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Présence du Lysichite jaune ou Faux arum, Lysichiton americanus Hultén & St John (Araceae), en France

Authors:
  • Office Français de la Biodiversité

Abstract

Une station de l’Aracée Lysichiton americanus a été découverte en 2005 en milieu naturel dans une queue d’étang marécageuse à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne, France). Cette espèce est à ce jour absente des listes taxonomiques (index Kerguelen-Bock et INPN) regroupant les espèces reconnues présentes en France à l’état naturel. L’article fait une synthèse sur le statut et la répartition de cette espèce en France et en Europe. Le Lysichite jaune, reconnu comme plante «invasive» à la fois sur le plan naturaliste et phytosanitaire pour de nombreux pays européens, devrait à ce titre être surveillé à l’avenir dans ses nouvelles stations françaises.
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Symbioses,2007, n.s., 20
INTRODUCTION
Le Lysichite jaune est une dicotylédone de la famille des
Aracées présente en Europe depuis quelques décennies. Elle est
considérée comme envahissante dans plusieurs pays de la
Communauté mais n’a cependant été intégrée qu’assez récem-
ment sur les listes noires de quelques pays européens, ainsi qu’à
partir de 2004, dans les listes d’organismes «nuisibles» (d’abord
en «liste d’alerte» puis en «liste d’action») de l'Organisation
Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes
(O.E.P.P.) en raison des atteintes qu’elle peut porter aux
milieux naturels hors de son aire d’indigénat.
Originaire de l’ouest de l’Amérique du Nord et introduit en
Europe à des fins d’agrément, le Lysichite jaune possède un
potentiel avéré pour constituer sous nos latitudes une menace
importante pour certains peuplements naturels en zone
humide.
En France cette plante a déjà été signalée au moins à une
reprise, dès 1995, dans le département de la Loire (42), en
haute-vallée du Furan au Pont Souvignet sur la commune du
Bessat [DELAIGUE, 2001]. Cet auteur rattache directement son
implantation à une échappée de jardin issue du domaine de M.
Danthony d’où la plante était déjà connue depuis plusieurs
années. En dehors des jardins, la plante semble pour l’instant
absente du reste du territoire métropolitain et la découverte
fortuite en 2005 d’une station en milieu naturel dans le
département de la Haute-Vienne (87) nous a conduit à rédiger
cette note.
LOCALISATION ET DESCRIPTION
DE LA STATION LIMOUSINE
La station de Lysichite découverte en Haute-Vienne est
localisée sur la commune de Saint-Léonard-de-Noblat, en
queue d’étang, au lieu dit Ancien Moulin du Repaire sur le
cours du ruisseau du Nouhaud, lui-même rattaché au réseau
hydrographique du bassin de la Vienne, à l’altitude d’environ
330 m. Cette zone est classée en réserve de chasse et de faune
sauvage (R.C.F.S., article L. 422-27 du Code de l'environ-
nement), de la commune de Saint-Léonard–de-Noblat.
La plante se développe en sous bois dominé par des saules
roux-cendrés (Salix acuminata Mill.). Selon l’esquisse phy-
togéographique de l’atlas de la flore vasculaire du Limousin
[BRUGEL et al., 2001], l’habitat pourrait être rattaché à une
Saulaie de «bois hygrophiles non tourbeux». Au sein du code
Corine Biotope, la Saussaie marécageuse de marge d'Etang
(C44.92) est la plus pertinente. Dans BARDAT et al. [2004], la
classe des «Alnetea glutinosae Br.-Bl. & Tüxen ex Westhoff,
Djik & Passchier 1946» regroupe les communautés végétales
les plus proches d’un point de vue phytosociologique.
Liste des plantes compagnes donnée ci-dessous a été réalisée
le 6 août 2005 (Laurent Chabrol, Conservatoire botanique
national du massif central, et Alexis Lebreton) :
Strate arborescente
Alnus glutinosa
Quercus robur
Strate arbustive
Corylus avellana
Crataegus monogyna
Frangula dodonei
Prunus spinosa
Salix acuminata
Sambucus nigra
Viburnum opulus
Strate herbacée
Ajuga reptans
Anemone nemorosa
Angelica sylvestris
Athyrium filix-femina
Blechnum spicant
Caltha palustris
Cardamine pratensis
Carex paniculata
Carex remota
Dryoptheris cartusiana
Filipendula ulmaria
Galeopsis tetrahit
Galium palustre
Galium aparine
Geum urbanum
Glechoma hederacea
Hedera helix
Heracleum sphondylium
Iris pseudacorus
Juncus effucus
Lysimachia nemorum
Moehringia trinervia
Oxalis acetosella
Ranunculus repens
Stellaria holostea
Urtica dioica
Présence du Lysichite jaune ou Faux arum,
Lysichiton americanus Hultén & St John (Araceae), en France
Alexis LEBRETON*
Résumé : Une station de l’Aracée Lysichiton americanus a été découverte en 2005 en milieu naturel dans une queue d’étang marécageuse à Saint-
Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne, France). Cette espèce est à ce jour absente des listes taxonomiques (index Kerguelen-Bock et INPN)
regroupant les espèces reconnues présentes en France à l’état naturel. L’article fait une synthèse sur le statut et la répartition de cette espèce
en France et en Europe. Le Lysichite jaune, reconnu comme plante «invasive» à la fois sur le plan naturaliste et phytosanitaire pour de
nombreux pays européens, devrait à ce titre être surveillé à l’avenir dans ses nouvelles stations françaises.
Mots-clés. - Espèces invasives ; Aracées ; Lysichiton americanus ; Haute-Vienne ; France ; Répartition ; Ecologie.
PRÉSENCE DU LYSICHITE JAUNE OU FAUX ARUM,LYSICHITON AMERICANUS HULTÉN &STJOHN (ARACEAE), EN FRANCE 61
Symbioses,2007, n.s., 20
En 2005, la station abritait quatre plants éloignés de
quelques mètres les uns des autres. Le 19 avril 2006, une visite
de contrôle de l’évolution et de l’état de la station permettait
de dénombrer douze pieds. Les quatre pieds de 2005 étaient
toujours présents précisément aux mêmes stations, confirmant
le statut vivace de l’espèce dont la durée de vie pourrait attein-
dre 80 années [O.E.P.P., 2004]. Les huit nouveaux pieds à
quelques mètres et dizaines de mètres des précédents selon les
pieds, occupaient un habitat similaire hormis un pied en con-
dition plus hydrique en compagnie de Ranunculus flammula,
Mentha aquatica et Iris pseudacorus. Aucun Lysichite n’est
présent en pleine lumière sur la station de Saint-Léonard-de-
Noblat. Tous les pieds de Lysichite se trouvent sous une Saulaie
à Saule roux-cendré. La station de Lysichite est largement
dominée par la strate arbustive.
Le 9 avril 2007, le nombre de pieds comptabilisé est tou-
jours de douze, mais un des pieds n’a pas reparu dans sa station
alors qu’un nouveau pied est découvert plus en amont toujours
en Saulaie. Les autres pieds sont présents aux mêmes endroits.
DESCRIPTION ET BIOLOGIE
Synonymie : Lysichiton camtschatcensis auct. non (L.) Schott
d’après ITIS (Integrated Taxonomic Information System)[en
ligne].
Lysichiton americanus, parfois nommé à tort Lysichiton
americanum, est quelquefois confondu avec l’espèce voisine
Lysichiton camtschatcensis (L.) Schott dont les spathes sont
pourtant blanches et non jaunes5
Comme les onze autres espèces (non compris les niveaux
infra sp.) représentants de la famille des Aracées connues en
France (Ambrosina bassii, Arisarum vulgare, Arum cylin-
draceum, Arum italicum, Arum maculatum, Arum pictum,
Calla palustris, Dracunculus vulgaris, Helicodiceros muscivorus et
Zantedeschia aethiopica, dont seuls les Arum italicum et A. mac-
ulatum sont présents en Limousin), Lysichiton americanus est
une géophyte/hémocryptophyte, vivace à rhizome tuberculeux
[JÄGER &WERNER, 2002].
Au printemps (mars-mai), ce lysichite développe générale-
ment, une ou deux grandes bractées jaunes (spathe) qui
entoure un spadice (inflorescence en épi) d’une longueur de 10
à 15 cm. Nous avons vu cependant, parmi les plants de Saint-
Léonard-de-Noblat, quelques pieds développant trois inflores-
cences, voire même quatre dans un cas.
De grandes et larges feuilles vertes partent ensuite de la
base, pour atteindre une taille d’un peu plus de 1 mètre de
hauteur à maturité. La dissémination à l’état naturel se fait
principalement par graines (eau courante, animaux) mais peut
se faire aussi de façon végétative, par fragmentation des rhi-
zomes qui peuvent atteindre une trentaine de cm de long au
maximum pour 2,5 à 5 cm de large.
ECOLOGIE ET CONDITIONS STATIONNELLES
Le Lysichite jaune, dont la famille est beaucoup mieux
représentée en zones tropicale et équatoriale, fait partie des
quelques Aracées aptes à pousser en milieu tempéré. Il affec-
tionnerait les milieux humides, plus souvent sur sol acide
(marais et zones tourbeuses), même s’il est connu également
Photo 1. - Plante au stade maximal de croissance (>1 m de
hauteur environ), avec spathe et spadice visibles. 18 mai 2005,
Saint-Léonard-de-Noblat (87). Photo 2. - Plante en phase de croissance avec spathes et
spadices visibles. 9 avril 2007, Saint-Léonard-de-Noblat (87)
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sur divers types de sols. Il est toujours observé en contexte
hygrophile avec une nette préférence pour les sols profonds et
riches. Il semble apprécier en particulier les forêts
marécageuses. L. americanus croît aussi en pleine lumière et se
comporte souvent, dans son aire d’origine, en espèce nitrophile
des zones humides de marais, qu’ils soient boisés ou non.
Son fort taux de recouvrement peut nuire gravement aux
cortèges floristiques (voire corrélativement aux cortèges faunis-
tiques) des milieux humides sur lesquels il parvient à se
développer.
Dans la station de Saint-Léonard-de-Noblat, divers insectes
fréquentaient la plante. Sur les feuilles nous avons observés,
sans détermination spécifique : fourmis, forficules, mouches et
staphylins. Des limaces consommaient également les limbes.
JÄGER &WERNER [2002] indiquent que les fleurs sont
pollinisées par des insectes mais sans précision. On peut penser
néanmoins qu’il s’agit des mêmes que ceux entrant dans la
pollinisation de nos Arums locaux.
Dans la littérature l’espèce est fréquentée par des mouches,
moucherons et coléoptères. Le principal pollinisateur connu,
dans son aire d’origine, est le staphylin, Pelecomalium tes-
taceum (Mannerheim, 1843), qui utilise les inflorescences
comme lieux de reproduction et de consommation de pollen
[O.E.P.P., 2004 ; 2006a].
RÉPARTITION EN EUROPE
L’essentiel de nos informations biologiques, historiques et
phytogéographiques sur L. americanus en Europe provient
(sauf mention contraire) de KLINGENSTEIN &SCHRADER
[2004] via la synthèse des documents de l’O.E.P.P. [2004 ;
2006a].
A l’origine, le Lysichite jaune est présent sur toute la façade
ouest de l’Amérique du Nord (de l’Alaska à la Californie) où
on le trouve sous les noms communs : american, western, ou
encore yellow «skunk cabbage». Au Canada francophone, il est
dénommé Tabac du diable ou encore Chou puant. Son carac-
tère envahissant est connu en Europe depuis une trentaine
d’années environ même si sa première introduction, à but
ornemental, daterait de 1901 en Irlande du Nord où il a été
ensuite signalé dans la nature à partir de 1947 sur ce même ter-
ritoire (Carte 1).
Dans la littérature, Lysichiton americanus est présent dans la
dernière édition de Flora Europaea de TUTIN et al. [1980] mais
n’est signalé que de Grande Bretagne et d’Irlande, premiers
pays d’Europe où la plante a été introduite pour l’ornement,
principalement après la seconde guerre mondiale.
Il a été mentionné au début des années 1980 en Allemagne
(zones humides de la région du Taunus près de Francfort),
puis, a été découvert en Suède, où il avait été introduit comme
ornementale vers 1975 et considéré naturalisé depuis 1981. Il
est ensuite cité de Norvège, puis de Suisse en 2003 dans le can-
ton de Berne (réserve naturelle de Meienmoos près de
Berthoud), enfin très récemment aux Pays-Bas.
D’après le site web du Nobanis (NOrth europaean and
Baltic Network on Invasive Aliens Species http://www.noban-
is.org/ speciesInfo.asp?taxaID=2551), il est également présent
au Danemark (depuis 1981) ainsi qu’en Finlande.
Le Lysichite n’apparaît pour l’instant que de manière isolée
mais commence à poser de réels problèmes localement après
plusieurs années de développement et d’extension sur un site.
En France, son apparition hors des jardins (où il semble
plus rarement planté que dans les pays anglo-saxons) ne sem-
ble pas jusqu’à présent avoir été rapportée dans la littérature et
on peut considérer sa présence en contexte naturel comme très
récente. Jusqu’à la découverte de la station de Saint-Léonard-
de-Noblat en 2005, seules quelques rares données bibli-
ographiques [CUSSET, 1995 ; DELAIGUE, 2001] en zone
humide figuraient dans la base de données du Conservatoire
botanique national du Massif central mais toujours dans des
contextes d’échappées de jardin et dont la source d’origine
probable est bien connue : le jardin de Monsieur Danthony au
Bessat (42). Cette occurrence de Lysichiton americanus est
reprise par l’O.E.P.P. dans son bulletin d’information de
novembre 2005 (O.E.P.P., 2005b). Des mentions récentes
montrent que le Lysichite se maintient et se développe vers
l'aval (Vincent Hugonnot, CBNMC) : vallée du Furan,
Tarentaise (42), 11-05-2006 et Jean-Marc Tison : vallée du
Furan, Tarentaise (42), 14-06-2006 [Base de données CHLO-
RIS® du CBNMC]).
Une sollicitation du 23 mai 2005 sur le forum Internet des
botanistes français Tela-botanica n’a livré aucun écho quant à
sa présence éventuelle en milieu naturel sur l’ensemble du ter-
ritoire national. Il n’est pas mentionné dans le récent «Plantes
invasives en France» [MULLER, 2004]. Ce taxon n’est d’ailleurs
pas encore listé dans la base de données informatique la plus
récente de «Kerguelen-Bock» (issue de l’index synonymique
informatisé de la flore de France de KERGUELEN [1998]) mais
devrait l’être dans une prochaine version (v.4.03, comm. pers.
Benoît Bock). Pas de mention non plus dans la liste de
référence des taxons officiellement présents en France de
l’Institut National du Patrimoine Naturel (qui ne diffère que
peu de l’index Kerguelen-Bock) consultable sur le site de
l’I.N.P.N. (http://inpn.mnhn.fr/inpn/fr/
downloadTaxref_flore.htm, version 01aa du 10/02/2005).
Le Lysichite jaune en France n’a ainsi pour le moment que
le statut de plante cultivée, échappée de jardin, mais possède
une bonne capacité d’acclimatation par sa rusticité sous nos
latitudes. Le premier pays a l’avoir signalé en milieu naturel est
le Royaume-Uni où les amateurs de jardins sont nombreux.
Carte 1. - Présence et statut du Lysichite jaune en Europe
(d’après la synthèse de nos données bibliographiques)
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Symbioses,2007, n.s., 20
Une des hypothèses pour expliquer l’apparition de ce taxon
chez nous pourrait être la conséquence de l’engouement cer-
tain des britanniques pour les maisons traditionnelles français-
es, ceci conséquemment à l’aménagement des jardins de ces
propriétés. Cette hypothèse est formulée ici car cette plante ne
semble pas encore faire systématiquement partie des catalogues
de vente de nos jardineries.
La propriété habitée la plus proche de la station de
Lysichite, à 300 m en aval du site, le Moulin du Repaire, a été
rachetée par des anglais il y a quelques années. Une prospec-
tion visuelle de ses alentours n’a cependant pas révélé la
présence de l’espèce. CHABROL et al. (à paraître) font mention
de notre observation au travers d’un article de mentions de
plantes nouvelles ou remarquables.
STATUTS DE L’ESPÈCE EN EUROPE
Si Lysichiton americus n’est donc pas encore officiellement présent
en France à l’état sauvage, il fait actuellement partie de listes noires
nationales de quelques pays comme la Belgique ou la Suisse, classé
ainsi par la commission suisse pour la conservation des plantes
sauvages compte tenu de sa forte capacité à devenir envahissant en
milieu naturel. La Suisse place l’espèce dans le groupe écologique des
«plantes de marais» et son habitat au sein des «végétations des rivages
et des lieux humides». L’Allemagne le fait figurer dans son «nation-
al Handbook of invasive plants». Lysichiton americanus est aussi
recensé au niveau international comme une mauvaise herbe par le
Global Compendium of Weeds (GCW).
Au niveau européen, l’espèce a été ajoutée en 2004 sur la «liste
d’Alerte» de l’O.E.P.P. (ou encore E.P.P.O. pour European and
Mediterranean Plants Protection Organization), sur double propo-
sition du département pour la santé des végétaux de la Grande-
Bretagne et de l’agence fédérale pour la conservation de la nature en
Allemagne [O.E.P.P., 2004].
Cette liste d’alerte ne constitue pas une liste de quarantaine pour
laquelle la plante serait associée à des recommandations d’actions
phytosanitaires spécifiques mais définit plutôt un risque possible
d’atteinte à l’environnement et aux cultures.
La liste d’alerte est une sorte d’anti-chambre des deux autres listes
de l’O.E.P.P. appelées A1 (reconnus non présents dans la région
O.E.P.P.) et A2 (taxons présents localement), pour lesquelles il existe
généralement des recommandations d’actions si le risque et les dom-
mages ont été jugés conséquents après étude.
Jusqu’en 2005 [O.E.P.P., 2005a], aucune plante supérieure (sauf
le genre parasite Arceuthobium sp. de la famille des Loranthacées ou
Viscacées) ne faisait partie des listes A1/A2, qui sont essentiellement
composées d’insectes, virus, bactéries, champignons et nématodes.
La liste d’alerte, par contre, concernait ces mêmes groupes
biologiques mais également neuf végétaux supérieurs : Crassula
helmsii, Hydrocotyle ranunculoides, Ludwigia peploides, Ludwigia
uruguayensis, Pueraria montana var. lobata, Senecio inaequidens,
Sicyos angulatus, Solidago nemoralis et Lysichiton americanus.
En 2005 Hydrocotyle ranunculoides et Lysichiton americanus sont
retirés de cette liste d’alerte et se retrouvent sur une nouvelle liste
appelée «Liste d’action» : liste d’organismes nuisibles fortement
recommandés par l’O.E.P.P. pour intégration dans les règlements
phytosanitaires nationaux de l’UE (taxons A1/A2 non encore régle-
mentés). Lysichiton americanus y apparaît codé sous le sigle LYSAM,
catégorie phytosanitaire O.E.P.P. A2, liste d’action n°335.
Les taxons des listes O.E.P.P. sont généralement proposés par les
représentants gouvernementaux des pays signataires de la
Convention Internationale pour la Protection des Végétaux qui est
une structure internationale qui recoupe le champ d’activités
européen de l’O.E.P.P. La Convention Internationale sur la
Protection des Végétaux (C.I.P.V.) formalise un accord internation-
al pour la protection des végétaux auquel 161 pays adhèrent au 8
août 2006, dont la France depuis la loi du 21 février 2005 et ses
décrets d’application des 1er décembre et 30 décembre 2005.
Sa mise en œuvre implique la collaboration entre les
Organisations nationales de la protection des végétaux (O.N.P.V.),
qui sont les services officiels institués par les gouvernements pour
mettre en œuvre les fonctions spécifiées par la C.I.P.V., ainsi que les
Organisations régionales de la protection des végétaux (O.R.P.V.),
qui doivent jouer le rôle de structures coordinatrices au niveau
régional. En France, les Services Régionaux de la Protection des
Végétaux (S.R.P.V.) basés dans les Directions régionales de
l’Agriculture et de la Forêt jouent le rôle de ces O.R.P.V.
Le champ d'application de la C.I.P.V. est méconnu des natural-
istes. Il est repris par l’O.E.P.P. pour l’Europe et ne se limite pas à la
seule protection des plantes cultivées dans une problématique phy-
tosanitaire. Il s'étend également à la protection de la flore naturelle
et des produits végétaux en général en incluant aussi bien les dégâts
directs qu'indirects causés par des organismes (y compris les «mau-
vaises herbes»). Les dispositions de cette convention s'appliquent
également aux moyens de transport, conteneurs, lieux de stockage,
à la terre et à tout autre objet ou matériel susceptible de porter et de
disséminer des organismes nuisibles.
CONTRÔLE ET GESTION
Le Lysichite peut être contrôlé assez facilement dans ses pre-
mières années d’installation sur un site par arrachage manuel. Son
rhizome en particulier doit être retiré en totalité. La lutte chimique
ne semble pas du tout appropriée compte tenu du contexte d’habi-
tats de zone humide, parfois fragiles et à valeur patrimoniale, où s’in-
stalle la plante. La lutte biologique n’a pas fait l’objet de travaux pour
le moment. L’éradication de la plante dans une station est consid-
érée faisable de par sa croissance lente et sa colonisation peu
dynamique de nouveaux sites. Néanmoins la surveillance d’une sta-
tion à contrôler devrait s’étaler sur au moins 10 ans afin d’intervenir
sur l’émergence de nouveaux pieds de Lysichite dus à la banque de
graines du sol [O.E.P.P., 2006a].
Des mesures de contrôle sont officialisés depuis septembre 2006
par l’OEPP sous la norme «EPPO Standard PM 3/67» [O.E.P.P.,
2006b] avec en particulier : l’obligation de rapporter toute nouvelle
découverte de cette plante en nature, de communiquer sur cette
espèce potentiellement à problème, de surveiller les stations con-
nues, et enfin d’élaborer un plan d’éradication. Considérant l’infor-
mation qui devrait être faite à propos des dangers que représente
l’installation de cette espèce en zone humide, la transplantation de
pieds au Jardin botanique de Limoges pourrait permettre de com-
muniquer et de faire connaître au grand public ce problème.
En France, le droit du propriétaire sur la maîtrise de ses parcelles
peut être, en cas de désaccord, outrepassé dans certaines conditions
(par exemple les D.I.G., déclarations d’intérêt général, sont souvent
utilisées à cette fin pour la restauration de rivière sur un bassin ver-
sant). Cependant, dans le cas d’une éventuelle et future décision de
suppression de la station, et en l’absence de textes de loi français
(décrets d’application) concernant cette espèce, un accord avec le
propriétaire se devrait d’être pris si une intervention était décidée.
Une démarche récente (2007) de la DIREN Limousin visant à
élaborer une liste des espèces invasives à problèmes est actuellement
à l’étude et soumise au C.S.R.P.N. (Conseil Scientifique Régional
du Patrimoine Naturel). Le service régional de la protection des
végétaux est associé à cette démarche. Suite à notre découverte et à
nos recherches bibliographiques, nous avons proposé à ce groupe de
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Symbioses,2007, n.s., 20
travail d’y intégrer le Lysichite jaune dans les «espèces à surveiller»
(liste grise) pour ce territoire.
CONCLUSION
La France est engagée au travers de diverses ratifications de textes
internationaux (Convention de Berne, Art. 11-2 ; Directive habi-
tats, Art. 22b ; recommandation européenne R14 du 21 juin 1994
; Convention de Washington, résolution CITES 13/10 ;
Convention sur la Diversité biologique, Art. 8h ; Convention de
Ramsar, objectif opérationnel 5 ; Convention Internationale sur la
Protection des Végétaux (C.I.P.V.)). Ces divers textes internationaux
concernent entre autre, la non introduction d’espèces potentielle-
ment invasives, deuxième cause mondiale reconnue d’atteintes à la
biodiversité par l’Union Mondiale pour la Conservation de la
Nature (U.I.C.N.).
Un récent décret, publié le 5 janvier 2007 relatif aux espèces ani-
males non domestiques ainsi qu’aux espèces végétales non cultivées
en France, prévoit entre autres, des amendes contraventionnelles
lors d’introduction intentionnelle dans l’environnement naturel d’e-
spèces animales ou végétales listées comme interdites. Une liste
complémentaire d'interdiction de transport, colportage, utilisation,
la mise en vente, la vente ou l'achat est également prévue (L. 411-3
IV bis). Ces listes nationales français?es ne sont cependant pas
encore publiées officiellement comme le prévoit l’art. L. 411-3 I du
Code de l’Environnement, mais le Lysichiton americanus est un pos-
tulant potentiel à en faire partie, à l’instar de sa présence sur les listes
noires de plusieurs pays européens voisins.
Remerciements. - Outre les membres du réseau des botanistes fran-
cophones fédérés par Tela-botanica, je remercie le Conservatoire
botanique national du Massif central (C.B.N.M.C.), en particulier
L. Chabrol pour son assistance. Je remercie également M. Clausse,
délégué régional ONCFS de la région Poitou-Charentes-Limousin
pour son avis favorable à publication et J.-M.Tison pour son autori-
sation de citation.
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ml
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Suisse
http://www.be.ch/cgi-bin/frameset.exe?
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http://www.cps-skew.ch
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http://sea.ne.ch/Docs/pdf/neophyt/lysichiton_f.pdf
Bibliographie
... Even if trade in E. crassipes was prohibited in countries at risk in Europe (Croatia, France, Greece, Italy, Spain and Portugal, etc.) and European-wide import bans were implemented, nurseries or gardens in more temperate countries might be a source of re-entry of E. crassipes into risk areas. For instance Lysichiton americanus was thought to have been introduced into France by Dutch people having bought a secondary house in France, introducing new plants that were not traded in France [81]. Under such circumstances, any strategy of local eradication or strategic control would need to consider the effect of potential re-introductions from regions where E. crassipes is a casual. ...
Article
Full-text available
Understanding and managing the biological invasion threats posed by aquatic plants under current and future climates is a growing challenge for biosecurity and land management agencies worldwide. Eichhornia crassipes is one of the world’s worst aquatic weeds. Presently, it threatens aquatic ecosystems, and hinders the management and delivery of freshwater services in both developed and developing parts of the world. A niche model was fitted using CLIMEX, to estimate the potential distribution of E. crassipes under historical and future climate scenarios. Under two future greenhouse gas emission scenarios for 2080 simulated with three Global Climate Models, the area with a favourable temperature regime appears set to shift polewards. The greatest potential for future range expansion lies in Europe. Elsewhere in the northern hemisphere temperature gradients are too steep for significant geographical range expansion under the climate scenarios explored here. In the Southern Hemisphere, the southern range boundary for E. crassipes is set to expand southwards in Argentina, Australia and New Zealand; under current climate conditions it is already able to invade the southern limits of Africa. The opportunity exists to prevent its spread into the islands of Tasmania in Australia and the South Island of New Zealand, both of which depend upon hydroelectric facilities that would be threatened by the presence of E. crassipes. In Europe, efforts to slow or stop the spread of E. crassipes will face the challenge of limited internal biosecurity capacity. The modelling technique demonstrated here is the first application of niche modelling for an aquatic weed under historical and projected future climates. It provides biosecurity agencies with a spatial tool to foresee and manage the emerging invasion threats in a manner that can be included in the international standard for pest risk assessments. It should also support more detailed local and regional management.
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-Espèces nouvelles et remarquables observées en Limousin depuis
  • Guerbaa K Raynard P
CHABROL L., GUERBAA K. & RAYNARD P., (à paraître 2008). -Espèces nouvelles et remarquables observées en Limousin depuis 2000. Bulletin de la Soc. Bot. Centre-Ouest.
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Asteraceae), plante nouvelle pour la France, dans le massif du Mont Pilat. Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon
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Schultz Bip. (Asteraceae), plante nouvelle pour la France, dans le massif du Mont Pilat. Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 70 (4) : 93-103.
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TUTIN T.G., HEYWOOD V.H., BURGES NA & VALENTINE DH. [eds], 1980.-Flora europaea. Cambridge University Press. Volume 5 : Alismataceae to Orchidaceae. 476 p.
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CHABROL L., GUERBAA K. & RAYNARD P., (à paraître 2008). -Espèces nouvelles et remarquables observées en Limousin depuis 2000. Bulletin de la Soc. Bot. Centre-Ouest.