : « depuis plusieurs années [écrit-il] personne n’a voulu accepter la charge de
receveur »
31
. Dans l’ensemble, les curés veillaient au recrutement des marguilliers. N’oublions pas que
la fabrique versait une partie du salaire du curé.
Durée de la charge
Nous avons vu que, selon les statuts synodaux, le receveur était autorisé à exercer sa charge
pendant une année, renouvelable une fois au XVIIe siècle, et deux fois au XVIIIe siècle. Arlette
Playoust-Chaussis constate, à partir des enquêtes épiscopales de 1725 et de 1753-57, que toutes les
fabriques du diocèse de Boulogne-sur-Mer avaient leurs marguilliers, en charge pour une durée
oscillant entre une et trois années
32
. Il faut ici souligner et insister sur les différences entre les
27
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, 9 J 6 P17 : Convention entre la fabrique de Frévent et une paroissienne au sujet de la charpente et de
la couverture de l’église du 12 août 1753.
28
. A. BONZON-LEIZEROVICI, op. cit., t. I, p. 262.
29
. Arch. mun. de Saint-Omer, 10789.85-5, t. II, Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1678, article XXXVIII, p. 34.
30
. Idem, p. 33-34.
31
. A. PLAYOUST-CHAUSSIS, op. cit., p. 196.
32
. Idem.
Philippe Moulis | Les marguilliers des églises du Nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles
56 | Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014
obligations synodales, les enquêtes diocésaines rédigées par les curés et les comptes de fabrique. En
effet, pour les sept fabriques étudiées la durée moyenne d’exercice du marguillier était de 4,2 ans.
De plus, on constate des différences d’une fabrique à une autre car sur l’ensemble des comptes de
fabrique analysés, la durée de la charge du receveur varie d’une paroisse à une autre.
Au XVIIe siècle, à Boucres, tableau n°2, les marguilliers étaient, d’après les comptes
conservés, nommés chaque année.
Années
Nom Prénom
Profession
Résidence
Date
de reddition des
comptes
Différence
année compte et
reddition (en mois)
1645
Gressier Jehan
Marguillier
1646 (3 février)
1
1648
Gressier Jehan
Marguillier
1649 (13 janvier)
1
1653
Manus Simon
Marguillier
Boucres
1653 (15 juin)
5
Tableau n°2 - Les marguilliers de la fabrique de Boucres (1645-1653)
Nous rencontrons des cas similaires au XVIIIe siècle, notamment à Marck, tableau n°3.
Les quatre comptes étudiés concernent quatre marguilliers différents et furent rédigés
annuellement.
Années
Nom Prénom
Profession
Résidence
Date
de reddition des
comptes
Différence
année compte et
reddition (en mois)
1732
Deldrève Pierre François
Fermier
1735 (29 mars)
39
1733
Lefebvre Pierre
1735 (29 mars)
27
1734
Wilquin Charles
1735 (27 juin)
18
1739
Colle Nicolas (marguillier)
1740 (17 décembre)
11
Tableau n°3 - Les marguilliers de la fabrique de Marck (1732-1739)
Les comptes des fabriques de Boucres et de Marck respectaient les statuts synodaux. Il n’en
fut pas de même pour les autres comptes étudiés. De 1697 à 1785, les sept receveurs de la fabrique
d’Herbelles, tableau n°4, exercèrent en moyenne pendant 5,85 ans. Pierre Joseph Delbreuve fut
marguillier pendant une ou deux années (de 1755 à 1756) et Mme Clément veuve de Ch. De Wintre
rendit un compte pour huit années (de 1697 à 1704).
Années
Nom Prénom
Profession
Résidence
Date
de reddition des
comptes
Différence
année compte et
reddition (en mois)
1697-1704
Clément veuve de Ch.
De Wintre
Notaire royal
1705 (11 mars)
2
1705-1710
Carton Marie-Jeanne,
veuve de Ph Delannoy
1711 (4 juillet)
6
1718-1724
Delecroix Jacques
François
Saint-Omer
1731 (8 mars)
74
1737-1742
Danel
Bourgeois
Saint-Omer
1745 (6 mai)
29
1749-1754
1755 (10 juin)
17
1755-1756
Delbreuve Pierre
Joseph
bailli d'Herbelles
1757 (14 juin)
1780-1785
Duquesne Jacques
Tableau n°4 - Les marguilliers de la fabrique d’Herbelles (1697-1704)
Philippe Moulis | Les marguilliers des églises du Nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles
Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014 | 57
À Ergny, tableau n°5, de 1653 à 1788, la durée moyenne d’exercice des vingt-six
marguilliers était de quatre années. Cette durée varia fortement à certaines périodes : ainsi, le curé
Bournonville, sur lequel nous reviendrons, fut marguillier pendant plus de dix-huit ans (de 1663 à
1681) ; de 1687 à 1699, les marguilliers rédigeaient des comptes pour quatre années ; de 1700 à
1757, la durée d’exercice respecta les obligations synodales, puisque ils étaient nommés pour deux
voire trois années ; notons une petite exception pour Jacques Dubois, qui fut receveur quatre
années de 1748 à 1751. À partir de 1762, les recommandations synodales ne furent plus suivies :
Gaspard-Jean-Liévin Braure exerça sept années (de 1762 à 1768) ; Alexandre Dubois, assisté du
curé Florent Ogier (de 1769 à 1774) et Nicolas Le Duc (de 1775 à 1780) furent marguilliers pendant
six ans et Louis François Vollant (de 1781 à 1788) fut receveur pendant huit années.
Années
Nom Prénom
Profession
Résidence
Date
de reddition des
comptes
Différence
année compte et
reddition
(en mois)
1653-1656
Loiret
1663-1672
Bournonville
Curé
Ergny
1672 (13 mars)
en avance
1673-1681
Bournonville
Curé
Ergny
1681 (21 décembre)
0
1687-1689
Loisel
pourvu d'office
Ergny
1692-1695
Vualloir Jean-Baptiste
1696-1699
Guilbert Louis
1700-1701
Lequien Sr de Lompré
Pierre
Noble
Ergny
1702
1703-1704
Duval Adrien
1706-1707
Duval Adrien
1711-1713
Dubois Jacques
Ergny
1714-1716
Minet Jacques
1718 (9 février)
13
1718-1719
Loisel François
1720 (20 juillet)
6
1720-1722
Duval Jean
Ergny
1728 (1er mars)
86
1723-1725
Frere Jacques
Ergny
1728 (18 mars)
25
1726-1728
Marcotte Jacques
1732 (24 décembre)
60
1735-1737
Wallois Jean-Baptiste
1740 (8 décembre)
35
1738-1740
Du Bois Jean
1743 (23 mars)
27
1741-1743
Loisel Charles
1747 (29 octobre)
46
1744-1747
Duflos Pierre
Fermier
Ergny
1754 (6 mars)
74
1748-1751
Dubois Jacques
Fermier
Ergny
1754 (1er juillet)
29
1752-1754
Perots Jean
Laboureur
Ergny
1758 (18 juin)
42
1755-1757
Marcotte François
Fermier
Ergny
1761 (6 décembre)
47
1762-1768
Braure Gaspard Jean
Liévin
1775 (16 mars)
74
1769-1774
Dubois Alexandre et le
curé Florent Ogier
1780 (5 août)
66
1775-1780
Le Duc Nicolas
Laboureur
1784 (31 mai)
41
1781-1788
Vollant Louis François
Laboureur
Ergny
1789 (6 février)
1
Tableau n°5 - Les marguilliers de la fabrique d’Ergny (1653-1788)
Philippe Moulis | Les marguilliers des églises du Nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles
58 | Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014
De 1711 à 1783, treize comptes de la fabrique de Lumbres, tableau n°6, furent rendus par
sept receveurs différents. Les comptes furent établis pour 3,84 ans en moyenne. aussi, nous
constatons des écarts importants : François Coignon fit un compte pour deux années (de 1754 à
1755) et M. Desgardins établit un compte pour dix ans (de 1742 à 1751).
Années
Nom Prénom
Profession
Résidence
Date
de reddition des
comptes
Différence
année compte
et reddition
(en mois)
1711-1714
Desgardins Martin
Bailli
Lumbres
1721 (11 février)
74
1721-1723
Desgardins Martin
Bailli
Lumbres
1736 (4 décembre)
156
1724-1726
Desgardins Martin
Saint-Omer
1736 (4 décembre)
119
1727-1729
Desgardins Martin
Bourgeois
Saint-Omer
1736 (5 décembre)
83
1742-1751
Desgardins
1754-1755
Coignion François
Maçon
Elnes
1759 (12 juin)
41
1758-1761
Coignion François
Maçon
Elnes
1764 (18 juin)
29
1762-1764
Coignion P. F.
1765 (4 juillet)
5
1765-1767
Coignion P. F.
1768 (12 juillet)
5
1769-1772
Ricart Marie-Françoise
veuve de J-F Verdue
Bailli
Wavrans
1773 (23 juillet)
6
1773-1775
De la Haut P. Jacques
Joseph
Elnes
1776 (25 juillet)
6
1776-1780
De la Haut P. Jacques
Joseph
Elnes
1782 (5 novembre)
23
1781-1783
De la Haut P. Jacques
Joseph
Elnes
1785 (9 juin)
18
Tableau n°6 - Les marguilliers de la fabrique de Lumbres (1711-1783)
La fabrique de Lumbres se distingue de la plupart des autres fabriques étudiées par le fait que
cinq marguilliers sur les treize renouvelèrent successivement leur charge de receveur : Martin
Desgardins, bailli résidant à Lumbres exerça pendant sept ans, de 1711 à 1723 ; lui succéda, de 1724
à 1729, Martin Desgardins, bourgeois résidant à Saint-Omer ; François Coignion exerça six années,
de 1754 à 1761 ; P. F. Coignion fut receveur pendant six ans, de 1762 à 1767, et P. Jacques Joseph
De la Haut, résidant à Elnes, fut à trois reprises marguillier, de 1773 à 1783. La durée moyenne
d’exercice des marguilliers de Lumbres était donc de 7,14 années.
En fut-il de même dans les grosses fabriques de Tournehem et de Saint-Pol-sur-Ternoise ?
De 1684 à 1789, se succédèrent 14 receveurs à Tournehem, tableau n°7. La durée moyenne
d’exercice était de 7,5 ans. Certains assurèrent cette charge une année, tel en 1684 Charles Roels,
d’autres plus d’une décennie, François Deudin fut receveur 19 années, de 1730 à 1749 ; Jacques
Joseph Delannoy assuma cette fonction pendant douze années, de 1778 à 1789
33
.
Les six comptes conservés, de 1734 à 1780, de la fabrique de la ville de Saint-Pol-sur-
Ternoise, tableau n°8, furent rédigés en moyenne pour 1,75 an
34
.
33
C. DELOBEL, op. cit., p. 117.
34
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 GG2, comptes de l’église : 1734, 1761-1764, 1769-1770, 1774-1775, 1779-1780.
Philippe Moulis | Les marguilliers des églises du Nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles
Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014 | 59
Années
Marguilliers
Profession et résidence
1684
Charles Roels
Greffier des villes et châtellenies de Tournehem
1685-1690
Gilles Bertoult
Procureur et notaire royal à Saint-Omer
1690-1700
Adrien Vigreu
Maître arpenteur demeurant à Saint-Omer
1700-1712
Jean Watré
Greffier de la maîtrise des eaux et forêts de Tournehem
1712-1724
Louis Parent
Procureur au bailliage de Tournehem
1722-1725
Antoine Leclercq
1726-1729
Antoine Lay
Demeurant à Tournehem
1730-1733
François Deudin
Bourgeois demeurant à Saint-Omer
1734-1737
François Deudin
Greffier de la maîtrise des eaux et forêts de Tournehem
1738-1741
François Deudin
Idem
1742-1745
François Deudin
Idem
1746-1749
François Deudin
Idem
1750-1753
Jean-Baptiste Quendal
Bourgeois demeurant à Saint-Omer
1754-1757
Jean-Baptiste Quendal
Bourgeois demeurant à Saint-Omer
1758-1760
Vincent Cocquillier
Maire de la ville d’Audruicq
1761-1769
Pierre Blaise Pley
Echevin de Tournehem y demeurant
1770-1773
Jean-Louis Marin
Echevin de Tournehem, demeurant au hameau de
Cottrem
1774-1777
Liévin Vigreux
1778-1781
Jacques-Joseph Delannoy
Huissier de la maîtrise des eaux et forêts de Tournehem, y
demeurant
1782-1785
Jacques-Joseph Delannoy
Idem
1786-1789
Jacques-Joseph Delannoy
Idem
Tableau n°7 - Les marguilliers de la fabrique de Tournehem (1684-1789)
Années
Nom Prénom
Profession
Résidence
Date
de reddition
Différence
année compte
et
reddition
(en mois)
1734
D'Hezecque Liévin
Cabaretier
Saint-Pol-sur-
Ternoise
1734 (17 décembre)
0
1761 à mars
1762
Turpin Henry Norbert
Joseph
Saint-Pol-sur-
Ternoise
1763 (18 juin)
15
1762 (avril) à
mai 1766
Turpin Henry Norbert
Joseph
Saint-Pol-sur-
Ternoise
1769 (1er dec) à
1770 (dec)
Turpin Henry Norbert
Joseph
Procureur en
la Sénéchaussée
Saint-Pol-sur-
Ternoise
1770 (12 décembre)
0
1774 (1er dec) à
1775 (4 juil))
Turpin Henry
François
Procureur es
ville et
sénéchaussée
Saint-Pol-sur-
Ternoise
1775
1779-1780
Verdevoy Pacifique
veuve de Pierre
François Joseph
Graux en son vivant
receveur
Saint-Pol-sur-
Ternoise
1781 (8 oct)
7
Tableau n°8 - Les marguilliers de la fabrique de Saint-Pol-sur-Ternoise (1734-1780)
Philippe Moulis | Les marguilliers des églises du Nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles
60 | Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014
Les marguilliers saint-polois étaient nommés en moyenne pour 2,65 ans. Notons une
exception, Henry-Norbert-Joseph Turpin fut receveur à trois reprises, de 1761 à 1766 et de 1769 à
1770. Les registres de l’échevinage de Saint-Pol-sur-Ternoise fournissent des détails
complémentaires. Le 10 décembre 1699, Nicolas Cardon receveur de l’église et de la pauvreté
démissionna et promit de rendre les comptes
35
. Le 30 janvier 1700, un nouveau receveur fut
désigné : Leclercq bourgeois marchand de cette ville nommé pour deux années
36
.
Généralement, les dates d’entrée en charge du marguillier s’étalent pour certains du 1er à la
mi-décembre et pour d’autres le 1er janvier. Mais certaines paroisses désignaient leur receveur en
cours d’année. À Saint-Pol-sur-Ternoise, le comptable était nommé, jusqu’en 1768, entre les mois
de mars et de juin. Ensuite, la date d’entrée en charge fut fixée au 1er décembre.
Origines géographique et socioprofessionnelle
Nous avons vu que les exigences des statuts synodaux boulonnais réservaient la charge de
marguillier aux élites lettrées et surtout solvables de la paroisse. Il faut différencier le choix du
marguillier d’une paroisse urbaine de celui d’une paroisse rurale. Dans ces dernières, les receveurs
provenaient de la frange aisée du milieu paysan (gros laboureurs, fermiers …). De plus, ils étaient
souvent élus par l’assemblée de paroisse, qui dans de nombreux cas, ne se différenciait guère de
l’assemblée des habitants
37
. Par contre, dans les paroisses urbaines, le niveau culturel était plus
élevé. À Calais, une assemblée composée des maires et échevins anciens et nouveaux, du
commandant de la place, du président de la justice royale et du curé élisait les marguilliers et « sous-
marguilliers »
38
. À Boulogne-sur-Mer, la charge de marguillier revenait à de riches négociants de la
ville, qui cumulaient cette fonction avec celle d’administrateur de l’hôpital ou de prévôt d’une
confrérie
39
. À Saint-Pol-sur-Ternoise, les receveurs n’étaient pas issus du monde agricole, mais de
celui de la justice. Des familles rivalisaient pour obtenir cette fonction et nous constatons à Saint-
Pol-sur-Ternoise des liens de parenté entre le milieu des receveurs et celui des maire et échevins
40
.
La charge de marguillier peut être aussi considérée comme une étape dans la carrière
« administrative ». Elle était par bien des côtés un apprentissage de la vie publique. Un grand
nombre de maire et échevins saint-polois fut receveur. Le 3 juin 1689, par exemple, le nouvel
échevin de Saint-Pol-sur-Ternoise, Maximilien Turpin mit un terme à ses fonctions de receveur de
l’église paroissialle d’Icelle et table des pauvres et rendit les registres comptables au magistrat
41
. Ceci avait
aussi pour conséquence de cloisonner le groupe des marguilliers et pouvait susciter dans certains
cas une dissimulation, voire un détournement des fonds ecclésiastiques. Le contrôle de la fabrique
était donc un enjeu de pouvoir et de domination dans la paroisse. Ce droit de regard des laïcs sur
des revenus ecclésiastiques intéressait, quand les revenus étaient conséquents, les familles les plus
puissantes de la communauté villageoise ou urbaine. Notons également que la charge de marguillier
restait souvent au sein des mêmes dynasties familiales : à Saint-Pol-sur-Ternoise, les Turpin ; à
Ergny, les Loisel, les Duval et les Dubois ; à Lumbres, les Desgardins et les Coignon.
Généralement, les marguilliers exerçaient une activité professionnelle à laquelle venait se
greffer la charge, consentie ou subie, de receveur. Nous constatons que cette fonction attirait, dans
les fabriques à gros revenus comme celles de Tournehem et de Saint-Pol-sur-Ternoise, les notables
importants de la paroisse et parfois ceux de la grande ville avoisinante. Le cas est flagrant à
Tournehem, où des bourgeois de Saint-Omer venaient administrer la fabrique.
Les marguilliers étaient-ils rémunérés ?
35
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB1, fol. 531.
36
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB1, fol. 539v-540v.
37
. Ce fut, par exemple, le cas à Tournehem aux XVIIe et XVIIIe siècles ; C. DELOBEL, op. cit., p. 100. Sur ce sujet voir M.
FONTAINE, Espace, temps et administration : vivre dans les campagnes du Nord de l’Artois (bailliages d’Aire et de Saint-Omer) de la reconquête française à
la Révolution (1677-1790), doctorat d’histoire, sous la direction du Pr. Gilles Deregnaucourt, Université d’Artois, 2009.
38
. A. PLAYOUST-CHAUSSIS, op. cit., p. 196.
39
. Idem.
40
. Ph. MOULIS, « Saint-Pol-sur-Ternoise et son clergé : de la réforme catholique aux « Lumières » (XVIIe siècle à 1789) dans Histoire
de Saint-Pol-sur-Ternoise, dir. B. BETHOUART, Les Echos du Pas-de-Calais, 2005, p. 178-187.
41
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB1, fol. 182v-183.
Philippe Moulis | Les marguilliers des églises du Nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles
Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014 | 61
Rétribution ou salaire ?
Les statuts synodaux de Mgr Pierre de Langle de 1701 précisaient :
« Il [le marguillier] sera obligé de faire cette Recette gratis, & il envisagera plus dans cet
emploi l’honneur d’y servir Dieu & l’Eglise, qu’aucun interét temporel qui ne pouroit être que très -
médiocre, quand même on y attacheroit quelque rétribution »
42
.
Il était rare qu’un receveur exerce sa charge gratuitement. Lorsque ce dernier acceptait de
remplir cette fonction gratis, il était exempt du logement des gens de guerre. Une telle exemption
était un avantage considérable en temps de guerre. Nous avons relevé un cas à Saint-Pol-sur-
Ternoise. Le 23 septembre 1702, fut reçu en chambre échevinale le nouveau receveur :
« En chambre eschevinale le Magistrat assembsur la representation faicte par le procureur
du Roy de cette ville que lestat de receveur des biens et revenus de leglise paroissiale et table des pauvres
fondés en icelle estoit vaccante par la demission quen a faict le sieur jean noel leclercq cy devant pourveu
dudit estat et estant necessaire d’une autre personne pour lad recepte se seroit presente le sieur nicolas
moronval ancien eschevin de cette ville pour y estre admis soubz promesses d’en faire ladite recepte gratis
sa prudhomie et solvabilité connu led procureur ouy la choses mise en deliberations Messieurs les curés
presens et ouy nous avons receu et recevons admis et admettons ledit moronval a la recepte des biens et
revenus de lad eglise et tables des pauvres pour le temps de deux ans consequtifs gratis et sans
retributions et a charge d’en rendre compte exempt de logement de gens de guerre »
43
.
La plupart des marguilliers percevaient une rétribution. Nous avons relevé quelques
exemples. À partir de 1704, à Saint-Pol-sur-Ternoise, aucun paroissien ne voulait être receveur
gratuitement. Le 25 novembre 1704, le magistrat de Saint-Pol accorda au receveur la rémunération
de six deniers de la livre :
« Deux heures de relesvé le Magistrat sestant assemblé avec le sr curé de cette ville pour
choisir et nommer un receveur de leglise paroisiale de cette ville au lieu et place du sieur moronval qui at
achevé la recepte pour deux année finie au Noel dernier ainsy quil sestoit chargé sans que personne se fut
presenter depuis lors pour faire laditte recepte gratis ainsy qu’avoit fait ledit sieur moronval, ce qui at
cau que laditte recepte at es vaccante, a quoy estant necessaire de pourvoir, la chose at es mis en
deliberation ont at trouvé expedient de faire annoncer au prosne par l’un des sieur curé de ceste ville
dimanche dernier que jourd huy heures presente il seroit pourveu a laditte recepte afin que les personnes
capables sy puissent presenter, et ne s’estant trouvé personne pour accepter ladite recepte, sauf Phles
françois guffroy Jeune homme a marier fils de Jean baptiste bourgeois marchand en cette ville qui sest
offert de faire laditte recepte pourveu qui luy soit donet accordé une retribution raisonnable pour ses
peines et vaccations aux offre que luy faite de sen acquiter dignement et de nommer son pere pour
caution, surquoy ouy le procureur fiscal le Magistrat ont receu bons et admis ledit phles francois guffroy
a la recepte de la dite eglise et a celle de la table des pauvre y fondée a la restribution de six denier de la
livre, bien entendu que ledit guffroy ne pourra se faire payer des dits six deniers de la livre des deniers
capitaux des rembours des constitution de rentes et frais et hypotecque desdittes rentes deues a lune et
lautre desdittes receptes, sauf ce qui pourra retirer de ceux qui feront lesdits rembours ou creront les
nouvelles rente pour ses journé et vaccation »
44
.
En 1734, le receveur de Saint-Pol-sur-Ternoise reçut une rétribution de 52 livres et 9 sols
pour le travail effectué, c’est-à-dire :
42
. Statuts synodaux du diocèse de Boulogne-sur-Mer de 1701, titre XIII, article I.
43
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 17.
44
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 50-51.
Philippe Moulis | Les marguilliers des églises du Nord de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles
62 | Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014
« Pour la facon du present compte en double de 12 livres.
Pour la facon du coeuilloir fait des revenues de lad esglise (…) passé trente livres tant pour la
facon du present compte que celui de la pauvreté (…) et pour le coeuilloir dressé par le comptable.
Revient au comptable pour son droit de recepte de 258 livres 18 sols 11 deniers (...) la somme
de 6 livres 9 sols.
Pour la journé dud comptable d’avoir presenté et affirmé le present compte veritable la somme
de 4 livres »
45
.
En 1765, il reçut « pour son droit des receptes [pour le compte de 1762-1765] a raison d’un sols pour
livre » la somme de 333 livres 17 sols et 40 livres « pour les comptes et doubles d’icelui »
46
. Toujours à
Saint-Pol-sur-Ternoise, en 1780, le receveur fut rémunéré 196 livres 14 sols 3 deniers : « pour son
droit de Recette effectif a Raison d’une sol pour livre de la somme 3934 livres 7 sols 8 deniers » ; plus 45 livres
« Pour le present compte et double d’icelui » et 3 livres pour : « Droit de calcul et avoir mis les munimens en
ordre »
47
. À Tournehem, le receveur était, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, rétribué 20 livres :
« lui sera payé une fois pour tout la somme de 20 livres courant »
48
. Louis Bournonville, curé marguillier
d’Ergny de 1653 à 1686 était aussi rétribué. Les comptes de 1672 à 1681 montrent qu’il reçut pour
dix années 75 livres pour ses fonctions de curé et 175 livres pour la tenue et reddition des
comptes
49
. Parfois le receveur effectuait lui-même certaines livraisons pour lesquelles il percevait
une somme d’argent. Louis Guilbert, receveur de la fabrique d’Ergny de 1696-1698 reçut 20 livres
pour avoir effectué plusieurs voiturages de diverses fournitures nécessaires aux travaux de l’église
50
.
Quelquefois le receveur percevait « une indemnité » pour avoir effectué des travaux périlleux : « Jay
monté huit fois au campenar pour racommoder les cloches nayant trouvé personnes quy voulut sy
exposer a cause du péril et dificulté que l’on y trouve : 4 livres »
51
.
Les fabriques devaient parfois des sommes importantes à leur receveur. Nous avons
relevé trois cas dans l’enquête de 1790
52
. La paroisse de Ruminghem devait 5 000 livres à son
receveur ; celle de Pernes, doyenné d’Auchy-au-Bois, 2 523 livres et celle de Laires, doyenné de
Bomy, 510 livres.
III. Les autres gestionnaires
Les magistrats
Dans certaines fabriques urbaines, comme celles de Saint-Pol-sur-Ternoise ou de
Tournehem, le Magistrat contrôlait la nomination des marguilliers. À Saint-Pol-sur-Ternoise, l’église
paroissiale, l’hôpital et la pauvreté furent fondés par les comtes de Saint-Pol. Ces derniers
déléguèrent à leurs représentants, les responsabilités administratives. Le Magistrat était donc
administrateur des biens de l’église, de l’hôpital et de la pauvreté de Saint-Pol-sur-Ternoise et se
qualifiait lui-même de « marguillier né » mais il ne pouvait pas collecter l’argent de ces institutions.
D’ailleurs, l’hôpital, comme l’église paroissiale, possédait un budget propre avec leurs sources de
revenus indépendantes de la trésorerie de la ville. Le Magistrat nommait donc un receveur, qui
gérait les fonds de la pauvreté, les biens de l’église et ceux de l’hôpital. Le receveur était un élément
important de l’administration saint-poloise. Mais il n’était qu’un exécutant et devait rendre des
comptes aux maire et échevins. Nous avons collecté dans les registres de l’échevinage de Saint-Pol-
sur-Ternoise quelques nominations de receveur de la fabrique. Le 3 juin 1689, le nouvel échevin,
Maximilien Turpin mit un terme à ses fonctions de receveur de l’église paroissialle d’Icelle et table des
45
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 GG2 : compte de l’église de 1734.
46
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 GG2 : compte de l’église de 1762-1765.
47
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 GG2 : compte de l’église de 1779-1780.
48
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, 9 J 122 P65.
49
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 302 GG1 : compte de la fabrique de l’église d’Ergny de 1672-1681.
50
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 302 GG1 : compte de la fabrique de l’église d’Ergny de 1696-1698.
51
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 302 GG1 : compte de la fabrique de l’église d’Ergny de 1723-1725.
52
. Villes et villages du Pas-de-Calais en 1790. 60 questions et leurs réponses, op. cit.
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Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014 | 63
pauvres et rendit les registres comptables au magistrat
53
. Le dimanche suivant, le magistrat fit
annoncer la place vacante au prône de l’église paroissiale. Martin Cardon fut choisi. Ce dernier dut
avancer la somme de 1 500 livres :
« Pour subvbenir aux Debtes et autres necessités de l’Eglise paroissiale Quy se trouve redevable
envers plusieurs particuliers de la grande dépense que lon a fait tant pour la réparation des voûtes et
murailles et pilliers quy estoient tomber en ruine par la rigueur des guerres quy ont régné dans ce pays
que pour l’acquisition des orgues que lon a fait poser le tout depuis un an ou deux (…) affin que ladite
église ne souffre interest par des causes de proces quon luy pourroit faire »
54
.
Il était prévu que M. Cardon récupérerait son apport quelques années plus tard. Toutes les
décisions concernant la fabrique devaient être validées lors d’une assemblée échevinale. À partir de
ces assemblées scabinales, nous pouvons analyser les préoccupations des Saint-Polois pour leur
fabrique. À partir des années 1690, le magistrat de la ville de Saint-Pol-sur-Ternoise a le souci
d’augmenter les revenus de la fabrique ou tout au moins à ce que les rentes et loyers dus à cette
dernière soient perçus par le receveur. L’échevinage de Saint-Pol-sur-Ternoise intenta plusieurs
procès à des particuliers, le 14 août 1697 ; par exemple :
« Par devant le magistrat de la ville de St pol en chambre eschevinalle de lad ville sur la
representaon faite par Mte Le Vis advocat au conseil d’artois et assesseur de cette ville a interietappel
de la sentence que lesd sieurs du magistrat en quali d’administrateur des biens et revenus de lesglise
parroissialle de cette ville ont obtenus contre luy au bien contre la damoiselle jeanne douchet sa tante aud
conseil d’artois pour raison de la fondation faite par gabriel moronval et anthoinette debuines sa femme
en lad esglise et d’un bans que ledit Le Vis pretend avoir en lad esglise pour raison de lad fondation et
qu’iceluy le vis poursuit la cause sur appel au parlement de paris, il a esté resolu d’envoyer incessament
les pieces au sieur gervais procureur aud parlement tant des premieres que de seconde et troisième
instance pour soutenir le bien jupar les sentences de la gouvernance d’arras et dud conseil et y faire par
led sieur gervais tout ce quy est necessaire pour la soustenement dud procés et seront lesd pieces de
premiere instance remises es mains du sieurs roussel eschevin de cette ville quy a occu aud procès en la
senechaussée de St pol pour se faire payer par quy il appartiendra des salaires quil a acquis aud
proces »
55
.
De la fin du XVIIe siècle à 1775, le Magistrat intenta deux à trois procès par an à des
particuliers afin de percevoir les recettes dues à l’église paroissiale. L’enjeu était tellement important
que le procureur du roi de la ville de Saint-Pol-sur-Ternoise déclara lors de l’assemblée échevinale
du 23 septembre 1702 :
« Ledit procureur du Roy de cette ville a claré et promis que les procès quil instruira pour
leglise et table des pauvre fondé en icelle den faire les instructions gratis s’entend pour ceux que lesd
eglise et table des pauvres perdront et il en sera de meme pour ceux de l’instruction cy devant faicte, mais
a lesgard de ceux quil emportera gain de cause il sen fera paier par les parties condamnés et en cas
dappel attendra la decision »
56
.
La fréquence de ces procès porta ces fruits. De nombreux procès furent gagnés et la
fabrique saint-poloise recouvra de fortes sommes d’argent. Citons par exemple le 10 fevrier 1703 :
En chambre eschevinalle de cette ville le magistrat assamblé avec les sieurs fropot et morlet
pbtre curé de cette ville pour deliberer sur le remplacement des sept cent quarente deux livres quy
53
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB1, fol. 182v-183.
54
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB1, fol. 184-186.
55
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB1, fol. 435v-436.
56
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 17v.
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64 | Bulletin Historique du Haut-Pays n° 80 2014
ont esté remboursé pour rentes quy estoient deub a leglise paroissialle de cette ville (…) par jean
gores laboureur a chelers de sa femme
57
.
Il fut décidé que cette somme soit mise en rente au profit de l’église
58
. Tous les travaux
concernant l’église paroissiale, même ceux à titre gracieux, devaient recevoir l’approbation du
Magistrat, le 19 avril 1704 :
« En chambre eschevinalle le magistrat assemblée s’est presenté Isacq Benoist vitrier en ceste
ville lequel a dits q’une personne pieuse lat chargé en confidence de racomoder et restablir toutes les
carreaux quy se trouvent cassé et trompé aux vistres de leglise paroissialles de ceste ville et pour cest effect
requier la permission d’y pouvoir travaillier sans aucune retributions a la charge de lad esglise ny
autrement suivant quoy le magistrat en acceptant cette gratification a permis audt benoist de restablir
lesd vistres cas»
59
.
Les communautés villageoises
Les communautés villageoises ou d’habitants « avec son finage assez délimité, ses
coutumes, ses assemblées et ses responsables le plus souvent élus, forme une entité ancienne et bien
vivante, qui plus est, reconnue par l’administration royale puisqu’elle forme la cellule de base
l’impôt est levé »
60
. Dans certaines paroisses, il y avait confusion entre la fabrique et la communauté
d’habitants. Les curés, gardiens de la frontière entre profane et sacré, veillaient à ce que l’argent des
fabriques provenant de fondations pieuses, de legs ou de quêtes ne servait pas à payer des dettes,
des impôts ou financer des projets du village.
Les curés marguilliers
Le choix des marguilliers ne respectait pas toujours les prescriptions synodales. En effet,
certaines fabriques étaient gérées par des curés. Arlette Playoust-Chaussis a recensé, pour le XVIIIe
siècle, quelques cas, notamment dans les paroisses de Bezinghem, Estrée-Wamin, Tingry et
Zoteux
61
. L’exemple de la fabrique de Zoteux est particulièrement intéressant puisque le curé fut
contraint de se charger de cette fonction parce que « depuis plusieurs années personne n’a voulu accepter la
charge de receveur »
62
. Un autre exemple analysé est celui de Bournonville, curé d’Ergny. Ce dernier
géra la fabrique, de 1653 à 1681. Par rapport à leurs acolytes laïcs, les curés marguilliers consacraient
généralement beaucoup plus de dépenses aux ornements, mobiliers et objets d’art pour leur église.
De 1662 à 1672, Bournonville acheta plusieurs vases sacrés et autres petits objets pour un montant
de 162 livres 10 sols
63
. En 1670, à Ergny, Bournonville acheta quatre tableaux et « une nouvelle table
d’autel » pour un montant de 80 livres
64
. Notons aussi quelques achats personnels. Le 20 mai 1670, il
acquit pour la somme de 40 sols « un bonnet quarré ».
Dans de tels cas, le curé était alors tout puissant dans la paroisse car protecteur des âmes, il
devenait le gardien des deniers de l’église paroissiale. Ces quelques cas restent cependant
exceptionnels et la quasi-totalité des receveurs ou comptables était des laïcs.
57
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 23.
58
. Les exemples sont nombreux : Le 4 mars 1703 : « Acte pour faire assigner les heritiers des freres guillon et wimille anciens curés. Request contre
presente contre Jean françois Mahieu et Marie francoise de wimille sa femme demeurant a la ferme des moviau, Niepce et heritiere de feus Mre livin Jacques de
Wimille vivant prestre curé de ceste ville Nepveu et heritier de desfunct Mre françois guillon vivant aussy curé et doyen dudit lieu pour les faire condamné au
payemen des somme » ; A. D. Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 24v.
59
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 767 BB2, fol. 42v.
60
. M. VERNUS, Le presbytère et la chaumière. Curés et villageois dans l’ancienne France (XVIIe et XVIIIe siècles), Togirix, Rioz, 1986, p. 23
61
. A. PLAYOUST-CHAUSSIS, op. cit., p. 196.
62
. Idem.
63
. Arch. dép. du Pas-de-Calais, EDEP 302 GG1 : comptes de la fabrique de l’église d’Ergny de 1662-1672.
64
. Idem.
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