ArticlePDF Available
« Copié – collé… »
Former à l’utilisation critique
et responsable de l’information
Colloque organisé le 31 mars 2009
par le Pôle universitaire européen de Bruxelles Wallonie
et le Centre de l’Économie de la Connaissance
de l’Université libre de Bruxelles
Psychologie du plagiat involontaire
Timothy J. Perfect
Département de psychologie
Université de Plymouth,
Royaume-Uni
Traduction réalisée par Emmanuel Pons, ISTI, HEB
Projet : Prière de ne pas citer ce document sans autorisation.
« Je n’ai jamais éprouvé la moindre difficulté à distinguer l'imaginaire du réel.
Le problème a toujours été de distinguer les souvenirs d’événements imaginés
des souvenirs d'événements réels. C’est tout autre chose... Ma mémoire n'a pas
de compartiments spécifiques pour les choses que j'ai vues et les choses que j’ai
simplement fait surgir de mon imagination. Je n’ai qu’une seule mémoire dans
laquelle emmagasiner à la fois les impressions et les inventions du passé : les
unes et les autres se fondent en une unité glorieuse pour former ce que nous
appelons le souvenir. » (Jostein Gaarder, 2002, pp 10-11). [Traduction libre]
1. Introduction : le cadre de suivi de la source
La citation ci-dessus provient d’un roman dont le principal protagoniste est un écrivain prolifique,
débordant d’imagination, qui vend des intrigues dramatiques à des auteurs en mal d’inspiration. Son
imagination est si féconde que lorsqu’il plonge dans ses souvenirs, il éprouve des difficultés à distinguer
les événements réels de ceux surgis de sa vie mentale pétulante. Toutefois, même si ce personnage est lui-
même de toute évidence le produit d’une imagination active, je souhaite montrer dans ce chapitre que les
2
problèmes qu’il illustre, bien qu’extrêmes, ne sont pas tout à fait inhabituels. Il est fréquent que des
individus confondent des événements réels et des produits de leur imagination. Il arrive qu’ils pensent
avoir posé un acte alors qu’ils n’ont eu que l’intention de le faire ou qu’ils pensent qu'une chose est
nouvelle alors qu'elle est ancienne. Il se peut aussi qu’ils aient un souvenir erroné de la source d’une idée.
À titre d’illustration, j’aimerais que vous essayiez de vous souvenir d’un moment de votre
enfance vous étiez sur une plage. Prenez votre temps et rappelez-vous un événement particulier avant
de continuer à lire ce chapitre.
Maintenant que vous avez un souvenir de vous, enfant, sur une plage, réfléchissez aux réponses
que vous allez donner aux questions suivantes. Comment savez-vous que l’épisode que vous avez à
l’esprit est un souvenir réel de votre enfance ? Ne serait-il pas possible que vous pensiez à quelque autre
plage sur laquelle vous avez été depuis ? Comment savez-vous que vous ne pensez pas à une plage
imaginaire ou à une plage que vous avez vue à la télévision ou dans un livre ?
Je ne pose pas ces questions avec l’intention de saper votre confiance dans la véracité de vos
souvenirs. Je veux simplement montrer qu’avant de réfléchir à mes questions, vous étiez convaincu que
votre souvenir était un souvenir. Vous avez probablement ressenti ce que vous vous êtes rappelé comme
un souvenir. À l’inverse, si je vous avais demandé d’imaginer une plage, vous auriez ressenti l’image
mentale qui en aurait résulté comme une création nouvelle. Toutefois, ce que la recherche récente en
psychologie nous a vélé, c’est que ces ressentis peuvent être erronés et que les individus peuvent avoir
des illusions mnésiques (Schacter, 1999). Dans ce chapitre, j’en examine un exemple : celui du plagiat
involontaire
1
.
Avant d’analyser le mécanisme psychologique du plagiat involontaire, il convient de présenter le
cadre psychologique qui englobe la vaste gamme d’illusions mnésiques liées à l’origine d’événements
mentaux, à savoir le cadre de suivi de la source (Johnson, Hashtroudi & Lindsay, 1993). La thèse
fondamentale du cadre de suivi de la source est que les événements mentaux (les souvenirs, idées,
pensées, fantasmes, rêves) ne parviennent pas au niveau conscient avec une étiquette précisant leur
origine. Au contraire, leur origine est déduite de leurs caractéristiques qualitatives. Dans ce cadre, les
événements mentaux sont considérés comme construits à partir d’une constellation d’éléments : images
multi-sensorielles variant dans leur degré de précision, leur spécificité, leur contenu émotionnel, les
associations avec d’autres connaissances et les traces de leur production. En moyenne, les caractéristiques
qualitatives varient en fonction des différents types d’événements mentaux. Ainsi, des souvenirs récents
seront riches en détails perceptifs (par ex. visuels, auditifs, tactiles) et en associations (par ex. des liens
1
Plusieurs termes ont été utilisés dans la littérature pour décrire essentiellement la même chose : plagiat
inconscient, plagiat involontaire, cryptomnésie et même, le plus étonnant, la kleptomnésie (M
ACRAE
et
al., 1999). Dans tout ce chapitre, j’utiliserai le terme « plagiat involontaire ».
3
avec d’autres événements en cours ou avec des faits connus), tandis que les produits de l’imagination
seront moins précis et plus susceptibles de contenir des traces de leur production (par ex. des associations
avec la production de l’idée). Des souvenirs plus anciens manqueront probablement aussi de détails
perceptifs et peuvent donc être plus difficiles à distinguer des événements imaginés. L’utilisation de ces
différences qualitatives nous permet normalement de reconnaître facilement l’origine d’événements. Les
mêmes principes de base resteraient valables pour différencier des classes d'événements mentaux,
notamment les faits réels par opposition aux faits simplement imaginés (Ai-je parlé à Tara de cet appel
téléphonique ou ai-je uniquement eu l'intention de lui en parler ?), ainsi que pour établir des distinctions
au sein d’une classe d’événements, telle que la source d’un souvenir (Est-ce Jake qui m’a raconté cette
blague ou Sam ?).
Bien sûr, comme il s’agit d’un système mnémonique humain, des erreurs se produisent dans
l’attribution de la source d’un événement et des gens peuvent confondre événements réels et imaginés ou
simplement se tromper quant à la source d’une idée ou d’un souvenir particulier. Grosso modo, ce cadre
attribue de telles erreurs à deux causes. L’une concerne la qualité de l’information disponible, qui n’est
pas suffisante pour établir une distinction précise entre deux sources. L’autre concerne l’attention
insuffisante qu’accorde la personne qui se souvient à la tâche d’évaluation de la source. Ce manque
d’attention est souvent aux autres sollicitations en cours, telles que le contexte de la tâche ; ainsi, une
personne peut avoir du mal à se rappeler des détails du passé et accorder peu d’attention à l’endroit où elle
a été initialement confrontée aux événements qui lui reviennent à l’esprit.
Il existe une littérature expérimentale vaste et grandissante à l'appui de ces principes
fondamentaux du cadre de suivi de la source. Vu les limites de cet écrit, je renvoie le lecteur intéressé à un
excellent inventaire récent, réalisé par Lindsay (2008). Quant à moi, je souhaite me concentrer sur un
phénomène qui a éexpliqué par le biais de ce cadre, à savoir le plagiat involontaire : la conviction
erronée que l’idée de quelqu’un d’autre est la vôtre.
2. Le plagiat involontaire
Je souhaite commencer cette section par une anecdote personnelle, qui explique comment j’en
suis venu à mener des recherches sur le sujet du plagiat involontaire. J’ai choisi cette anecdote, non parce
qu’elle est à quelque égard spéciale en fait, de mes discussions avec des collègues du monde
universitaire, il ressort que cette histoire est assez courante – mais parce qu’elle illustre la nature même du
plagiat involontaire et l’incidence sociale profonde que ce phénomène peut avoir.
Il y a plusieurs années, j’ai eu la chance d’être invité par une autre université à présenter un
exposé sur un sujet de recherche qui m'intéressait à l'époque. C'était un sujet sur lequel j'avais publié
quelques articles et pour lequel j'avais obtenu une bourse pour un doctorant. Au moment j’ai reçu
4
l’invitation, l’étudiante terminait sa première année et avait mené plusieurs études expérimentales sur ce
sujet pour son doctorat. Naturellement, je voulais inclure dans mon exposé les dernières recherches de
mon laboratoire et j’ai donc demandé à cette étudiante si elle voulait bien me communiquer les résultats
des études qu’elle avait entreprises. Elle a, dans un premier temps du moins, refusé de donner suite à ma
demande, au motif que « c'était son idée » et que j'essayais de m'attribuer le fruit de son travail. En fait,
elle m’accusait de tenter de plagier ses idées.
Peut-être cet incident serait-il resté sans suite si je n’avais rencontré peu après une collègue venue
d’Australie. Le Professeur Marie Carroll, de l'Université nationale d’Australie, était en visite dans mon
université et nous discutions de nos intérêts communs pour la recherche sur la mémoire. Pendant cette
conversation, elle m’a raconté une dispute qu’elle avait récemment eue avec une de ses doctorantes quant
à la propriété des idées du programme de recherche. Apparemment, Marie travaillait sur un chapitre d’un
livre et en avait donné un projet à lire à sa nouvelle doctorante. Après avoir lu ce chapitre, l’étudiante a
accusé Marie d’avoir volé « ses » idées.
Dans chacun de ces cas, les étudiantes se sentaient à ce point propriétaires des idées faisant l’objet
du litige qu’elles étaient disposées à accuser leurs directeurs de thèse, ce qui risquait de mettre en péril
leur carrière. Dans l’un et l’autre cas, nous, les directeurs de thèse, nous sentions injustement accusés et
étions prêts à défendre notre réputation universitaire. Mais il était impossible que, dans chacun de ces
litiges, les deux parties aient eu raison. Ce qui semble s’être produit dans ces cas, c’est que l’un au moins
des individus concernés a eu une illusion mnésique relevant du plagiat involontaire, de sorte qu’il a acquis
une conviction profonde d’être l’auteur d’une idée qui avait germé dans l’esprit de quelqu’un d’autre. Des
discussions subséquentes avec des collègues universitaires ont confirmé que cet épisode était loin d’être
inhabituel.
Des rapports empiriques et des études de cas juridiques publiés dans la littérature confirment
également la fréquence du plagiat. Taylor (1965) analyse divers exemples en psychologie, y compris
celui survenu entre Freud et Fliess, qui se sont disputés sur l’origine de l’idée de la bisexualité originelle.
Plus récemment, Defeldre (2005) a réalisé une enquête sur des témoignages de plagiats involontaires
reconnus, commis dans la vie quotidienne. Elle a demandé à des étudiants du premier cycle de compléter
un questionnaire décrivant des moments de leur vie où ils s’étaient rendu compte qu’ils avaient plagié une
idée. Elle a distingué deux types de plagiat : le plagiat lié à la création, dans lequel une personne pensait
avoir créé une idée nouvelle (une mélodie, une blague, un poème, etc.) et s’était ensuite rendu compte que
cette idée n'était pas neuve, et le plagiat lié au contexte, dans lequel une personne pensait qu'une idée était
nouvelle dans un contexte social particulier, alors qu'en fait cette idée était ancienne (par ex. raconter une
blague à la personne qui vous l’a racontée à l'origine). Plus de la moitié de l’échantillon a signalé avoir
pris conscience d’avoir plagquelque chose (109 sur 202, soit 54%). Bien sûr, on ne sait pas si le reste
n’avait jamais rien plagié ou avait plagié sans s’en rendre compte et personne ne peut donc conclure que
5
la moitié seulement des répondants s’étaient rendus coupables de plagiat. La plupart de ceux qui ont
reconnu avoir plagié ont décrit un cas de plagiat lié à la création (n=72), le reste (n=37) ayant décrit un
plagiat lié au contexte. Le plagiat concernait principalement des activités littéraires, telles qu’écrire un
poème ou un texte un prose (n=27), et des activités musicales (n=15 pour les mélodies et textes
combinés), mais couvrait une vaste gamme de domaines allant de l’invention de cocktails à l’invention de
blagues. Les preuves recueillies lors de cette enquête corroborent une constatation issue de la littérature
sur la mémoire autobiographique. Des études sur les souvenirs autobiographiques de jumeaux ont montré
qu’il arrive que les deux sujets relatent le même événement inhabituel de leur enfance (Sheen, Kemp &
Rubin, 2002; Ikier et al., 2005). Sauf si chacun des jumeaux était tombé dans une rivière ou s’était perdu
en faisant les courses, il y a fort à parier que cela traduit un litige sur la propriété du souvenir et donc un
plagiat involontaire potentiel. Il existe aussi des rapports empiriques d’auto-plagiat dans la littérature.
Dans son analyse de la vie en tant qu’universitaire vieillissant, Skinner (1985) décrit combien il est
déprimant de penser avoir une idée brillante et de se rendre compte plus tard que l’on a déjà publié cette
idée il y a de nombreuses années.
3. Recherche expérimentale sur le plagiat involontaire
L’étude psychologique du plagiat involontaire est passée du rapport empirique au contexte du
laboratoire, avec la publication d'une étude pionnière de Brown et Murphy en 1989, qui est ensuite
devenue la méthodologie standard. Leur paradigme comporte 3 étapes expérimentales. Dans la phase de
création initiale, les participants ont travaillé par groupes de quatre, pour résoudre chacun à leur tour un
problème commun. Les participants ont été encouragés à produire leurs propres solutions en évitant les
réponses précédentes, données par un autre membre du groupe. Après un temps d’attente, les participants
ont été invités à se rappeler leurs propres idées en évitant de se souvenir des idées données par d’autres
membres du groupe (tâche de rappel de ses propres idées). Enfin, dans la phase de création de nouvelles
idées, les participants ont été invités à générer d'autres nouvelles idées pour résoudre les problèmes posés
dans la phase précédente, en évitant toutes les réponses déjà données, y compris les leurs (tâche de
création de nouvelles idées). Brown et Murphy (1989) ont découvert du plagiat dans les 3 phases de leur
travail : les gens dupliquaient les idées des autres lorsqu’ils créaient des idées, ils se rappelaient les idées
d’autres participants comme étant les leurs et ils créaient des idées déjà données (y compris de l’auto-
plagiat, comme Skinner) lorsqu’ils tentaient de générer de nouvelles idées.
Cet article pionnier a été suivi de travaux réalisés par d’autres chercheurs pendant toute la
première moitié des années 1990. (Pour un compte rendu de cette littérature, voir Perfect & Stark, 2008a).
Une conclusion théorique principale s’impose après lecture de cette littérature : même si les deux formes
sont appelées « plagiat involontaire », les erreurs relevant du plagiat dans les ches de rappel de ses
6
propres idées et dans les tâches de création de nouvelles idées ont manifestement une base psychologique
très différente. La différence fondamentale entre ces deux types d’erreurs réside dans la façon dont l’idée
est vécue en tant que souvenir. Lorsqu’une personne se rappelle l’idée de quelqu’un d’autre comme étant
la sienne, elle prend conscience qu’elle se rappelle une idée ancienne. Elle sait qu’il s’agit d’un souvenir
mais se trompe quant à son origine. Toutefois, dans la tâche de création de nouvelles idées, les gens n’ont
même pas conscience qu’un élément est ancien. Ils génèrent une idée ancienne en ayant la ferme
conviction que cette idée est neuve. Cette distinction a pour conséquence que toute preuve mnésique
disponible dans le conscient peut être utilisée pour éviter de plagier une idée lorsqu’on tente d’être créatif
et, dès lors, si le plagiat durant la tâche de rappel de ses propres idées peut être involontaire, le plagiat
durant la tâche de création de nouvelles idées peut être inconscient.
Même si le paradigme de Brown et Murphy soulève quelques préoccupations méthodologiques
(voir l’analyse de Tenpenny et al., 1998, et de Perfect & Stark, 2008a), j’entends ici me concentrer sur
plusieurs aspects particulièrement pertinents par rapport à l’anecdote susmentionnée. Dans ce cas,
l’étudiante concernée était totalement convaincue que l’idée faisant l’objet du litige était la sienne.
Toutefois, ce ne semble pas être le cas dans la majorité des études utilisant le paradigme de Brown et
Murphy (1989). Deux preuves illustrent ce point. Premièrement, dans plusieurs études, y compris dans le
travail original, les participants se déclarent très peu sûrs que les idées plagiées sont les leurs. Ainsi, dans
l’expérience 3 de l’article de Brown et Murphy, 100% des idées plagiées rapportées par les participants
étaient associées au taux de certitude le plus bas : hypothèse. Ce taux s’explique sans aucun doute par le
fait que les participants à cette étude avaient été invités à se souvenir des quatre solutions initiales qu’ils
avaient proposées à chaque problème. Ne pouvant y parvenir, ils ont, sans surprise, mentionné toutes les
idées dont ils se souvenaient (c.-à-d. qu’ils ont plagié les autres), en se déclarant peu sûrs de leur origine.
Le résultat relève donc de la supposition et non du plagiat. Deuxièmement, d’autres recherches consistent
à remplacer la tâche de rappel de ses propres idées par une tâche de suivi de la source afin de faire de la
pertinence de la source la pierre angulaire de la dernière phase de test. Dans une tâche de suivi de la
source, on re-présente une sélection des idées précédentes aux participants, qui sont invités à juger quelle
personne a énoncé quelle idée (et quelles idées sont nouvelles). Lorsqu’ils ont appliqué cette dernière
procédure, Marsh, Landau & Hicks (1997) ont constaté que les participants avaient nettement moins
tendance à s’approprier par erreur une idée lorsqu’il leur était explicitement demandé de juger la source
que lorsqu’ils tentaient de se rappeler leurs propres idées. Dans le cadre de suivi de la source, ce constat
pourrait s’expliquer comme suit : les participants disposent des informations pertinentes sur la source, ce
qui leur permettrait de reconnaître la source avec précision, mais ne les utilisent pas pleinement pendant
une tâche de rappel exigeante. Si le rappel des idées initiales exige d’énormes efforts, il se peut que les
individus n’analysent pas minutieusement les détails précisant la source lorsqu’une idée leur vient à
l’esprit : soulagés de se souvenir de quelque chose, ils se contentent de mentionner cette idée, ce qui
7
débouche sur du plagiat. Toutefois, dans la tâche de suivi de la source, il ne faut pas se rappeler les
événements passés. Ceux-ci sont présentés à nouveau et la personne doit simplement juger d'est venue
l'idée. Dès lors, la personne se concentre sur les détails qui précisent la source et commet moins d’erreurs.
Si cette explication est valable, alors pourquoi des litiges sur la propriété se produisent-ils dans
des situations réelles ? Manifestement, dans des cas comme ceux de doctorants accusant leur directeur de
thèse, la source de l’événement initial serait d’une importance majeure et soumise à un examen très
approfondi. Il est hautement improbable que quiconque lance une accusation susceptible de ruiner sa
carrière sans avoir au moins tenté de vérifier l’information sur la source. C’est ce constat – que des erreurs
relevant du plagiat dans le paradigme du laboratoire ne rendaient pas compte de la nature expérientielle du
plagiat dans le monde réel qui a amené Louisa Stark et moi-même à développer le paradigme du
laboratoire.
Dans notre examen du décalage entre les cas de plagiat du monde réel et ceux du paradigme du
laboratoire, Louisa et moi nous sommes d’abord concentrés sur la nature ponctuelle du paradigme en 3
phases. Dans la méthode de Brown et Murphy, les participants entendent une idée une fois avant de
revenir plus tard pour tenter soit de se rappeler leurs propres idées ou de générer de nouvelles idées.
Toutefois, dans le monde réel, il est peu probable qu’un chansonnier crée un chant complet,
accompagnement compris, en une seule session. De même, un chercheur scientifique qui conçoit une idée
aura probablement réfléchi à cette idée à maintes reprises et un écrivain remanie à coup sûr plusieurs fois
une œuvre avant de la finaliser. Nous nous sommes demandé si c’était ce processus de réflexion sur une
idée ancienne qui amenait les gens à ensuite s’en souvenir comme étant la leur et nous avons dès lors
élaboré une série d’études dans lesquelles nous avons exploré quelle incidence la réflexion sur les idées
d’autres personnes pouvait avoir sur les taux subséquents de plagiat involontaire.
Dans Stark, Perfect & Newstead (2005), nous avons développé le paradigme de Brown & Murphy
(1989) de deux manières différentes. Comme nous souhaitions savoir comment les gens réfléchissent sur
les idées à l’examen, nous devions remplacer la tâche de création de catégories par une tâche plus
créative. En conséquence, nous avons adopté le test des utilisations alternatives (Christensen et al., 1960).
Nous avons donné aux participants des noms d’objets (brique, trombone, bouton, chaussure) et leur avons
demandé de réfléchir à de nouvelles utilisations de ces objets. (Par exemple, utiliser un trombone pour
faire une boucle d’oreille). Comme dans l’étude initiale, les participants ont réalisé cette tâche en groupes
de 4, mentionnant leurs idées à haute voix, à tour de rôle. Après avoir créé chacun 4 idées pour les 4
objets, les participants ont ensuite été invités à fléchir de différentes manières à des sous-ensembles de
ces idées. Un quart des idées (1 idée de chaque personne pour chaque objet) ont été lues à voix haute par
l'expérimentateur et les participants ont simplement été invités à les réécouter. Un deuxième quart des
idées, sélectionnées de la même manière, ont été lues à haute voix et les participants ont évaluer dans
quelle mesure il était facile de se forger une image de ces idées. Un troisième quart des idées ont été lues à
8
haute voix et les participants ont dû écrire 3 façons dont on pouvait les améliorer. Le dernier quart des
idées n’ont pas été présentées pendant cette phase et ont donc constitué un échantillon de contrôle. Une
semaine plus tard, les participants sont revenus au laboratoire et ont été invités à se souvenir de leurs
propres idées et à créer de nouveaux usages pour les mêmes objets. Ce que nous souhaitions découvrir,
c’est quelle incidence la phase d’élaboration pouvait avoir sur les taux subséquents de plagiat involontaire
obtenus pour ces deux tâches.
La recherche sur le plagiat involontaire s’est toujours heurtée au problème de savoir si une erreur
dans le test final était due à du plagiat ou à une duplication accidentelle. Comme il n’y a pas un nombre
infini de réponses possibles à une question, il est toujours possible que quelqu’un duplique une réponse
précédente par hasard. Brown et Murphy (1989) ont analysé ce point en profondeur dans leur étude
initiale et ont affirmé, sur la base de leurs données, que c’était du plagiat qui se produisait. Toutefois,
leurs affirmations ne sont pas restées incontestées : d’autres ont argué que le taux de plagiat qu’ils avaient
observé pouvait avoir été au hasard, voire à des suppositions (voir la critique dans Perfect & Stark,
2008b). Toutefois, en manipulant comment les gens réfléchissent aux idées par-delà les objets, la
méthodologie de Stark et al. (2005) évite cet écueil pour deux raisons. Premièrement, la condition de
contrôle (sans nouvelle présentation des idées dans l’intervalle de rétention) donne une estimation du taux
d’erreur pour chaque tâche, que les erreurs soient dues à des suppositions, à des duplications accidentelles
ou à du plagiat (involontaire ou délibéré). La condition d’écoute seule fournit une deuxième base de
référence, qui contrôle l’effet d'une nouvelle présentation des idées. Les écarts par rapport à ces
références reflètent l’incidence de l’élaboration des idées et non des facteurs susceptibles d’influencer la
référence, tels que les suppositions ou les duplications accidentelles. Deuxièmement, les indices de
récupération utilisés ne sont pas liés à la manipulation de l’élaboration. En effet, les participants ont été
invités à se rappeler leurs idées données sur les objets chaussure, trombone, bouton et brique. Toutefois,
pour chaque objet, une idée de chaque personne servait d’idée de contrôle, une était représentée, une
imaginée et une améliorée. Alors que le taux de supposition peut varier entre les indices de récupération
(une personne peut se rappeler plus d’idées liées au mot chaussure que d’idées liées au mot bouton), il ne
peut varier entre états d’élaboration.
Les résultats de Stark, Perfect & Newstead (2005) ont été remarquablement nets et ont été
répliqués plusieurs fois depuis. Toutefois, avant d’entrer dans les détails de ces résultats, il convient de
clarifier comment nous calculons les taux de plagiat dans nos études. Dans nos articles initiaux, nous
mentionnons les deux options disponibles. L’une consiste à rendre compte du nombre absolu d’erreurs
relevant du plagiat liées à chaque forme d’élaboration. Dans ce cas, le plagiat peut affecter une de contrôle
contre deux imaginées. Cela impliquerait que l’imagination double la propension au plagiat. Mais ce
résultat fait fi de la probabilité que le rappel des idées soit influencé par la façon dont les individus ont
réfléchi à ces idées. Ainsi, des personnes peuvent se rappeler correctement une idée de contrôle et plagier
9
une idée de contrôle. Elles peuvent aussi se rappeler correctement deux idées imaginées et plagier deux
idées imaginées. Donc, dans chaque cas, 50% des idées sont plagiées, qu’il s’agisse d’idées de contrôle ou
d’idées imaginées. Cette mesure est qualifiée de liée à la production parce que le plagiat se mesure en tant
que proportion de ce que la personne choisit de mentionner. Dans le reste de ce chapitre, je me
concentrerai uniquement sur la mesure du plagiat involontaire liée à la production, qui est la mesure la
plus prudente. En fait, bien que les résultats absolus diffèrent selon la mesure utilisée, les tendances par
delà les formes d’élaboration ne changent pas, comme les lecteurs intéressés le découvriront s’ils décident
de lire les études initiales.
Le Tableau 1 présente en détail les résultats de 6 expériences, auxquelles ont participé au total
199 personnes, et révèle la même tendance fondamentale. Lorsque les individus tentent de se rappeler
leurs propres idées (ou de juger de la source des idées qui leur sont présentées, voir Stark & Perfect,
2007), ils ont une forte propension à s’approprier des idées qu’ils ont améliorées. Si l’on mesure le plagiat
en tant que pourcentage des idées produites, on obtient des taux de 36,8% pour les idées améliorées
récupérées, contre 15,4% pour les idées de contrôle et 17,9% pour les idées imaginées. En conséquence,
améliorer une idée rend les gens 2,4 fois plus susceptibles de plagier l’idée plus tard, une fois que l’on a
contrôlé la probabilité du rappel. Cette tendance se réplique dans les données de suivi de la source : la
probabilité que les individus déclarent par erreur une idée comme la leur était 3 fois plus grande pour les
idées améliorées que pour les idées de contrôle. Toutefois, imaginer une idée n’augmentait pas la
propension des individus à s’attribuer l’idée.
Une tendance différente se dégage pour la tâche de création d'idées nouvelles, dans laquelle les
participants tentent de réfléchir à des idées totalement nouvelles. Dans ce cas, améliorer ou imaginer une
idée est sans incidence sur la probabilité ultérieure de présenter une idée ancienne comme nouvelle. En
général, la tâche de création de nouvelles idées génère des taux de plagiat moins élevés pour les idées
ayant subi élaboration que pour les idées de contrôle, surtout après imagination. Toutefois, cette
différence n’a atteint un niveau significatif que dans une seule étude.
Par conséquent, deux dissociations se dessinent dans les données sur le plagiat involontaire. La
première concerne toutes les tâches de rappel : des facteurs qui affectent le plagiat dans la tâche de rappel
de ses propres idées restent sans effet sur la tâche de création d’idées nouvelles. Ce résultat est tout à fait
conforme à la littérature existante et corrobore la thèse selon laquelle le plagiat dans la création d’idées
nouvelles est une forme d’amorçage inconscient, tandis que le plagiat dans le rappel de ses propres idées
est une forme d’erreur de suivi de la source. La deuxième dissociation concerne la forme d’élaboration :
l’amélioration pousse les gens à s’approprier des idées mais l’imagination, pas. Cela ne s’explique pas
simplement par le fait que l’amélioration rend les idées plus disponibles à la mémoire que l’imagination.
Dans chacune des études du Tableau 1 sur le plagiat lors du rappel de ses propres idées, nous avons aussi
mesuré la fréquence d’un rappel correct de ses propres idées. Par rapport aux idées de contrôle ou à une
10
nouvelle présentation, tant l’imagination que l’amélioration augmentaient sensiblement la probabilité d’un
rappel correct d’une idée. Dans les différentes études, ces deux conditions ne variaient pas mais le
Tableau 2 montre clairement qu’en général, l'imagination mène à un rappel plus correct des idées que
l'amélioration. Donc, la propension accrue à plagier des idées améliorées n’est pas liée à une mémorabilité
générale : si, en termes de degré d’exactitude du rappel, l’amélioration donne des résultats meilleurs que
les idées de contrôle mais moins bons que l’imagination, elle cause deux fois plus de plagiat que les deux
autres.
Ce dernier point mérite d’être répété. Réfléchir à la façon d’améliorer une idée améliore la
mémoire (de ses propres idées) et l’amoindrit (parce que cela pousse à voler les idées des autres). Ce
constat prouve un des principes fondamentaux du cadre de suivi de la source, à savoir que la mémoire de
l’ancienneté et la mémoire de la source sont jugées sur des bases différentes. Cela peut avoir des
conséquences majeures. Dans une étude (Stark & Perfect, 2008), les participants soit imaginaient ou
amélioraient les idées une fois ou deux fois. À la suite d’améliorations pétées d’une idée, près de la
moitié des idées améliorées récupérées étaient plagiées. En fait, les participants avaient à l’origine créé 4
idées qui ont ensuite été améliorées deux fois. Toutefois, dans leur rappel, ils se sont correctement
souvenus de 3 de leurs propres idées améliorées deux fois tout en se rappelant 2,8 idées venant de leurs
collègues. La forte mémoire de leurs propres idées améliorées n'empêchait donc pas les individus d’en
plagier d'autres.
4. Plagiat involontaire dans la tâche de création d’idées nouvelles
Dans l’ensemble, moins de travaux ont été consacrés aux variations de taux de plagiat
involontaire dans la tâche de création de nouvelles idées. Les premières recherches ont montré que des
périodes de rétention d’une semaine augmentaient le plagiat dans la tâche de création de nouvelles idées
(Brown & Halliday, 1991 ; Marsh & Bower, 1993 ; Marsh, Landau & Hicks, 1997), ce qui semble révéler
qu’un affaiblissement du rappel peut favoriser le plagiat dans la tâche de création de nouvelles idées.
Cependant, Macrae, Bodenhausen, & Calvini (1999) ont constaté que la distraction étudiée n'avait aucun
impact sur le plagiat dans la tâche de création de nouvelles idées, même si elle renforçait le plagiat dans le
rappel de ses propres idées. Toutefois, cette étude n’a pas rendu compte de l’incidence de la distraction
sur les taux de rappel correct, de sorte que les données sont difficiles à interpréter. Plus récemment,
McCabe, Smith et Parks (2007) ont signalé que des adultes plus âgés (ayant moins bonne mémoire)
étaient plus susceptibles de plagier dans la tâche de création de nouvelles idées que leurs homologues plus
jeunes. Dès lors, à l’exception des résultats ambigus de Macrae et al. (1999), ces données corroborent
l’idée que le plagiat dans la tâche de création de nouvelles idées se produit en raison de l’indisponibilité
d’une trace mnésique permettant un rappel conscient. Toutefois, 3 études récentes ont laissé entendre une
11
influence toute différente sur l’incidence du plagiat dans la tâche de création de nouvelles idées. Dans la
première, Bink et al. (1999) ont d’abord demandé aux participants de lire une série d’idées concernant des
méthodes visant à réduire les accidents de la route. Ces idées ont été présentées comme venant soit
d'étudiants de première année à l’université ou d’urbanistes mais, en fait, toutes venaient d’une étude
pilote utilisant des étudiants de premier cycle. Plus tard, on a demandé aux participants de créer leurs
propres solutions (nouvelles) au problème de la réduction des accidents de la route. Bink et al. (1999) ont
constaté, parmi les nouvelles idées, 8% de plagiats d’idées attribuées à l'origine à des étudiants de
première année mais 15% de plagiats d’idées attribuées à l’origine à des urbanistes. Dans une étude de
suivi, Bink et al. (1999) ont constaté que le rappel correct des idées était le même pour chaque source. Par
conséquent, si les individus peuvent se rappeler des idées de chaque source avec un même degré
d’exactitude, ils sont plus susceptibles de plagier une source qu’ils jugent experte qu’une source de qualité
inférieure.
Depuis, nous avons répliqué cette tendance dans deux études en utilisant des modifications du
paradigme de Brown et Murphy (1989). Dans Perfect & Stark (2008b), les participants ont créé des idées,
comme dans le paradigme standard. Toutefois, à la fin de la phase de création, l’expérimentatrice est
sortie du laboratoire, emmenant avec elle toutes les idées écrites. Elle a signalé aux participants que
chaque idée serait évaluée par un jury indépendant. En fait, le processus d’évaluation était totalement
arbitraire. Ensuite, l’expérimentatrice est revenue au laboratoire pour procéder à la phase d’élaboration.
Les participants ont été informés que certaines des idées avaient é jugées « excellentes » et ne
nécessitaient aucune amélioration. Ces idées ont ensuite été lues à voix haute. Elles constituaient un quart
des idées créées au départ, soit une idée de chaque participant pour chaque objet. Un autre quart des idées,
sélectionnées de la même manière, ont été décrites comme jugées « très bonnes ». Elles ont ensuite été
lues à voix haute et les participants ont chacun réfléchi à une façon de les améliorer. Un troisième quart
des idées ont été décrites comme jugées « bonnes » et les participants ont chacun réfléchi à 3 façons de les
améliorer. Le dernier lot d’idées ont été décrites comme jugées « satisfaisantes ». Elles ont aussi été lues à
voix haute mais il a été dit aux participants qu’aucune amélioration n’était nécessaire.
Cette étude visait notamment à déterminer si les participants allaient plagier les idées jugées
« excellentes » ou celles qu’ils avaient améliorées. En fait, ils ont plagié les deux. Pour la tâche de rappel
de ses propres idées, la performance était à l’image de la tendance révélée dans le Tableau 1. Le plagiat
suivait l’ampleur de l’amélioration : il était le plus fréquent pour les idées améliorées 3 fois, sans qu’il n’y
ait de différence entre les idées « excellentes » et « satisfaisantes ». Toutefois, pour la tâche de création de
nouvelles idées, la tendance était différente et ressemblait à celle constatée par Bink et al. (1999). Les
participants s’y sont révélés 3 fois plus susceptibles de plagier des idées « excellentes » que des idées
« satisfaisantes » et les idées « excellentes » étaient plagiées nettement plus souvent que tout autre type
d’idée.
12
La même tendance fondamentale a été relatée récemment dans Perfect, Field & Jones (2009).
Dans cette étude, les participants ont créé des solutions aux problèmes liés à des questions sanitaires et
environnementales (par ex. « Comment pouvons-nous réduire l'obésité chez les enfants ? » « Que peut-on
faire pour réduire la production de gaz à effet de serre ? »). Les participants ont été testés avec un
partenaire, en réalité un complice, qui se présentait comme étant un étudiant de maîtrise soit en sciences
de la santé ou en sciences de l’environnement. Dès lors, aux yeux de nos participants du premier cycle,
leur partenaire était un « expert » dans l’un des deux domaines de connaissance testés. En fait, quelle
qu’ait été leur prétendue spécialité, les complices répondaient à partir d’un ensemble préparé de réponses,
qui avaient été générées au préalable par des étudiants du premier cycle en psychologie, dans une étude
pilote. Après la phase de création, la moitié des idées de chaque membre de la paire a été soumise à une
phase d'amélioration, avant les tests finaux de rappel de ses propres idées et de création de nouvelles
idées. La tendance constatée fut à l’image de celle révélée dans Perfect et Stark (2008b). Pour la tâche de
rappel de ses propres idées, les participants ont plagié les idées améliorées et n’ont pas été influencés par
le niveau de savoir-faire de leur partenaire. Toutefois, dans la che de création de nouvelles idées, ils
n’ont pas été influencés par la phase d’amélioration mais se sont révélés deux fois plus susceptibles
d’inclure des idées de leur partenaire pour la matière dont celui-ci était spécialiste que pour l’autre.
Ces 3 études montrent que lorsque les individus tentent de créer une idée nouvelle, ils sont
particulièrement enclins à s’approprier les idées provenant de « bonnes » sources, dans ce cas, celles qui
venaient d’experts (Bink et al., 1999 : Perfect et al., 2009), ou celles qui ont été évaluées comme
excellentes (Perfect & Stark, 2008b). Cette différence ne s’explique pas par une meilleure qualité
intrinsèque des idées concernées parce que, dans chaque cas, l'attribution des idées aux conditions était
arbitraire. Elle ne s’explique pas davantage par une meilleure mémorisation des idées parce que, dans
chaque étude, le rappel correct était non influencé par le statut des idées. Donc, ces résultats semblent
étayer le vieil adage selon lequel l’imitation est la forme la plus sincère de la flatterie.
Nous avons argué que cette tendance est due à une forme de processus de révision renforçant
l'ego, qui se produit une fois qu'une idée est venue à l'esprit pendant la tâche de création de nouvelles
idées. Songez au sort peu enviable des participants à nos études. Ils ont tout d’abord créé plusieurs
solutions aux problèmes tout en entendant bien d’autres solutions proposées par leurs partenaires. Ensuite,
après s’être rappelé leurs propres idées, ils ont été invités à produire d’autres nouvelles solutions au même
problème. On peut supposer que pendant ce processus de création d’idées, ils vont occasionnellement
produire une idée ancienne parce que ces idées ont récemment été actives dans leur esprit. Si une telle
idée est suffisamment forte, elle peut susciter un sentiment de souvenir et être ainsi tue. Toutefois, il
arrive qu’une idée ancienne vienne à l’esprit sans ce sens de déjà vu et soit ainsi candidate au plagiat. Si le
processus complet se résumait à cela, nous pourrions nous attendre à ce que le plagiat sur cette tâche
entretienne une corrélation négative avec le rappel correct. Or, ce n’est pas le cas et la tendance à plagier
13
de « bonnes » idées existe malgré des taux de rappel correspondants pour les « bonnes » et les
« mauvaises » idées. Cette existence d’un parti pris positif laisse supposer que les gens sont plus
susceptibles de mentionner des idées qui viennent à l’esprit si celles-ci ont été au préalable associées à un
expert (ou ont été jugées excellentes). Pour que cette tendance soit possible, il faut qu’une forme de trace
résiduelle de l’évaluation de l’idée (qu’elle est bonne ou mauvaise) soit disponible au participant, même
en l’absence de rappel que l’idée est ancienne. Comme les participants souhaitent se présenter sous un
jour positif, ils sont plus susceptibles de mentionner des idées positives et de taire les négatives.
5. Résumé et implications
De nombreuses démonstrations de plagiat involontaire ont été réalisées en laboratoire. Toutes ont
mis en lumière plusieurs facteurs influençant la probabilité que du plagiat se produise. Le plus important
est la nature de la tâche pendant laquelle le plagiat peut se produire. Deux types principaux de tâches ont
été explorés : la capacité de se souvenir d’idées qui étaient au départ les siennes et la capacité de créer des
idées totalement neuves. Alors que du plagiat a été détecté dans les deux tâches, il est clair que les causes
sous-jacentes du plagiat sont différentes dans l’un et l’autre cas. Dans la tâche de rappel, le plagiat est
renforcé par des facteurs qui rendent difficile une identification de l’origine de l’événement. Dès lors,
travailler avec un partenaire du même sexe, deviner les réponses de ses partenaires, être distrait pendant
l’événement initial ou avoir une longue période de rétention avant de tenter de se rappeler l’événement
initial sont autant de facteurs qui accroissent les taux de plagiat, parfois de manière spectaculaire. À cet
égard, l’amélioration subséquente des idées exerce une influence majeure. Alors qu’elle peut favoriser un
rappel correct de ses propres idées, elle peut aussi sensiblement accroître la probabilité que l’on se
rappelle à tort les idées d’autres personnes comme étant les siennes. Le plagiat pendant une tâche de
création de nouvelles idées est également généralisé et il a été démontré qu’il augmentait en fonction du
délai entre l’événement initial et la tâche de création. Il a été prouvé de façon fiable que la qualité de la
source initiale de l'idée était un facteur qui influençait le taux de plagiat. Même lorsque le contenu et le
rappel des idées initiales sont appariés, les gens sont plus susceptibles d’inclure les « bonnes » idées dans
leurs propres nouvelles créations que les idées dépourvues d’associations positives.
Au vu des types de tâches assignées aux étudiants dans l’enseignement, surtout dans
l’enseignement supérieur, il est aisé de voir comment des erreurs relevant du plagiat peuvent se produire.
Les étudiants sont confrontés à de nombreuses sources d’information (livres, journaux, lectures, travaux
de groupe, etc.) et de nombreux facteurs peuvent rendre ces sources moins marquantes que d’autres. Tous
les étudiants ne maintiennent pas une attention totale pendant une conférence ou lorsqu’ils lisent un texte
ou lorsqu’ils participent à une discussion de classe. Ils participent parfois à des travaux de groupe tout en
étant distraits par de la musique ou d’autres activités en cours. Il peut s’écouler des délais considérables
14
entre le contact initial avec l’information et le test final. Il se peut que des étudiants plus assidus aient
réfléchi aux idées qu’ils ont rencontrées et aient tenté de les améliorer ou de les plier à leur propre usage.
Il a été prouvé que tous ces facteurs accroissent le plagiat dans la tâche de rappel de ses propres idées. Les
étudiants sont aussi susceptibles de plagier lorsqu’ils tentent d’être créatifs. S’ils essaient de créer de
nouvelles solutions longtemps après la phase initiale d’apprentissage, il existe une probabilité accrue
qu’ils oublient l’expérience initiale et qu’ils plagient. En outre, d'après les résultats des recherches, une
source particulière, évaluée comme experte en la matière ou de haute qualité, est plus susceptible d’être
plagiée dans une tâche créative.
Cette argumentation ne vise pas à justifier tous les cas de plagiat qui se produisent dans les
contextes d’enseignement. Ce que j’ai analydans ce chapitre, c’est la tendance des erreurs observée
lorsque les gens tentent de ne pas plagier. (Dans une de nos premières expériences, nous avons offert de
payer les participants s’ils évitaient de plagier et, malgré cela, pas un seul participant n’a réussi : Stark,
Perfect & Newstead, 2005, Expérience 2). Ce que j’ai montré, c’est que les erreurs relevant du plagiat se
produisent même chez ceux qui sont motivés pour ne pas plagier et que nombre des facteurs qui favorisent
de telles erreurs peuvent être présents dans des contextes d’enseignement. Il ne faut pas en déduire pour
autant que toutes les erreurs relevant du plagiat dans l’enseignement peuvent être balayées comme étant
d’innocentes erreurs. De toute évidence, ce n’est pas le cas. Il n’entre pas davantage dans nos intentions
que l’approche adoptée dans le présent travail puisse servir à distinguer un « vrai » plagiat involontaire
d’un plagiat frauduleux délibéré. Nous n’entendons pas non plus que notre approche soit utilisée pour
établir une distinction entre le plagiat et des situations d’éventuelle « influence » d’un travail antérieur sur
un travail présenté comme nouveau. Nous laissons de tels débats aux juristes. Toutefois, j’espère bel et
bien que cette analyse donnera matière à réflexion à quiconque est confronté à des exemples manifestes
de plagiat dans sa vie professionnelle : il peut y avoir une explication non blâmable. Et si c’est vous qui
avez été plagié, vous pouvez vous en réjouir : ou bien vous avez réussi à faire réfléchir cette personne sur
votre idée (l’amélioration augmente le plagiat durant la tâche de rappel de ses propres idées) ou cette
personne peut avoir estimé que vous étiez un expert (les bonnes sources sont plagiées plus souvent dans
une tâche de création).
15
6. Références
B
ROWN
A. S. & H
ALLIDAY
H. E. (1991), Cryptomnesia and source memory difficulties, American Journal of
Psychology, 104, 475-490.
B
ROWN
A. S.& M
URPHY
D. R. (1989), Cryptomnesia : Delineating inadvertent plagiarism, Journal of Experimental
Psychology : Learning, Memory and Cognition, 15, 432-442.
C
HRISTENSEN
P., G
UILFORD
J., M
ERRIFIELD
R., & W
ILSON
R. (1960), Alternate uses test. Beverly Hills CA :
Sheridan Psychological Service.
D
EFELDRE
A. C. (2005, Inadvertent plagiarism in everyday life, Applied Cognitive Psychology, 19, 1033-1040.
G
AARDER
J. (2002), The Ringmaster’s Daughter.,London, Phoenix House.
I
KIER
S., T
EKCAN
A. Đ., G
ÜLGÖZ
S., &
K
ÜNTAY
A. C. (2003), Whose life is it anyway ? Adoption of each other’s
autobiographical memories by twins, Applied Cognitive Psychology, 17, 237-247.
J
OHNSON
M. K., H
ASHTROUDI
S., & L
INDSAY
D. S. (1993), Source monitoring, Psychological Bulletin, 114, 3-28.
L
INDSAY
S. (2008), Source monitoring, in H. L. R
OEDIGER
, III (Ed.), Cognitive Psychology of Memory, Volume [2]
of Learning and Memory : A comprehensive reference, 4 vols. (J. Byrne, Editor), pp.[325-348] Oxford :
Elsevier.
M
ACRAE
C. N., B
ODENHAUSEN
G. V., & C
ALVINI
G. (1999), Contexts of cryptomnesia : May the source be with
you, Social Cognition, 17, 273-297.
M
ARSH
R. L. & B
OWER
G. H. (1993), Eliciting cryptomnesia : Unconscious plagiarism in a puzzle task, Journal of
Experimental Psychology : Learning Memory & Cognition, 19, 673-688.
M
ARSH
R. L., L
ANDAU
J. D., & H
ICKS
J. L. (1997), Contributions of inadequate source monitoring to unconscious
plagiarism during idea generation, Journal of Experimental Psychology : Learning Memory & Cognition, 23,
886-897.
M
C
C
ABE
D. P., S
MITH
A. D. and P
ARKS
C. M. (2007), Inadvertent plagiarism in young and older adults : the role of
working memory capacity in reducing memory errors, Memory and Cognition, 35, 231-241.
P
ERFECT
T. J., F
IELD
I. & J
ONES
R. (2009), Source credibility and idea improvement have independent effects on
unconscious plagiarism errors in recall and generate-new tasks, Journal of Experimental Psychology :
Learning, Memory & Cognition, 35, 267-274.
P
ERFECT
T. J. & S
TARK
,L-J. (2008a), Tales from the crypt…omnesia, in J. D
UNLOSKY
and R. B
JORK
(Eds.), A
handbook of memory and metamemory, New York : LEA, pp. 285-314.
P
ERFECT
T. J. & S
TARK
L-J. (2008b), Why do I always have the best ideas ? The role of idea quality in unconscious
plagiarism, Memory, 16, 386-394.
S
CHACTER
D. L. (1999), The seven sins of memory: Insights from psychology and cognitive neuroscience, American
Psychologist, 54, 182-203.
S
HEEN
M., K
EMP
S., & R
UBIN
D. (2001), Twins dispute memory of ownership : A new false memory phenomenon,
Memory and Cognition, 29, 779-788.
S
KINNER
B. F. (1983), Intellectual self-management in old age, American Psychologist, 38, 239-244.
S
TARK
L-J. & P
ERFECT
T. J. (2006), Elaboration inflation : how your ideas become mine, Applied Cognitive
Psychology, 20, 641-648.
S
TARK
L-J. & P
ERFECT
T. J. (2007), Whose idea was that ? Source monitoring for idea-ownership following
elaboration, Memory, 15, 776-783.
S
TARK
L-J. & P
ERFECT
, T. J. (2008).,The effects of repeated idea elaboration on unconscious plagiarism. Memory &
Cognition, 36, 65-73.
T
AYLOR
(1965), Cryptomnesia and plagiarism.,British Journal of Psychiatry, 111, 1111-1118.
T
ENPENNY
P. L., K
ERIAZAKOS
M. S., L
EW
G. S., & P
HELAN
T. P. (1998), In search of inadvertent plagiarism,
American Journal of Psychology, 111, 529-559.
16
Tableau 1 : Taux de plagiat involontaire dans des études utilisant la version du paradigme de Brown et Murphy
(1989) révisée par Stark, Perfect & Newstead (2005).
Tableau 2 : Taux de rappel correct dans des études utilisant la version du paradigme de Brown et Murphy
(1989) révisée par Stark, Perfect & Newstead (2005).
Étude N Contrôle Imagination Amélioration
Rappel correct durant la tâche de rappel de ses propres idées
Stark, Perfect & Newstead (2005) Expérience 1 38 35,5% 65,8% 60,5%
Stark, Perfect & Newstead (2005) Expérience 2 36 43,8% 61,8% 64,5%
Stark & Perfect (2006) 32 39,0% 65,8% 57,8%
Stark & Perfect (2008) une élaboration 32 45,0% 71,1% 54,5%
Stark & Perfect (2008) élaborations répétées 32 45,0% 77,5% 76,0%
Moyenne non pondérée 41,7% 68,4% 62,7%
Étude N Contrôle Imagination Amélioration
Plagiat durant la tâche de rappel de ses propres idées
Stark, Perfect & Newstead (2005) Expérience 1 38 27,1% 17,3% 41,2%
Stark, Perfect & Newstead (2005) Expérience 2 36 12,5% 16,0% 26,3%
Stark & Perfect (2006) 32 10,9% 25,6% 41,8%
Stark & Perfect (2008) une élaboration 32 13,2% 14,4% 26,6%
Stark & Perfect (2008) élaborations répétées 32 13,2% 16,0% 48,0%
Moyenne non pondérée 15,4% 17,9% 36,8%
Plagiat durant la tâche de suivi de la source
Stark & Perfect (2007) 35 2,9% 3,3% 8,8%
Plagiat durant la tâche de création de nouvelles idées
Stark, Perfect & Newstead (2005) Expérience 1 38 23,8% 10,0% 15,0%
Stark, Perfect & Newstead (2005) Expérience 2 36 14,5% 7,0% 14,5%
Stark & Perfect (2006) 32 25,8% 14,8% 21,0%
Stark & Perfect (2008) une élaboration 32 13,9% 14,3% 17,5%
Stark & Perfect (2008) élaborations répétées 32 13,9% 7,0% 13,0%
Moyenne non pondérée 18,4% 10,6% 16,2%
ResearchGate has not been able to resolve any citations for this publication.
Article
Full-text available
Participants engaged in a creative idea-generation task that required them to monitor source to devise ideas not offered previously by others. In Experiment 1, inadvertent plagiarism (cryptomnesia) occurred more often when participants were generating ideas than when they were taking a recognition test. In Experiment 2, focusing participants on the origin of their ideas during generation resembled the focusing that occurs in recognition performance and reduced plagiarism. In Experiment 3, a speeded-response condition increased inadvertent plagiarism by mimicking conditions in which people cannot or do not adequately monitor source. In Experiment 4, plagiarism was reduced both when participants offered their new ideas in a one-on-one context as compared with a more anonymous group setting and when participants were specifically instructed to avoid plagiarism. The results are discussed in terms of source-monitoring decision criteria and the conscious and unconscious processes that support that monitoring. (PsycINFO Database Record (c) 2012 APA, all rights reserved)
Article
Full-text available
Unconscious plagiarism occurs when people try to generate new ideas or when they try to recall their own ideas from among a set generated by a group. In this study, the factors that independently influence these two forms of plagiarism error were examined. Participants initially generated solutions to real-world problems in 2 domains of knowledge in collaboration with a confederate presented as an expert in 1 domain. Subsequently, the participant generated improvements to half of the ideas from each person. Participants returned 1 day later to recall either their own ideas or their partner's ideas and to complete a generate-new task. A double dissociation was observed. Generate-new plagiarism was driven by partner expertise but not by idea improvement, whereas recall plagiarism was driven by improvement but not expertise. This improvement effect on recall plagiarism was seen for the recall-own but not the recall-partner task, suggesting that the increase in recall-own plagiarism is due to mistaken idea ownership, not source confusion.
Article
Cryptomnesia, or inadvertent plagiarism, and its relationship to memory monitoring difficulties was investigated. Subjects took turns orally generating category exemplars in 3-person groups. Immediately, or one week later, they were given a test for recall (own and new exemplars) or recognition/identification (own, others', and new). The incidence of inadvertent plagiarisms during generation replicated earlier findings (Brown & Murphy, 1989). Other varieties of cryptomnesia (recalling others' responses as one's own or new) increased over one week. Plagiarized words usually came from the initial portion of the generation series and from the person speaking just before the "plagiarizer." Forgetting the source of the previous items (self or others) also increased over one week, and at a greater rate than cryptomnesia. Cryptomnesia was statistically unrelated to either source forgetting or recognition, suggesting that cryptomnesia is separable from conscious recollection.
Article
We investigated whether plagiarism may occur inadvertently if one has implicit—but not explicit—memory for previously seen material. We asked participants to produce material that was truly original, not just novel in the present context. For some categories, participants read and generated real exemplars; for others they read and generated fictitious exemplars. Participants then recalled the items they had generated for each category and generated additional items. Although participants inadvertently repeated real exemplars at an above chance rate, they did not repeat the fictitious exemplars. Their failure to repeat the fictitious exemplars was not due to a lack of implicit memory for those items because significant repetition priming was obtained in a perceptual identification test. These results raise the possibility that inadvertent plagiarism rarely occurs when people attempt to produce truly original material. (PsycINFO Database Record (c) 2012 APA, all rights reserved)
Article
Cryptomnesia, or inadvertent plagiarism, was experimentally examined in three investigations. Subjects were required to generate category exemplars, alternating with 3 other subjects in Experiments 1 and 2 or with a standardized, written list in Experiment 3. After this generation stage, subjects attempted to recall those items which they had just generated and an equal number of completely new items from each category. Plagiarism of others' generated responses occurred in all three tasks (generation, recall own, and recall new) in each experiment, despite instructions to avoid such intrusions. The amount of plagiarism was greater under more complex generation sequences and for items produced from orthorgraphic relative to semantic categories. The most likely source of plagiarized responses was the person who had responded just before the subject in the generation sequence. Directions for future research are discussed. (PsycINFO Database Record (c) 2012 APA, all rights reserved)
Article
Anecdotal evidence suggests that twins may dispute ownership of autobiographical experiences. We investigated the frequency and characteristics of such disputed memories in comparison to memories with undisputed ownership. In the present study, monozygotic twins (MZ), dizygotic twins (DZ), and siblings were asked to remember disputed and non-disputed memories. They also dated each memory and provided a rating on the following variables: level of imagery, detail, rehearsal, and importance. Results showed that disputed memories were more common among MZ twins than in DZ twins and siblings. The frequencies of undisputed memories were not different among the three groups. When compared to non-disputed memories, disputed memories were more likely to come from events experienced during preschool years. We consider disputed memories as instances of false memories, at least partly influenced by social interactional processes, and event characteristics. Copyright © 2003 John Wiley & Sons, Ltd.
Article
Unconscious plagiarism occurs when individuals claim previously experienced ideas as their own. Using an adaptation of Brown and Murphy's (1989) three-stage paradigm, participant elaboration was investigated using the Alternate Uses Test at generation. Following generation, ideas were imagined and rated (imagery-elaboration), improved in three ways (generative-elaboration), improved by another participant and then imagined and rated (rich imagery-elaboration) or not re-presented. A week later, participants recalled their original ideas and generated new ideas. Relative to control, elaborating or imagining an idea previously generated by someone else improved recall and reduced plagiarism in the generate-new task. However, in the recall-own task, generative-elaboration alone led to high levels of plagiarism in the recall-own task. Consequently, it is the generative nature of the elaboration performed on an idea that influences later idea appropriation. Copyright © 2006 John Wiley & Sons, Ltd.
Article
Inadvertent plagiarism is a source monitoring error described in laboratory studies. In the present study, the existence of this phenomenon in everyday life and the impact of a variable considered in laboratory (i.e. source similarity) were investigated. Two hundred and two participants were asked to remember an episode involving inadvertent plagiarism in the past, and to describe it. Results showed that inadvertent plagiarism occurs in real life conditions with respect to various types of activities. Moreover, source similarity had an impact on inadvertent plagiarism. In particular, same-sex plagiarism occurred more often than opposite-sex plagiarism. Copyright © 2005 John Wiley & Sons, Ltd.
Article
The term "cryptomnesia" signifies the existence of memories which are hidden from consciousness. Originally, it was assumed that cryptomnesic memories could only be remembered in states of altered consciousness. Today, the term is used to denote the appearance in normal consciousness of memories which are not recognized as such subjectively. In analysing cryptomnesic phenomena, a distinction is made between memories of specific occasions in a person's life, called "reminiscences", and the general memories of discrete events composing specific occasions, called "logical memories". When the logical memories of events which occurred on a specific occasion are no longer remembered as joint components of a reminiscence, a state of "partial cryptomnesia" exists. Thus a social situation and another event may still be recognized as memories, but not as the memories of events which occurred together. This can lead to social embarrassment, such as when a piece of news is related again to the person from whom it had come originally, or when it is related twice to the same company in relatively quick succession—symptoms which can be particularly noticeable in patients with a dysmnesic syndrome. Cryptomnesia can give rise to unintended plagiarism, especially when logical memories are no longer recognized as memories, but are experienced as newly created ideas. In the field of literature, the characteristics of this kind of plagiarism are, according to Jung, repetition of the general trend of a story, including some unimportant details, but in phrases which differ from the original ones. Unintended verbatim plagiarism is a rare occurrence. It could be caused by cryptomnesia in persons with an excellent verbal rote memory. Two possible instances are described in detail. Cryptomnesia may have been responsible in one case, but careless filing of a copied poem is the more likely explanation in the other.