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Le massif du Jura à l'époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données

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Abstract and Figures

Travail sur les territoires des ciuitates. Ambarres, extension des Allobroges
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Pierre NOUVEL1 et Cédric CRAMATTE2
1. Maître de conférences, Archéologie de la Gaule romaine, CNRS-Université de Franche-Comté, UMR 6249 laboratoire
Chrono-environnement, pierre.nouvel@univ-fcomte.fr
2. Chargé de recherches, Archéologie provinciale romaine, Université de Lausanne, Institut d’archéologie et des sciences
de l’Antiquité. cedric.cramatte@unil.ch
Résumé
Faute de recherche, l’occupation romaine du massif du Jura reste peu connue. On la limite com-
munément à ses traits caricaturaux : marge frontière, espaces sauvages laissés à une occupation
ponctuelle, refuge des sanctuaires naturalistes. Les données historiques et archéologiques confir-
ment, certes, ce caractère de barrière politique, entre Séquanes et Ségusiaves d’un côté, Allobroges,
Helvètes et Rauraques de l’autre. C’est également un espace de contact qui a permis le dévelop-
pement de riches agglomérations protohistoriques et antiques à sa périphérie, mais aussi dans
son cœur. Les sites de Chavéria/Moutonne, de Saint-Germain-en-Montagne/Équevillon ou d’Izer-
nore en constituent les principaux jalons, associant comme en piémont des sites urbains à des
complexes religieux. Ces données révèlent enfin, sur les plateaux périphériques jusque dans la
haute chaîne, un espace économique spécifique dont la mise en valeur agricole, encore méconnue,
semble finalement assez intense.
Abstract
The Roman occupation of the Jura range is not well known and in want of more research. It is
generally depicted in caricatural features, as a borderland, a wilderness only occasionally occupied,
a privileged area for naturalist sanctuaries. The historical and archaeological data do confirm it lay
as a political border between the Sequani and the Segusiavi on one side, and the Allobroges, the
Helvetii and the Rauraci on the other. It is also a contact zone which allowed wealthy protohistoric
and ancient agglomerations to develop at its periphery as well as at its heart. The main sites are
Chavéria/Moutonne, Saint-Germain-en-Montagne/Equevillon or Izernore, which like those in the
piedmont associate urban sites with religious complexes. The data also reveal a specific economic
space on the peripheral plateaus as well as in the higher range whose agricultural development,
until now underrated, actually seems to have been relatively intense.
Zusammenfassung
Die römische Besetzung des Jura-Massivs ist wegen des Fehlens von Forschungsarbeiten bisher
nur ungenügend bekannt. Üblicherweise beschränkt man es auf seine karikaturistischen Züge,
Grenzraum, Wildnis mit punktueller Besiedlung, Orte von Naturheiligtümern. Die historischen
Fakten bestätigen zwar eine Art von politischen Barrieren zwischen Sequanern und Segusiaven
einerseits, Allobrogern, Helvetiern und Raurachern andererseits. Aber es ist auch ein Kontaktraum,
welcher die Entwicklung von reichen, protohistorischen und antiken Agglomerationen in seiner
Peripherie wie auch in seinem Zentrum erlaubt. Die Stätten von Chaveria/Moutonne, von Saint-
Germain-en Montagne/Equevillon oder von Izernore sind die wichtigsten Punkte, die wie im
Gebiet des Jurafusses städtische mit religiösen Komplexen verbinden. Die Fakten lassen zudem
erkennen, dass auf den peripheren Hochebenen bis hinauf zur oberen Jurakette ein ökonomis-
cher Raum bestand, dessen bis jetzt verkannte agrikulturelle Nutzung sehr intensiv gewesen zu
sein scheint.
Le massif du Jura à l’époque romaine.
Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
Extrait de :
A. Richard, F. Schifferdecker,
J.-P. Mazimann, C. Bélet-
Gonda (dir.). Le peuplement
de l’Arc jurassien de
la Préhistoire au Moyen Âge.
Actes des deuxièmes journées
archéologiques frontalières
de l’Arc jurassien,
Delle (F) – Boncourt (CH),
16-18 novembre 2007.
Besançon, Presses
Universitaires de Franche-
Comté et Porrentruy,
Office de la culture
et Société jurassienne
d’Émulation, 2013, 586 p.,
(Annales Littéraires de
l’Université de Franche-
Comté, série Environnement,
sociétés et archéologie 17 ;
Cahier d’archéologie
jurassienne 21).
Gallo-Romain
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
« Les Séquanes […], et leurs clients les Rauraques
étaient adossés au Jura et, infiltrés dans les couloirs
pénétrables du Jura septentrional, plus qu’établis
dans le haut du pays en véritables montagnards.
Il en allait de même au sud, pour les Ambarri du
Bugey et, sur le versant oriental, pour les Helvètes.
Les grands établissements de ces gaulois sont en bor-
dure : Mandeure (Epomanduodurum), Besançon
(Vesontio). Les Romains en héritent, comme de
la route qui traversait le Jura par Pontarlier, tirant
d’Avenches à Besançon » (De Vrégille et al. 1998).
« Mais ce n’est pas semble-t-il avant le Ve siècle que
commence, dans la haute montagne, une colonisa-
tion qui s’est prolongée jusqu’à nous. Ce sont des
gens de toutes origines : les bénédictins d’abord,
depuis Romain d’Izernore et son frère Lupicin
créateurs de Condat (Saint-Claude), plus tard les
cisterciens, les prémontrés, les chartreux, allèrent
à la suite dans les solitudes forestières converties
peu à peu en pâturages » (Rey dir. 2011). Il est
commun, en Franche-Comté plus qu’en Suisse
d’ailleurs, de véhiculer l’idée d’un peuple-
ment récent du Massif jurassien, réputé hos-
tile et inhospitalier jusqu’aux lendemains de
la guerre de Trente Ans. Cet état d’esprit relève
cependant plus de la conviction que d’une
démonstration archéologique. Comme le résu-
mait J.-L. Mordefroid (Mordefroid 1993), la
fondation de monastères du haut Moyen Âge
dans des « déserts » (Saint-Imier, Saint-Claude,
Gigny, Saint-Lupicin, etc.) et les vita qui les
accompagnent ont largement contribué à l’édi-
fication d’un imaginaire de montagnes sau-
vages, sous-exploitées et dépeuplées au cours
de l’Antiquité.
Le Jura ne serait alors qu’une zone frontière
entre les grands peuples du piémont, sauvage
en dehors de quelques routes. C’est là un état
de la recherche, hérité de Dunod et de Clerc,
depuis longtemps battu en brèche par la
découverte et l’étude des peuplements néoli-
thiques et protohistoriques du haut Jura autant
que par les études paléoenvironnementales.
Pourtant, dans cette dynamique de renouvelle-
ment des données, amorcée depuis les années
1970, la question de l’occupation antique des
montagnes jurassiennes reste en marge, faute
d’étude ou de chercheurs. L’abondance des
pâtures, les forêts de résineux, les difficultés de
détection, la rareté des opérations préventives
y tiennent certes pour beaucoup. Mais la mul-
tiplication des travaux sur ses piémonts, autant
en Suisse qu’en France, a produit un effet de
source non moins négligeable. Ces recherches
ont nettement renforcé l’idée d’un peuplement
montagnard antique morcelé sinon épiso-
dique, en tout cas d’une opposition éclatante
entre les structures du peuplement des basses
et hautes altitudes jurassiennes.
Il convient dès à présent de souligner que nos
connaissances de ces espaces n’ont guère évo-
lué depuis trente ans. Les fouilles y sont encore
moins nombreuses aujourd’hui que dans les
années 1960 et les communes du haut Doubs,
du haut Jura et du Bugey n’ont connu aucun
programme de recherche d’envergure, même si
quelques explorations plus attentives ont tou-
ché ces dernières années le Jura vaudois. Nous
n’avons donc pas l’ambition ici de dresser un
tableau renouvelé, qui manque toujours de
matière. Nous nous contenterons de poser les
jalons préalables, nécessaires à un réexamen de
l’Antiquité de l’espace montagnard jurassien.
1. Le Jura, espace frontière ?
Massif barrière, il apparaît aux yeux des témoins
comme un espace frontière. C’est là son carac-
tère marquant dans l’esprit de nos contempo-
rains autant que dans celui des témoins exté-
rieurs de l’Antiquité. C’est le premier élément
que rapporte César quand il décrit la région
(César, BG, I, 1-2) et le premier constat des géo-
graphes Strabon et Ptolémée dans les siècles
qui suivent. Si le Jurassus (Ptolémée, II, 8) est
sans nul doute un espace de marge, il faut
bien admettre que la question des limites poli-
tiques et par là même des entités administra-
tives de cette région reste une question secon-
daire et rarement abordée, sauf aux lisières sud
du massif. La synthèse offerte par Marie-Pierre
Rothé (Rothé 2001, p. 110-114) et les préci-
sions apportées par Stefan Fichtl (Fichtl 2009)
permettent de résumer l’état modeste de nos
connaissances et l’importance des questions en
suspens. Si la question des limites administra-
tives a été éludée par les antiquisants, elle a été
prise en main par les médiévistes, qui discutent
la réalité et l’origine des frontières ecclésias-
tiques en Jura. C’est ici que les données les plus
récentes sont disponibles (Locatelli et al. 1998,
Rey dir. 2011).
Pour reprendre cette question et mettre en
perspectives les données, il convient de pré-
senter celles-ci dans un ordre chronologique.
La question est ici d’autant plus complexe qu’à
deux reprises au moins, à savoir lors de l’inva-
sion suève précédant la guerre des Gaules et
durant la poussée alamane des Ve-VIe siècles
et la mise en place du second royaume bur-
gonde, la structure administrative de la région
a subi de profondes modifications dont nous
ne connaissons ni la nature ni l’ampleur. Les
démarches régressives permettant de retrouver
dans les limites des circonscriptions ecclésias-
tiques celle des entités antiques sont vouées
ici à l’échec sans une solide discussion des
arguments.
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
1.1. Les données historiques, de César
à la fi n de lAntiquité
La question même du nombre et de l’iden-
tité des peuples en présence est déjà problé-
matique. La stabilisation des Séquanes et des
Helvètes dans cette zone est certaine depuis le
second siècle avant notre ère. Plutarque rap-
porte en effet que vers 102 av. J.-C. les pre-
miers se lièrent d’amitié avec les Romains, en
capturant les Teutons qui avaient échappé à la
défaite que leur avait infl igée le consul Caius
Marius (Plutarque, Vie de Marius, XXIV, 7). Les
seconds, déjà connus par ailleurs, y sont signa-
lés à la même occasion. Tout cela reste cepen-
dant bien vague. Les renseignements donnés
par l’ouvrage de César, De Bello Gallico, qui
relate la conquête de la Gaule septentrionale,
fournissent des éléments plus consistants. Leur
imprécision autant que leur caractère allusif
posent cependant plus de questions qu’ils n’en
résolvent.
1.1.1. L’état pré- augustéen :
les témoignages de César
et de Strabon (fi g. 1)
Grâce aux diverses campagnes césariennes
menées dans ces régions, le texte de la Guerre
des Gaules nous renseigne sur l’organisation
politique du massif du Jura et sur la présence
de plusieurs peuples, mais ces informations
demeurent parfois assez vagues. Elles corres-
pondent généralement à celles transmises par
Strabon dans sa Geographia qui, bien qu’écri-
vant sous Auguste, exploite des données
remontant à une période antérieure.
Les deux plus importants peuples sont aux
yeux de César et Strabon les Séquanes au nord
et les Helvètes au sud. Les frontières entre eux
avaient été fi xées sur la haute chaîne : César
parle en effet du « Jura, haute montagne qui
s’élève entre les Séquanes et l’Helvétie » (César, BG
I, 2-3, répété en BG I, 8). Le passage rapportant
la traversée de cette montagne par les Helvètes
montre d’ailleurs que la limite se situait au
Saône
Ognon
Ain
Seille
Loue
Doubs
Aare
Rhin
Orbe
Thièle
Broye
Rhône
Arve
Rhône
Fier
Bienne
Valouse
Reyssouze
Grosne
Ouche
Tille
Bourbre
Birse
Ill
Ain
Ain
Ain
Bienne
Bienne
Bienne
Rhin
Rhin
Birse
Birse
Birse
Ill
Genève
Chalon
AMBARRES
SEGUSIAVES
HELVETES
SEQUANES
EDUENS
LINGONS
ALLOBROGES
Fig. 1 : Cités et peuples gaulois avant la conquête : synthèse des données
restitution des limites de
cités avant la Guerre des
Gaules d’après les limites
postérieures
zones particulièrement
problématiques
Besançon
principales rivières
Helvètes, BG I
indication géographique
fournie par des sources
anciennes (BG : César
Bello Gallico; Geo:
Strabon, Geographia
Helvètes, BG I
SEQUANES :
César, BG IV-10 ; I-32
Strabon, Geo. IV, 3-4
MANDUBIENS
César, BG VII
LINGONS
BG I ; VII-66
Chalon éduen
BG VII
Saône : zone frontière disputée entre Séquanes et Eduens
Cesar BG I-12 ; Strabon Géo, IV, 3-4
Sequanes
BG IV-10
Besançon Séquane
BG I
Ambarres
BG I, 3-4
Allobroges
BG I, 33-4
Genève allobroges
BG I 3-4
Helvètes
BG I 3,4
Sequanes
BG I, 33-4
Jura frontière : BG I-2 ; 8-9
limite mentionnée dans
les sources antiques
Rhône frontière
BG I, 6,2 0 250 500 1000 1500
0 50km
Tigurini
Léman frontière
BG I 2,3
Segusiaves,
BG I, 10
Fig. 1. Cités et peuples
gaulois avant la conquête :
synthèse des données.
(Carte P. Nouvel)
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
passage des cols (BG I, 9 « Il leur restait un che-
min par la Séquanie, mais si étroit qu’ils ne pou-
vaient le traverser sans l’accord de ses habitants »).
Les Séquanes
Au nord-est, il semble que le territoire séquane
se soit étendu alors jusqu’au Rhin, comme cela
est précisé dès les premières lignes de l’ou-
vrage : « [La Gaule habitée] du côté des Séquanes
et des Helvètes va jusqu’au Rhin » (BG I, 1). Un
peuple dépendant de la cité des Helvètes, les
Rauraques (BG I, 5, 28 et 29), occupait cepen-
dant la région du coude du fl euve, zone où il
est connu avec certitude quelques années plus
tard. César laisse même entendre, peut-être par
facilité de langage, que les Séquanes s’éten-
daient alors au-delà du fl euve : « Le Rhin prend
sa source chez les Lépontes habitants des Alpes et
traverse rapidement dans un long espace les terres
des Nantuates, des Helvètes, des Séquanes, des
Médiomatriques, des Triboques et des Trévires »
(BG, IV-10). Strabon, bien qu’écrivant un siècle
après, utilise des sources documentaires anté-
rieures à la guerre des Gaules, qui comptent
encore les Séquanes au nombre des riverains du
Rhin : « Aux Helvètes, le long des bords du Rhin,
succèdent les Séquanes et les Médiomatriques »
(Strabon, Géographie, IV, 3-4). Cette région
était devenue une zone de confl it au cours des
années précédant la conquête (dans les années
80/70 av. J.-C., Fichtl 2004). Suite à l’invasion
des Cimbres et des Teutons (vers 120/102 av.
J.-C.), les nations celtiques situées à l’est du
Rhin, en Bavière et jusqu’en Bohême, avaient
disparu ou avaient immigré. Les Séquanes et
les Helvètes s’étaient donc retrouvés, depuis les
années 100/90 av. J.-C., en contact direct avec
les populations barbares germaines, aux volon-
tés expansionnistes évidentes. L’opposition
entre Éduens et Séquanes, qui avait pour objet
le contrôle du trafi c marchand du Val de Saône
(Strabon, géographie, IV, 3-4), contribua lar-
gement à attirer plus largement ces Germains
Fig. 2. Organisation politique
de la région jurassienne
au Haut-Empire : état des
données. (Carte P. Nouvel)
Saône
Ognon
Ain
Seille
Loue
Doubs
Aare
Rhin
Orbe
Thièle
Broye
Rhône
Arve
Rhône
Fier
Bienne
Valouse
Reyssouze
Grosne
Ouche
Tille
Bourbre
Birse
Ill
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Reyssouze
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Valouse
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ain
Ajoie
cité des
RAURAQUES
Cité des SEQUANES
cité des
HELVETES
cité de Vienne
(ALLOBROGES)
cité des
EDUENS
cité des
LINGONS
limite de cité restituée :
tracé discutable
zones particulièrement
problématiques
0 250 500 1000 1500
0 50km
cité des SEGUSIAVES
Ajoie
CIL XIII 9055
Ambérieux
Ambérieux-en-D.
Ambronay
l’Ecluse
dédicace à Mars
Segomo
Nuits
Arinthod
Culoz
CIL XIII 9078
limite de cité restituée :
tracé consensuel
Fig. 2 : Organisation politique de la région jurassienne au haut Empire : état des données
JURA
Nyon
Avenches
Lyon
Autun
Vienne
BesançonLangres
borne milliaire :
calcul depuis
mention de magistrat
ou d’action publique
des Séquanes
Mandeure
Luxeuil
Besançon
Villards-d’Héria
Augst
Augst
Avenches
Lyon
Langres
Ambérieux-en-B.
toponyme rappelant
l’ethnonyme Ambarres
Nyon
CIL XIII 9066
CIL XIII 9074
?
CIL XIII 9079
CIL XIII9080
CIL XIII 9081
H
H
H
H
H
H
H
H
H
H
H
H
L
L
L
L
L
L
L
L
E
E
E
A
A
A
A
A
A
Lu
Lu Lu
NN
N
N
N
N
capitale de cité
N
R
R
R
H
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
dans les Gaules. Un passage de la Guerre des
Gaules résume précisément les événements
qui aboutirent à l’annexion d’une partie du
territoire séquane par les Germains puis à la
guerre entre Germains et Romains en 58 av.
J.-C. (BG I-31). C’est vraisemblablement sa par-
tie est, dans le sud de l’Alsace actuelle, qui fut
l’objet de cette cession (Fichtl 2009). L’opinion
actuelle est que, au retour des Rauraques, ren-
voyés de force dans leur patrie par César à la
suite de l’échec de la migration des Helvètes,
toute cette zone leur aurait été attribuée aux
dépens des Séquanes (Demarez 2005). La fon-
dation de la colonie d’Augusta Raurica (formée
de vétérans romains associés aux survivants
rauraques de la migration de 58 av. J.-C., entre
les années 40 av. et les années 20/10 av. J.-C.),
aurait ainsi bénéficié de terrains désertés. Quoi
qu’il en soit, on retiendra qu’après la guerre des
Gaules, la partie orientale de la chaîne juras-
sienne a subi des modifications territoriales
profondes, bientôt entérinées par les réformes
administratives d’Agrippa. Nous y reviendrons
sous peu.
À l’ouest, face au territoire des Éduens, la fron-
tière semble, d’après les multiples allusions
de César, être à fixer sur le cours de la Saône :
« La Saône est une rivière dont le cours, entre les
terres des Éduens et celles des Séquanes et jusqu’au
Rhône, est si paisible que l’œil ne peut en distin-
guer la direction » (BG, I, 12). On sait toutefois,
par César et par Strabon, que la possession de
son parcours a été l’objet de multiples combats
entre les deux peuples, qui aboutirent certaine-
ment à des modifications territoriales impor-
tantes : « Avec les Éduens, les Séquanes dévelop-
paient une haine envenimée par des contestations
incessantes au sujet du fleuve qui les sépare, cha-
cun des deux peuples prétendant à la possession
exclusive du cours de l’Arar [la Saône] et reven-
diquant la perception des péages » (Strabon,
Géographie, IV, 3-2). Après la défaite des Éduens
dans les années 80/70 av. J.-C., il est probable
que les Séquanes ont contrôlé les péages de la
Saône (Goudineau et Peyre 1993). L’arrivée
de César et la défaite des Germains alliés des
Séquanes ont certainement permis aux Éduens
de reprendre le terrain perdu. Une partie de
la rive gauche de la Saône était dès lors sous
leur dépendance : le discours de César lui-
même permet de s’en persuader. Lors de leur
migration, les Helvètes, contraints de passer
les monts du Jura pour contourner les bar-
rages placés par César dans la vallée du Rhône,
eurent l’autorisation de traverser le territoire
séquane. « Déjà les Helvètes avaient franchi les
défilés et le pays des Séquanes et, arrivés dans le
pays des Éduens, ils en ravagent les terres ». Ce
n’est qu’après cet épisode qu’ils arrivèrent à la
Saône sur les gués de laquelle eut lieu une pre-
mière bataille. Il faut donc en conclure que les
frontières occidentales des Séquanes doivent
être placées au cœur de la Bresse (Kasprzyk et
Nouvel à paraître). Les frontières sud, dans le
Jura ou plus au sud, posent des questions plus
complexes, sur lesquelles nous reviendrons.
Les Helvètes, les Rauraques et les Ambarres
Le livre I de la Guerre des Gaules indique aussi
que cette première nation s’étendait sur la tota-
lité du plateau au sud du Jura, depuis Genève
au moins à l’ouest jusqu’au Rhin. Elle fédérait
plusieurs peuples dont la localisation fait l’ob-
jet de discussions sans fin et que nous ne pou-
vons pas replacer sur le terrain, en dehors peut-
être des Rauraques. César reste évasif sur les
limites attribuées à ce peuple, même si un pas-
sage détermine clairement que Genève, dépen-
dant des Allobroges, était en position frontière
face aux Helvètes, qui disposaient de la rive
nord du Rhône à cet endroit (Broise 1974). À
l’est, César laisse entendre qu’ils disposaient
d’un territoire s’étendant jusqu’au Rhin (BG, I,
1, ci-dessus).
Au sud-ouest, César signale l’existence des
Ambarres, mitoyens des Séquanes, des
Allobroges et des Helvètes. Il est probable
que cette entité ait formé antérieurement une
nation puisque ces peuples apparaissent parmi
ceux qui envahirent le Nord de l’Italie au
IVe siècle : « […] à Bellovèse, les dieux montrèrent
un plus beau chemin, celui de l’Italie. Il appela à
lui, du milieu de ses surabondantes populations, des
Bituriges, des Arvernes, des Éduens, des Ambarres,
des Carnutes, des Aulerques ; et, partant avec de
nombreuses troupes de gens à pied et à cheval, il
arriva chez les Tricastins. Là, devant lui, s’élevaient
les Alpes […] ils franchirent les Alpes par des gorges
inaccessibles » (Tite-Live, Histoire romaine, V,
34). Cette nation, alliée des Éduens, est posi-
tionnée entre les Allobroges, les Éduens et les
Séquanes, non loin du Rhône. Enfin, César
signale aux bords du Rhône, entre le Léman et
son confluent avec la Saône, les confins nord
des Allobroges (BG, I, voir discussion dans
Rémy 1970 et Rémy 2000).
Plus à la marge, à l’ouest, on trouve les cités des
Éduens et des Ségusiaves, que César ne signale
pas comme mitoyennes du Jura, même si son
discours (BG, I) laisse à penser qu’ils n’en sont
pas éloignés.
À la suite de la guerre des Gaules, il est probable
que cette zone connut des remaniements plus
ou moins importants, tout d’abord lors de la
réinstallation des Helvètes et des peuples alliés
(en particulier les Rauraques) dans leur région
d’origine (voir les discussions sur ce point dans
Demarez 2001, p. 16-17), mais aussi lors de la
fondation des trois colonies (Lyon, Nyon puis
Augst) au cours de la période qui suivit la mort
de César (Frei-Stolba 1999, p. 32-36).
Le témoignage de Strabon apporte ici plus
de confusions que de précision : « Quant aux
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
C : début du Ve siècle (Notitia Galliarum)
A : époque augustéenne (liste de Pline)
Sequani
colonia
Equestris
Helveti
Raurici
BELGICA
CELTICA
colonia Raurica
Lingones
ALPES
Aedui
Segusiavi
Vienna
colonia
Lugdunensis
NARBONENSIS
B : IIe siècle de notre ère (Ptolémée)
Segusiavi
Aedui
Cabyllinum
Lugdunum
Longones
Vienna
Genava
Raurici
Argentovaria
Augusta
Raurica
Andomantunnum
JURASSUS
Helveti
Sequani
Dittatium
?
Visentium
Aventicum
Equestris
GERMANIA SUPERIOR
LUGDUNENSIS
NARBONENSIS ALPES
POENINES
D : époque carolingienne
diocèse de Lyon
évêché de
Constance
Varais
Ajoie
Portois
Amous
Escuens
Leimental
Salsgau Buchsgau
Sisgau
Breisgau
Wengi Lützelflüh
Langnau
Berngau
Fribourg
Ogoz
Lyonnais
Forez
diocèse
de BÂLE
diocèse de
Besançon
diocèse de Lausanne
Diocèse de
Langres
diocèse de
Chalon
Dombes
Bresse
Mâconnais
Chalonais
Beaunois
Oscheret
Dijonnais
Mesmontais
Ajoie
diocèse
de Mâcon
diocèse
d’Autun
Langogne
Attuyer
Duesmois
Lassois
diocèse de Genève
Valromey
Genevois
Chablais
Velin
Bugey
Equestris
Vaud
Ciuitas
Æduorum
Ciuitas
Lingonum
Castrum
Cabilonnense
Castrum
Matisconense
Ciuitas Lugdunensium
LVGDVNENSIS PRIMA
MAXIMA SEQVANORVM
Ciuitas Vesonciensium
Ciuitas
Equestrium
Ciuitas Elvitiorum
Aventicum
Noiodunus
Ciuitas
Basiliensium
Castrum Ebredunense
Castrum
Rauracense
Portus Abucini
Ciuitas
Viennensium
Ciuitas
Genavensium
Ciuitas
Valensium
Octodoro
ALPIVM GRAIARVM
ET PENNINARVM
Ciuitas Centronium
Dantrasia
VIENNENSI
Fig. 3 : Evolution du contexte géopolitique du massif Jurassien de la période augustéenne
au premier moyen-âge. Trait plein : limite de province, traitillé : limite de cité ou de diocèse
Fig. 3. Évolution du contexte
géopolitique du Massif
jurassien de la période
augustéenne au premier
Moyen Âge. Trait plein : limite
de province ; pointillé : limite
de cité ou de diocèse. (Cartes
P. Nouvel)
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Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
peuples qui succèdent aux Segosiavii en direc-
tion du Rhin, ils ont pour leur servir de limite,
les uns le Doubs, les autres l’Arar [Saône], deux
rivières qui descendent des Alpes et se jettent
dans le Rhône […]. Mais il y a encore un autre
fleuve, le Sequanas [Seine], qui prend sa source
dans les Alpes et va se jeter dans l’Océan, après
avoir coulé parallèlement au Rhin et avoir tra-
versé tout le territoire d’un peuple du même nom
[les Séquanes] compris entre le Rhin à l’est et
l’Arar [Saône] à l’ouest. […] Entre le Doubs et
l’Arar [Saône], ce sont les Éduens qui habitent :
la ville de Cabyllinum sur l’Arar [Chalon-sur-
Saône] et la place forte de Bibracte leur appar-
tiennent ». Comme l’ont démontré plusieurs
auteurs (Goudineau et Peyre 1992), ce passage
ne doit pas être suivi à la lettre : l’auteur, décri-
vant le pays de loin, se doit d’assimiler le Jura
aux Alpes, sinon au plateau de Langres. Mis
à part l’assimilation Séquanes/Seine qui n’est
qu’un jeu de mot facile depuis longtemps reje-
té (Jullian 1923, II, p. 35 ; Carcopino 1957), le
reste se comprend et correspond aux descrip-
tions de César, puisque les Éduens disposent
selon lui d’une partie de la plaine à l’est de la
Saône.
1.1.2. Organisation territoriale de la région
jurassienne durant le Haut-Empire :
les témoignages de Pline et
de Ptolémée (fig. 2 et 3a et b)
Au début du IIe siècle, le tableau dressé par
Ptolémée confirme la stabilité des entités poli-
tiques régionales malgré la création des deux
provinces des Germanies supérieures et infé-
rieure sous Domitien. Il signale en Lyonnaise
ou Celtique les cités des Ségusiaves (II, 8-14 :
habitant les monts Cemmenos, sont les Segueiavi
dont les villes sont : Rhodumna et Forum Segu-
sia norum) et des Éduens (II, 8-17 : À l’est des
Arverni jusqu’à ce que le Rhône se détourne de sa
direction du nord, est la tribu des Aedui et leurs
lieux d’habitation : Augustodunum, Cabyllinum et
la ville de Lugdunum). En Germanie supérieure
ce sont les Rauraques (II, 9-18 : les Raurici,
Augusta Rauricorum), les Séquanes (II, 9-21 :
Les Sequani sont en-dessous d’eux et ont pour
ville : Dittatium, Visentium), la cité de Nyon (II,
9-21 : Equestris) et des Helvètes (II, 9-20 : Et
après les montagnes qui sont en-dessous d’eux, et
qui sont appelées Jurassus, sont les Helveti près du
fleuve Rhin, lesquels ont pour ville : Ganodurum,
Forum Tiberii puis II, 9-21 où il évoque la capi-
tale, Aventicum). En Narbonnaise, il ne signale
dans cette zone que la cité de Vienne et des
Allobroges limitée par le Rhône (livre 10,
fig. 2). Ici encore, les Ambarres sont absents, ce
qui confirme qu’il ne s’agissait pas d’un oubli
de Pline : ils ne forment donc plus de cité indé-
pendante depuis Auguste. Entre-temps, la cité
des Séquanes, jusque-là stipendiaire comme
l’indique la liste de Pline, a obtenu le statut de
colonie honoraire, comme le prouve la men-
tion d’un tabell (arius) colon (iae) Sequanor
(um), dédicant au col du Grand Saint-Bernard
(CIL V, 6887). On suppose (Gschaid 1993) que
ce statut aurait été acquis à la suite de l’écra-
sement de la révolte lingone par les milices
séquanes en 70 ap. J.-C. (Tacites, Annales, XLV,
45 ; Tacite, Histoires, IV, 67). Le phénomène est
similaire chez les Helvètes qui obtiennent vrai-
semblablement celui de colonie latine (Frei-
Stolba 1999, p. 88-90).
1.1.3. La zone jurassienne d’après
les sources tardo-antiques et
du haut Moyen Âge (fig. 3c et d)
Les évolutions au cours du IIIe et du IVe siècle ne
nous sont pas connues dans le détail. Seule la
création d’une nouvelle province, en 297 ou en
314-324, la Maxima Sequanorum, est confirmée
par la liste de Vérone sans qu’on en connaisse
alors l’assiette précise (Laterculus Veronensis
VIII). La Noticia Galliarum (début du Ve siècle,
NG, Provintia Maxima Seqvanorvm, Nvm. Iiii)
confirme qu’elle s’est constituée aux dépens
de la Germanie supérieure dont elle occupe la
partie méridionale. Sa composition atteste que
les modifications territoriales ont été modestes
au cours du siècle précédent. La provincia maxi-
ma sequanorum, dont la capitale est Besançon,
compte alors quatre entités politiques, cor-
respondant à des entités préexistantes, même
si elles changent parfois de dénomination :
Ciuitas Vesonciensium (= cité des Séquanes),
Ciuitas Equestrium Noiodunus (cité de Nyon)
Ciuitas Elvitiorum hoc est Aventicus (cité des
Helvètes où est Avenches) Ciuitas Basiliensium
(= cité des Rauraques avec changement de capi-
tale). Le Castrum Vindonissense (Windisch), où
résident pourtant certains évêques helvètes, est
signalé en second lieu, aux côtés d’Yverdon et
d’Augst.
À l’ouest, la première lyonnaise comprend la
Ciuitas Lugdunensium (cité de Lyon, qui s’est
imposée aux dépens de Feurs dans l’ancienne
cité des Ségusiaves), la Ciuitas Æduorum (cité
des Éduens), la Ciuitas Lingonum (cité des
Lingons), les Castrum Cabilonnense (Châlon-
sur-Saône) et Castrum Matisconense (Mâcon) ne
formant pas des cités indépendantes. On sait
pourtant qu’au Ve siècle Chalon possède ses
évêques (Kasprzyk et Nouvel à paraître).
Au sud, les modifications sont un peu plus
notables depuis le Haut-Empire. La province
de Vienne, composée de treize cités, enté-
rine le démembrement de l’ancien territoire
des Allobroges. Celui-ci conduit à la création
de trois entités distinctes, Ciuitas Viennensium
(cité de Vienne) Ciuitas Genavensium (cité de
Genève) et Ciuitas Gratianopolitana (cité de
Grenoble).
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
Ces différents témoignages confirment que les
entités territoriales se sont stabilisées durant la
totalité de l’Antiquité romaine. Cette consta-
tation justifierait ici une analyse régressive,
puisque l’organisation ecclésiastique y a repris,
à travers les provinces de grande Séquanie, de
Viennoise et de Lyonnaise Ière, celle connue
dans la Notitia Galliarum. Dans le détail, tou-
tefois, la démarche est moins aisée, comme
l’ont bien démontré les différents spécialistes
qui se sont penchés sur la question (Longnon
1889, Moyse et Locatelli 1979 ; Favrod 1997 ;
Rey et al. 2011). Tous s’entendent sur un point :
les limites diocésaines, sans parler de celles
des pagi et des archiprêtrés médiévaux, ne per-
mettent que ponctuellement et avec d’infinies
précautions de restituer les territoires antiques
qui les ont précédées. En effet, contrairement
aux régions plus occidentales, cette région vit
le développement du second royaume bur-
gonde de Sapaudia, immédiatement confronté
à l’expansion alamane. Ces conditions poli-
tiques complexes semblent avoir contrecarré
la mise en place normale des diocèses, contri-
buant à des transferts de sièges autant qu’à
des modifications des limites initiales. D’autre
part, comme l’ont souligné les différents spé-
cialistes de la question (Longnon en premier
lieu), les pouillés sont ici très tardifs, pas anté-
rieurs au XIIIe siècle dans le meilleur des cas
(1275, diocèse de Besançon). Enfin, la création
des évêchés de Bellay et de Saint-Claude ou les
modifications profondes qu’ont connues les
évêchés d’Avenches, d’Augst, de Nyon et de
Genève au cours de la période moderne com-
pliquent fortement cette démarche. La situa-
tion est d’ailleurs variable en fonction des enti-
tés politiques considérées.
La cité de Besançon semble disposer d’une
liste continue d’évêques, ce qui laisse entendre
qu’il y a continuité entre la cité antique et
l’évêché médiéval. Cependant, l’opinion de
tous (Longnon 1889, Jeannin 1966, Audouze
1911, Rey et al. 2011) est que les quatre pagi
connus par les sources mérovingiennes et caro-
lingiennes (fig. 4) sont des créations du haut
Moyen Âge sans fondement antique, sauf peut-
être celui du Portois, éloigné de la région qui
nous concerne ici.
Le territoire de la cité des Rauraques a en
apparence seulement survécu dans les limites
de l’évêché de Bâle, qui s’étendait à l’ouest
jusqu’à la région de Belfort. On ne sait si cette
frontière, fixée sur la limite entre les bassins
du Doubs et du Rhin, est le reflet d’un par-
tage du territoire séquane lors de la mise en
place de la cité des Rauraques autour d’Augst
ou d’une modification plus tardive, au cours
de l’Antiquité tardive voire des premiers siècles
du Moyen Âge. Ce diocèse semble en effet
connaître une évolution complexe. Alors qu’un
évêque est attesté au IVe siècle, une interrup-
tion jusqu’en 615 fait penser que durant la pré-
sence alamane il avait cessé d’exister et avait été
rattaché à celui de Besançon (Schwartz 2005).
Il aurait ensuite été rétabli selon une assiette
un peu différente. Cela expliquerait les décou-
pages curieux observés dans cette région et la
présence d’un pagus dit d’Ajoie/Elsgau, partagé
entre les évêchés médiévaux de Besançon et de
Bâle (Jeannin 1966 ; Moyse et al. 1978 ; Moyse
et Locatelli 1979).
Le territoire de la cité des Helvètes connut
aussi diverses vicissitudes. Le siège épiscopal a
été tout d’abord implanté à Avenches, jusqu’au
VIe, avec quelques alternances avec Windisch.
Le transfert à Lausanne est définitif à partir de
517 (Favrod 1997). La partie orientale du ter-
ritoire sera érigée vers 600 en un nouvel évê-
ché dont la capitale est Constance. Là encore,
les pagi connus par les sources du haut Moyen
Âge ne sont d’aucune aide pour une démarche
régressive.
Le territoire de Nyon ne semble pas avoir
donné naissance à un évêché (Frei-Stolba
1999). Le pagus equestris du haut Moyen Âge
est dépendant de l’évêché voisin de Genève
(Broise 1974 ; Collectif 2003, p. 28-29). La
découverte de nombreuses inscriptions prove-
nant de Nyon dans les fortifications tardives de
Genève montre d’ailleurs que l’ancienne colo-
nie faisait bien partie de ce territoire, même si
la date même de sa mise sous tutelle pourrait
être assez tardive (mention Novidunensis muni-
cipii dans la vita des Pères du Jura vers 500, Vita
S. Romani, 13, Martine 1968). Le territoire de
Genève, érigé en évêché dès le IVe siècle, englo-
ba rapidement celui de Nyon (Favrot 1997).
La liste épiscopale de ce siège indique qu’il
n’a pas subi de modification profonde jusqu’à
l’époque médiévale.
Le territoire de l’évêché de Lyon correspond
vraisemblablement à celui de l’ancienne cité
des Ségusiaves. La zone où César signalait le
peuple césarien des Ambarres dépend d’ail-
leurs du pagus Lugdunensis au cours du haut
Moyen Âge (De Vrégille 1983).
L’ensemble de ces données permet de confir-
mer que, pour certaines zones, les limites
diocésaines ont fossilisé les limites anté-
rieures, permettant de restituer le territoire
des Séquanes (De Vrégille et al. 1998) et des
peuples voisins dans ses grandes lignes. Dans
deux zones cependant – l’une au nord, aux
confins des Rauraques et des Séquanes, la
seconde entre la Bienne et le Rhône –, les élé-
ments restent trop confus. Ils ne permettent
pas, en particulier, d’attribuer avec certitude
l’actuel département de l’Ain à l’une ou l’autre
des cités antiques mentionnées ici.
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393
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
Haute-Saône
Côte-d'Or
Jura
Saône-
et-Loire
Ain
Isère
canton de
Vaud
canton de
Genève
canton de
Neuchâtel
Haute-Savoie
Aucune donnée pour
la période romaine
Découverte isolée de
la période romaine
Au moins un site antique
bien documenté par des
fouilles anciennes ou des
prospection récentes
Au moins un site sondé
ou fouillé et documenté
0 50km
Fig. 4 : Epoque romaine. Etat des connaissances
canton
du Jura
canton de
Berne
Canton de
Bale C.
Fig. 4. Époque romaine :
état des connaissances.
(Carte P. Nouvel)
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394
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
1.2. Les données archéologiques
et les limites politiques
1.2.1. Les prospections et les fouilles
Les parties hautes de la chaîne du Jura ont fait
l’objet de peu de recherches systématiques car
le couvert forestier, souvent très dense, rend dif-
ficile toute prospection archéologique. Il reste
donc difficile de localiser des sites frontières,
lieux de culture ou points de contrôle. Suite à
la fouille du sanctuaire gallo-romain de Bullet
(VD), au sommet du Chasseron, l’université
de Lausanne a mené plusieurs campagnes de
prospection afin de définir l’occupation mon-
tagnarde dans la région de Sainte-Croix (VD).
Ces recherches, menées de concert avec le
groupe Caligae en collaboration avec l’archéo-
logie cantonale vaudoise, ont permis de mettre
en évidence un grand nombre de sites dont l’es-
sentiel est pour l’heure encore inédit. Nous ne
mentionnerons ici que ceux qui ont fait l’objet
de fouilles ou de sondages archéologiques et
qui sont publiés sous forme de rapports. Les
recherches se sont d’abord concentrées dans les
gorges de Covatannaz et plus précisément dans
les abris du secteur de Fontanet (Luginbühl
2010). Le plus petit des abris, fouillé en 2007
et en 2008, a révélé un important mobilier
du Bas-Empire constitué notamment d’une
statuette en bronze de Mercure, de 230 mon-
naies et de 60 éléments de parure. Les auteurs
concluent à l’existence d’un lieu de culte sur la
base du traitement de certains objets déposés
entiers ou brisés et sur celle de l’analyse spa-
tio-fonctionnelle de l’ensemble du mobilier,
qui met en lumière des dépôts volontaires. Il
faut encore mentionner la découverte de plus
de 40 pièces d’armement dont la répartition
spatiale n’est pas identique à celles des autres
catégories de mobiliers. Les traces d’utilisation
visibles sur tous les projectiles permettent d’en-
visager l’hypothèse d’un événement violent qui
aurait mis fin à l’activité de ce lieu au début
du Ve siècle, comme l’indique le numéraire
retrouvé. Cet abri a pu aussi servir de refuge
en période troublée, comme paraît du reste
l’indiquer sa fréquentation à la fin du VIe ou
au début du VIIe siècle. Lieux de repli au Bas-
Empire, certains abris ont également servi à des
activités marginales. Ainsi, les récentes prospec-
tions dans l’abri des Ormes sur la commune
de Bassins (VD) ont permis de révéler l’exis-
tence d’un atelier de faux-monnayeurs actif au
IVe siècle (Saget 2010, p. 86-87).
Des prospections au détecteur à métaux, sui-
vies de sondages de diagnostic, ont permis
de mettre en évidence dans le goulet d’Entre
Roches, en contrebas du Col des Étroits, un
ensemble inédit d’artefacts liés à une occupa-
tion militaire tardo-républicaine (50-15 av.
J.-C.) et peut-être déjà laténienne. Plus de 200
clous de caligae à décor de croix et de globules,
des pointes de pila, des traits de catapultes, une
pointe de lance ainsi qu’une sardine de tente
sont autant d’éléments qui militent en faveur
de l’installation dans cet endroit-clé d’un fortin
militaire qui a pu succéder à un castellum hel-
vète. Les sondages ont mis en évidence un amas
de pierres très mal conservé qui pourrait corres-
pondre à une hypothétique structure de fortifi-
cation, ainsi qu’une voie antique soutenue par
un muret. Cette dernière paraît avoir été amé-
nagée à l’époque tardo-républicaine et avoir
subi une réfection, du moins partielle, dans le
courant du Bas-Empire. Ces résultats obtenus
récemment dans le Jura vaudois révèlent ainsi
tout le potentiel d’une recherche archéolo-
gique menée dans les étages les plus hauts de la
chaîne du Jura. Ils ne permettent nulle part de
de préciser la localisation exacte des frontières
recherchées.
1.2.2. Les données épigraphiques
Les données épigraphiques ne contredisent
nulle part les limites que l’on peut restituer à
partir des sources antiques et médiévales. Elles
bénéficient, pour l’actuel département de l’Ain,
d’une synthèse récente et exhaustive (Kayser et
al. 2005).
Les bornes milliaires, qui portent les indica-
tions de distance par rapport au chef-lieu, for-
ment un premier groupe du plus grand intérêt.
Elles fournissent des jalons précieux, mais peu
nombreux (fig. 2). Les témoins dans le mas-
sif du Jura sont cependant assez rares. On ne
dispose que d’une borne, précieuse pour les
Séquanes, celle retrouvée à la Fontaine-Ronde,
le long de la route entre Pontarlier et Vallorbe
(CIL XIII, 9078). Elle porte une distance de
quarante-deux milles, qui correspond à celle
qui la sépare de Besançon : nous sommes
donc bien ici en territoire séquane à l’époque
de Trajan. De l’autre côté du Jura, une série de
bornes (CIL XIII, 9056 à 9067) confirme que
nous sommes là en territoire helvète. C’est
d’ailleurs grâce aux mentions visibles sur les
bornes que la limite entre la cité équestre et
celle des Helvètes a pu être située à proximité
d’Allaman (VD) et non sur l’Aubonne (Frei-
Stolba 1999, p. 39 ; Collectif 2003, p. 23). Au
sud, il nous manque malheureusement des
indices provenant des zones discutées du Bugey
et du Valromey. Une seule borne milliaire, de
l’époque de Claude, provient du département
de l’Ain (Béligneux, CIL XIII, 9055). La distance
qu’elle porte (dix-neuf milles) indique que la
mesure est prise depuis Lyon.
On dispose par ailleurs de mentions de magis-
trats ou d’interventions publiques. Ces don-
nées, exploitées largement, ne précisent nulle
part les informations livrées par les don-
nées historiques ou les bornes milliaires, en
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395
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
particulier au sud du Jura. Au nord, trois lieux
ont livré des inscriptions qui rapportent l’in-
tervention de la collectivité des Séquanes. En
dehors de Besançon et de Mandeure, dont l’ap-
partenance à cette nation était déjà évidente
par ailleurs, une seule concerne le Massif juras-
sien, dans une zone où les données sont juste-
ment peu fiables. Il s’agit de la base recueillie
aux Villards-d’Héria (Jura), érigée en l’hon-
neur de C. Licinius Campanus et édifiée à frais
communs par les Séquanes (CIL XIII, 5353).
L’inscription atteste que cette zone, apparte-
nant encore à l’époque médiévale au diocèse de
Besançon, relevait déjà de cette cité au cours du
IIe siècle.
À l’image de ce qui a pu être mis en évidence en
territoire éduen (Kasprzyk et Nouvel à paraître),
M. Gschaid a voulu délimiter plus précisément
le territoire séquane en s’appuyant sur ses parti-
cularités religieuses, plus spécifiquement sur la
dévotion à Mars Segomo (Gschaid 1994). Émile
Thévenot, en son temps, avait déjà proposé de
considérer cette divinité comme la principale
des Séquanes (Thévenot 1955). La répartition
et l’origine des dédicants soulèvent cependant
des questions. C’est le cas de la dédicace CIL
XII 1674 formulée vers 73-74 par Q. Adginnius
Martinus, un Séquane connu par ailleurs aux
Villards-d’Héria, qui accéda au Sacerdos Romae
et Augusti à l’autel de Lyon. La seconde occur-
rence a été mise au jour à Arinthod (Jura), aux
confins de l’ancien évêché de Besançon. La base
(Rothé 2001, fig. 8 p. 203), offerte par un cer-
tain Paternus, indique d’ailleurs ici un probable
sanctuaire. La troisième se rencontre à Culoz
(Ain) sur le mont Jugeant, au pied du Grand
Colombier (dédicace de Cassia Saturnina,
probablement citoyenne romaine, CIL XIII,
2532), bien loin des limites méridionales du
diocèse de Besançon. La quatrième, provenant
d’Izernore, est rejetée par Max Gschaid. Quant
aux dernières (CIL XIII 2846 et AE 1971 53,
Pommeret dir. 2001), elles ont été avec cer-
titude offertes en territoire éduen (Kasprzyk
et Nouvel à paraître). Si cette divinité devait
être rattachée à la nation séquane, on s’atten-
drait à la retrouver à Besançon et à Mandeure,
ou encore aux Villards-d’Héria. Il n’en est rien.
Le grand sanctuaire de Chamars de Besançon,
qui semble dédié principalement à Mars, pré-
sente cinq dédicaces à Mars Vesontius (par
exemple CIL XIII 5368) et une à Suadurix (CIL
XIII 5378), mais aucune à Segomo. L’épiclèse du
Mars mandurien ne nous est pas connue. Enfin,
le sanctuaire supérieur des Villards-d’Héria
a livré une dédicace à Mars Augusto (CIL XIII
5353, Van Andringa 2002) et l’inférieur à Mars
Catu […] (Gallia information, 1974, fig. 17a
p. 428). Rien ne permet donc de considérer les
dédicaces à Mars Segomo, encore moins celles
à Mars en général, présentes partout dans les
cités du Grand-Est (Thévenot 1955), comme
des marqueurs territoriaux séquanes. On ne
saurait donc attribuer à cette cité la région du
Valromey sur la seule présence de la dédicace de
Culoz (Ain), comme l’a proposé A. Bourgeois
(Bourgeois 1999, p. 22). À l’inverse, les sanc-
tuaires de Besançon « Chamars », de Mandeure
« Clos du Château » et Mandeure « Champ des
Fougères » présentent tous une particularité
commune : un péribole elliptique qui pourrait
constituer une spécificité séquane (Thivet et al.
2011). On ne connaît malheureusement pas
assez bien les formes architecturales adoptées
dans les sanctuaires jurassiens pour mesurer la
portée de ce caractère (Izri et Nouvel 2011).
1.2.3. Les faciès mobilier
Le mobilier n’est pas d’un précieux apport. Les
études céramologiques ont démontré que les
faciès de consommation n’étaient pas repré-
sentatifs d’entités politiques, tout particuliè-
rement en Gaule de l’Est (Barral 2002 pour la
fin de la période gauloise). Les travaux en cours
indiquent une certaine uniformisation des
répertoires dans tout le Val de Saône et le Jura
durant l’époque romaine. Par ailleurs, S. Fichtl
a récemment démontré (Fichtl 2009) les affini-
tés stylistiques dans les productions monétaires
entre Helvètes et Séquanes à la fin de l’époque
laténienne. Il n’y a donc guère à glaner de ce
côté pour préciser les frontières politiques.
À l’inverse, la numismatique a été largement
mise à contribution, tout particulièrement à
l’ouest du massif. Les travaux récents (Geiser
et Gruel 1995, Jeunot 2007) ont cependant
démontré la difficulté d’une exploitation
aveugle de ces données. Il semble aujourd’hui
acquis que, jusqu’aux années 40 av. J.-C., les
frappes monétaires n’étaient pas du ressort des
magistratures civiques. On a pourtant souvent
utilisé la répartition des différents types de
potins à la grosse tête pour attribuer telle ou
telle portion de territoire aux Séquanes, sup-
posé centre émetteur de ces monnaies coulées
(par exemple Buisson 1999 pour le dépar-
tement de l’Ain). On sait aujourd’hui que
ces émissions eurent lieu, entre le milieu du
IIe siècle avant et le milieu du siècle suivant, sur
une très vaste aire couvrant la totalité du Val de
Saône, du Jura et du plateau helvète (Geiser et
Gruel 1994, Fichtl 2004). Par contre, les séries
de bronze et de potins, produites aux noms des
monétaires Seqvonoiotvos, Q (uintus) Doci
(os) Sam [..] F (ilius), Togirix puis Turonos
Cantorix entre 70/60 et la réforme monétaire
augustéenne vers 20/10 av. J.-C., présentent
un caractère régional beaucoup plus marqué.
Il s’agit clairement de magistrats monétaires,
que tout le monde s’accorde à voir séquanes
(Gruel et Popovitch 2007, Nouvel et al. 2009).
Les études sur ce point ont démontré que ces
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396
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
frappes se trouvaient majoritaires dans les
contextes augustéens entre la région de Belfort
à l’est, la Saône à l’ouest et la région de Lons-
le-Saunier au sud (Jeunot 2007). Cela corrobo-
rerait les données historiques disponibles pour
restreindre le territoire séquane à ses limites
médiévales, puisque les rares ensembles dispo-
nibles dans le département de l’Ain et la région
d’Izernore présentent des faciès nettement dif-
férents, dans lesquels la présence des monnaies
séquanes apparaît largement secondaire. Elles
sont également minoritaires ou absentes des
contextes de la région de Bâle et des territoires
attribués aux Rauraques. C’est probablement
dans cette direction que les avancées seront les
plus marquantes dans les années à venir.
1.3. Synthèse
Au terme de ce tour d’horizon, trois zones seu-
lement, certes très étendues, soulèvent des diffi-
cultés d’attribution (fig. 2).
La première, au nord, concerne les confins des
évêchés médiévaux de Bâle et de Besançon. La
limite médiévale ne correspond pas ici à la fron-
tière linguistique, qui se superpose quasiment à
la ligne de rupture des eaux entre les bassins
du Doubs (et de ses affluents Largue et Alaine)
et du Rhin (et de son affluent, l’Ill). Comme
l’avait déjà souligné A. Longnon (Longnon
1889, p. 135), cette particularité est probable-
ment due à des modifications altomédiévales,
peut-être lors de la présence alamane ou lors de
la restauration de l’évêché de Bâle au VIIe siècle.
On y retrouve en effet le pagus d’Ajoie (pago
Alsegaugensis) dont le cas a été mentionné plus
haut. Il n’apparaît qu’en 640 sur un triens, plus
tard dans les textes (vers 735, Rey et al. 2011),
déjà fractionné entre les deux diocèses. Y.
Jeannin, qui en a dressé les contours (Jeannin
1966, p. 31-32), pense que sa limite orientale
« devait suivre la ligne de partage des eaux des
bassins du Rhône et du Rhin du Ballon d’Alsace à
Pierre-Pertuis […] puis elle semble suivre le som-
met de la Montagne du Droit jusqu’à Biaufond ».
Il s’étend jusqu’à proximité de Ferrette (Haut-
Rhin), englobant également les premiers kilo-
mètres de la vallée de l’Ill jusqu’au Glaserberg.
Cela correspond à peu près à la limite linguis-
tique. Il semble qu’il intégrait également dans
un premier temps tout le clos du Doubs ainsi
qu’une petite portion des terrains au sud du
Doubs (Franches-Montagnes, région de Saint-
Ursanne, Quiquerez 1864 ; Demarez 2001,
p. 19, en se fondant sur la vita de saint Imier).
S’agit-il des confins orientaux de la cité antique
des Séquanes, postérieurement aux boulever-
sements précédant la guerre des Gaules ? C’est
l’opinion la plus communément acceptée
(Moyse et al. 1978), mais la question reste sans
réponse définitive en l’absence de découverte
épigraphique nouvelle.
La deuxième zone correspond à l’actuel dépar-
tement de l’Ain et à l’extension des différents
territoires des Séquanes, des Allobroges, sinon
des Éduens, de la cité de Nyon et du peuple fan-
tôme des Ambarres dans cette région. En lisant
superficiellement les textes antiques, on croirait
que le territoire séquane atteignait le Rhône :
« [Les Germains] ne manqueraient pas sans doute,
à l’image des Cimbres et des Teutons, de se jeter sur
la Province romaine et de là sur l’Italie, d’autant
plus que la Séquanie n’était séparée de notre pro-
vince que par le Rhône » (BG I, 33-4). On pour-
rait même en conclure, toujours selon César,
que l’ensemble de la rive droite du Rhône leur
appartenait : « Il n’y avait absolument que deux
chemins par lesquels [les Helvètes] pussent sortir
de leur pays [en direction de l’ouest] : l’un par
la Séquanie, étroit et difficile, entre le Jura et le
Rhône, où l’on pouvait à peine passer un chariot ;
il était dominé par une haute montagne et une
faible troupe suffisait pour en défendre l’entrée ;
l’autre, à travers notre province, plus aisé et plus
court, en ce que le Rhône, qui sépare les terres des
Helvètes des terres des Allobroges nouvellement
soumis, est guéable en plusieurs endroits » (BG,
I, 3-4). Pour empêcher les Helvètes de passer,
César « éleva, depuis le Lac Léman, que traverse le
Rhône, jusqu’au Mont Jura, qui sépare la Séquanie
des Helvètes, un rempart de 19 000 pas de lon-
gueur ». Les Helvètes empêchés d’emprunter
la rive nord du Rhône, « il leur restait un che-
min par la Séquanie, mais si étroit qu’ils ne pou-
vaient le traverser sans l’accord de ses habitants »
(BG I, 9). On pourrait comprendre qu’il s’agit
là du Valromay, dans le Bugey. C’est du moins
l’opinion la plus répandue (Rémy 2000).
Quelques pages plus loin, il laisse cependant
entendre que cette région dépendait non pas
des Séquanes, mais d’un autre peuple client des
Éduens, les Ambarres. « Dans le même temps, les
Ambarres, amis et alliés des Éduens, informent éga-
lement César que leur territoire est ravagé et qu’ils
peuvent à peine garantir leurs villes de la fureur
de leurs ennemis. ». César poursuit : « Enfin, les
Allobroges, qui avaient des bourgs et des terres au-
delà du Rhône, viennent se réfugier auprès de lui
et déclarent qu’il ne leur reste rien que le sol de
leurs champs ». Il faut donc conclure de tout
cela que les deux rives du Rhône appartenaient
bien sur quelques points aux Allobroges, que
les Ambarres s’étendaient sur le Bugey et que
les Séquanes se trouvaient cantonnés aux
monts du Jura plus au nord (Goudineau et
Peyre 1993), même si l’opinion des histo-
riens méridionaux s’oppose généralement à
cette idée (Barruols 1969). Le seul point qui
ait fait l’objet d’une réflexion suivie concerne
en effet la position de la frontière nord des
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
Allobroges et de la cité de Vienne. La plupart
des auteurs, suivant ici Barruol (Barruol 1969)
et en dernier lieu B. Rémy (Rémy 2000, Leveau
et Rémy 2005) la fixent sur le Rhône, n’excep-
tant que quelques « têtes de pont » en Bugey ou
Valromey. Au-delà des textes, B. Rémy s’appuie
ici sur la faible proportion de citoyens dans les
inscriptions du Bugey et sur les formes épigra-
phiques particulières qui s’y retrouvent. Il « pro-
pose d’étendre le territoire séquane jusque dans la
montagne jurassienne du département de l’Ain »,
déterminant une extension en pointe vers le
sud, entre les Helvètes à l’est et les Ambarres
à l’ouest. C’est là une opinion ancienne com-
munément véhiculée sur les cartes générales
de la Gaule (Février et al. 1980, Fichtl 2004).
En dernier lieu, M. Gschaid (Gschaid 1994),
puis A. Buisson (Buisson 1999) ont défen-
du cette thèse, signalant que le sud du massif
du Jura, depuis les Villards-d’Héria jusqu’au
Bugey, fournissait en nombre des potins à
la grosse tête et livrait de nombreuses dédi-
caces religieuses supposées caractéristiques des
Séquanes. Nous avons vu ci-dessus ce qu’il fal-
lait en retenir. Leur hypothèse, qui s’oppose
à la géographie médiévale des évêchés, ne
va pas sans poser problème. Dans le texte de
César d’abord, puisque les Helvètes, parcou-
rant vraisemblablement le Valromey, comme le
démontre B. Rémy (Rémy 2000), ne se trouvent
pas confrontés aux Séquanes (César, BG, I, 11 et
14). Dans l’épigraphie ensuite, puisqu’aucune
mention de l’ordo séquane ne s’observe plus
au sud des Villards-d’Héria. Dans la numisma-
tique enfin, puisque les séries séquanes posté-
rieures à la conquête apparaissent minoritaires
ou absentes dans l’ensemble de cette zone.
Les partisans d’une frontière plus septen-
trionale sont peu nombreux, étayant leur
démonstration, en dehors de l’allusion de
César à des possessions d’outre Rhône, par la
densité étonnante des inscriptions privées et
publiques de cette zone qui la rapproche plus
de la Narbonnaise que de ce qui s’observe par-
tout ailleurs en Lyonnaise (Rémy 1970 avant
d’amender ses vues ; Tarpin 2002).
Ce point ne saurait connaître d’avancée sans
nouvelle découverte épigraphique. Nous pro-
posons ici (fig. 1 à 3) une lecture médiane,
suivant en cela les limites médiévales de l’évê-
ché de Genève et matérialisées sur certaines
cartes de la région (Chaume 1927 ; Février et al.
1986 ; Dondin-Payre et Rapsaet-Charlier 1999,
p. XXII). Le Rhône formerait effectivement la
limite des Allobroges sur une grande partie de
son cours (entre Genève et le défilé de l’Écluse,
puis entre la pointe du Bugey et Lyon), sauf sur
un point, en Valromey, où leur territoire débor-
derait dans le massif du Jura. Dans un tel cadre,
on ne sait que faire du pagus de Briord, qui
appartient à l’époque médiévale à l’évêché de
Lyon. Cette lecture, qui a l’avantage de conci-
lier l’ensemble des indications de César, corres-
pond à une réalité épigraphique. Nous l’avons
donc retenue ici.
Reste la question de la limite méridionale des
Séquanes dans le haut Jura. Les mentions alto-
médiévales disponibles confirment que toute la
zone située au sud de la Bienne et l’ensemble de
la Petite Montagne relevait dès le haut Moyen
Âge du Pagus Lugdunensis (Longnon 1889, pl.
V et VII ; De Vrégille 1981 ; Rey dir. 2011). Dans
le détail, les confins sud-est du département du
Jura posent des problèmes depuis longtemps
jugés insolubles, puisqu’aucun texte anté-
rieur à l’an mil ne signale l’une des localités
de la région. Les confins du pagus Scotingorum
(Escuens, mentionné en 604, Frédégaire en 604
Chronica, IV, 3, XXXIV), le plus méridional du
diocèse de Besançon, sont mal connus et fluc-
tuants. Ils résultent du développement des pos-
sessions de l’abbaye de Saint-Claude. Certains
supposent que Condatisco, devenu Saint-
Claude, dépendait initialement de Besançon
(Rey dir. 2011 p. 14-17). D’autres (Roulière-
Lambert 1992), en s’appuyant sur des indices
concordant de la Vie des Pères du Jura et de
l’importance des relations qui lient cette abbaye
à la métropole lyonnaise, penchent pour une
appartenance à la cité de Lyon avant l’arrivée
de Romain en 430-435 et concluent à une per-
sistance durable des frontières dans cette zone
jusqu’à la création de Saint-Claude en évêché
au XVIIIe siècle. Par ailleurs, comme cela a été
dit plus haut, plus aucune inscription ne rap-
pelle, dans un corpus pourtant abondant, l’or-
do séquane au sud de cette ligne, et leurs mon-
naies n’y pénètrent que parcimonieusement.
On fixe donc communément les limites de la
cité des Séquanes sur les marges méridionales
de l’évêché médiéval (Roulière-Lambert 1992,
Goudineau et Peyre 1993, Barral et al. 2002).
Nous avons retenu ici cette dernière hypothèse
(fig. 3).
La dernière zone, et non des moindres, couvre
la vallée de l’Ain, les Dombes et l’ensemble
du massif méridional du Jura. Nous avons vu
que dans le texte de César, la situation sem-
blait assez claire. La zone était occupée par
une nation, connue par ailleurs, les Ambarres,
qui occupaient le territoire entre Rhône, Jura
et Saône. Au témoignage de César répond une
série de toponymes depuis longtemps relevés
par les érudits locaux (Debombourg 1866 :
Ambérieux en Bugey, Ambronay, Ambérieux en
Dombes – département de l’Ain – et Ambérieux
– département du Rhône –, fig. 2). Ceux-ci déli-
mitent un espace, entre Jura, Rhône et Doubs
qui correspond vraisemblablement à l’aire
d’implantation de ce peuple (Buisson 1990).
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
Leur nom même, limpide pour les linguistes et
signifiant « de part et d’autre de l’Arar », confor-
terait cette hypothèse. Il faut pourtant convenir
que cette cité, si elle a existé, n’apparaît plus
par la suite dans aucun des documents qui
nous sont parvenus. Plusieurs hypothèses ont
été proposées, sans qu’aucune n’ait remporté
l’adhésion.
La plus ancienne envisage une absorption de
leur territoire par les Éduens (Walkaener 1839,
p. 56), hypothèse reprise récemment par Ch.
Peyre et Ch. Goudineau (Goudineau et Peyre
1993, p. 18 pour l’époque de la conquête il
est vrai). On pourrait voir dans la description
de Ptolémée une confirmation de la chose,
puisqu’il signale (II, 8-18) que les Éduens
disposent d’un territoire qui s’étend jusqu’au
point « où le Rhône se détourne de sa direction du
nord », avant de citer la ville de Lugdunum dans
leur orbite. Cela placerait les Éduens au voisi-
nage des Allobroges. Cette hypothèse ne s’ac-
corde guère avec le témoignage de Pline, qui
signale que Lyon est bien déduit du territoire
ségusiave, et encore moins avec l’appartenance
de toute cette zone au pagus de Lyon au cours
du haut Moyen Âge. Enfin, l’absence de dédi-
caces spécifiquement éduennes du type AVG
SAC (Kasprzyk et Nouvel à paraître), en parti-
culier à Izernore (Kayser et al. 2005), permet de
rejeter définitivement cette possibilité.
La seconde hypothèse, défendue (De Bom-
bourg 1866, Dubois 1940) ou sous-enten-
due (Buisson 1999, p. 25) par les chercheurs
locaux et par nombre d’ouvrages généraux (par
ex. Longnon 1889), laisse ouverte la possibi-
lité d’une cité indépendante durant le Haut-
Empire, oubliée par Pline et par Ptolémée,
absorbée par Lyon au cours de l’Antiquité tar-
dive. Nous avons évoqué plus haut le lien qui
a parfois été fait entre l’ethnonyme Atesui de
la Liste de Pline et les Ambarres : il n’est plus
accepté aujourd’hui. Les arguments restent
donc très minces pour défendre cette thèse. On
ne recense aucune mention textuelle ni épigra-
phique et l’on peine à trouver là une capitale
qui réponde aux critères urbanistiques corres-
pondant à ce statut (fondation ou refonda-
tion augustéenne, apparat monumental, qua-
drillage orthonormé). On recherche même
vainement une agglomération qui apparaisse
sur la carte de Peutinger ou sur l’itinéraire
d’Antonin. Enfin, la distance indiquée sur la
borne de Béligneux ne peut correspondre qu’à
Lyon : l’hypothèse d’une cité indépendante des
Ambarres semble donc devoir être rejetée à par-
tir de l’époque augustéenne.
On pourrait encore envisager le fait que cette
zone dépende des Séquanes ou encore des
Helvètes. C’était l’opinion de Bouchat, qui
voyait une confusion entre les Ambrons, un
des quatre cantons des Helvètes mentionnés
par Tite-Live (Épitome, LXVIII) et les Ambarres
de César. Cela est rejeté depuis longtemps
(Walkaenaer 1839, p. 317). Rien ne nous y
autorise donc et l’on s’expliquerait difficile-
ment le fait que la borne de Bélignieux porte
des mesures depuis Lyon et que la zone relève
entièrement, au haut Moyen Âge, du Lyonnais.
Il a encore été supposé que ce territoire relevait
directement de l’ager de la colonie de Lyon. En
dehors du fait que Pline n’en mentionne pas
l’existence, les recherches de G. Chouquer n’ont
pas permis d’y repérer de traces de cadastration
évidentes, contrairement aux zones situées plus
au sud-ouest et au sud-est, dans le Velin (Poux
et Silvino 2009). Enfin, les nombreux établis-
sements ruraux, qui y ont été reconnus (De
Klijn et al. 1996, avec les compléments récents
comme sur la villa de La Boisse, Ain) s’appa-
rentent aux modèles gallo-romains typiques et
présentent assez systématiquement une conti-
nuité d’occupation depuis l’époque gauloise.
Reste la dernière possibilité, la plus probable
à nos yeux : le territoire des Ambarres aurait
été associé à celui des Ségusiaves, tous deux
peuples alliés méridionaux des Éduens. C’est
là l’hypothèse la plus récemment défendue
(Poux et al. 2011, p. 16). L’analyse précise des
textes avait déjà confirmé que la colonie de
Lyon était précédemment une ville ségusiave
(Thollard 1984) et les liens avec cette nation
avaient été largement démontrés (Desbat
2005). Les arguments sont nombreux. Au-delà
de ceux offerts par l’analyse régressive, on por-
tera à ce dossier la mention de distance mesu-
rée depuis Lyon sur le milliaire de Bélignieux.
On saisirait mieux pourquoi l’évêché de Lyon
tardo-antique englobe non seulement le terri-
toire du Forez, mais aussi l’actuel département
de l’Ain. On comprendrait mieux la citation de
Pline associant Lyon et la cité des Ségusiaves.
Les descriptions de César et de Strabon y gagne-
raient elles aussi en clarté. Le second nous dit,
« Lyon, cette ville est l’une des plus importantes du
peuple des Ségusiaves, cité située entre le Rhône et
le Doubs ». On pourrait en déduire que Strabon
confond le Doubs et la Loire : il n’est pas à
ce genre d’erreur près, quoiqu’il semble plus
loin dans son texte bien connaître le cours de
ce fleuve. La plupart des auteurs s’accordent à
dire que Strabon, qui ne nomme pas la Saône,
la confond ici avec le Doubs. D’ailleurs, dans
le même passage, Strabon signale du sud au
nord les Ségusiaves, entre Rhône et Doubs, les
Éduens entre Doubs et Saône, les Séquanes
au-delà de la Saône. Selon P. Thollard 1984,
cette apparente confusion est due au point de
vue italocentrique de l’auteur, qui considère
ici uniquement l’est de la Saône. Dans ce cas,
la cité des Ségusiaves s’étendrait bien à l’est de
la rivière, dans les Dombes, en Bresse, et dans
les montagnes jusqu’à proximité des sources
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
du Doubs. Cette interprétation permettrait de
mieux comprendre les mots de César (BG, I,
10), alors qu’il remonte d’Italie avec des légions
pour rejoindre Labienus en train de fortifier les
confins nord des Allobroges. Il nous dit gagner
Ocelum puis le territoire des Allobroges, « et des
Allobroges mène son armée chez les Ségusiaves. Ce
peuple est le premier qu’on rencontre hors de la pro-
vince au-delà du Rhône ».
On retiendra de cet exercice la difficulté que
l’on rencontre à délimiter précisément les enti-
tés politiques du Jura dans le cadre géogra-
phique qui nous est familier. Si les confins pré-
cis de ces différentes nations résistent encore
à l’analyse, il n’en reste pas moins que le Jura
apparaît effectivement comme une zone fron-
tière, mutualisée entre des populations mul-
tiples, aux caractères et aux intérêts divergents.
2. Voies, villes, sanctuaires
et espace rural du Jura antique
L’état des connaissances archéologiques est
particulièrement contrasté dans le Jura pour
la période qui nous concerne ici. Un dépouil-
lement des données publiées côté français et
dans le canton suisse du Jura (Buisson 1990
pour l’Ain, Rothé 2001 pour le Jura, Joan
2003 pour le Doubs et le Territoire de Belfort,
Zehner 1998 pour le Haut-Rhin, Demarez
2001 pour le canton du Jura, fig. 4) permet de
s’en convaincre au premier coup d’œil. Parmi
le millier de communes couvrant les plateaux
et la haute chaîne, depuis la pointe du Bugey
jusqu’au Sundgau, à peine plus de la moitié
révèle des vestiges antiques. Encore s’agit-il le
plus souvent de mentions anciennes et ponc-
tuelles. Seules trois zones sont un peu mieux
documentées, même si aucune d’entre elles
n’a connu de prospections systématiques, en
dehors des environs de Briord (Ain) à l’ex-
trême sud du massif (De Klijn 1994). Les pros-
pections aériennes elles-mêmes se sont limi-
tées aux espaces cultivés du piémont, autant
en France (travaux de G. Chouquer, de G.
Augé et de J. Aubert) qu’en Suisse (Faivre et
Nussbaumer 1985 ; Weidemann et al. 2007).
L’extension des pâtures et des forêts a large-
ment entravé ses progrès dans la zone monta-
gneuse, les quelques découvertes dans le mas-
sif se concentrant dans le canton du Jura (deux
sites), dans la région de Poligny/Champagnole
et dans la combe d’Ain (Jura).
Ici encore, les opérations préventives n’ont tou-
ché que les plaines et les piémonts périphé-
riques, autant au nord (TGV est : Richard dir.
2009 ; Transjurane Bienne-Porrentruy-Delle :
Demarez 2001 ; Collectif 2007) qu’au sud
(environs de Lons-le-Saunier, autoroute A 39 :
Collectif 1999 ; périphérie lyonnaise : De Klijn
et al. 1996). C’est finalement dans le canton
du Jura que les données sont les plus denses,
même si les plans d’établissements ruraux
reconnus, par exemple, se limitent à une demi-
douzaine, alors que le tracé du TGV dans le
Doubs en a livré à lui seul presque une dizaine.
Comme nous l’avons déjà relevé, les zones
d’altitude telles que les Franches-Montagnes,
masquées par les pâtures et la forêt, ne livrent
que peu d’indications. Huit découvertes moné-
taires rapportées au XIXe siècle confirment tou-
tefois une occupation de cette région dans la
seconde moitié du IIIe siècle et au cours des
décennies suivantes (Demarez 2007). Nous y
retrouvons également une toponymie habi-
tuelle pour les sites romains de plaine (Dô lai
Velle, Sur la Ville). Comme nous l’avons déjà
évoqué, une seule portion de la haute chaîne a
fait l’objet de recherches un peu plus approfon-
dies : c’est celle comprise entre le Chasseron et
Vuiteboeuf, dans le canton de Vaud.
2.1. Les voies, le réseau urbain (fig. 5)
Le réseau routier a fait l’objet d’un certain
intérêt, même si les synthèses disponibles
restent anciennes et incomplètes (Walser 1967,
Cloppet 1996). Les opérations de fouilles
récemment réalisées, plus particulièrement en
Suisse, apportent aujourd’hui des compléments
de qualité, qui permettent de mieux appré-
hender les modalités de sa mise en place et
de son entretien (Demarez et Othenin-Girard
dir. 1999 pour le cas d’Alle en Ajoie). C’est
le réseau attribué à Agrippa qui a fait l’objet
de l’attention la plus soutenue (Kasprzyk et
Nouvel 2009). On en retiendra que l’un de
ses axes, celui rejoignant directement l’Italie
à Langres puis, de là, au Rhin et à la Manche,
franchissait le Jura. Sa structure particulière a
permis de le repérer depuis longtemps, depuis
Lausanne/Lousonna jusqu’à Besançon/Vesontio.
Son passage au chaînon sommital a récem-
ment été retrouvé, non pas au col de Jougne,
comme on pouvait le penser, mais plus à l’est,
au col des Étroits (Demierre 2009 ; Luginbühl
et al. 2011). D’autres voies transversales sont
supposées, parfois étudiées en détail. La plus
au nord relie Soleure/Salodurum à Augst/
Augusta Raurica par le col du Hauenstein supé-
rieur. À une quarantaine de kilomètres plus à
l’ouest, celle dite de « Pierre-Pertuis » permet
de relier Studen/Petinesca et le Plateau suisse
à Mandeure/Epomanduodurum d’un côté et à
Augst/Augusta Raurica de l’autre, avec une bifur-
cation qu’il faut situer à Glovelier (JU). Cette
route a été suivie avec soin dans le Jura bernois
et le canton du Jura (Gerber 1997 ; Demarez
2001, p. 27-31) et semble perpétuer un tracé
d’origine protohistorique. Elle a été entretenue
régulièrement, comme l’indique l’inscription
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400
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
encore visible au-dessus du tunnel de Pierre-
Pertuis (CIL XIII, 5166), et a nécessité par-
fois des travaux de génie assez lourds. Ainsi,
à Sonceboz/Tournedoz (BE), dans un endroit
un peu escarpé, la voie a été aménagée sur une
passerelle en bois, mais la dégradation de la
structure en matériaux périssables a nécessité
un creusement du rocher pour garantir le pas-
sage (Gerber 1997).
D’autres franchissements peuvent encore être
envisagés, comme le Val de Travers (canton de
Neuchâtel) qui permet de gagner Pontarlier/
Ariolica depuis le territoire helvète. Cette hypo-
thèse peut être accréditée par toute une série
de découvertes monétaires anciennes dans le
Vallon et par celle de mobilier suggérant des
habitats permanents, notamment à Noiraigue
et Môtiers (Wütrich 2008). Plus au sud, il
semble logique de supposer un passage dans la
zone du col de la Givrine, même si les preuves
matérielles manquent (Saget 2010). Par contre,
les travaux visibles aux « Portes de Fer » dans
la « Cluse d’Entreporte », à proximité d’Izer-
nore, confirment son statut d’axe de traverse
antique, permettant de relier directement la
Bresse à la région du Léman, via le défilé de
l’Écluse. J.-P. Guillaumet (Guillaumet 2009),
notant la présence de lingots d’étain et de
barres de fer dans l’agglomération d’Izernore,
en conclut qu’il s’agit d’un des points de pas-
sage les plus anciens du Jura. Son importance
à l’époque gauloise et romaine, encore mécon-
nue, a déterminé le développement de l’agglo-
mération et du sanctuaire voisin d’Isarnodurum
(Le Nézet-Célestin et al. 1996). À l’extrémité
méridionale, enfin, la cluse des Hôpitaux ouvre
le Valromey sur la plaine lyonnaise. La route
a permis le développement d’agglomérations
dynamiques, comme Vieu-en-Valromey, Belley
ou Ambérieux-en-Bugey, disposant toutes du
statut de vicus. D’autres tracés permettaient sans
doute de parcourir le massif du sud-ouest au
nord-est, en suivant ses principaux chaînons,
comme celui supposé d’Ambérieux à Izernore,
qui peut se poursuivre par Pontarlier jusqu’à
Mandeure par le plateau de Maiche et Pont-de-
Roide. Ce tracé n’est que très ponctuellement
documenté (Joan 2003). Mais l’axe principal
reste celui qui longe son piémont occidental,
depuis le Bugey jusqu’au Sundgau. Ponctué
d’agglomérations d’origine laténiennes (Brou,
Lons-le-Saunier, Grozon, Besançon, Man-
deu re), son dynamisme permit l’émergence
d’autres groupements gallo-romains aux princi-
paux passages à gué (Saint-Amour, Domblans,
Vincelles, etc.). La mise en place de la voie mili-
taire de Chalon-sur-Saône à Kembs ne réduisit
apparemment pas son importance, puisqu’elle
permettait une liaison directe entre Lyon,
Besançon et le Rhin (Pasquier 1983). Au sud,
un dernier axe, d’orientation similaire, longeait
le piémont oriental du Jura, reliant le Rhône au
Rhin par Genève, Nyon, Avenches et Soleure.
La densité des milliaires sur tout ce parcours,
plus forte encore au IVe siècle, a d’ailleurs laissé
penser qu’elle drainait l’essentiel du trafic entre
ces deux points (Walser 1967).
La plupart de ces axes sont préromains. Ils
ont contribué au développement d’agglomé-
rations laténiennes (Izernore, Saint-Germain-
en-Montagne, Mandeure, probablement
Chavé ria). Seule la voie Lausanne/Besançon
par Pontarlier est de création romaine (voir
les arguments dans Kapsrzyk et Nouvel 2011).
Elle a permis le développement de nouvelles
stations sans antécédent gaulois. Pontarlier en
est l’archétype, prenant le nom de la rivière
franchie par la route (Pons Ariolica, extrapola-
tion de la carte de Peutinger), même si le phé-
nomène est possible sur des axes plus secon-
daires (Alle, canton du Jura).
Le grand nombre de sites mal connus laisse à
penser que l’essentiel du réseau urbain antique
du Jura nous échappe encore. Les indices
disponibles à Arinthod et Saint-Claude par
exemple, mais aussi la découverte récente du
complexe de Chavéria/Moutonne (Rothé 2001,
p. 290-295), ouvrent des champs d’études qui
s’avéreront fructueux.
Délémont
Alle
Porrentruy
Pierre-
Pertuis
Col des
Etroits
Givrine
Jougnes
Coligny
Largitzen
Larga
Valtudurum
St-Vit
Dôle
Belley
V. Belisio
Losne
Latona
Mirebeau
Equevillon
St-Germain-
en-M.
Hyères-s/-H.
Larina
Izernore
Isarnodurum
Mantoche
Seveux
Segobodium
Vesoul
Leffond
Mandeure
Epomanduodurum
Luxiol
Loposagium
Pierre de Bresse
Ornans
Lausanne
Lousonna
Orbe
Urba
Yverdon
Eburodunum
Bregusia
Genève
Genava
Annemasse
Ad Namatia
Seyssel
Condate
Aix-les-B.
Brou
Briord
V. Brioratis
Vieu-en-Valr.
V. Venetonimagus
Lons
Ledono
Grozon
Vincelles
Villers-Farlay
Frangy
Sion
Annecy
Boutae
Rumilly
Moudon
Oron
Col du Chat Gilly
Dampierre-F.
Isômes
Vaux
Ecuelle
Varcia
Nods
Filo Musiacum
Pontarlier
Pons Ariolica
Divonne
Douvaine
Thonon
Viuz-en-S.
Menthon
Viuz-Faverges
Albens
Albenno Vico
Ad Publicanos
Dammartin
Rochefort-s/-N.
Tavaux
Bellegarde
?
Domblans
Cousances
Chavéria
St-Amour
?
Arinthod
St-Claude
Condatiscos
Chaumergy
Lure
Salins
?
?
agglomération certaine
voie militaire du réseau
dit d’Agrippa
autre voie antique
importante
Bienne
Soleure
agglomération supposée
voie secondaire
Avenches
Besançon
Ambérieux
0 250 500 1000 1500
0 50km
Portes
de Fer
C
l
u
s
e
d
e
s
H
o
p
.
Ecluse
Choisey
Pontaillier
Delle
Gramato ?
Offemont
Bâle
Nyon
Fig. 5 : Les principales voies et le réseau urbain antique du Jura
Fig. 5. Les principales voies et
le réseau urbain antique du
Jura. (Carte P. Nouvel)
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401
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
2.2. Les relais routiers (fig. 5)
Nous ne pouvons enfin considérer les voies de
communications qui parcourent la chaîne du
Jura, région où la notion de passage est essen-
tielle, sans évoquer la question des stations
routières. Nous ne discuterons pas ici des pro-
blèmes de terminologie (mansio, mutatio, prae-
torium, statio ou encore taberna), mais nous
contenterons de présenter les rares sites que
nous connaissons et d’évoquer les problèmes
qui se posent quant à l’identification des bâti-
ments officiels du cursus publicus. Les coursiers
et les fonctionnaires en mission officielle pou-
vaient trouver facilement le gîte dans les villes
et les petites agglomérations, mais dans des
régions moins peuplées, comme c’est le cas sur
certains tronçons des axes jurassiens, la créa-
tion de relais routiers devint indispensable. La
seule station routière véritablement attestée
est celle retrouvée à Alle/Noir Bois (JU), dont
l’étude attentive a permis de retracer la chro-
nologie (Demarez et Othenin-Girard 1999).
Créée sous le règne d’Auguste, elle était alors
liée à une piste en terre battue déjà employée
par la poste impériale. À l’époque claudienne,
la voie est empierrée et la station est recons-
truite un peu plus au nord, délimitée cette fois
par un enclos. Selon les auteurs, l’abandon du
relais peut être relié à la perte du rôle straté-
gique de la voie suite à la conquête des Camps
Décumates par Vespasien en 73-74, repoussant
les frontières plus à l’est.
D’autres établissements situés en altitude et à
proximité d’une route sont susceptibles d’avoir
joué également ce rôle de relais routiers. Il faut
d’abord citer le site de Lajoux/Puis Willy (JU ;
Paccolat et Schifferdecker 1992), où la désobs-
truction d’une doline a permis la découverte
d’un lot de céramiques gallo-romaines repré-
sentatif d’une brève période, entre 70 et 80 ap.
J.-C. La forte proportion de céramiques sigil-
lées (près de 40 %) est du reste plutôt atypique
pour un habitat de montagne. La situation de
l’emposieu, à quelques centaines de mètres
du tracé supposé de la voie reliant Avenches
à Mandeure par le col de Pierre-Pertuis, est un
argument supplémentaire en faveur d’un éta-
blissement de type relais.
Tout aussi probant est l’exemple de Lignières
(NE ; Fuchs et al. 2006), situé à 860 m d’alti-
tude et non loin de la Vy d’Etraz, la voie antique
qui permettait de relier le Pays de Vaud à Bâle
en passant par le pied du Jura. Les fouilles ont
révélé là l’existence d’un bâtiment très ramassé
à risalithes, équipé de petits thermes et agré-
menté d’une décoration picturale simple. Il faut
reconnaître que le plan de l’édifice est assez
proche de la partie résidentielle de petites villae,
mais sa situation isolée dans les premiers replis
du Jura septentrional, en marge d’une voie,
reste un argument fort en faveur d’une station
routière. M. Segard relève les mêmes difficultés
dans les Alpes occidentales, où certains sites
routiers avérés ont des plans assimilables à ceux
de villae (Segard 2009, p. 89-90). Il montre éga-
lement que certains établissements ruraux ont
pu développer des structures d’approvisionne-
ment et d’accueil hors du cursus publicus, cette
fois-ci destinées aux marchands et aux voya-
geurs. La question a été envisagée pour la villa
gallo-romaine de Vicques (JU ; Cramatte et al.
à paraître) où le mur d’enclos de la pars rustica
longe la voie puis s’en éloigne brusquement,
laissant ainsi un espace suffisant pour l’installa-
tion d’une auberge en marge de l’établissement
rural. Dans ce sens, il faut rappeler que Varron
préconise dans son Économie rurale (Varron,
I, 2, 23) de construire une auberge, source de
grands profits, lorsqu’une personne possède
des terres en bordure de la route.
2.3. Les lieux de culte
La figure 6 présente l’état de nos connaissances
sur les sanctuaires antiques, après dépouille-
ment des données pour la partie française et
le canton suisse du Jura. On dispose, ici aussi,
d’une synthèse assez récente pour la partie
Porrentruy
Pierre-
Pertuis
Col des
Etroits
Fig. 6 : Les occupations de grotte et les sanctuaires du Jura
Givrine
Jougnes
voie militaire du réseau
dit d’Agrippa
autre voie antique importante
voie secondaire
0 250 500 1000 1500
0 50km
Dôle
Dôle ville repère
Besançon
Genève
Nyon
Neuchâtel
Bienne
Montbéliard Bâle
?
?
Mandeure
Rennes-sur-Loue
Poligny
Pupilin
Briod
Ménétru-le-V.
Vincelles
Loysia
Arinthod
Ecrille
Chavéria
Moutonne
Villards-d'Héria Divonne
Izernore
Balme
d'Epy
Coligny
Lanéria
Viriat
Brou
Corlier
Champagne
-en-V.
Vieu-en-V.
Culoz
Briord
Lhuis Belley
Mièges
Bourg-
de-S.
St-Germain
en-M.
Equevillon
Le Chasseron
Mouthier
Haute-P.
Grandfontaine
-sur-C.
Sancey-le-L.
Chamesol
Ambléon
grotte fréquentée
durant l'antiquité
sanctuaire possible
Sanctuaire attesté
Lons
Lausanne
Yverdon
Fig. 6. Les occupations de
grotte et les sanctuaires du
Jura. (Carte P. Nouvel)
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Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien
nord-ouest (Izri et Nouvel 2011) et pour la
Suisse (Cramatte 2009), mais qui fait défaut
pour le département de l’Ain. La plupart sont
associés à des agglomérations (Porrentruy,
Mandeure, St-Germain-en-Montagne, Éque vil-
lon, Coligny, Arinthod, Chavéria/Moutonne,
Izer nore, Brou, Divonne, Vieu-en-Valromey et
Briord) et parfois à certains grands domaines
ruraux (Vicques : Cramatte et al. à paraître).
Beaucoup de ceux qui sont suffisamment docu-
mentés sont d’origine laténienne (Mandeure et
Izernore par exemple). Les sanctuaires isolés
sont donc rares, mais souvent remarquables, à
l’image du sanctuaire à Mercure de Lhuis (Ain)
de ceux des Villards-d’Héria, ou, le plus visible
de tous, celui récemment dégagé au sommet
du Chasseron à Bullet (VD, Luginbühl et al.
à paraître). Il s’agit pour ces deux derniers de
sanctuaires que l’on peut qualifier de topiques,
de création romaine, caractéristiques de la
romanisation des populations locales (Nouvel
2011). Ils sont finalement assez peu nombreux
et il semble que les sommets du Jura n’aient pas
fait l’objet d’une dévotion particulière (Nouvel
à paraître, opinion contradictoire à propos de
Culoz dans Gschaid 1994). Enfin, caractère
local affirmé, certaines grottes présentent une
occupation intense (fig. 6) qui peut, parfois,
présenter un caractère cultuel. Elles se défi-
nissent par une accumulation de mobilier
métallique et de monnaies, comme dans les
grottes de Sancey-le-Long, de Mouthier-Haute-
Pierre et de Chamesol dans le Doubs (Barral et
al. 2003) ou dans les Gorges de Covatannaz du
canton de Vaud (Luginbühl et al. 2010). La plu-
part correspondent cependant probablement à
des occupations temporaires (Buisson 1991).
2.4. Le monde rural (fig. 7)
Le monde rural des montagnes jurassiennes
est certainement l’un des domaines les moins
connus. La plupart des sites mentionnés n’ont
jamais fait l’objet de fouilles exhaustives
en dehors du canton du Jura et de quelques
cas ponctuels à l’ouest de la chaîne. Encore
s’agit-il la plupart du temps d’établissements
implantés dans des vallées perchées (Combe
d’Ain, Ajoie) ou dans des dépressions de basse
ou moyenne altitude. Nous ne connaissons
encore rien de l’habitat montagnard propre-
ment dit. Ici encore, les synthèses manquent,
malgré quelques travaux récents sur les zones
de piémont franc-comtois (Bourquene 2000,
Poulet 2008), la région de Montbéliard (Haas
2009) et l’Alsace (Roth-Zehner 2006).
Les fermes fouillées extensivement présentent
des formes architecturales similaires à celles
des plaines alentours, dont les typologies sont
maintenant bien établies (Nouvel 2009). Celles
de Pont-de-Poite (Jura), d’Amancey (Doubs),
du Perrignat à Izernore (Ain), de Buix (JU ;
Peter 1995), Boécourt, Courgenay et Devellier
dans le canton du Jura (Demarez 2001, p. 42),
disposant d’une partie résidentielle et de com-
muns, sont comparables aux établissements
du val d’Ognon (Jallerange, Brans ou encore
Burgille ; Richard dir. 2009, p. 28-39), du
Territoire de Belfort (Collectif 2007) ou du
pays de Vaud. Les découvertes réalisées à La
Rivière-Drugeon (Doubs), aujourd’hui conser-
vées au musée de Pontarlier, correspondent
probablement à un site de ce type, rare témoin
d’une occupation certainement importante de
la combe d’Arlier, à plus de 800 m d’altitude.
La montagne jurassienne révèle même
quelques établissements encore plus luxueux,
malheureusement mal connus, comme ceux
de Vicques (canton du Jura ; Cramatte et al.
à paraître), de Jeurre ou de Vaux-les-Saint-
Claude (Jura), qui jouissent de thermes et de
bassins d’agrément et sont enrichis de sols
mosaïqués. Ces quelques indices nous confir-
ment qu’ils appartiennent à la même catégo-
rie que les grandes villae du piémont séquane
(par exemple Burgille et Thoraize dans le
Doubs, Chassey-lès-Montbozon en Haute-
Saône ou encore Tourmont et Voiteur dans le
Jura : Poulet 2008), allobroge (Genève/Parc
Porrentruy
Pierre-
Pertuis
Col des
Etroits
Fig. 7 : Les établissements ruraux antiques du Jura : état des données
Givrine
Découverte isolée
Jougnes
voie militaire du réseau
dit d’Agrippa
autre voie antique importante
voie secondaire
0 250 500 1000 1500
0 50km
Dôle
Dôle ville repère
?
Indice de site / découverte
isolée
Etablissement rural antique
indéterminé ou de faible statut
Etablissement rural de
fort statut
Besançon
Lons
Genève
Nyon
Lausanne
Yverdon
Neuchâtel
Bienne
Montbéliard Bâle
Fig. 7. Les établissements
ruraux antiques du Jura :
état des données.
(Carte P. Nouvel)
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403
Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien Le massif du Jura à l’époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données
de la Grange : Haldimann et al. 2001 ; Perly :
Genequand 2012 ; Vandoeuvres : Genequand
2009) ou helvète (Commugny, Orbe,
Yvonand dans le canton de Vaud ; Colombier
et Landeron dans le canton de Neuchâtel :
Degen 1980). Le remarquable mausolée de
la Communance à Delémont (JU) est d’ail-
leurs la preuve de l’implantation d’une riche
famille séquane en plein cœur du Jura (Bossert
et al. 2012). Tous ces sites, qui forment la strate
supérieure des hiérarchies rurales (Ferdière et
al. 2010), confirment que la haute aristocra-
tie ne rechigne pas à investir dans les régions
montagneuses, même si, jusqu’à aujourd’hui,
ce genre de site n’a été identifié que dans les
zones de moyenne altitude.
Seules deux régions, pour lesquelles les travaux
ont été plus suivis, permettent une approche
à plus large échelle. La première correspond
aux districts de Porrentruy et de Delémont
dans le canton du Jura qui a bénéficié d’ex-
plorations suivies lors du percement de la
Transjurane (Demarez et Othenin-Girard dir.
2010) et d’un inventaire bibliographique de
qualité (Demarez 2001). Elle révèle une den-
sité d’établissements antiques relativement
forte, comparable en tout cas à celle observée
en piémont.
La seconde correspond à la zone des Villards-
d’Héria, pour laquelle les indices, bien que
très discontinus, laissent entrevoir une den-
sité de peuplement remarquable, atteignant
un site tous les kilomètres dans la région
d’Orgelet par exemple (fig. 8). Si les plus gros
établissements semblent concentrés dans les
vallées, les replats intermédiaires et même les
zones montueuses présentent ici des indices
continus d’une exploitation agricole pérenne,
partiellement corroborée par les études
paléoenvironnementales.
Parallèlement à l’exploitation agricole, l’arti-
sanat rural n’est que ponctuellement docu-
menté. Mis à part quelques activités potières
signalées dans le canton du Jura (Demarez et
al. 1999), il semble pour l’instant se limiter à
l’extraction et à la transformation du fer, acti-
vité qui semble d’ailleurs relativement modeste
dans l’état de nos connaissances (par exemple
Courrendlin : Demarez et al. 2011 ; Eschenlohr
2001, p. 136-137).
Au terme de ce tour d’horizon, on convien-
dra de l’aspect lacunaire de nos connais-
sances sur l’occupation gallo-romaine dans le
massif du Jura. Ce vaste territoire reste large-
ment méconnu en regard des plateaux et des
plaines environnantes, mais aussi des massifs
voisins, comme le Morvan ou la Forêt Noire,
qui ont fait l’objet d’études plus attentives et
systématiques.
Malgré les lacunes des textes et l’aspect for-
tement discontinu des recherches archéolo-
giques, cette région ne peut se limiter à l’image
d’une marge frontière, peu ou pas humani-
sée. La présence de voies de passages a contri-
bué au développement d’agglomérations dont
l’importance et la parure monumentale n’ont
rien à envier à celles des plaines alentours. Les
villes antiques de Saint-Germain-en-Montagne,
Izernore ou Chavéria/Moutonne ne se limitent
pas au rôle de sanctuaire dans lequel on a par-
fois voulu les enfermer. Elles présentent des
quartiers artisanaux, des espaces d’échanges,
des bâtiments publics qui indiquent qu’elles
remplissaient un rôle de centre de redistribu-
tion et de transformation identique à celui des
autres villes de la région. Le tissu des établisse-
ments ruraux, s’il n’est peut-être pas aussi dense
qu’en piémont, présente une variété de formes
architecturales similaire aux contrées avoisi-
nantes, témoignant parfois de l’investissement
de familles de statut respectable. Reste cepen-
dant une inconnue, celle de la « haute » mon-
tagne jurassienne, au-delà des derniers plateaux
et vallées cultivables. Les données y manquent
totalement, conséquence de difficultés d’acqui-
sition autant que d’un désintérêt constant. On
pourrait croire que leur fréquentation se limite
à des points de contrôle sur les points de fran-
chissement, comme celui du col des Étroits,
ou à des sanctuaires isolés, comme celui du
Chasseron, positionnés dans des solitudes
grandioses. Les monnaies ou les ensembles
céramiques découverts ça et là révèlent mal-
gré tout une économie montagnarde encore
ignorée, vaste et ardu champ d’étude pour les
années futures.
Fig. 8. Les indices
d’occupation dans la région
des Villards-d’Héria.
(Carte P. Nouvel)
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404
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... Enfin, le cas du Jura mérite quelques éclaircissements. L'essentiel du massif se caractérise par un vide archéologique assez notable, que nous avons analysé dans un article récent (Nouvel & Cramatte 2013). Retenons-en qu'il est impossible de juger de sa réalité dans la mesure où la région se caractérise jusqu'à aujourd'hui par l'insuffisance chronique des recherches concernant l'époque romaine. ...
... Cette particularité s'observe d'ailleurs en Morvan aux mêmes altitudes. La carte des mentions anciennes et récentes dans les environs des Villards-d'Héria(Nouvel & Cramatte 2013, fig. 12) et les diverses découvertes fortuites faites par les bénévoles dans la région de Saint-Claude révèlent aussi l'existence d'établissements dans la partie méridionale du massif. ...
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The present article focuses on funerary behaviours on the territory of present-day Switzerland from the end of the protohistoric period to the early Middle Ages. In order to investigate this topic, a careful analysis of material remains, textual sources and funerary inscriptions, was carried out. The main objective of this article lies in the multidisciplinary study of funerary behaviours. To this end, funerary gestures, rites, commemorative modalities, funerary recruitment, as well legal and religious frameworks and the collective social comprehension of death are considered. To achieve these goals, the present article aims to include any contribution to the clarification of this topic provided by various disciplines such as funerary archaeology, bioanthropology, ancient history, geography, social anthropology, religious sciences, law, literature and philology as well as ancient funerary epigraphy. The consideration of these various sources for the case of 6 distinct places in Switzerland (Geneva – Genava, Nyon – Colonia Iulia Equestris, Augst / Kaiseraugst – Augusta Raurica, Valais – Vallis Poenina, Brugg / Gebenstorf / Windisch – Vindonissa and Avenches – Aventicum) has enabled us to outline the contours of the funerary phenomenon in Switzerland during Antiquity in a relatively precise manner. As such, one observes several different dynamics in the evolution of funerary behaviours depending on the places studied. This probably reflects the way in which the various communities interacted, made sense of, appropriated, or disregarded Roman funerary cultural codes.
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La question du franchissement protohistorique ou antique des hauts reliefs du massif du Jura et des incidences des voies de circulation sur le peuplement de cette région frontalière de montagne reste à ce jour mal résolue en raison d’investigations archéologiques peu nombreuses. Les prospections LiDAR aéroportées réalisées dans la région centrale de la haute chaîne (800 à 1 450 mètres d’altitude), à proximité du décrochement de Pontarlier (faille géologique transversale aux plis du relief), ont permis d’identifier les vestiges de trois voies jusqu’à présent supposées ou inédites, susceptibles de correspondre à des axes du réseau routier antique d’Agrippa, reliant la Séquanie à l’Helvétie à travers la montagne jurassienne. Les caractéristiques morphologiques des voies identifiées, comme les premiers éléments de datation établis à partir du mobilier métallique collectés sur deux d’entre elles, paraissent indiquer une fréquentation centrée sur les ier, iie et iiie siècles de notre ère. Le tracé des voies détermine un carrefour qui structure le franchissement du relief selon deux directions : vers la Suisse, depuis Ariolica (Pontarlier) vers Eburodunum (Yverdon), ou vers Lousonna (Lausanne). https://books.openedition.org/cths/4356
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La question des infrastructures routières (et plus spécifiquement des mutations imposées par la mise en place de nouveaux axes militaires dans les années qui ont suivi la conquête) est l'un des phénomènes les plus communément utilisés pour illustrer le rôle moteur qu'aurait joué l'armée dans le processus de romanisation. Si le dossier historique a depuis longtemps fait l'objet d'une lecture critique (Grenier 1934 ; Collectif 1983), les confrontations avec les données archéologiques restent largement en deçà de ce qu'exigerait un tel sujet d'étude. Les travaux récents, qui restent rares, s'appuient généralement sur un dossier élaboré au cours du xixe siècle, alors que les agents voyers, relayés par les sociétés savantes, décrivaient partout le tracé des voies dites "romaines". La tradition archéologique française, qui repose encore aujourd'hui sur ce corpus, isole depuis cette période deux strates chronologiquement différentes dans ce réseau supposé antique (Chevallier 1962). La première, antérieure à la conquête, formerait l'architecture régionale et locale du réseau gallo-romain. La seconde, adoptant des caractères hérités de l'ingénierie militaire romaine, correspondrait au réseau supra régional, puisant dans les décisions d'Agrippa la trame générale de son organisation. À cette dimension chronologique on ajoute généralement une dimension hiérarchique, fondée sur le texte de Siculus Flaccus (Laurence 1999). A. Grenier, suivi en cela par la tradition historiographique française (Jullian 1923 ; Thévenot 1969 ; Chevallier 1963 ; Cloppet 1996) propose de réserver aux vieilles routes gauloises le statut de voies vicinales (viae vicinales), à la charge des collectivités locales, et aux créations romaines celui de voies publiques (viae publicae). Cette proposition, qui se déduit des travaux de C. Jullian et d'A. Grenier, semble trop simpliste et doit être confrontée avec les données livrées par les multiples opérations archéologiques récentes...
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Parmi les grandes villae des Gaules et plus particulièrement celles des provinces occidentales, s’observe une série de sites de grande taille présentant des formes architecturales spécifiques et relativement stéréotypées. À côté d’une partie résidentielle développée, ils disposent d’une partie d’exploitation formée d’une cour bordée de part et d’autre de « pavillons » de taille et de plan répétitifs, distincts les uns des autres.Plus de 130 exemples de ce type de villae à « pavillons » ont été recensés, permettant d’établir une typologie. Ils se distinguent nettement d’autres sites de grande taille repérés dans les provinces gauloises, dont les plans plus atypiques sont présentés en comparaison. La répartition de ces établissements et leur chronologie font l’objet d’une étude spécifique. L’existence de prototypes locaux, antérieurs à la Conquête, permet de penser, en particulier, qu’il s’agit là de formes héritées de la période laténienne. Cette étude se clôt par une discussion du statut de ces sites et de la nature des activités qu’ont pu abriter ces différents « pavillons ».
A 39, 10 000 ans d'histoire sous l'autoroute verte. Lons-le-Saunier
Collectif 1999 : A 39, 10 000 ans d'histoire sous l'autoroute verte. Lons-le-Saunier, Centre Jurassien du Patrimoine, 1999, 71 p.
Le haut Moyen Âge dans la trouée de Belfort (V e-VIII e siècle)
Colney 1999 : COLNEY (M.). Le haut Moyen Âge dans la trouée de Belfort (V e-VIII e siècle).
Recueil des sanctuaires romains de Suisse Topographie sacrée et rituels. Le cas d'Aventicum, capitale des Helvètes. Actes du colloque international d'Avenches, novembre 2006
Cramatte 2008 : CRAMATTE (C.). Recueil des sanctuaires romains de Suisse. In : Castella (D.) et Meylan-Krause (M.-F.) dir., Topographie sacrée et rituels. Le cas d'Aventicum, capitale des Helvètes. Actes du colloque international d'Avenches, novembre 2006. Bâle, 2008, p. 265-277. (Antiqua, 43). nouvel.indd 404 13/09/2013 17:12:01