ArticlePDF Available

Repenser le futur de la politique de cohésion européenne pour les pays d'Europe centrale et orientale : la prise en compte de l'espace géographique comme piste de recherche

Authors:

Abstract and Figures

With the enlargements of the European Union in the East in 2004 and 2007, the regional economic disparities increased profoundly and an effort of solidarity between states was necessary. This paper proposes to identify between the explanatory factors at the origin of the uneven distribution of wealth between regions in Central and Eastern Europe countries. Both the role of the political and economic transition which took place in these countries and that of the geographical distance from metropolis and the border of Europe's Fifteen member states will be put forward. in the debate between efficiency and equity of european structural Funds, we shall wonder on the eventuality of a cohesion policy rethoughttaking into account the proximity's effects on the regional growth and on the reduction of economic disparities. The results of our calculations of global and local spatial autocorrelation suggest new lines of research.
Content may be subject to copyright.
BSGLg, 55, 2010, 43-59
REPENSER LE FUTUR
DE LA POLITIQUE DE COHÉSION EUROPÉENNE
POUR LES PAYS D’EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE :
LA PRISE EN COMPTE DE L’ESPACE GÉOGRAPHIQUE
COMME PISTE DE RECHERCHE
Sébastien Bourdin
Résumé
Avec les élargissements de l’Union européenne à l’est en 2004 et 2007, les disparités économi-
ques régionales ont profondément augmenté et un effort de solidarité entre les états-membres a
été nécessaire.
Cet article propose d’identier les facteurs explicatifs à l’origine de l’inégale distribution de la
richesse des régions dans les pays d’Europe centrale et orientale. Ainsi, il est mis en avant le rôle
de la transition politique et économique qui s’est opérée dans ces pays mais aussi le rôle de la
distance géographique aux métropoles et à la frontière de l’Europe des Quinze.
Dans le débat entre efcacité et équité des Fonds structurels européens, nous nous interrogerons
sur l’éventualité d’une politique de cohésion repensée prenant en compte les effets de déborde-
ments/proximité sur la croissance régionale et la réduction des disparités économiques. À cet
effet, les résultats de nos calculs d’autocorrélation spatiale globale et locale permettent d’avancer
quelques pistes de recherche.
Mots-clés
politique régionale européenne, élargissement, inégalités économiques régionales, croissance
régionale, autocorrélation spatiale
Abstract
With the enlargements of the European Union in the East in 2004 and 2007, the regional economic
disparities increased profoundly and an effort of solidarity between states was necessary.
This paper proposes to identify between the explanatory factors at the origin of the uneven distri-
bution of wealth between regions in Central and Eastern Europe countries. Both the role of the
political and economic transition which took place in these countries and that of the geographical
distance from metropolis and the border of Europe’s Fifteen member states will be put forward.
in the debate between efciency and equity of european structural Funds, we shall wonder on
the eventuality of a cohesion policy rethoughttaking into account the proximity’s effects on the
regional growth and on the reduction of economic disparities. The results of our calculations of
global and local spatial autocorrelation suggest new lines of research.
Keywords
European regional policy, enlargement, regional economic disparities, regional growth, spatial
autocorrelation
I. INTRODUCTION
En 2010, une étude d’Eurostat montre que la gion
Inner London (ville de Londres) est la plus prospère
de l’Union européenne (UE) et est sept fois plus riche
que la région la moins développée à savoir la région
Severozapaden située en Bulgarie. À la lumière des
difcultés rencontrées pour assurer un développement
harmonieux dans l’Union européenne (Dunford, 1994 ;
Beine & Docquier, 2000 ; Carluer, 2001 ; Romocea,
2002 ; Bogalska-Martin, 2005 ; Baumont, Ertur & Le
Gallo, 2006 ; Lhomel, 2007) et malgré l’utilisation des
Fonds de pré-accession, les deux dernières décennies
ont engendré, d’une part, de forts bénéces pour une
grande
partie des régions grâce à une certaine « crois-
sance cumulative », tandis que d’autres régions (plus
minoritaires) ont continué à être très en retard (Arms-
trong & Vickerman, 1995 ; Bachtler & Turok, 1997 ;
Cuadrado-Roura, 2001 ; Jean & Baudelle, 2009). Avec
les deux derniers élargissements (2004 et 2007), le cadre
économique communautaire a été complètement boule-
versé et l’on a assisté à une reconguration géographique
Téléchargé depuis / Downloaded from www.bsglg.be
44
Sébastien Bourdin
des disparités régionales révélant la mise en place d’un
gradient économique Est-Ouest. Cet élargissement aux
pays d’Europe centrale et orientale (PECO) relance la
question de la capacité de l’intégration européenne à
favoriser la cohésion de son territoire. Dans ce cadre,
une redénition de l’allocation des Fonds de la politique
de cohésion est donc nécessaire.
Aussi, nous souhaitons souligner à travers cet article que
de trop nombreuses études réalisées sur la convergence
se contentent d’observer les disparités géographiques
de revenu sans pour autant situer ou estimer le rôle de
l’espace géographique dans cette répartition. Dans quelle
mesure la distance aux régions métropolitaines et à l’Eu-
rope des Quinze sont à l’origine de l’inégale distribution
de la richesse économique dans les PECO ? Comment re-
penser la politique de cohésion en prenant en compte ces
facteurs explicatifs ? Pour répondre à ces questions, nous
nous sommes focalisés sur la période de programmation
des Fonds de cohésion 2000-2006. La période actuelle
de programmation (2007-2013) ne peut être traitée pour
le moment faute de données sufsantes.
Notre propos liminaire partira du constat que l’intégra-
tion économique et territoriale des PECO est inégale et
est en partie liée à la transition politique et économique
qui s’est opérée dans ces pays. Nous montrerons éga-
lement que ce que l’on a nommé la réunication de
l’Europe reproduit l’accord implicite d’un échange de
l’ouverture de nouveaux marchés contre la promesse
d’une élévation du niveau de vie des populations concer-
nées (par le biais des Fonds structurels européens). Par
ailleurs, il s’agira de souligner la difculté d’évaluer le
rôle de la politique de cohésion dans l’explication de la
réduction des disparités régionales.
La deuxième partie de cet article proposera d’identier
les facteurs explicatifs qui sont à l’origine de l’inégale
distribution de la richesse dans les PECO. À cet effet,
nous nous rendrons compte que des régions s’en sortent
mieux que d’autres. Notre troisième partie présentera
dans un premier temps la méthode de l’autocorréla-
tion spatiale globale et locale que nous avons souhaité
adopter pour répondre à notre problématique. Dans un
second temps, à l’aide des résultats de nos calculs, notre
propos consistera à repenser le bat sur le dilemme
classique entre équité et efcacité des Fonds structurels
européens.
II. LES (RE)CONFIGURATIONS OGRAPHI-
QUES DES DYNAMIQUES RÉGIONALES SUITE
AUX DEUX DERNIERS ÉLARGISSEMENTS
DE L’UNION EUROPÉENNE ET LE RÔLE DES
FONDS STRUCTURELS
Cette première partie consistera à analyser dans quelle
mesure la n de la période socialiste et l’entrée dans
l’UE des dix PECO ont engendré des dynamiques et
des trajectoires régionales différenciées dans l’Europe
centre-orientale. Il s’agira également d’évaluer le rôle
des Fonds structurels et d’en montrer la difculté d’éva-
luation.
A. Entre le « hier et là-bas de la soviétisation » et le
« demain et ici de l’européanisation »
Le 9 octobre 1989, la chute du mur de Berlin a entraîné
la n du système soviétique et la n de l’ordre mondial
bipolaire. Le « retour à l’Europe » a été perçu par les
pays sortant du communisme comme la perspective de
rejoindre l’UE. Les PECO sont alors dans une double
complexité d’un entre-deux, spatial et temporel (Rey,
1996). Comme le souligne B. Chavance (2004), ce
changement décisif pour la reconguration géopoliti-
que et économique de l’Europe après quarante années
de guerre froide et d’opposition des systèmes, est loin
d’avoir constitué un mouvement rectiligne et d’emblée
prévisible. Trois jeux de forces ont prédominé à partir
de 1989, conditionnant le changement institutionnel des
économies et des pays postsocialistes : d’une part, les
forces endogènes ou internes, avant tout déterminées par
les acteurs et les organisations nationaux, d’autre part,
les forces européennes impulsées par les États-membres
et les institutions de l’UE, enn, les forces globales ré-
sultant des organisations internationales (FMI, OCDE,
etc.) et des rmes multinationales. Ces trois champs de
force (eux-mêmes évolutifs) ont interféré constamment,
avec des poids variables selon les phases et selon les
pays, contribuant de façon décisive à la formation de
trajectoires nationales et régionales de changement.
Mise à niveau et convergence constituent des difcultés
récurrentes pour les pays ayant vocation à rejoindre
l’Union européenne. Durant la décennie précédente,
les dix candidats des PECO ont poursuivi une même
stratégie de restructuration et de rapprochement des
normes européennes
1
. Pour atteindre leurs cibles, ces
pays ont adopté des trajectoires différentes, appliqué
des politiques spéciques qui ont agi sur le rythme et
l’ampleur de leur convergence mais également qui ont
eu des répercussions territoriales. Force est de constater
que, vingt-et-un ans après la chute du mur de Berlin, les
changements entrepris, voire pour partie réalisés, ont
imprimé au processus de transition un caractère incon-
testable d’irréversibilité.
B. Les trajectoires régionales différenciées des
pays d’Europe centrale et orientale : une question
d’échelle
Lorsque l’on prend comme rérentiel le PIB/hab.
de l’Europe des Quinze, la plupart des gions des
PECO afchent des valeurs très faibles. La carte 1
montre très nettement une forte discontinuité spatiale
séparant le niveau économique des régions des
nouveaux États-membres de celui du reste de l’UE et
45
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
elle donne l’impression que les niveaux de richesse
sont uniformément bas dans l’ensemble des PECO.
Cependant, cette coupure ne correspond pas exactement à
l’ancien rideau de fer en raison du rattrapage économique
des Länder est-allemands qui, réunication allemande
oblige, ont bénécié d’importants transferts nanciers
et se situent largement au-dessus du reste des autres
régions des PECO.
Cette vision d’un espace européen centre-oriental
homogène et caractérisé par la faiblesse générale des
Carte 1. Le PIB/hab. des régions des PECO (indice moyenne UE27 = 100)
46
Sébastien Bourdin
PIB/hab. régionaux est évidemment modiée dès lors
qu’on change de référentiels et qu’on rapporte la richesse
de chaque région à son référentiel national (Grasland,
2004). La carte 2 laisse apparaître la mosaïque beaucoup
plus complexe des régions qui sont relativement
avantagées où désavantagées par rapport à la moyenne
du pays auquel elles appartiennent. La caractéristique la
plus évidente de la distribution des écarts à la moyenne
nationale est l’avantage considérable des régions
métropolitaines des PECO (Lodz, Poznan, Varsovie,
Prague, Budapest, Bratislava, Soa, Bucarest). On
repère également aisément l’apparition de gradients
généraux de polarisation économique vers l’Ouest
(Lepesant, 2004). Nous reviendrons plus loin sur ces
deux aspects : distance aux métropoles et à la frontière
de l’UE15. L’appréciation de la situation économique
d’une région varie donc fortement selon que l’on prend
comme référentiel la moyenne de l’UE ou la moyenne
du pays dans lequel cette région est localisée. Plus
précisément, l’écart entre les deux mesures sera d’autant
plus important que le pays dans lequel est située cette
région se situe lui-même soit très au-dessus, soit très
en-dessous de la moyenne de l’espace de référence.
Cette contradiction entre échelle nationale et européenne
n’est pas sans poser problème par rapport à certaines
régions face à la politique régionale européenne. On
veut ici parler des régions « riches » des PECO. En
effet, d’un côté, ces régions peuvent prétendre bénécier
à la solidarité européenne au vue de leur relative
« pauvreté » par rapport au reste des régions de l’Europe
des Quinze ; d’un autre cô, elles sont supposées
contribuer à la solidarité nationale de leur pays du fait de
leur « richesse » relative par rapport aux autres régions
du pays dans lequel elles se situent respectivement
(Grasland, 2004). Ainsi les calculs qui ont été effectués
montrent que, par exemple, la région de Budapest afche
un PIB/hab. égal à 151 % de la Hongrie, mais qui ne
correspond qu’à 75 % du PIB/hab. de l’UE15 et 83 %
de l’UE27. On est face à une situation économique et
politique paradoxale qui risque d’être doublée par une
croissance des inégalités régionales. Certains auteurs
(Stierle-Von Schütz et al., 2008 ; Foucher, 2009)
soulignent le fait que la politique de cohésion risque
de favoriser une tendance spontanée à la concentration
du développement dans les régions tropolitaines
des nouveaux membres. Il faut ajouter que ces régions
ont nettement renforcé leur poids relatif dans le PIB
de leur pays respectif au cours de la dernière décennie
(Vandermotten, 2003). Toujours en prenant l’exemple
hongrois, la région de Budapest concentre deux tiers
des investissements directs à l’étranger en Hongrie alors
qu’elle ne représente que 40 % de la population urbaine
et 35 % de l’emploi tertiaire (Lepesant, 2004).
Si l’on mène notre analyse à l’échelle des PECO, nous
observons encore d’autres congurations spatiales des
inégalités. La République tchèque est l’exemple type du
pays qui enregistre des différences importantes entre la
capitale et les autres régions. Prague a le PIB/hab. le plus
élevé de toutes les régions des PECO analysés, presque
deux fois supérieur à la moyenne nationale et dépassant
même la moyenne européenne. L’absence d’un autre
centre majeur dans ce pays, signie qu’en dehors de la
capitale, les disparités spatiales sont plus limitées. La
Pologne est un autre exemple qui montre que malgré
la présence d’une structure urbaine multipolaire, la
capitale connaît la situation la plus favorable en termes
d’indicateurs économiques (le PIB/hab. de la Mazovie
est deux fois supérieur au PIB/hab. de la région la plus en
retard). Par ailleurs, les autres centres de développement
économique sont situés soit à proximité de la capitale,
soit à proximité de la frontière de l’Europe des Quinze
(Voïvodie de Lodz, Basse-Silésie et Grande Pologne).
En somme, on assiste à une contradiction entre l’échelle
européenne et l’échelle nationale avec d’un côté l’idée
d’une Europe centre-orientale « sous développée » si
l’on prend l’échelle européenne, et d’un autre côté, une
Europe centre-orientale aux dynamiques régionales
complexes. Chaque région a sa propre trajectoire,
son propre délai de action face aux perturbations
extérieures, et une évolution différenciée qui ne permet
pas de conclure aussi rapidement sur un retard généralisé
des régions centre-orientales.
C. Le rôle de la politique de cohésion dans la
réduction des disparités régionales
L’élargissement de l’UE aux PECO reproduit l’accord
implicite d’un échange de l’ouverture de nouveaux
marchés contre la promesse d’une élévation du niveau
de vie des populations concernées. Cette promesse ne
pouvait être réalisée qu’en offrant aux nouveaux entrants
des Fonds structurels leur permettant de se développer.
Porter un diagnostic sur l’efcacité de ces derniers
n’est pas une chose aisée. Les résultats des politiques
communautaires pour le rattrapage des régions sont très
contrastés et très difciles à évaluer de manière précise.
En effet, la mise en évidence de l’efcacité spécique
des Fonds structurels à l’égard du développement -
gional pose des problèmes méthodologiques (Fayolle
& Lecuyer, 2000). Par exemple, si l’on suppose que la
distribution des Fonds structurels est parfaitement pro-
portionnée au regard initial de chaque région et qu’une
relation de convergence révèle un rattrapage effectif
et prononcé des régions retardataires alors, comment
distinguer dans les facteurs de ce rattrapage ce qui est
aux Fonds structurels et ce qui revient à des facteurs
plus généraux ? Ainsi, on observera une corrélation
entre rattrapage et distribution des Fonds structurels,
pour autant, il sera difcile de garantir que ces derniers
constituent un facteur explicatif (ESPON Project 2.2.1.,
2005). À l’inverse, on ne pourra pas exclure que le pro-
cessus de convergence se réduit à un effet d’aubaine en
faveur de régions pour lesquelles un rattrapage se serait
de
toute façon produit.
47
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
Carte 2. Le PIB/hab. des régions des PECO (indice moyenne nationale = 100)
À la suite de l’intégration de dix PECO dans l’UE, un
débat sur le développement des régions les plus en retard
a vu le jour. La Commission européenne (2006, 2008)
souhaite qu’on y investisse massivement des ressources
an qu’elles se développent plus rapidement. Pourtant,
G. Gorzelak et al. (2010) afrme que jamais des régions
centre-orientales en retard (agriculture prépondérante,
peu d’industries et de services, encore moins de capital
social et culturel compris) n’ont réussi à se développer
par le biais d’une injection massive de Fonds européens.
Les régions de l’Italie du Sud et de l’ancienne RDA
(où le transfert de plus d’un milliard d’euros n’a pas
eu les effets escomptés) témoignent également de ce
problème. En outre, cette méthode d’investissement
massif a ses effets pervers : elle rend les habitants de ces
régions dépendants des aides qu’ils reçoivent de sorte
48
Sébastien Bourdin
qu’en dépit de sommes importantes versées, ces régions
perdurent dans la stagnation. P. Aghion et E. Cohen
(2004) montrent que le retour sur investissement dans les
régions les plus en retard est le plus efcace non pas sur
les infrastructures mais dans l’éducation. On comprend
dès lors pourquoi les politiques menées dans l’Italie du
Sud, la RDA et l’Estrémadure n’ont pas porté leurs fruits.
Ensuite, il est difcile de changer en un laps de temps
aussi court que la période de programmation des Fonds
structurels (2000-2006 et 2007-2013) des structures qui
sont très anciennes. En Pologne par exemple, comme
le souligne L. Coudroy de Lille (2009), les contrastes
régionaux et leur inscription spatiale trouvent leur origine
lors des partages de ce pays au XIX
e
siècle. Les PECO
sont partagés par les fractures entre les grandes villes
et les campagnes et entre l’Est et l’Ouest. Il est donc
difcile de dynamiser des régions périphériques la
population relève de schémas traditionnels, ne se tourne
pas vers l’extérieur et n’est pas bien administrée surtout
quand les facteurs du développement aujourd’hui sont
avant tout l’innovation et la compétitivi(Lepesant,
2005).
Enn, dernier problème, avant de se poser la question de
la somme des Fonds qu’il faudra allouer, encore faut-il
trancher sur une interrogation à caractère géographique :
faut-il investir en ville ou à la campagne ? À priori, on
aurait tendance à se prononcer pour une aide massive
aux régions les plus défavorisées (raisons éthiques ?…
investir dans les villes équivaut à un manque de
solidarité) alors qu’un investissement a un impact
beaucoup plus important dans une région métropolitaine
que dans une région rurale comme le soulignent
notamment des économistes de la Nouvelle Économie
Géographique comme Krugman ou Fujita. L’analyse des
générations successives d’aides européennes aux PECO
permet de mettre en lumière le dilemme qui existe entre
l’équité et la croissance. Cette tension a été analysée
par l’économiste J.G. Williamson (1965) qui notait
l’existence d’une contradiction entre la recherche d’un
fort taux de croissance du PIB national et la réduction
des disparités régionales. Ces études ont été reprises
par R. Ezcurra et M. Rapún (2006) puis développées
dans le cadre de l’Union euroenne et conduisent
aux conclusions qu’une augmentation des transferts
budgétaires européens vers les PECO entraînerait
simultanément une convergence entre les taux de
croissance de ces derniers et ceux des pays membres
de l’UE et un accroissement des inégalités régionales
au sein des PECO. Après l’adhésion, une convergence
interrégionale serait en mesure de s’imposer peu à peu,
mais cette fois, au détriment du potentiel de croissance
national des nouveaux membres (Bergs, 2001). Les
derniers rapports d’étape de la Commission européenne
sur la cohésion économique et sociale semblent
conrmer cette prévision : les disparités en termes de
PIB par habitant, si elles se réduisent entre les pays, ont
tendance au contraire à augmenter en leur sein, aussi bien
dans le cas des pays membres actuels de l’Union que
dans celui des nouveaux venus (COM (2006) 281, COM
(2008) 616, COM (2008) 371, PE (2007, 2008)). Ainsi, il
se pose donc ce problème de l’efcacité ou de l’équité :
doit-on soutenir les régions les plus prospères pour
obtenir un meilleur résultat en termes de PIB national
ou doit-on aider les régions les moins développées de
manière à faciliter leur rattrapage ? Le traitement de
cette question par une approche géographique apporte
quelques réponses qui seront développées dans la
dernière partie de cet article.
Au total, il est impossible de conclure de manière
catégorique sur l’impact des Fonds structurels sur
l’aménagement du territoire européen (hr, Nadin
& Colomb, 2009) et la cohésion territoriale (Jouen,
2008 ; DATAR, 2010 ; Kilper, 2009). De nombreux
facteurs entrent en jeu. Si paradoxalement, les disparités
régionales ont persisté à une période l’effort nancier
a été plus important, il est difcile de savoir quelle serait
aujourd’hui la situation des régions bénéciaires si le
dispositif n’avait pas existé. L’efcacité de la politique
régionale européenne doit sans doute être améliorée
mais cette politique structurelle communautaire reste
un instrument important de cohésion et de solidarité à
l’échelle européenne.
III. IDENTIFICATION DES FACTEURS
EXPLICATIFS À L’ORIGINE DE L’INÉGALE
DISTRIBUTION DE LA RICHESSE
A. Les effets d’héritage comme catalyseurs des
trajectoires régionales
Le premier facteur de différenciation est l’histoire et
comment elle s’inscrit dans les structures économiques,
à travers les mouvements de population, les dotations en
ressources des différentes régions et la localisation des
activités qui en découle, et à travers les effets d’attrac-
tion frontalière, qui se sont manifestés. Les différences
régionales sont largement déterminées par des facteurs
historiques, le processus de la transformation économi-
que jouant un rôle d’amplicateur des différenciations.
En reprenant les travaux de G. Gorzelak et al. (1994),
on distingue cinq volets de l’héritage de l’aménagement
socialiste des territoires centre-européens, essentiels à la
compréhension des dynamiques territoriales actuelles :
- l’introduction de l’industrie lourde dans les centres
urbains qui a engendré l’arrivée massive de catégories
socioprofessionnelles ouvrières dans les villes aux
dépens des activités qualiées et de services ;
- la création ex-nihilo de centres industriels liés à
l’extraction, à la métallurgie et à l’énergie ;
- le sous-développement des infrastructures lié à la
priorité accordée à l’industrie lourde ;
49
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
- l’industrialisation accélérée des zones rurales ;
- la collectivisation agricole, qui a entraîné la disparition
de l’agriculture familiale, excepté en Pologne, et aligné
les conditions de vie de la population agricole sur celles
de l’industrie.
Le système socialiste a donc fortement pesé sur les struc-
tures productives, les composantes socioprofessionnelles
et les dotations en facteur de production des régions. Les
politiques d’aménagement régional ont dans une pre-
mière phase pris la forme d’implantations industrielles
volontaristes dans les régions privilégiées, tandis que
l’épuisement des ressources de la croissance extensive
a entraîné dans un second temps des mouvements de
reconcentration, renforçant généralement les politiques
de croissance existantes. Des clivages structurels se sont
alors ainsi formés, comme celui qui sépare le nord indus-
triel de la Slovaquie du sud agricole, ou celui qui oppose
la Pologne « A », plus riche et marquée par la domination
prussienne, à la Pologne « B » qui était dans l’orbite
russe. Ces dichotomies mettent en avant le caractère
spatialisé du développement régional. Pour la Pologne,
dont la séparation se fait via la Vistule, on remarque
que les régions les plus peuplées et les plus urbanisées
sont celles de Silésie et celles qui incluent les principa-
les villes polonaises. La Pologne « B » quant à elle «
porte les stigmates d’un certain sous-développement »
(Lhomel, 2007) avec un manque d’infrastructures, un
faible tissu urbain et peu d’industries, une agriculture
morcelée et peu compétitive. Il faut noter qu’entre 1950
et 1985, les 18 régions (sur 49) qui se trouvaient dans la
partie orientale de la Pologne n’ont eu droit qu’à 0,1 %
des investissements industriels réalisés par l’ex-URSS.
Il faut ajouter que la Pologne « B » ne bénécie pas
de la diffusion de la croissance économique régionale
dont la Pologne « occidentale » prote par la présence
de la frontière allemande. Les disparités régionales en
Pologne sont le fait d’héritages plus anciens de l’histoire
polonaise provenant du partage du pays (Prusse, Russie
et Empire austro-hongrois) auquel est venu s’ajouter un
nouveau découpage des frontières en 1945. À un autre
niveau géographique, nous observons également une
autre ligne de fracture issue également du temps long :
celle qui pare les villes des campagnes. Contrairement
aux avantages des villes polonaises (main d’œuvre bon
marché, infrastructures abondantes, potentiel de priva-
tisation), les campagnes n’avaient pas tous ces atouts
potentiels. Elles n’offraient pas l’effet possible d’éco-
nomies d’échelles ni de privatisations aussi fructueuses
que celles des villes. Enn, si l’on descend encore de
niveau, à l’échelle du monde rural lui-même, il nous est
possible de dépasser la vision duale qui oppose ville et
campagne, pour opposer une agriculture compétitive à
une agriculture repliée sur l’autosubsistance relevant
aussi de choix et d’orientations agricoles anciens. Ces
considérations permettent de montrer que ce phénomène
dichotomique entre deux Pologne est complexe. Il repose
sur des considérations spatiales du développement à des
échelles variées mais aussi et surtout à une histoire à la
fois courte et longue du pays qui lui est propre. Au but
du processus de transformation systémique, certaines ré-
gions bénécient d’avantages dits « initiaux » liés à une
croissance plus rapide en raison de leur passé, et de leur
dotation en équipement. Lhétérogénéide l’espace géo-
graphique apparaît alors comme un élément explicatif
et constitutif des inégalités régionales de développement
mis en évidence notamment par l’ouverture du pays à
l’Ouest et le démantèlement du CAEM (Conseil d’Aide
Économique Mutuelle).
Lhistoire récente, celle de la crise et du développement
postsocialiste, marque aussi la différenciation régionale.
L’économie socialiste fonctionnait comme une machine
à prélever et à redistribuer le surplus économique,
dont le mode de croissance extensif a conduit à créer
de gigantesques centres industriels dans de nouvelles
régions peu industrialisées à l’origine (tels l’usine de
tracteurs de Brasov en Roumanie et le centre chimique
de Stara Zagora dans la région de Haskovo en Bulgarie).
La n de ce système a marqué dans un premier temps un
désengagement rapide de l’État, auxquels sont venues
s’ajouter des crises budgétaires et scales, réduisant
de manière signicative les ressources à redistribuer,
pendant que le soutien aux pôles de croissance est préféré
aux politiques d’aménagement régional (Bogalska-
Martin, 2005). Dans ce contexte, les écarts régionaux,
produits par l’histoire longue, vont se creuser d’autant
plus vite que la sortie de l’ancien système est rapide,
et ces écarts sont portés par la croissance forte réalisée
par la Pologne, la Slovaquie, la République Tchèque, la
Slovénie et la Roumanie. De ce point de vue, les pays
les plus avancés dans la transition sont la Pologne, la
République Tchèque, la Slovénie et la Hongrie.
B. Le degré d’ouverture des pays d’Europe centrale
et orientale comme facteur de transformations
L’étude des effets des investissements directs à l’étranger
sur les économies des PECO présente un double intérêt.
D’un côté, elle rejoint des interrogations générales sur les
facteurs de croissance et de convergence des pays, sur les
effets d’entraînement liés aux transferts de technologie,
sur les modalités d’insertion dans la mondialisation.
D’un autre côté, dans une perspective plus étroite, un lien
peut être établi avec des préoccupations plus strictement
européennes. De fait, les investissements directs étrangers
(IDE) entrants dans les PECO proviennent, pour la plu-
part, de pays de l’Union européenne. Ceci conduit certains
observateurs à replacer l’étude de ces mouvements de
capitaux dans le contexte de l’intégration régionale du
continent européen plutôt que dans celui du processus de
mondialisation au sens large (Louis &
Lepape, 2004).
La position commerciale actuelle des PECO en Europe
témoigne de leur engagement géographique, mais aussi
de la nécessité d’une réorientation sectorielle. En 2006,
50
Sébastien Bourdin
57 % des exportations des PECO sont déjà destinées
au marché européen, ce qui représente un niveau d’en-
gagement élevé. Dans certains secteurs, le poids des
importations en provenance d’Europe centrale dans le
total des importations de l’UE est important. C’est le cas
des produits sidérurgiques, du verre, des matériaux de
construction, du matériel de transport et des meubles,
pour lesquels la part de marché des PECO dans les
importations de l’Union oscille entre 20 % et 30 %. La
suppression progressive des droits de douane entre l’UE
et les PECO a stimulé les échanges commerciaux, qui
ont triplé en volume au cours des dix dernières années.
L’Union absorbe à ce jour 70 % des exportations de ces
pays et fournit près des 2/3 de leurs importations.
Par-delà la diversité des situations nationales, l’ouverture
à l’économie de marché et les réformes qui l’ont accom-
pagnée, d’une part, l’adhésion à l’Union européenne,
d’autre part, ont contribué à l’attractivité des PECO.
S’il est vrai que les mutations des économies des PECO
depuis le début des années 1990 ont attiré des IDE, il
n’en est pas moins vrai que, en retour, ces IDE ont joué
un rôle déterminant dans la restructuration des économies
qui les accueillaient (Aubin, Briciu & Romocea, 2007).
Dans l’Union européenne, l’ouverture de nouveaux
marchés à l’occasion de chaque nouvel élargissement
s’est accompagnée d’une mobilité du capital sous forme
d’investissements directs étrangers et/ou de restructura-
tions d’anciens sites industriels. À cet effet, l’analyse du
secteur automobile européen est un bon exemple pour
démontrer comment les IDE modient la géographie des
pays concernés (Bourdin, Le Thiec & Elissalde, 2010).
C. La distance aux grandes métropoles comme
facteur perturbant du gradient Est-Ouest
L’enjeu principal, aujourd’hui, pour les PECO, paraît
se situer plus dans l’afrmation d’un rôle international
pour les métropoles nationales que dans la réorganisation
des réseaux urbains. Le poids des métropoles nationales
est aujourd’hui renforcé : ce sont les réels espaces de la
reconnexion continuelle Est/Ouest. Premiers lieux de
contacts avec l’économie de marché, elles concentrent
avec quelques grandes villes les IDE (Foucher, 1998). Le
poids des métropoles s’ajoute à ces distorsions du tissu
régional (Bretagnolle, Pumain & Vacchiani-Marcuzzo,
2009), il est le produit lui-aussi de l’histoire longue et
courte. Budapest, Ljubljana, Soa concentrent respec-
tivement 19,4 %, 16,4 % et 14,1 % de la population de
leur pays, et ne sont pas loin d’y reproduire l’exemple
français. Au-delà de la taille, un autre facteur à prendre
en compte est celui de l’impact de la métropole sur
l’environnement régional. Leffet structurel peut se
mesurer ici par les écarts de PIB estimé entre la région
métropolitaine et les régions alentour. On observe des
comportements très différents entre les pays. Alors que
l’« effet métropole » est moins prononcé dans certains
pays (Bulgarie, Pologne), il apparaît de manière nette
en République tchèque, Hongrie et Slovaquie, les
capitales respectives de ces pays « vampirisent littérale-
ment leur environnement ». En d’autres termes, ceteris
paribus, plus on s’éloigne des régions métropolitaines,
moins le niveau de développement est élevé. Les évo-
lutions récentes vont soit renforcer soit contrecarrer ces
tendances lourdes. La transition accentue également les
disparités ville-campagne car les métropoles concentrent
les ux nanciers, les services supérieurs et l’ouverture
internationale, et les mentalités plus modernes qui s’y re-
trouvent sont un puissant facteur de transformation. L’ef-
fet polarisant des capitales est net en ce qui concerne le
chômage en Slovénie et Pologne, et pour les migrations,
il est très marqué en Bulgarie, Roumanie et Pologne.
L’effet de polarisation urbaine du PIB se trouve accentué,
comme si le champ de forces créé par l’interface Est-
Ouest venait polariser le tissu régional en exacerbant
ses facteurs de différenciation, et en premier lieu l’effet
urbain, double moteur économique et systémique.
Y. Samson (2003) distingue trois types de polarisation
urbaine pour les PECO. D’abord, les pays monocentrés
où la capitale est le seul grand centre urbain, qui draine
en étoile les principales communications intérieures ;
c’est le cas de la Hongrie, de l’Estonie et de la Lettonie.
Ensuite, les pays bi-centrés, la capitale étant équilibrée
ou complétée par un deuxième pôle. C’est le cas en
République tchèque avec la ville de Brno (située en
Moravie du sud) qui joue ce rôle, en Slovaquie c’est
Kosice, en Bulgarie ce sont les villes côtières, Varna et
Burgas, et en Slovénie, c’est Maribor, centre industriel de
l’Est du pays. Cette conguration suppose qu’il existe des
liens nécessairement étroits entre les centres permettant
aux pôles secondaires de se développer. Enn, les pays
multi-centrés, ce sont les plus vastes et les plus peuplés,
Pologne et Roumanie. En Pologne, c’est le réseau
constitué de Varsovie, Poznan et Cracovie qui pourra
peut-être entraîner la Silésie, Wroclaw et même Lodz
en crise. En Roumanie, on remarque deux articulations :
d’une part, l’axe Timisoara-Bucarest-Constanta et,
d’autre part, le noyau de centres à l’intérieur du pays,
beaucoup plus introverti, autour de Brasov.
Enn, si l’on replace ces propos à l’échelle de l’Union
européenne entière, on remarque, en 1995, que seule
la capitale tchèque (Prague : 18 367 euros PPA/hab.)
enregistre un PIB/hab. supérieur à celui de l’Europe
des Quinze (16 958 euros PPA/hab.). Dix ans plus tard,
à Prague, s’ajoute la capitale slovaque qui enregistrent
toutes les deux des PIB/hab. supérieurs à la moyenne
de l’UE27. La question alors de la redistribution des
Fonds européens est posée : faut-il renforcer le poids
des métropoles centre-orientales en leur donnant une très
grande partie Fonds de la politique de cohésion donnant
ainsi une crédibiliaux capitales des PECO face à celles
de l’Europe des Quinze ? Ou bien est-il souhaitable de
poursuivre la politique de redistribution actuellement
51
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
engagée qui vise à homogénéiser le territoire européen
en favorisant le rattrapage de toutes les régions
européennes. La premre solution laisse supposer
que les tropoles ont un pouvoir de redistribution
des richesses produites en leur sein ; c’est notamment
le point de vue des tenants de la Nouvelle Économie
Géographique avec comme fondateur P. Krugman (1991)
qui présente une synthèse des théories néo-classiques
et de polarisation. La seconde est davantage prônée par
l’UE à travers le SDEC (Schéma de Développement de
l’Espace Communautaire) dont le but est d’assurer un
développement spatial durable et équilibré du territoire
communautaire. On renverra le lecteur aux travaux de
la Commission européenne (1994, 1999, 2006) et du
groupe de recherche ESPON (2003, 2004, 2005) sur
l’aménagement du territoire européen.
IV. DE LA NÉCESSITÉ DE PRENDRE EN
COMPTE L’ESPACE GÉOGRAPHIQUE POUR
REPENSER LA POLITIQUE DE COHÉSION
La question centrale qu’il faut soulever est de savoir
si, lorsque l’on prend l’ensemble des régions, elles se
regroupent selon un critère géographique de type Est-
Ouest ou si le regroupement est plus pertinent lorsqu’on
distingue les régions développées et les régions en retard
localisées indépendamment à l’Est ou à l’Ouest. Dans
l’hypothèse le critère géographique se révèlerait plus
pertinent que le critère « niveau de vie », cela renforcerait
l’hypothèse de D. Cohen (1997) pour qui la meilleure
condition pour qu’une région pauvre converge vers les
régions riches est « que ses voisines par la géographie
le fassent aussi ». Dans cette dernière partie, il s’agira
donc de rendre explicite la dimension géographique
des observations sur la convergence et les disparités
régionales et de resituer, dans ce contexte, le futur de la
politique de cohésion.
A. Mesurer la structuration spatiale locale des
disparités économiques régionales
Plusieurs auteurs (Hénin & Le Pen, 1995 ; Le Gallo,
2002 ; Baumont, Ertur & Le Gallo, 2002 et 2006 ;
Islam, 2003 ; Rey & Janikas, 2005 ; Ertur & Le Gallo,
2009) ont montré que la plupart des études considèrent
les régions comme des entités isolées, comme si leur
localisation géographique et leurs liens interrégionaux
potentiels n’avaient pas d’importance. Or, la répartition
géographique des phénomènes de croissance à l’échelle
gionale est rarement aléatoire : les performances
économiques de régions voisines sont, au contraire,
souvent similaires (Guetis, 1991). Lincidence de la
répartition inégale des activis économiques dans
l’espace sur la croissance économique des territoires a été
mise en évidence au sein notamment du courant théorique
dit de la synthèse géographie croissance (Baumont,
1998). Or, comme le souligne S. Oliveau (2010), les
géographes sont en retard dans l’utilisation des méthodes
mettant en avant le rôle de l’espace géographique dans
la conguration des inégalités spatiales, notamment
avec l’autocorrélation spatiale. M.F. Goodchild & D.G.
Janelle (2004 et 2009) constituent de ce point de vue
une exception.
L. Anselin (1996) définit l’autocorrélation spatiale
de la manière suivante : « spatial autocorrelation
can be loosely defined as the coincidence of value
similarity with locational similarity ». Les valeurs
d’une variable aléatoire ne sont donc pas réparties par
hasard dans l’espace. Ainsi, plus deux variables sont
géographiquement proches, plus elles auront tendance à
se ressembler et plus leurs interactions seront susceptibles
d’être importantes. Les mesures dautocorrélation
spatiale peuvent être réalisées au niveau global (I Moran)
et/ou au niveau local (LISA). Pour notre étude, nous
nous attacherons à la fois à réaliser une étude globale
mais aussi désagrégée de la structuration spatiale des
inégalités économiques régionales. Dans ce cadre, les
indicateurs locaux d’association spatiale ou LISA (Local
Indicator of Spatial Association) développés par Anselin
(1995) semblent appropriés pour mesurer le degré de
ressemblance d’une unité spatiale avec ses voisines.
Ils révèlent les tendances régionales tout en conservant
les valeurs locales. Ainsi, pour une unité spatiale i, un
coefcient local d’autocorrélation Ii est estimé par :
Zi sont les valeurs du PIB/hab. dans chaque unité spa-
tiale i
La somme des coefcients locaux est proportionnelle
au coefcient global.
Le diagramme de Moran (Anselin, 1995) quant à lui
permet de discriminer au sein du schéma global d’orga-
nisation spatiale des formes locales de l’autocorrélation
spatiale. D’une part, il s’agit d’analyser se situe le
plus grand nombre de régions (en HH et BB ou en BH
et HB) en observant la tendance globale de l’autocorré-
lation. D’autre part, le diagramme de Moran permet de
mettre en évidence les valeurs extrêmes pour montrer
comment ces dernières participent à l’instabilité spatiale
locale. On visualise alors les régions dites « atypiques »
et on analyse dans quelle mesure elles se détachent de la
tendance globale. Le diagramme de Moran représente sur
l’axe horizontal le PIB/hab de chaque région de manière
standardisée (noté z) et sur l’axe vertical le décalage
spatial (noté Wz) c’est-à-dire la moyenne standardisée
et spatialement pondérée. Il a la double faculté d’estimer
l’association spatiale globale l’aide de la pente de
la droite du diagramme équivalente au I Moran) mais
également l’association spatiale locale l’aide des
52
Sébastien Bourdin
Figure 1. Diagramme de Moran (dans le cadre de l’analyse des régions européennes)
quatre quadrants composant le diagramme) (Figure 1).
Les quatre quadrants (Tableau 1) permettent de dénir
deux types d’autocorrélation se traduisant soit par une
homogénéispatiale, soit pas une hétérogénéité spatiale.
Si l’on est en présence d’une autocorrélation positive, on
observera une concentration de valeurs faibles ou élevées
d’une variable. On dira alors que l’espace est homogène.
En revanche, si l’on est en présence d’une autocorréla-
tion négative (répartition spatiale aléatoire des valeurs
d’une variable), on observera des écarts considérables
des valeurs de la variable entre voisins qui se traduiront
par une roité spatiale. À l’intersection des
quatre quadrants, l’indice de Moran local tend vers 0 et
est donc non signicatif. Cela signie qu’au centre du
nuage de points, les PIB/hab. des régions européennes
sont proches de la moyenne de l’UE27 et les valeurs de
leurs voisines aussi.
B. Une permanence dans la structuration économi-
que de l’espace européen
An d’évaluer le degré de structuration économique de
l’espace européen et de concentration spatiale de régions
ayant des PIB/hab. similaires, il s’agira dans un premier
temps de calculer l’autocorrélation spatiale globale (sta-
tistique I Moran) aux niveaux NUTS 2 et NUTS 3. Dans
un second temps, en utilisant le diagramme de Moran et
les statistiques LISA, nous terminerons les concentra-
tions spatiales locales de régions développées ou en re-
tard. Pour des raisons de disponibilité et d’harmonisation
des données, nous avons effectué nos calculs pour 2000
et 2006 qui correspondent à la période de programmation
de la politique de cohésion 2000-2006.
1. Une concentration spatiale globale de l’Union
européenne
Nous avons calculé la statistique I de Moran à l’aide
d’une matrice de poids spatial par voisinage en fonction
de la distance réelle. À ce titre, il nous a semblé intéres-
sant de ne pas se cantonner à analyser une valeur unique
de cet indice mais de regarder la valeur que prenait le
I Moran global lorsque l’on faisait varier le niveau de
voisinage (calcul de l’indice à 100 km, 200 km, etc.).
La gure ci-dessous présente l’évolution de la statisti-
que I de Moran appliquée au PIB/hab. en PPA pour les
années 2000 et 2006 pour les 285 régions européennes
au niveau NUTS 2 et les 1 348 régions européennes au
niveau NUTS 3.
Les résultats de la statistique I Moran suggèrent qu’il
existe une autocorlation spatiale globale positive
(Figure 2). Ces résultats révèlent donc que la distribu-
tion des PIB/hab. est par nature concentrée. À ce titre,
il est possible d’afrmer que les régions associées à
un PIB/hab. relativement élevé HH (respectivement
relativement faible BB) sont localisées près d’autres
régions associées à des PIB/hab. relativement élevés HH
(respectivement relativement faibles BB) plus souvent
que si cette localisation était purement aléatoire. Nous
explicitons ces concentrations de gions à forts et à
faibles taux de croissance à l’aide des statistiques locales
d’autocorrélation spatiale.
Le corrélogramme nous indique que, d’une manière
générale, quelle que soit l’échelle d’analyse (NUTS 2
ou NUTS 3), les valeurs du I Moran sont relativement
semblables. On peut donc faire l’hypothèse que l’on re-
trouvera la même structuration économique et spatiale de
la concentration régionale aussi bien au niveau NUTS 2
53
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
Tableau 1. Les types d’indicateurs locaux d’association spatiale (LISA) du diagramme de Moran (dans le cadre de l’analyse
des régions européennes)
Quadrant Type
d’autocorrélation
Type de regroupement spatial Type d’association spatiale locale
HH
« Haut-Haut »
positive valeurs similaires
homogénéité spatiale
« hot-spots »
Une région dont le PIB/hab. est au-dessus de la moyenne
européenne entourée de régions ayant les mêmes caracté-
ristiques.
BB
« Bas-Bas »
positive valeurs similaires
homogénéité spatiale
« cold-spots »
Une région dont le PIB/hab. est en-dessous de la moyenne
européenne entourée de régions ayant les mêmes caracté-
ristiques.
HB
« Haut-Bas »
négative valeurs dissemblables
hétérogénéité spatiale
« spatial outliers »
Une région dont le PIB/hab. est au-dessus de la moyenne
européenne entourée de régions dont le PIB/hab. est infé-
rieur à la moyenne de l’UE27.
BH
« Bas-Haut »
négative valeurs dissemblables
hétérogénéité spatiale
« spatial outliers »
Une région dont le PIB/hab. est au-dessous de la moyenne
européenne entourée de régions dont le PIB/hab. est supé-
rieur à la moyenne de l’UE.
NS
« Non
signicatif »
absence valeurs similaires
non-signicativité
spatiale
Une région dont la valeur et les valeurs de ses voisines sont
proches de la moyenne de l’UE27
Figure 2. Corrélogramme représentant les valeurs de la statistique I Moran aux niveaux NUTS 2 et 3
qu’au niveau NUTS 3. Les statistiques LISA permettront
de vérier cette hypothèse.
La tendance à la concentration géographique de régions
similaires est également prouvée lorsque l’on regarde
l’évolution de la statistique I de Moran dans le temps.
Cette dernière indique que les valeurs restent approxima-
tivement égales sur toute la période. On notera cependant
que les valeurs ont tendance à être moins importantes en
2006 qu’en 2000 et cela s’observe tout particulièrement
au niveau NUTS 2.
2. Des concentrations régionales et des
regroupements locaux stables dans le temps
Comme il a été souligné plus haut, les statistiques
LISA permettent d’introduire les concepts de distance
et de proximité dans l’analyse de la structuration
économique de l’espace européen. Les résultats des
calculs montrent que les régions européennes sont pour
la plupart caractérisées par une association spatiale
positive. Ainsi, en 2000 au niveau NUTS 3,83 % des
régions européennes appartiennent aux régions HH
et BB (pour les LISA signicatifs). En 2006, Ce sont
79 % qui appartiennent à ces deux groupes. Nous
sommes donc en présence d’un schéma d’association
spatiale globale qui est stable dans le temps. Il est
donc possible d’afrmer que sur la période 2000-
2006, le système spatial européen présente une certaine
résilience. Lorsque l’on regarde les déviations au
schéma d’association spatiale (appelées hétérogénéités
spatiales), il apparaît que seulement 1 % des LISA
signicatifs appartiennent au groupe HB en 2000 et
2006. Concernant les associations spatiales négatives
de type BH, elles ne représentent que 11 % en 2000
et 15 % en 2006 des LISA signicatifs. Les cartes ci-
après nous permettent de visualiser cette analyse avant
de la détailler.
D’abord, les LISA permettent de conrmer l’hypothèse
selon laquelle le changement d’échelle n’inue
pas ou peu sur la structuration des regroupements
spatiaux. En effet, lorsque l’on compare les cartes des
gures 3 et 4, on retrouve la même conguration de
la concentration spatiale du PIB/hab. Les cartes des
gures 3 et 4 permettent de mettre en lumière deux
grands ensembles majeurs. D’une part, on distingue
ce que l’on appelle dans la littérature géographique le
« pentagone européen » qui comprend Londres, Paris,
Milan, Munich et Hambourg et est formé notamment
par des régions ayant un niveau de vie élevé. À ces
régions caractérisées par une association spatiale
54
Sébastien Bourdin
Figure 3. Évolution des regroupements spatiaux entre 2000 et 2006 au niveau NUTS 2
Figure 4. Évolution des regroupements spatiaux entre 2000 et 2006 au niveau NUTS 3
55
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
positive, il faut ajouter les régions norvégiennes de
Sør-Østland et d’Oslo. D’autre part, on remarque très
nettement un autre ensemble d’unités territoriales
caractérisées par une homogénéité spatiale : les régions
d’Europe centrale et orientale ainsi que le Nord de la
Grèce. Le schéma de polarisation classique Nord-Sud
visible lorsque l’on effectue ces mesures sur l’Europe
des Quinze est remis en cause lorsque l’on travaille sur
l’UE27. Ainsi, un nouveau schéma de différenciation
Ouest-Est apparaît avec cependant une exception :
le Portugal. La Grèce et le Portugal étaient deux des
quatre pays dits de la « cohésion » qui ont largement
bénécié des Fonds structurels européens sur les
périodes de programmation de la politique régionale
européenne de 1994-1999 et 2000-2006. Néanmoins,
ils n’ont pas enregistré une croissance aussi importante
que l’Espagne et l’Irlande. Cette dernière, quant à
elle, a largement proté de ces Fonds puisqu’elle
s’est hissée en haut du tableau des pays ayant le plus
fort PIB/hab. (elle est 4
e
sur 27 en 2009, source :
Eurostat). Notons cependant que les Fonds de cohésion
n’expliquent qu’une partie de l’ascension de l’Irlande.
En effet, la politique d’ouverture aux IDE, la politique
d’aménagement du territoire national et la politique
d’investissement dans le système éducatif font partie
des autres facteurs explicatifs des taux de croissance
exceptionnels enregistrés entre 1991 et 2003 par le
« tigre celtique ».
Ensuite, si l’on analyse dans le détail les cartes (les car-
tes de la gure 4 en particulier celle de 2006), plusieurs
remarques peuvent être formulées. Dans un premier
temps, on remarque qu’aucune des gions d’Europe
centrale et orientale ne fait partie du groupe HH. Comme
nous l’avons souligné plus haut, ce dernier comprend
essentiellement les régions du pentagone européen.
On ajoutera à ce groupe HH la région Sud-Ouest de
l’Irlande qui apparaît en 2006 ainsi que les régions nor-
végiennes de Rogaland, Vestlandet et Oslo. Elles sont
toutes caractérisées par un niveau de vie très élevé et ont
enregistré ces dernières années des taux de croissance
supérieurs à la moyenne de l’UE27. Dans un deuxième
temps, on relève deux groupes distincts dans le schéma
d’association spatiale négative (type BB). D’une part,
on trouve une partie des régions de l’Europe méridionale
(Portugal, Mezzogiorno, Sicile, une grande partie des
régions grecques) faisant initialement partie de l’Eu-
rope des Quinze et ayant bénécié largement des Fonds
structurels européens jusqu’alors. D’autre part, on repère
les régions de l’Europe centrale et orientale auxquelles
il faut ajouter quelques kreise situés à la frontière est-
allemande. Dans un troisième temps, il faut analyser les
régions déviant du modèle général d’association spatiale
positive, c’est-à-dire dénies par une hétérogénéité spa-
tiale. Dans le groupe HB, on retrouve des régions dont
le PIB/hab. est au-dessus de la moyenne européenne
entourées de régions dont le PIB/hab. est inférieur à la
moyenne de l’UE27. Il s’agit essentiellement de régions
métropolitaines (Lisbonne, Athènes, Prague, Budapest,
Varsovie, Bratislava, Francfort-sur-l’Oder). À l’opposé
de ce groupe, il existe un certain nombre de régions di-
tes « moutons noirs » dont la caractéristique principale
est d’être des régions dont le PIB/hab. est inférieur à
la moyenne de l’UE27 entourées de régions au niveau
économique élevé. On retrouve dans ces gions ap-
partenant au cadran BH du diagramme de Moran une
partie des districts du Pays de Galles et un ensemble
de régions comprises dans le pentagone européen mais
dont le PIB/hab. est cependant inférieur à la moyenne de
l’UE27 malgré leur proximiaux régions très en avance
économiquement.
Tous ces résultats montrent qu’il existe bien une ré-
partition non aléatoire qui se matérialise dans l’espace
par une tendance à la concentration et à la présence de
« clusters de niveau de développement économique ».
L’analyse effectuée entre 2000 et 2006 conrme une
forte persistance des disparités spatiales entre les régions
européennes pour la période donnée. D’une manière
générale, les régions riches entourées par des régions
riches bénécient toujours de leur environnement positif
alors que les régions pauvres entourées de régions pau-
vres restent négativement affectées. C’est donc sur les
associations spatiales négatives qu’il faut se concentrer
dans la réexion sur la mise en place d’une politique
régionale européenne prenant en compte la conguration
spatiale et géographique de l’espace européen.
C.Ledilemmeentreefcacitéetéquité,unarbi-
trage subjectif ?
Dans le cadre d’une réexion sur les Fonds structurels
européens et leur allocation, il semble incontournable
de s’attarder sur la gure 3 puisque les cartes sont au
niveau NUTS 2 et que c’est à ce même niveau que sont
distribués les Fonds de la politique communautaire.
Lorsque l’on compare les deux cartes au niveau NUTS
2 (Figure 3), il semble intéressant de s’arrêter, comme
il l’est suggéré ci-dessus, sur les régions caractérisées
par une hétérogénéité spatiale. Pour les gions des
PECO, alors que seule Prague était dans le cadran HB
en 2000, on note qu’en 2006 on trouve les régions po-
lonaises de Varsovie et Lodz (respectivement 1
ère
et 3
e
ville de Pologne menant depuis ces dernières années de
grands chantiers de développement des infrastructures
et d’aménagement en grande partie grâce aux Fonds
structurels perçus), mais aussi la région de la Slovaquie
centrale (qui a à la fois proté de son intégration dans
l’UE mais aussi des investissements directs à l’étranger
en particulier dans l’automobile (Bourdin, Le Thiec &
Elissalde, 2010)). On remarquera qu’en 2006, la région
de Prague n’est plus dans le cadran HB. Entre 2000 et
2006, il est possible d’afrmer qu’il s’est opéun double
processus : à la fois un renforcement des régions métro-
politaines des PECO mais aussi, par elles, une diffusion
de la croissance régionale. Le fait que de plus en plus de
56
Sébastien Bourdin
régions des PECO obtiennent des résultats dits « non-
signicatifs » pour les calculs des LISA conrme cette
tendance. Les trajectoires régionales sont orientées par
quelques facteurs économiques et politiques mais aussi
géographiques. Parmi ces derniers qui sont à l’origine de
l’organisation de l’espace économique et des recongu-
rations territoriales on trouve la distance à la frontière de
l’Europe des Quinze. Le tableau 1 illustre très bien cela.
On notera que pour la période d’étude, le coefcient de
corrélation est de moins en moins important ce qui laisse
à penser que les inégalités régionales de part et d’autre
de la frontière de l’UE15 tendent à se lisser. On assiste
à une homogénéisation économique de l’espace centre-
oriental et le caractère non-signicatif sur la gure 3 en
témoigne. Il faut noter aussi qu’entre 2000 et 2006, dans
ce schéma d’association spatiale positif (BB), il s’est
dessiné une discontinuiterritoriale ouest-est les
régions orientales des PECO restent en retard vis-à-vis
des régions occidentales. Encore une fois, le facteur de
distance à la frontière de l’UE15 rentre en compte.
Ainsi, la présence d’une « zone tampon » qui sépare les
régions riches de l’Europe de l’Ouest et la concentration
de régions en retard à l’est caractérisé par un ensemble
de régions avec un LISA non-signicatif paraît détermi-
nante dans la compréhension des enjeux sur les Fonds
structurels. Ces régions d’Europe centrale (l’Allemagne
de l’est, les parties occidentales de la République tchè-
que, de la Slovaquie et de la Hongrie et la Slovénie) ont
un faible niveau de PIB/hab. (comparé à la moyenne de
Tableau 1. Coefcient de corrélation entre la distance à la frontre de l’UE15 des régions des PECO et leur PIB/hab.
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Coeff. Corr. -0,4246 -0,4169 -0,4022 -0,3929 -0,3870 -0,3749 -0,3486
l’UE27) mais dont l’environnement géographique est
plus favorable que les régions les plus à l’est. Ces résul-
tats pourraient être exploités dans le cadre de la réexion
sur la future politique régionale européenne d’après 2013
car ces régions tampons pourront davantage bénécier
des effets de débordement géographiques provenant des
régions riches de l’Europe de l’Ouest contrairement aux
régions de l’Europe de l’Est qui n’en bénécieront pas
ou peu.
Ainsi, nous pensons que cette « zone tampon » doit être au
cœur de la réexion et peut être exploitée en argumentant
soit en faveur de l’efcacité, soit en faveur de l’équité. La
gure 5 présente une possibilité parmi d’autres de rattra-
page à travers ce que nous nommons la « convergence par
le bas ». Les régions les moins développées enregistrent
des rythmes de croissance soutenue tandis que les régions
les plus développées connaissent des croissances moins
spectaculaires. La réduction des écarts est posée sur la
base d’une croissance rapide de la part des régions en
retard : le rythme de croissance de ces dernières entre
T0 et T+1 dépasse le rythme de développement des plus
développées et le résultat se traduit par une convergence.
Selon cette hypothèse, la convergence a lieu en termes
absolus. Mais il reste la possibilité théorique qu’il n’en soit
pas ainsi en termes relatifs : la position dans le classement
peut rester inchangée bien que l’écart entre les régions se
réduise ; en terme de statistiques, la dispersion des cas à
travers les indicateurs décroît et l’on a une concentration
de régions cumulant des indices similaires.
Figure 5. L’hypothèse d’« ascendance périprique » : le snario de « convergence par le bas »
57
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
Le résultat d’ensemble de ce type de dynamiques de
rattrapage illustré par le scénario de « convergence par
le bas » implique donc de faire un choix sur la politi-
que et l’argumentaire qui en découle. D’une part, on
retrouverait l’argument sociopolitique et moral dit de
l’« équité » selon lequel il faudrait concentrer les aides
européennes sur les régions les plus en difculté. C’est
la politique actuelle de la Commission européenne. Si
cette dernière voulait davantage concentrer les Fonds
sur les gions les plus pauvres (seules les régions
ayant un PIB/hab. inférieur à 65 % de la moyenne de
l’UE27), les régions de la « zone tampon » ne seraient
pas comprises dans cette réallocation des Fonds. Un
argument géographique allant dans ce sens mettrait en
avant que ces régions de la « zone tampon » disposent
déjà d’avantages comparatifs (proximité à l’Europe des
Quinze, effets de bordements géographiques de la
croissance régionale) et qu’il n’est donc pas nécessaire
de leur attribuer des Fonds structurels. À Bruxelles, les
partisans d’une politique de cohésion seulement destinée
aux territoires les plus pauvres sont nombreux. Mais, face
à eux, des États membres comme la France afrment que
les Fonds de cohésion sont indispensables pour réduire
les « poches de pauvreté » qui subsistent dans chaque
région. On plaidoierait alors en faveur de l’argument éco-
nomique/géographique selon lequel il serait nécessaire
d’investir dans les régions métropolitaines et les gions
de la « zone tampon » car elles ont la capacide diffuser
leur croissance à leurs régions voisines situées plus à
l’Est (Figure 3). Ces régions sont de véritables pôles de
développement à vocation européenne en devenir.
V. CONCLUSION
Après avoir présenté la reconguration économique et
géographique qui s’est opérée suite à l’élargissement
de l’UE aux PECO, nous avons identié les différents
facteurs (économiques, ographiques, historiques,
sociopolitiques) à l’origine des trajectoires régionales
et des changements qui ont eu lieu avant et depuis les
dilatations de l’espace communautaire de 2004 et 2007.
Il s’agissait également de s’interroger sur le rôle de la
politique régionale européenne dans ce processus. La
troisième partie de cet article consistait à mettre en
lumière la structuration économique de l’espace com-
munautaire an de montrer comment l’approche spatiale
des inégalis économiques régionales pouvait contribuer
au débat sur la politique régionale européenne. L’objectif
de notre propos n’était pas d’apporter une réponse sur
la manière dont il faudrait utiliser les Fonds (cela relève
du politique) mais de préciser les enjeux pour le futur
de la politique régionale européenne qui se situent vrai-
semblablement en partie dans la compréhension de l’or-
ganisation géographique des inégalités économiques et
régionales et leur évolution. Nous avons montré que si le
soutien des territoires en difculté gure parmi les choix
destinés à favoriser le principe d’équité, l’autre stratégie
retenue pouvait être de renforcer à la fois les régions de
la « zone tampon » mais aussi les régions métropolitaines
avec pour volonté la recherche de l’efcacité à travers la
diffusion par voisinage de la croissance régionale.
Les régions produisent l’UE dans et par leurs interac-
tions économiques et spatiales, mais l’UE, en tant que
tout émergeant, produit les régions en leur apportant
des aides et en structurant l’espace. Dans ce cadre, nous
présumons que les ingrédients de la complexité sont
réunis au niveau des interactions locales entre les régions
européennes pour observer une dynamique globale de
la croissance régionale et du processus de convergence
imprédictible. Le caractère complexe réside dans le fait
que les trajectoires régionales sont à la fois déterminées
(par les politiques de programmation) et aléatoires.
Aléatoires du fait de la complexité spatiale (effets de
voisinage, de diffusion de la croissance régionale) mais
aussi de la manière dont les régions européennes vont
utiliser les Fonds structurels qui leur sont alloués. Le
caractère aléatoire réside également dans le fait que les
régions européennes possèdent chacune des trajectoires
qui leur sont spéciques, au sein desquelles les délais de
réaction, les rythmes de transformation varient fortement
d’une région à l’autre (Elissalde, 2005). Ainsi, rééchir
sur la politique de cohésion européenne, c’est résolu-
ment prendre en compte la conguration des inégalités
régionales et la compréhension du caractère complexe
de cette dernière.
Note
1
Restructuration économique, nancre et politique an
de respecter les 31 chapitres de Copenhague.
BIBLIOGRAPHIE
Aghion P. & Cohen E., 2004. Education et croissance,
rapport du Conseil d’Analyse Économique, Paris : La
Documentation française, 144 p.
Anselin L., 1995. Local Indicators of Spatial Association
LISA, Geographical Analysis, 27 (2), pp. 93-115.
Anselin L., 1996. The Moran Scatterplot as an ESDA Tool
to Assess Local Instability in Spatial Association, in
FisCher M., sCholten h., & unwin d. (eds.), Spatial
Analytical Perspectives on GIS. London : Taylor and
Francis, pp. 111-125.
ArMstrong H.W. & ViCkerMAn R.W., 1995. Convergence and
Divergence among European Regions, London : Pion.
Aubin C., briCiu l. & roMoCeA C., 2007. L’impact des in-
vestissements directs à l’étranger sur les structures pro-
ductives des pays d’Europe centrale et orientale, Préparé
pour la conférence internationale « The Impact of FDI
on Growth and Employment in the New EU Member
States », Roumanie : Cluj-Napoca, 5-6 Octobre.
bAChtler J. & turok I. (eds.), 1997. The Coherence
of EU Regional Policy: Contrasting perspectives
on the Structural Funds, London : Jessica Kingley
Publishers Ltd.
58
Sébastien Bourdin
bAuMont C., 1998. Économie géographique et intégra-
tion régionale : Quels enseignements pour les Pays
d’Europe Centrale et Orientale ?, LATEC - Docu-
ment de travail - économie (1991-2003) 1998-11.
bAuMont C., ertur C. & le gAllo J., 2002. The
European Regional Convergence Process, 1980-1995:
Do Spatial Regimes and Spatial Dependence Matter?,
International Regional Science Review, 2006, 29 (1),
pp. 2-34.
bAuMont C., ertur C. & le gAllo J., 2006. Clubs de
convergence et effets de débordements géographi-
ques : une analyse spatiale sur données régionales
européennes, 1980-1995, Économie et prévision, 173
(2), pp. 111-134.
beine M. & doCquier F, 2000. Croissance et convergence
économiques des régions: théorie, faits et détermi-
nants, Bruxelles : Éditions De Boeck Université.
bergs R., 2001. EU Regional and Cohesion Policy and
Economic Integration of the Accession Countries,
Discussion Paper, Policy Research & Consultancy.
bogAlskA-MArtin E., 2005. LÉtat polonais. Dix années
de changement. Tentatives de bilan, in Bensahel L. &
Marchand P. (dir.), Les régions de Russie à l’épreuve
des théories et pratiques économiques, Paris :
L’Harmattan.
bourdin s., le thieC A. & elissAlde b., 2010. Le chan-
gement spatial dans l’industrie automobile en Europe
centrale et orientale : entre effets d’héritage, cycles de
vie et transition, Géocarrefour, Quelle Europe vingt ans
après la chute du Mur ?, 84 (3), pp. 193-204.
bretAgnolle A., PuMAin d. & VACChiAni-MArCuzzo C.,
2009. The Organization of Urban Systems, in Lane D.,
Pumain D., Van der Leeuw S., West G. (eds.), Complex-
ity perspectives on innovation and social change, chapter
5, ISCOM, Springer, Methodos Series, pp. 197-220.
CArluer F., 2001. Les régions européennes à l’épreuve de
la convergence : analyse d’un rattrapage différencié,
HDR Université Pierre Mendès France (Grenoble
II), 172 p.
ChAVAnCe B. (coord.), 2004. L’Europe centrale face au
grand élargissement : L’Europe centrale et balte dans
l’intégration européenne, coll. « Pays de l’Est », Paris :
L’Harmattan.
Cohen d., 1997. Richesse du Monde, pauvreté des nations,
Paris : Flammarion.
Coudroy de lille L., 2009. Les nouveaux territoires polo-
nais, in Jean Y. et Baudelle G. (dir.), L’Europe, aménager
les territoires, Paris : Armand Collin.
CuAdrAdo-rourA J.-R., 2001. Regional convergence in the
European Union: from hypothesis to the actual trends,
The Annals of Regional Science, Springer, 35 (3), pp.
333-356.
dAll’erbA s. guillAin r. & le gAllo J., 2008. Fonds
structurels, effets de débordement ographique et
croissance gionale en Europe, Revue de l’OCDE,
104, pp. 241-270.
DATAR, 2010. La cohésion territoriale en Europe,
DA
TAR, Paris : La Documentation française.
d
ühr s., nAdin V. & ColoMb C., 2009. European spatial
planning: territorial development, cooperation and
EU spatial policy, London : Routledge.
dunFord M., 1994. Winners and losers: the new map of
economic inequality in the European Union, Europe-
an Urban and Regional Studies, 1 (2), pp. 95-114.
elissAde B., 2005. Temps et modélisation en géogra-
phie, le cas des régions de l’Union européenne, in
GuerMond Y. (dir.), La modélisation en Géographie,
du déterminisme à la complexité, Hermès.
ertur C. & le gAllo J., 2009. Regional growth
and convergence: heterogenous reaction versus
interaction in spatial economic approaches, in
Capello R. et Nijkamp (dir.), Handbook of regional
growth and development theories, pp. 705-730,
Cheltenham : Edward Elgar.
ezCurrA r. & rAPún M., 2006. Regional disparities and
national development revisited, the case of western
Europe, European, European Urban and Regional
Studies, 13 (4), pp. 355-369.
FAyolle J. & leCuyer A., 2000. Croissance régionale,
appartenance nationale et fonds structurels européens.
Un bilan d’étape, Revue de l’OFCE, 73, avril, pp.
161-196.
FouCher M. (dir.), 1998. Fragments d’Europe. Atlas
de l’Europe médiane et orientale, Paris : Éditions
Fayard.
FouCher M., 2009. L’Europe et l’avenir du monde,
Paris : Éditions Odile Jacobs.
getis A., 1991. Spatial interaction and spatial autocor-
relation: a cross-product approach, Environment and
Planning A, 23, pp. 1269-77.
goodChild M.F. & JAnelle d.g. (dir.), 2004. Spatially
Integrated Social Science, New York : Oxford
University Press.
goodChild M.F. & JAnelle d.g., 2009. Concepts,
principles, tools and challenges in spatially
integrated social science, in Nyerges T., Couclelis H.
& McMaster R. (eds.), GIS and Society Research,
Sage Publications.
gorzelAk g., JAlowieCki A., kuklinski A. & zienkowski
l., 1994. Eastern and central Europe 2000, Bruxelles,
Commission européenne, étude 2, Ofce des publi-
cations des Communautés européennes.
gorzelAk g., g. MAier & g. PetrAkos, 2010.
Integration and transition in Europe: the economic
geography of interaction, London : Routledge.
grAslAnd C., 2004. Les inégalités régionales dans une
Europe élargie, in Chavance B., Les incertitudes du
grand élargissement : L’Europe centrale et balte
dans l’intégration européenne, Paris : L’Harmattan,
pp. 181-214.
henin P.-y. & le Pen y., 1995. Les épisodes de la
convergence européenne, Revue économique, 46 (3),
pp. 667-677.
islAM N., 2003. What have we learnt from the conver-
gence debate ?, Journal of Economic Surveys, 17,
pp. 309-362.
59
Repenser le futur de la politique de cohésion euroenne
pour les pays d’Europe centrale et orientale
Jean Y. & Baudelle G. (dir.), L’Europe, aménager les
territoires, Paris : Armand Collin.
Jouen M., 2008. La cohésion territoriale, de la théorie
à la pratique, Notre Europe.
Kilper H. (ed.), 2009. New disparities in spatial develop-
ment in Europe, German Annual of Spatial Research
and Policy, Springer, 203 p.
KruGMan p., 1991. Geography and trade, MIT Press,
Cambridge, MA.
le Gallo J., 2002. Disparités géographiques et conver-
gence des régions européennes : une approche par
l’économétrie spatiale, thèse de doctorat, Université
de Bourgogne.
lepesant G., 2004. à quoi servira la politique régionale
européenne en Pologne ?, Annales de Géographie,
636, pp. 145-167.
lepesant G. (dir.), 2005. L’Ukraine dans la nouvelle
Europe, CNRS éditions, Coll. Espaces et milieux,
200 p.
lHoMel E., 2007. De Quinze à Vingt-sept. Les nouveaux
états membres face à la construction européenne, Le
courrier des pays de l’Est, 1063, 96 p.
louis o. & lepape Y., 2004. Les IDE, un facteur crucial
de l’insertion des pays d’Europe centrale et orientale
dans l’économie européenne, Annales des Mines,
nov., pp. 35-40.
oliveau S., 2010. Autocorrélation spatiale : leçons du
changement d’échelle, L’Espace géographique, 39,
pp. 51-64.
reY s.J. & JaniKas M.V., 2005. Regional convergence,
inequality and space, Journal of Economic Geogra-
phy, Oxford University Press, 5 (2), pp. 155-176.
reY v., 1996. Europes orientales, Russie, Asie cen-
trale, Géographie universelle. Tome 10, Belin
– RECLUS.
roMocea C., 2002. Les PECO dans la perspective de
l’adhésion à l’UE : le dilemme entre convergence
nationale et convergence régionale, Document de
travail du CRIEF - M2002-17.
saMson Y., 2003. La science régionale, la transition et
la Russie, Séminaire Franco-russe, XXV
e
session,
Paris - EHESS.
stierle-von scHütz u. et al., 2008. Regional economic
policy in Europe, Cheltenham : Edward Elgar.
vanderMotten c. & Marissal p., 2000. Une nouvelle
typologie économique des régions euroennes,
L’Espace géographique, 29 (4), pp. 289-300.
vanderMotten c. (dir.), 2003. La production des espaces
économiques, tome 2, Éditions de l’Université de
Bruxelles, 296 p.
WilliaMson J.G., 1965. Regional Inequality and the
Process of National Development : A Description of
the Patterns, Economic Development and Cultural
Change, 13, pp. 1-84.
Rapports
Commission européenne, 1994. Cooration pour
l’anagement du territoire euroen, Europe 2000+,
Ofce des publications ofcielles des communautés
européennes, Luxembourg.
Commission européenne, 1999. Schéma de développe-
ment de l’espace communautaire : vers un dévelop-
pement spatial équilibré et durable du territoire de
l’Union européenne, Ofce des publications ofciel-
les des communautés européennes, Luxembourg.
Commission européenne, 2006. La stratégie pour la
croissance et l’emploi et la réforme de la politique
européenne de cohésion, 4
e
rapport d’étape sur la
cohésion, Bruxelles.
Commission européenne, 2006. La politique de cohé-
sion et les villes : la contribution des villes et des
agglomérations à la croissance et à l’emploi au sein
des régions, Communication de la Commission au
Conseil et au Parlement, Bruxelles.
Commission européenne, 2008. Régions en croissance,
Europe en croissance, 5
e
rapport d’étape sur la co-
hésion, Bruxelles.
Commission européenne, 2008. Livre vert sur la cohé-
sion territoriale : faire de la diversité territoriale un
atout, Bruxelles, DG Regio.
Parlement européen, 2007. Les disparités régionales
et la cohésion : quelles stratégies pour l’avenir ?,
Bruxelles.
Parlement européen, 2008. gions en déclin : un
nouveau paradigme démographique et territorial,
Bruxelles.
ESPON Project 1.1.1, Third interim report, 2003. The
role, specic situation and potentials of urban areas
as nodes in a polycentric development, Espon Coordi-
nation Unit and Nordregio, Esch-sur-Alzette, 610 p.
ESPON Project 2.3.1, Second Interim Report, 2004. Ap-
plication of the ESDP in the Member-States, Espon
Coordination Unit and Nordregio, Esch-sur-Alzette,
245p.
ESPON Project 1.1.1, Final report, Annex A, 2005. Criti-
cal dictionnary of polycetrism, Espon Coordination
Unit and Nordegio, Esch-sur-Alzette, 77p.
ESPON Project 2.2.1, Final report, 2005. The territorial
effects of the structural funds, Espon Coordination
Unit and Nordregio, Esch-sur-Alzette, 1233p.
Coordonnées de l’auteur :
Sébastien Bourdin
Doctorant en Géographie, Université de Rouen
CNRS – UMR IDEES 6266
bourdin.sebastien@gmail.com
... Dans la littérature interrogeant les liens entre développement régional et entrepreneuriat, il est de plus en plus évoqué que les différences de contexte entrepreneurial expliquent les différences d'impacts de la création d'entreprise sur la croissance (Hall et Sobel, 2008 ;Stenholm et al., 2013). Bourdin, 2010). La prise en compte de cette non-linéarité spatiale du développement économique appelle l'utilisation de méthodes adéquates. ...
Article
Full-text available
The entrepreneurial context and its spatially differentiated influence on the level of regional development Studies in regional science increasingly suggest that the environment of newly created firms determines the scope of their value creation, and their local economic impact, even regional. In this paper, we question to what extent the differences in the entrepreneurial context contribute to explain the differences in the level of regional development. Our results suggest a spatial heterogeneity of the influence of the entrepreneurial context on regional development. Consequently, encouraging business creation is not enough, it is also necessary to create the favorable conditions for creating companies whose sustainability and job creation rates are high. Classification JEL: C21, C26, R58
... Leur croissance plus rapide s'explique en partie par leur localisation (dissymétrie Ouest/Est), leur passé (histoire récente et plus longue) et leur dotation en équipements (liés essentiellement à des investissements nationaux et européens). L'hétérogénéité de l'espace géographique apparaît alors comme un élément explicatif et constitutif des disparités régionales de développement mis en évidence notamment par l'ouverture du pays à l'Ouest et le démantèlement du CAEM (Bourdin, 2011). Les deux derniers élargissements de l'UE à l'Est ont à la fois encouragé la croissance dans ces nouveaux Étatsmembres mais ont créé également un décalage croissant au niveau régional. ...
Article
Full-text available
L’objectif de cet article est de poser les fondements conceptuels et méthodologiques pour une théorie de la convergence économique. La prise en compte de la dimension spatiale dans l’évaluation de la convergence constitue de ce point de vue une perspective intéressante dans le champ de la géographie. L’indice de convergence économique locale proposé permet de mesurer les processus simultanés de convergence et de divergence économique qui s’opèrent dans l’Union européenne. En comparant les deux périodes 1995-2000 et 2000-2006 sur l’ensemble des régions européennes au niveau NUTS 2-3, il apparaît des situations de régions qui ont évolué de manière favorable ou défavorable d’un point de vue économique. La structuration spatiale de ces phénomènes de convergence et de divergence économique locale est très marquée et traduit une véritable géographie de l’évolution des inégalités régionales dans l’Union européenne. For a geographical approach of convergence. Regional disparities in the European Union and their evolution. The aim of this paper is to lay the conceptual and methodological foundations for a theory of economic convergence. Taking into account the spatial dimension when evaluating convergence is from this point of view an interesting perspective in the field of the geography. The index of local economic convergence proposed makes it possible to measure the simultaneous processes of economic convergence and divergence occurring in the European Union. By comparing the two periods 1995-2000 and 2000-2006 for all the European regions at the NUTS 23 level, it can be seen that there are situations of regions that have evolved in a favorable or unfavorable manner from the economic point of view. The spatial structure of these local economic convergence or divergence phenomena is very clear and reflects a true geography of the evolution of regional nequalities in the European Union
Article
Full-text available
This article reviews the successive reforms of the European Union Cohesion Policy. We study the economic and political context, the nature and logic of EU cohesion policy reforms and reflect on the concept of cohesion and its involvement in terms of European public policies. The paper highlights a paradigmatic change that has gradually moved towards more territorialization. Particular emphasis is placed on the concept of smart specialization and its use to facilitate the implementation of a policy that takes more into account local peculiarities. The article also opens a reflection on the future budget of the Cohesion Policy for 2021-2027 and its stakes in a Brexit context. Cet article examine les réformes successives de la Politique de Cohésion de l'Union européenne. Nous étudions le contexte économique et politique, la nature et la logique des réformes de la politique de cohésion de l'UE et réfléchissons sur le concept de cohésion et son implication en termes de politiques publiques européennes. Le papier met en évidence un changement paradigmatique qui s’est peu à peu opéré vers davantage de territorialisation. Il est particulièrement mis l’accent sur le concept de spécialisation intelligente et son utilisation pour faciliter la mise en place d’une politique prenant davantage en compte les spécificités locales. L’article ouvre également une réflexion sur le futur budget de la Politique de Cohésion pour 2021-2027 et ses enjeux dans un contexte de Brexit.
Chapter
Full-text available
Cities are a major form of the material, social, and symbolic organization of societies. They are persistent and adaptive structures that fulfill a variety of social functionalities: habitat, production, services, political control over people and territories, as well as technical and symbolic mediation between nature and culture, groups and individuals.
Book
The German Annual of Spatial Research and Policy 2009 explores the concept of spatial disparities, which has its roots in national spatial planning and spatial development policy, and discusses new spatial disparities in Europe. The scientific articles provide an overview of the process of formulating a European position on "territorial cohesion" and address some of the issues surrounding new spatial disparities at different levels in different European countries. This includes the transformation from the industrial to the knowledge society, the development of settlement structures, spatial patterns of suburbanisation processes, demographic transformation, and equal ecological living conditions in the European Union.
Article
La Pologne présente des disparités spatiales contenues, mais caractérisées par leur fort enracinement historique, leur inscription matérielle dans l'équipement du territoire (réseaux de transports terrestres notamment), et des spécialisations économiques fortes. Membre de l'Union Européenne de puis 2004, la Pologne reconsidère la place de l'aménagement du territoire, avec des outils et des paradigmes inspirés par ce nouveau contexte. L'article examine les politiques régionales menées depuis 1990, les modes d'utilisation des fonds structurels et la stratégie nationale de cohésion définie pour la période 2007-13. Conjuguée à l'entrée du pays dans la mondialisation et aux effets des transformations systémiques, l'application des aides structurelles européennes dessine une nouvelle configuration des territoires polonais, et un renforcement des disparités.
Book
There is a strong international dimension to spatial planning. European integration strengthens interconnections, development and decision-making across national and regional borders. EU policies in areas such as environment, transport, agriculture or regional policy have far-reaching effects on spatial development patterns and planning procedures. Planners in the EU are now routinely engaged in cooperation across national borders to share and devise effective ways of intervening in the way our cities, towns and rural areas develop. In short, the EU has become an important framework for planning practice, research and teaching. Spatial planning in Europe is being 'Europeanized', with corresponding changes for the role of planners. Written for students, academics, practitioners and researchers of spatial planning and related disciplines, this book is essential reading for everybody interested in engaging with the European dimension of spatial planning and territorial governance. It explores: Spatial development trends and their influence on planning the nature, institutions and actors of the European Union from a planning perspective the history of spatial planning at the transnational scale the planning tools, perspectives, visions and programmes supporting European cooperation on spatial planning the territorial impacts of the Community's sector policies the outcomes of European spatial planning in practice. © 2010 Stefanie Dühr, Claire Colomb and Vincent Nadin. All rights reserved.
Article
This article explores the relationship between regional inequality and economic development level in 14 Western European countries for the period 1980–2002. The results, which were obtained by means of a semi-parametric methodology, indicate the presence of a process of regional divergence once a certain level of development has been reached. Nevertheless, in contrast to the available empirical evidence for the United States, our estimates show that the increase in regional disparities is purely transitory. Indeed, beyond a given level of per capita GDP, regional inequality can be seen to decrease, ultimately leading to a stabilization of territorial imbalances in the later stages of the development process.These findings are robust to the inclusion of additional variables in the analysis and to the choice of the measure used to quantify regional disparities.
Article
This chapter will explore recent developments of philanthropy in the Central and Eastern Europe (CEE) region. Specifically, it will focus on the countries of former Czechoslovakia, the Czech Republic and the Slovak Republic to provide deeper insights into these developments. While there are considerable differences in both the pre-WWII traditions and the post-1989 developments between various countries and sub-regions of CEE, this overview of the situation as well as the two case studies to be discussed, provides a good picture of the general trend of philanthropy in this region.
Article
The capabilities for visualization, rapid data retrieval, and manipulation in geographic information systems (GIS) have created the need for new techniques of exploratory data analysis that focus on the “spatial” aspects of the data. The identification of local patterns of spatial association is an important concern in this respect. In this paper, I outline a new general class of local indicators of spatial association (LISA) and show how they allow for the decomposition of global indicators, such as Moran's I, into the contribution of each observation. The LISA statistics serve two purposes. On one hand, they may be interpreted as indicators of local pockets of nonstationarity, or hot spots, similar to the Gi and G*i statistics of Getis and Ord (1992). On the other hand, they may be used to assess the influence of individual locations on the magnitude of the global statistic and to identify “outliers,” as in Anselin's Moran scatterplot (1993a). An initial evaluation of the properties of a LISA statistic is carried out for the local Moran, which is applied in a study of the spatial pattern of conflict for African countries and in a number of Monte Carlo simulations.