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L’élevage caprin à viande au Maroc, opportunités et perspectives (Cas du caprin d’Ait Bazza)

Authors:
  • Institut National de Recherche Agronomique de Settat
Introduction
Au cours des quatre dernières décennies,
les effectifs de caprins à l’échelle mondia-
le ne cessent d’augmenter d’une manière
stable et confirmée. Selon les statistiques
de la FAO, les effectifs de caprins dans le
monde ont augmenté de 144% entre 1970
et 2010, soit un taux d’accroissement
annuel de 3,5%. Au Maroc et durant la
même période, les effectifs caprins ont
régressé de 33%, soit un taux annuel
négatif de 0,8%.
En 2010, le Maroc compte 5,6 millions de
têtes caprines élevées principalement
dans les petites exploitations des zones
montagneuses enclavées à climat et relief
difficiles. Quant à la répartition géogra-
phique de ce cheptel, le Haut-Atlas vient
en tête avec 40% des effectifs, suivi par
le Nord du pays avec 25%, le Moyen-Atlas
avec 20% et lAnti-Atlas avec 5%. Selon
les statistiques disponibles (RGA 1996),
le Maroc compte 301 900 éleveurs de
caprins. La contribution des caprins à la
production nationale annuelle en viande
rouge est estimée à 23 000 tonnes en
moyenne.
A l’exception du Nord du pays où la chèv-
re laitière est importante, le caprin à vian-
de occupe la place de choix dans les
milieux montagnards atlasiques. Ainsi, il
représente la principale activité écono-
mique, la source majeure de protéines
animales et de revenus pour la popula-
tion. Aussi, cet élevage constitue, dans la
plupart des situations, l’unique option
capable de valoriser les conditions diffici-
les des parcours à relief accidenté et végé-
tation coriace typique des montagnes
marocaines.
Le présent bulletin résume l’étude du
caprin local à viande comme levier de
développement communautaire, réalisée
dans la commune rurale Aït Bazza
(Province de Boulemane) au cours de la
période 2007-2010. Les composantes
majeures de recherche menées ont
concerné la caractérisation des élevages,
la commercialisation, le suivi des perfor-
mances, l’étude des carcasses, l’analyse
des acides gras et l’analyse microbiolo-
gique et des tests de dégustation des
échantillons de viande de chevreau de la
zone d’étude. Parallèlement à ces activités
de recherche, un certain nombre de for-
mations, de voyages d’études, de visites
et d’échanges a été aussi réalisé.
Compte tenu de la diversité des acquis et
des connaissances générées lors de cette
expérience, deux bulletins sont prévus. Le
premier bulletin traitera essentiellement
des aspects socio-économiques portant
sur le système d’élevages caprins, la com-
mercialisation et le potentiel gustatif de
la viande du chevreau de la zone d’étude.
Le second bulletin sera centré sur les
aspects techniques, notamment le suivi
des performances, l’étude des carcasses,
l’analyse des acides gras et l’analyse bac-
tériologique des viandes de chevreau.
Ainsi, le principal objectif de ce bulletin
est de a) présenter l’approche globale
adoptée, b) caractériser le système
d’élevage caprin à viande, ses opportuni-
tés de commercialisation et son potentiel
gustatif, et c) brosser les perspectives
futures de la viande caprine à travers
l’examen des opportunités inexploitées
pouvant contribuer à la valorisation du
secteur.
Approche globale adoptée
Au Maroc, les travaux de recherche réali-
sés sur l’élevage caprin sont soit exclusi-
vement d’ordre technique avec peu ou pas
de considération des aspects socio-écono-
miques, environnementaux, institution-
nels et organisationnels, parmi d’autres,
soit d’ordre socio-économique avec peu
ou pas d’attention aux déterminants tech-
niques fondamentaux de l’élevage caprin.
BULLETIN MENSUEL D'INFORMATION ET DE LIAISON
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
EN AGRICULTURE
Royaume du Maroc
MAPM/Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II
ISSN: 1114-0852 Octobre 2011 DL: 61/99
L'élevage caprin à viande
au Maroc
opportunités et perspectives (Cas du caprin d'Ait Bazza)
SOMMAIRE
193
Méthodologie................................................p.1
Flore adventice, installation et fertilisation..p.2
Désherbage chimique et binage...................p.3
Protection phytosanitaire et irrigation.............. p.4
Coûts de production et marges bénéficiaires..... p.5
Bulletin de Transfert de Technologie en Agriculture (BTTA), B.P: 6446, Rabat, www.agrimaroc.net
Bulletin réalisé à l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Tél-Fax: (0537) 77-80-63, DL: 61/99, ISSN: 1114-0852
Caprin à viande
Les exigences requises par les différentes
disciplines scientifiques sont certaine-
ment nécessaires mais ne doivent nulle-
ment être inutilement adoptées au détri-
ment des approches multidisciplinaires
permettant de mieux circonscrire, mieux
analyser et mieux comprendre un secteur
donné. L’approche multidisciplinaire est
parfois la seule à éclairer les secteurs
complexes, multidimensionnels et peu
connus tels que c’est le cas du caprin à
viande.
Comparé aux élevages bovin et ovin,
l’élevage caprin s’avère le moins étudié, le
moins connu et le moins soutenu dans les
politiques publiques du pays.
Paradoxalement, l’élevage caprin est
essentiellement pratiqué dans les envi-
ronnements montagnards difficiles et les
communautés défavorisées ayant grand
besoin d’être étudiés et développés pour
surmonter leur cloisonnement et leur pré-
carité et asseoir leur intégration. C’est
dans ces milieux où les fonctions écono-
miques, sociales et culturelles de l’élevage
caprin sont les plus cruciales. La commu-
ne rurale d’Aït Bazza a été choisie pour
explorer les bases solides éventuelles pour
faire du caprin une force motrice permet-
tant la création d’une dynamique de déve-
loppement communautaire à l’instar du
modèle de chevreau de l’arganier et son
acheminement vers la labellisation en
tant que produit de terroir.
Aït Bazza: une commune rurale
typique du milieu montagnard
pastoral
Aït Bazza est située dans la partie monta-
gneuse de la province de Boulemane à
une altitude variant entre 1400 et plus de
2000m. La topographie montagneuse
couvre 80% du territoire de la commune
et le reste constitué de petites vallées.
Aït Bazza est caractérisée par une
mosaïque de types de sols. Toutefois, il y
a une grande extension des sols minéraux
et les sols peu évolués ainsi que les rend-
zines. Les données de la station
d’Imouzzer Marmoucha concluent que
l’étage climatique est sub-humide à hiver
froid. Les précipitations annuelles moyen-
nes sont estimées à 450mm et la tempé-
rature moyenne à 12°C avec une tempé-
rature des maxima du mois le plus chaud
(juillet) de 31°C et une température des
minima du mois le plus froid (janvier) de
-2°C à Boulemane et de -1°C à Imouzzer
Marmoucha.
L’économie rurale de la commune repose
sur l’élevage pastoral, avec peu
d’agriculture en sec et en irrigué. Le choix
de la commune se justifie principalement
par l’importance des parcours et de la
forêt et la place du caprin dans les systè-
mes de production de la zone. La superfi-
cie totale de la commune est évaluée à
environ 25 115 ha dont seulement 3 900
de superficie agricole utile soit 15,5 %
alors que les parcours occupent 15 832
ha, la forêt 5 383 ha soit 63% et 21%
respectivement. Si on considère les voca-
tions naturelles des territoires, la commu-
ne s’apprête à l’élevage de petits rumi-
nants, le caprin en particulier. Selon les
données disponibles, en dehors des
années de sécheresses des années 1980’s,
les effectifs de caprins se situent autour
de 5000 têtes avec une moyenne de 5300
au cours de la période 1995 et 2004.
En l’absence de données complètes, pré-
cises, et actualisées, les données véhicu-
lées sont sous-estimées avec une tendan-
ce à la stabilité des effectifs qui concer-
nent plutôt les chèvres. Selon les données
récentes de la DPA de Boulemane, Aït
Bazza compte environ 10 000 têtes capri-
nes.
Avec une SAU très limitée, l’agriculture de
la commune est essentiellement vivrière
dont les produits sont destinés à
l’autoconsommation alors que l’élevage
constitue la principale source de liquidi-
tés pour les exploitants.
En plus des contraintes naturelles et tech-
niques, Aït Bazza connaît des contraintes
d’ordre social, notamment (i) la pauvre
de la population limitant sa capacité
d’investissement; (ii) le taux élevé
d’analphabétisme; iii) l’insuffisance de la
formation et de l’encadrement technique;
(iv) l’insuffisance des organisations socio-
professionnelles et (v) l’absence
d’opportunités de mise en valeur et de
valorisation des productions. La production
agricole est en majorité destinée à
l’autoconsommation à l’exception de
l’élevage et du maraîchage qui sont en par-
tie vendus au niveau du souk de la zone.
Profils socio-démographiques
des éleveurs
Au Maroc, les profils socio-économiques
des éleveurs de caprins sont peu étudiés
et rarement pris sérieusement en ligne de
compte dans les décisions en matière de
stratégies du développement de secteur
alors qu’ils peuvent être indicatifs de
modes établis de pensée, d’attitudes et de
comportements. La prise en considération
des profils des éleveurs est même néces-
saire pour le choix des options et voies
d’amélioration à considérer.
Transfert de Technologie en Agriculture Page 2 N° 193/Octobre 2011
D’après l’enquête menée auprès de 70 éle-
veurs choisis aléatoirement parmi un total
de 246 éleveurs avec une couverture de
tous les douars de la commune, la moyen-
ne d’age se situe à 48 ans avec 41% des
enquêtés ayant moins de 40 ans. La taille
moyenne des ménages des éleveurs est de
9 personnes. Le niveau d’instruction
s’avère très faible avec 73% des enquêtés
n’ayant jamais fréquenté l’école.
Seulement 30% des enquêtés adhèrent à
un cadre organisé quelconque, dont la
moitié sont membres du groupement
Marmoucha de l’ANOC.
Tous les enquêtés disposent de terres ara-
bles en bour dont les superficies varient
entre 1 et 20 ha avec une moyenne de 8
ha. Par contre, deux tiers seulement parmi
eux, exploitent des micro parcelles irriga-
bles avec une moyenne d’un hectare écla-
tée en plusieurs petites parcelles situés
dans les lits des oueds. Environ 67% des
éleveurs tirent 100% de leur revenu de
l’élevage de petits ruminants. Pour les
troupeaux ovins, la taille moyenne s’élève
à 80 brebis et 50 jeunes (agneaux et
agnelles). Pour les caprins, la taille
moyenne se situe à 55 chèvres et 35 jeu-
nes (chevreaux et chevrettes). Seuls 8
éleveurs ont des bovins.
Caractérisation du système
d’élevage caprin à Aït Bazza
Le système d’élevage caprin de la commu-
ne incarne l’essentiel des caractéristiques
typiques des systèmes d’élevage caprin les
plus répandus en zones de montagne du
Maroc telles qu’elles sont définies dans la
littérature (conduite extensive, alimenta-
tion sur parcours et forêt, place de
l’élevage dans l’économie locale, races /
populations locales, marchés, taille des
troupeaux, nature des contraintes rencon-
trées, etc.).
Les troupeaux caprins dAït Bazza sont
constitués de plusieurs populations de
taille variable généralement de petite
conformation. Le nombre de populations
caprines locales signalées par les éleveurs
s’élève à 10 témoignant ainsi d’une forte
diversité génétique avec prédominance de
la noire (pour plus de détails sur ce volet,
voir bulletin 2).
Le mode d’alimentation le plus pratiqué
est l’alternance entre les pâturages de
montagne d’Adrar où prédominent le
buplèvre épineux (Bupleurum spinosum
L.) et l’alysson épineux (Alyssum spino-
sum), [airbaz et ifessi respectivement]
pour la période estivale en particulier et
les forêts à chêne vert (Quercus ilex) [ker-
rouch ou akhlij], et genévrier oxycèdre
(Juniperus oxycedrus) [taqqa] durant le
reste de l’année. Certains éleveurs sont
installés en milieu forestier toute l’année.
D’autres éleveurs gardent leurs troupeaux
dans la steppe d’Azinos avec Stipa tena-
cissima. La complémentation, tout parti-
culièrement durant la période de neiges,
est pratiquée par plus de 70% des éle-
veurs mais les quantités s’avèrent très
faibles.
La reproduction est caractérisée par la
présence permanente des boucs dans le
troupeau, ainsi les saillies sont incontrô-
lables, la consanguinité est très répandue
et les chevrettages sont répartis sur toute
l’année. La prophylaxie est peu pratiquée.
Les principales contraintes signalées par
les enquêtés concernent les taux élevés
d’avortement et de mortalité de jeunes.
Les niveaux de production du lait de chè-
vre se situent entre 0,1 à 0,5 l par chèvre
/ jour avec 80% des éleveurs rapportant
des quantités entre 0,21 et 0,50 l. La
période de lactation la plus indiquée est
Avril–Juin. Toute la production est auto-
consommée soit fraîche soit transformée
en produis spéciaux. L’autoconsommation
des caprins est reconnue par 63% des cas.
La viande caprine en général, celle du
chevreau en particulier, vient en tête des
préférences par 64% des éleveurs. Un éle-
veur sur deux recoure à l’abattage de bre-
bis pour célébrer la fête Al Adha parce
qu’elles donnent plus de viande et plus de
gras et dont les prix sont abordables.
L’élevage de caprin local à viande est prin-
cipalement une opération familiale. Plus
de trois quart des 70 éleveurs enquêtés
rapportent que toutes les taches requises
pour l’élevage, notamment le gardienna-
ge, l’abreuvement, l’alimentation, le net-
toyage des locaux, la commercialisation,
les soins, et la traite sont réalisées par
différents membres familiaux, les fils en
particulier. Environ 24% des éleveurs
reconnaissent recourir aux services de
bergers soit en famille ou tout simple-
ment de jeunes bergers s’acquittant seule-
ment de la tache du gardiennage. La trai-
te des chèvres est une activité exclusive-
ment féminine qu’elle soit l’épouse, la
mère, la fille ou la belle fille de l’éleveur
ou un membre féminin de la famille du
berger.
Commercialisation et
comportement commer-
cial des éleveurs
La commercialisation d’ovins et de caprins
constitue la source majeure de la trésore-
rie, de l’épargne et de revenu des chefs de
ménages des Aït Bazza et des communes
Transfert de Technologie en Agriculture Page 3 N° 193/Octobre 2011
rurales appartenant à la tribu des
Marmoucha. L’élevage caprin pratiqué est
un élevage de production de viande basé
sur les races / populations locales
connues par leur adaptation aux condi-
tions de montagne. Cependant, les systè-
mes de conduite actuellement en vigueur
ne donnent que des performances faibles,
ce qui impacte sur la commercialisation
des animaux.
Les résultats de l’observation directe au
souk hebdomadaire de bétail tenu chaque
lundi à Imouzzer Marmoucha fréquen
par les éleveurs d’Aït Bazza et la collecte
de données auprès d’informateurs (collec-
teurs de taxes d’entrée, intermédiaires,
bouchers et éleveurs) montrent que le
volume de l’offre de caprins est variable
en fonction des saisons étant plus sub-
stantiel en été, pendant le Ramadan et
avant la fête Al Adha. Selon les estima-
tions recueillies auprès des responsables
municipaux chargés du souk, l’offre se
situe à environ 600 en basse saison et
1200 têtes caprines en haute saison. La
part de l’offre caprine dans l’offre totale
du souk en petits ruminants varie entre
30% et 50%, et ce en fonction des sai-
sons.
L’offre de caprins est principalement cons-
tituée de petits lots variant entre 1 à 20
têtes avec une moyenne estimée à 5 têtes
avec prédominance de chevreaux. Les lots
avec un effectif considérable (entre 20 et
30 têtes) appartiennent à des éleveurs ou
des commerçants provenant de l’extérieur
des Marmoucha. Figure 4 montre que 55%
des 53 éleveurs sollicités lors du souk de
bétail ont amené une seule tête et 26%
ont amené 2 à 3 têtes. On note que 79%
des 82 lots amenés au souk dont le total
s’élève à 614 têtes caprines, sont des lots
de moins de 10 têtes.
En dehors des achats par les bouchers
locaux qui s'approvisionnent au souk pour
leurs abattages et quelques achats indivi-
duels par des particuliers, l'essentiel de la
demande est stimulée par les intermédiai-
res dont les plus réguliers proviennent de
Guigou, Missour, Tissa, Bouiblane, Sefrou
en plus de ceux appartenant à Aït Bazza
et Sarghina. La demande pour le caprin
est variable mais tend à être faible à
moyenne.
Les intermédiaires jouent un rôle impor-
tant dans la formation des prix et dans la
fluidité des transactions. D’après eux, les
prix du caprin au souk d’Imouzzer
Marmoucha sont souvent inférieurs à ceux
pratiqués ailleurs. Cependant, la mise en
contexte des prix enregistrés des animaux
vifs au niveau des souks observés par rap-
port aux prix relevés au niveau de la pro-
vince de Boulemane montrent que les prix
observés ne départent pas beaucoup des
prix moyens de la province. Par contre,
les prix de la viande caprine pratiqués à
Imouzzer Marmoucha, en particulier le
jour du souk sont généralement inférieurs
aux prix moyens de la province. Cela peut
être expliqué aussi bien par le faible pou-
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Transfert de Technologie en Agriculture Page 5 N° 193/Octobre 2011
voir d'achat des habitants de Marmoucha
mais également par la qualité de la vian-
de mise en vente. Sans une détermination
des normes de la qualité des produits mis
en vente, les prix et leurs fluctuations res-
tent l'apanage de la spéculation.
Les achats de caprins, notamment les
boucs, sont quasiment nuls et les ventes
de boucs sont également très faibles. Le
nombre moyen de caprins vendu par éle-
veur par an s’élèvent à 17 chevreaux, 13
chèvres et 11 chevrettes. Les prix moyens
déclarés pour chaque catégorie d’animaux
se situent à environ 484 dh pour les chè-
vres, 377 dh pour les chevreaux, 295 dh
pour les chevrettes et 673 dh pour les
boucs.
La commercialisation des caprins est vita-
le pour les éleveurs de la zone d’étude car
elle est essentiellement motivée par la
précarité financière dont ils souffrent
chroniquement et leurs besoins immé-
diats en trésorerie. Pour certains éleveurs,
le caprin est le seul produit commerciali-
sé d’où l’importance de comprendre les
déterminants et contraintes du marc
caprin au niveau local en vue d’une pro-
spection adéquate des meilleures options
d’amélioration et de valorisation du
caprin local à viande à l’échelle locale en
particulier.
La viande du chevreau un
potentiel gustatif intéressant
En vue de détecter la différence entre la
viande caprine de la zone d’étude et
d’autres viandes, deux tests de dégusta-
tion ont été menés au CRRA – Settat, le
premier réalisé le 1er Juin 2009 et le
second est un test triangulaire réalisé le
28 Juillet 2009.
Pour le premier test, quatre lots de vian-
de prélevés au niveau de l’épaule dont
trois lots de chevreau et un lot de viande
d’agneau ont été évalués. Les deux lots de
chevreau de la zone d’étude ont été ache-
tés du souk d’Imouzzer Marmoucha et le
troisième lot a été acquis auprès d’un
boucher de la commune urbaine dAït
Daoud (province d’Essaouira) réputée par
la production, la commercialisation et la
consommation de la viande caprine
d’Arganeraie. Le lot d’agneau provenait
d’ovins de la chaouia.
Pour le test triangulaire, les trois lots mis
à dégustation étaient tous issus de vian-
de de gigot de chevreau dont deux iden-
tiques provenant d’Aït Bazza et un lot
unique provenant de Guisser. Les trois lots
ont été préparés de la même manière, à
savoir la cuisson à la vapeur, coupés en
petits morceaux d’environ 50 g, mis dans
des gobelets codés et servis aux dégusta-
teurs, et ce dans les deux tests. Les pan-
els de 20 dégustateurs dans le premier et
de 15 dégustateurs dans le second sont
des chercheurs du CRRA.
Pour le premier test, chaque membre du
panel était sollicité pour remplir une fiche
descriptive pour chacun des quatre
échantillons testés, portant des notations
concernant les principaux aspects d’odeur,
de texture et d'arômes. Dans le cas du
deuxième test, seul le lot unique nécessi-
tait la collecte d’information sur l’ampleur
de la différence et son champ
d’extériorisation. Les informations
recueillies concernaient l’identification du
lot non répété, le degré de l’intensité de
la différence sur une échelle entre 1 et 10,
et de situer dans la mesure du possible en
mots clés le domaine exprimant le plus la
différence détectée.
Les deux tests ont montré les possibilités
de différentiation de la viande de la zone
d’étude et son potentiel gustatif en ter-
mes de spécificité. La texture était le cri-
tère qui a exprimé le plus les différences
entre les viandes de chevreau et celle de
l’agneau. A l’intérieur des viandes de che-
vreau, les scores obtenus ont confirmé la
similarité des deux échantillons prove-
nant d’Imouzzer Marmoucha en termes de
plusieurs critères liés aussi bien à la tex-
ture qu’aux aromes. Les résultats du test
triangulaire élargi ont indiqué que 10
dégustateurs sur les 15 constituant le
panel ont effectivement réussi à identifier
le lot unique. Cela signifie que les deux
lots de viande de chevreau provenant
d’Imouzzer Marmoucha et l’échantillon de
chevreau de Guisser se caractérisent par
des différences détectables par le biais
d’un test sensoriel.
Perspectives futures pour le
développement le caprin local à
viande
Aït Bazza ressemble aux autres communes
voisines des Marmoucha et aux dizaines
de communautés du Moyen- Atlas. Elle
leur ressemble par sa géographie, son
relief accidenté, son enclavement, sa pau-
vreté, sa vocation pastorale, sa culture
berbère, le taux élevé d’analphabétisme
de ses habitants, les conditions difficiles
du milieu, importance du caprin etc. Par
conséquent, les discussions ci-dessous
s’appliquent aussi bien sur la zone d’étude
que toutes les autres zones aux condi-
tions similaires. Ainsi, sont discutés deux
volets organiquement liés concernant les
horizons futurs du caprin local à viande
type extensif amélioré. Le premier volet
présente les opportunités actuelles et
potentielles pour la promotion du caprin
local à viande au Maroc. Le deuxième
volet est une réflexion critique sur les per-
spectives futures si l’on désire la transfor-
mation des opportunités en programmes
de développement et d’amélioration dura-
bles du secteur caprin à viande au pays.
Les opportunités
Au-delà des contraintes handicapant le
développement des communautés rurales
en milieu montagnard marocain, ces com-
munautés disposent de potentialités
importantes, en l’occurrence la vocation
naturelle du terroir, la diversité génétique
des populations caprines élevées et
l’existence d’un capital humain.
La vocation naturelle du terroir
La zone d’étude appartient à la province
de Boulemane dont les parcours et forêts
couvrent 95% de la superficie globale de
la province. Cela fait du pastoralisme la
vocation naturelle de la zone.
Historiquement, l’élevage a toujours é
la principale activité économique de la
population. Le domaine forestier de la
province s’élève à 700 000 ha, soit 47%
de la superficie totale de la province et
84% de la région Fès-Boulemane dont
environ 560 000 ha d’alfa. Avec 69 448
ha, le chêne vert couvre presque la moitié
des 140 000 ha d’essences forestières et
l’autre moitié se compose principalement
de genévrier, cèdre, thuya, et pin dAlep
avec respectivement 14 732, 11 866, 7
500 et 5 043. Pour les parcours non fores-
tiers, la végétation est extrêmement
diversifiée avec prédominance de xéro-
phytes sur les parcours d’altitudes.
La diversité génétique des popula-
tions caprines locales et leur forte
adaptation aux conditions du milieu
montagnard marocain
L’observation à l’œil nu affirme la diversi-
té des populations dans les troupeaux
d’élevage caprin aussi bien à Aït Bazza
que dans les communes voisines jusqu’aux
frontières de Bouiblane. Selon les dires
des éleveurs, cette diversité existe depuis
toujours. Selon les termes d’un éleveur
âgé de plus de 70 ans, les chèvres
Timellaline et Tizerzerine, en plus bien sur
des noires existaient chez son père depuis
qu’il a commencé à garder les troupeaux.
Les éleveurs s’accordent à reconnaître la
rusticité et la capacité d’adaptation de
ces populations compte tenu des condi-
tions difficiles du milieu, tout particuliè-
rement la période des neiges et
l’insuffisance des ressources fourragères
durant les années sèches. Selon les mots
d’un éleveur “le caprin ‘roumi’ ne peut pas
vivre chez nous car tout est difficile ici,
l’eau pour l’abreuvement des caprins n’est
pas toujours disponible, le relief est dur,
la végétation n’est pas toujours assez
développée, etc.”. Les travaux sur le
caprin confirment cette perception des
éleveurs et affirment l’adaptation des
populations locales aux environnements
montagnards marocains.
A elle seule, cette capacité d’adaptation
des populations caprines locales est un
inestimable élément à connaître, à déve-
lopper et à conserver. Au lieu de chercher
à créer de nouvelles conditions de produc-
tion pour des races importées, la capacité
des populations locales est une opportu-
nité pour développer les zones difficiles.
De toutes manières, sans la connaissance
et la caractérisation des populations
caprines marocaines, il serait présomp-
tueux d’incriminer la génétique hâtive-
ment dans l’évaluation du caprin local
viande. D’autant plus, la déconsidération
ou la négligence de l’intérêt que représen-
te la diversité génétique du patrimoine
caprin marocain compromet les potentia-
lités futures du caprin (pour plus de
détails sur ce volet, voir bulletin 2).
Capital humain, savoir-faire et tradi-
tion à valoriser
L’élevage caprin dont il est question dans
ce bulletin est produit par des éleveurs
qui pratiquent l’élevage de petits rumi-
nants en systèmes sylvo-pastoraux depuis
la nuit des temps. Ces agro-pastoraux
sont attachés à leur terroir ne demandant
que des conditions élémentaires pour
pouvoir assurer une meilleure qualité de
vie pour leurs enfants. Ils sont dépositai-
res de connaissances et d’expérience en
matière d’élevage pastoral. Les jeunes
sont intéressés par le développement
d’entreprises agricoles adaptées à leur ter-
roir et les femmes sont travailleuses à la
recherche d’opportunités pour améliorer
leur condition de vie.
Le caprin a toujours été l’animal privilégié
des zones de montagnes et le compagnon
permanent des éleveurs en zones difficiles
où l’élevage bovin serait très risqué. La
précarité du milieu montagnard, sa voca-
tion naturelle conjuguée avec l’histoire et
les traditions des populations, l’élevage
caprin s’est établi comme l’activité la
mieux adaptée et la plus indiquée pour
valoriser les potentialités du milieu et
contrecarrer ses contraintes. Dans un tel
processus, les éleveurs ont fait des acquis
sur la gestion de leurs troupeaux (condui-
te et performance, reproduction, alimen-
tation, maladies, etc.).
Le savoir-faire acquis se matérialise dans
le choix des aires de pacage, les moments
et les lieux opportuns de déplacement sai-
sonnier en fonction des disponibilités
fourragères et des conditions des ani-
maux. Certains éleveurs passent l’année
entière sur les pâturages dAzinos, Tizi
Ntaida où poussent l’alfa et l’armoise,
entre autres. Un autre exemple du savoir-
faire des éleveurs est la connaissance des
plantes, les toxiques, les salines, etc. Bien
que les pâturages de la zone regorgent de
plantes pastorales, médicinales et aroma-
tiques, ils dépendent des conditions cli-
matiques annuelles, toutefois, aléatoires
et variables. D’ailleurs, les fruits des
efforts déployés par les éleveurs pour
diversifier leurs sources de revenus et
alléger leur dépendance entière sur
l’élevage par la pratique du commerce, de
l’apiculture, et du maraîchage sur parcel-
les irriguées, demeurent limités et cons-
tamment menacés par les aléas clima-
tiques, notamment les inondations et les
sécheresses.
Le savoir faire des éleveurs n’est pas un
savoir figé comme c’est décrit parfois par
les chercheurs, les zootechniciens en par-
ticulier. Dans les zones où lANOC a fait
des groupements (ovins, caprins ou mix-
tes), les éleveurs apprennent graduelle-
ment et progressivement à revoir leurs
propres pratiques et à les remplacer par
d’autres nouvelles. Dans la zone d’étude,
au cours de la période de travail avec les
éleveurs, on a observé l’intérêt susci
chez les éleveurs adhérents au groupe-
ment ANOC et leur prédisposition à traiter
leur élevage caprin avec des égards simi-
laires ou proches de leur traitement de
l’élevage ovin. Au fait, plusieurs éleveurs
d’Ait Bazza, adhérents à l’ANOC avec leurs
ovins dans le cadre du groupement
Marmoucha constitué depuis 2005, ont
pris des initiatives pour inscrire leurs
caprins. En d’autres termes, les éleveurs
de caprins sont des acteurs dotés de
savoir mais plus important dotés de capa-
cité d’apprendre et de changer s’ils sont
adéquatement encadrés et accompagnés
dans ce processus d’apprentissage.
Avec les progrès technologiques dans les
moyens de communication, l’amélioration
des infrastructures routières, des
transports, etc., les éleveurs, à l’instar de
tous les autres groupes de la socié
marocaine, sont de plus en plus ouverts
sur leurs environnements. C’est aux cher-
cheurs et techniciens de changer leurs
images stéréotypiques sur les ruraux, les
paysans et les éleveurs.
Le caprin: viande du futur en milieu
urbain marocain
La viande caprine étant le principal pro-
duit du caprin au Maroc n’a pas été plus
chanceuse que la diversité génétique.
Partout au monde même les pays qui ne
sont pas de grands consommateurs de
viande caprine tels que la France, le
Canada, les Etats-Unis d’Amérique
s’attèlent à faire de cette viande un pro-
duit destiné soit aux groupes ethniques
s’y trouvant sur leur territoire soit un pro-
duit d’exportation. Cet intérêt est soutenu
et d’une manière incontestable par des
travaux de recherche et des investigations
en long et en large sur le caprin à viande
allant de la prospection des opportunités
du marché à l’analyse sensorielle.
Au Maroc, la viande caprine est perçue
comme une viande de deuxième sinon de
troisième classe par rapport aux viandes
ovines et bovines. Cette perception ne
s’est pas développée dans un vacuum
mais elle est construite à travers toutes
les formes de négligence à son égard.
Pour ne mentionner que quelques formes,
il y a la négligence du caprin dans les
politiques gouvernementales. Le caprin
laitier a certainement reçu plus que la
caprin à viande. Il y a les actions portant
sur la distribution de chèvres dans la
cadre de projets en faveur des femmes,
notamment dans le cadre de l’initiative
nationale pour le développement humain,
la création de fromageries, etc.
Tout cela s’inscrit plutôt dans la logique
du secteur social et non dans la logique
d’amélioration de la production et la pro-
ductivité du caprin au Maroc. Laquelle
logique nécessitera une stratégie
d’envergure permettant le décollage du
secteur caprin à l’instar du bovin et de
l’ovin. Il est vrai que dans son état actuel
le caprin reste peu performant et peu ren-
table surtout en matière de production de
viande. Mais le caprin s’impose actuelle-
ment sur le marché par ses intérêts diété-
tiques.
Les résultats réalisés dans ce sens sont
encourageants. Le caprin a un avantage
marketing sur les autres viandes rouges
compte tenu de la quantité et la qualité
de son gras, sa valeur nutritive, et son
goût. De surcroît, la viande caprine se
prête éventuellement à la transformation
et la confection de produits de qualité.
A l'exception de certains systèmes, la
méconnaissance du caprin marocain ne
touche pas uniquement les populations
elles mêmes mais elle s'étend au manque
de données sur les performances, la qua-
lité des viandes, les marchés, la demande,
la consommation, etc.
Transfert de Technologie en Agriculture Page 6 N° 193/Octobre 2011
Perspectives
Les perspectives futures du caprin local à
viande au Maroc seront matérialisées par
une vraie reconnaissance de la part des
instances chargées de l’élevage de la sta-
ture centrale du caprin dans la société
marocaine et son importance dans
l’économie des communautés montagnar-
des en particulier. Cette reconnaissance
devra, cette fois-ci aller au-delà
d’événements sporadiques, notamment
les foires, les séminaires et les journées
médiatisées. Cette reconnaissance devra
provoquer la réflexion collective, le débat
et l’analyse de l’information en vue
d’établir des stratégies adéquates de
développement de ce secteur. La premiè-
re pierre angulaire dans ce processus
serait de promouvoir les efforts scienti-
fiques requis pour la caractérisation de
toutes les populations caprines marocai-
nes. Laquelle caractérisation est le pré-
alable d’autres recherches et d’actions de
développement.
Les opportunités citées dessus sont
vraies mais requièrent d’être explorées et
minutieusement évaluées. Il est impor-
tant de rappeler également que ces
opportunités sont corollaires du caprin
en conduite extensive car le type de vian-
de caprine recherché aujourd’hui et les
qualités diététiques conseillées par les
spécialistes et prisées par les urbains
avertis sont intrinsèquement liées aux
conditions d’élevage et non pas seule-
ment à l’espèce animale. Les urbains
marocains qui cherchent dans le caprin
un substitut plus sain que l’ovin ne veu-
lent plus certains graisses ni d’hormones
dans leur alimentation.
Cela veut dire que loin des changements
radicaux et la course acharné vers
l’élevage caprin intensif outre mesure, le
caprin à viande nécessite des ajuste-
ments sans vraiment détruire ou altérer la
nature ou plutôt le caractère extensif de
cet élevage. Il s’agira ainsi d’un élevage
extensif amélioré. Les caprins resteront
dépendants sur les pâturages pour
l’essentiel de leur alimentation avec des
supplémentations d’appoint, des amélio-
rations non coûteuses de l’hygiène,
l’adoption des traitements vétérinaires
élémentaires, et l’introduction périodique
de nouveaux boucs dans les troupeaux.
Cette dernière action est non seulement
nécessaire mais elle n’engage aucun coût
additionnel ni sur la trésorerie de
l’éleveur puisqu’il doit vendre ses boucs
ni sur la gestion du troupeau. Cette
option est vraisemblablement plus faisa-
ble que la séparation des boucs des trou-
peaux qui pourrait compliquer la gestion
du troupeau. Le but ultime de l’action
serait d’atténuer, voir même contrecarrer
les effets parfois négatifs de la consan-
guinité.
On ne le répètera jamais assez, toutes ces
possibilités ne peuvent devenir fructueu-
ses que si elles sont adéquatement éva-
luées à travers des recherches scienti-
fiques solides qui s’inscrivent dans la
continuité, conjuguant les volets fonda-
mental et appliqué, réalisées par des
équipes effectivement multidisciplinaires
et multi-institutionnelles, des approches
novatrices, participatives et fondées sur
le travail de terrain.
Ainsi, la transformation des opportunités
signalées en réalités interpelle, en pre-
mier lieu, des acteurs avec vision com-
préhensive à long terme, et en second
lieu des recherches substantielles fonda-
mentales et appliquées s’inscrivant dans
la continuité, des moyens conséquents
spécifiquement dévoués au secteur, des
programmes de développement et de pro-
motion réalistes et efficaces, etc.
D’autant plus, la complexité et le caractè-
re multiface de l’élevage caprin à viande
nécessite l’action de divers acteurs, à
commencer par les éleveurs aux instances
chargées du développement de cet éleva-
ge.
L’Etat est appelé à créer les conditions
favorables requises pour le développe-
ment du caprin à viande et les moyens
nécessaires pour y arriver. De leur côté,
les éleveurs de caprins sont appelés à
s’organiser et à mieux structurer leur sys-
tème de production de façon à profiter de
la croissance de la demande en produi-
sant des viandes légères et maigres qui
répondront aux attentes des consomma-
teurs. Tous ces objectifs sont réalisables
par une meilleure connaissance des qua-
lités des viandes désirées par les consom-
mateurs, l’amélioration des infrastructu-
res d’abattage et de transport, de contrô-
le sanitaire dans les abattoirs, les points
de vente, etc.
Sur un autre registre, les structures char-
gées de l’élevage doivent bien exploiter
les données dont ils disposent pour éta-
blir des tendances, construire des modè-
les, chercher des explications, informer
les décisions de politique. Ces données
doivent être accessibles aux chercheurs,
enseignants, étudiants et autres concer-
nés.
Les associations professionnelles sont le
meilleur garant de l’évolution du secteur.
C’est grâce aux efforts de l’ANOC que cer-
taines avancées ont été acquises en
faveur du caprin au Maroc. Les réalisa-
tions de lANOC dans le cas de chèvre lai-
tière du Nord et le chevreau de l’arganier
ne sont pas à démontrer. Au fait, la créa-
tion du groupement Marmoucha pour
l’ovin depuis 2005 s’avère comme une
forme d’apprentissage collectif des éle-
veurs de la zone d’étude. Cela va certai-
nement contribuer à la création et au
renforcement des conditions favorables à
l’amélioration des systèmes d’élevage
pratiqués dont fait partie l’élevage
caprin.
Compte tenu des effectifs de caprins et
des opportunités à venir, il est peut être
nécessaire de considérer la formation
d’autres organisations professionnelles
totalement dévouées au caprin à viande
pour promouvoir et développer le secteur
et accompagner les éleveurs. Les chiffres
ne donnent ils pas à réfléchir et à
s’interroger si 60% des cinq millions de
caprins se trouvent dans les Haut et
Moyen Atlas ne méritent-ils pas des pro-
grammes à la hauteur de leurs potentiali-
tés et leur stature.
On reproche souvent au caprin d'être la
cause de toutes les destructions des éco-
systèmes tout en ignorant les autres fac-
teurs causant cette détérioration et sans
aucune précision de la part effective du
caprin dans ce processus. Les coupes illé-
gales, les faiblesses des programmes de
reboisement, les autres abus sur les
forêts sont aussi parfois plus nuisibles
que le pâturage des caprins. La présence
des animaux est même conseillée pour
améliorer l’écosystème. Naturellement, le
premier et l’indispensable pas vers la
valorisation des populations locales rési-
de inéluctablement dans la connaissance,
la définition et l’évaluation de ces popu-
lations pour des objectifs de développe-
ment, de protection et de conservation.
Il y a certainement des belles histoires de
réussite dont les réalisations et les
contributions dans la création de
l’emploi, la génération de revenus et
l’allègement de la pauvreté ne peuvent
pas être ignorées. Cependant, croire que
ces actions vont changer la dynamique
fondamentale du secteur caprin à viande
serait pure présomption. Seule une stra-
tégie claire et cohérente en faveur du
caprin avec des moyens humains, maté-
riels, législatifs et institutionnels parmi
d’autres, pourra aider à la mise à niveau
du caprin à viande. Ce sont les éleveurs
de caprins en zones de montagne et leurs
troupeaux qui ont le plus besoin d’actions
de vulgarisation avec un vrai encadre-
ment de proximité et un accompagnent
engagé .
Transfert de Technologie en Agriculture Page 7 N° 193/Octobre 2011
Nassif, F.(1) ; El Amiri B.(1)
et Cohen, N.(2)
(1) Institut National de la Recherche
Agronomique, CRRA Settat, Maroc
(2) Institut Pasteur Casablanca, Maroc
Les auteurs remercient vivement la Direction
de l’Enseignement, de la Formation et de la
Recherche (DEFR), les DPA de
Boulemane_Missour, d’Essaouira et d’Ifrane,
l’ANOC aux niveaux national, régional et
local, les autorités locales, les élus de la C.R.
Aït Bazza, les éleveurs d’Aït Bazza, de
Tizguite et d’Essaouira, les bouchers
d’Imouzzer Marmoucha et tous les collègues
du CRRA Settat.

Supplementary resource (1)

... Le taux d'éleveurs n'ayant pas fait de longues études était élevé et a confirmé que les activités agricoles étaient pratiquées par la population qui avait un niveau d'instruction moindre (Guingouain, 2017). Les taux d'éleveurs non scolarisés dans les différentes régions ont été inférieurs à celui de 70 % rapporté dans la commune rurale d'Aït Bazza au Maroc (Nassif et al., 2011) et de 62,9 % dans les Hauts-Plateaux de l'Ouest Cameroun (Manjeli et al., 1994). Cependant au Cameroun dans la région Ouest, Tchouamo et al. (2005) ont signalé un taux de 76 % d'éleveurs de caprins instruits. ...
... Elle était supérieure à la moyenne de sept chèvres par ménage observée dans les Hauts-Plateaux de l'Ouest Cameroun (Manjeli et al., 1994), et de six chèvres par ménage en République démocratique du Congo (Wasso et al., 2018). Cette taille était cependant inférieure à la moyenne de 55 chèvres par éleveur signalée dans la commune rurale d'Aït Bazza au Maroc (Nassif et al., 2011). Le pourcentage d'éleveurs ayant un effectif supérieur à 10 têtes de caprins a varié selon les régions. ...
Article
Full-text available
Les caprins constituent au Togo la seconde espèce d’élevage après les volailles en terme d’effectif. La disponibilité de sa viande reste pourtant rare. L’Etat togolais, à travers des projets de développement, a initié la recapitalisation du cheptel national d’animaux à cycle court. L’objectif de l’étude était la connaissance des faiblesses des pratiques d’élevage des caprins au Togo en vue de proposer des axes de recherche pour son amélioration et son développement. Des enquêtes ont été menées auprès de 129 chefs de ménages des deux sexes. Les éleveurs étaient des paysans, des salariés ou des retraités. Les enquêtes ont couvert l’ensemble du pays, prenant en compte sa diversité pluviométrique et végétale. Des données sur les pratiques d’élevage, les soins vétérinaires, les maladies et les autres contraintes ont été recueillies. Les résultats ont montré que 69 % des éleveurs étaient instruits, 91 % étaient mariés, et 26 % des propriétaires étaient des femmes. La main d’œuvre familiale jouait un rôle important. Les activités liées à l’élevage étaient confiées aux femmes et aux enfants. La taille moyenne du cheptel par ménage était de 18 caprins. Les chèvres adultes constituaient 44 % de l’effectif contre 2 % de mâles adultes entiers. Le taux de productivité au sevrage était de 0,54 chevreau par mère. Les animaux disposaient d’un abri ; dans 85 % des élevages, ils recevaient périodiquement une complémentation alimentaire et dans 27 % d’entre eux un complément minéral à base de sel de cuisine. Les soins vétérinaires ont été observés dans 64 % des élevages. Cette étude a permis de révéler quelques faiblesses relatives aux soins vétérinaires, à l’utilisation de géniteurs améliorés et à la disponibilité d’abris. Des formations sur les itinéraires techniques de l’élevage des caprins sont nécessaires pour améliorer leurs performances.
... L'isolement rend difficile l'approvisionnement en aliments du bétail, l'achat de géniteurs et la commercialisation des animaux engraissés. L'impact négatif de l'enclavement sur l'instruction et l'encadrement technique a été rapporté dans le Moyen Atlas oriental par Nassif et al. (2011). Dans les Alpes françaises, Amoudry (2002) a observé en haute montagne que l'isolement, l'inaccessibilité des exploitations et la dispersion spatiale des troupeaux limitent la diffusion du progrès technique par les services de développement agricole et engendre d'importants surcoûts dans l'achat d'intrants, en particulier d'aliments. ...
Article
Full-text available
Dans les régions de montagne, la pérennité des systèmes d’élevage extensifs constitue un enjeu socio-économique et écologique majeur. Notre étude a pour objectif d’analyser la diversité des systèmes d’élevage de petits ruminants dans le Haut Atlas central du Maroc, en fonction de l’altitude. Pour cela, des enquêtes ont été réalisées auprès de 90 éleveurs dans trois communes de la province d’Azilal, situées respectivement en étage inférieur de moyenne montagne, étage supérieur de moyenne montagne et haute montagne. En comparant les élevages sur la base de leur commune d’appartenance, nous montrons que l’altitude a un effet significatif sur leur structure et leur conduite, ainsi que sur certains paramètres sociaux comme l’éducation des éleveurs. En réalisant une typologie sur base statistique, nous identifions quatre types d’élevages : deux types plus extensifs et pastoraux aux étages supérieurs et deux autres intensifiés et associés à l’agriculture en étage inférieur, avec une diversité de situations en termes de structures et de pratiques d’élevage. Cette typologie est cohérente avec les contraintes et opportunités propres à chaque étage altitudinal.
... C'est le cas de la République Centrafricaine, pays enclavé, dont l'économie repose essentiellement sur le secteur agricole qui concentre environ 70% de la population active. Avec un taux d'accroissement annuel moyen de 3,4%, les effectifs de caprins dans le monde ont atteint 910 millions de têtes en 2010 dont la majorité (94%) réside sur les continents asiatique et africain (FAO, 2010 cité par Nassif et al., [37] ; FAO, 2013 cité Missohou et al., [34]). En Afrique centrale, notamment en République centrafricaine, la part des caprins représente 92,57% de l'effectif des petits ruminants (4924000 têtes) [14]. ...
Article
Full-text available
La présente étude a pour objectif d'analyser le système de commercialisation des caprins dans la ville de Bangui. Pour y parvenir une enquête transversale a été réalisée auprès de trente et huit (38) commerçants dans les trois (03) points de commercialisation de caprins de la ville de Bangui. Les résultats ont démontré que la commercialisation des caprins est une activité exclusivement masculine et dominée par la présence des commerçants de l'ethnie Banda. La présence de jeunes et de personnes âgées demeure équilibrée sur les places de marché. La commercialisation des caprins constitue la principale activité pour ces commerçants et représente une source de revenus (36,8 %). Nos résultats ont aussi montré que le revenu net mensuel par commerçant varie en fonction des marchés : 355627 FCFA au marché Central, 168188 FCFA au marché Barrière PK12 et 127950 FCFA au marché Kolongo. En conséquence, la commercialisation des caprins est une activité rentable qui mérite une attention particulière des décideurs politiques, des acteurs de la filière et des chercheurs, en particulier, pour sa professionnalisation ainsi que sa réglementation et son organisation. Abstract: Analysis of the marketing system of goats in the city of Bangui The objective of this study is to analyse the marketing system of goats in the city of Bangui. To achieve this goal a cross-sectional investigation was conducted on thirty-eight (38) traders in the three (03) goat sales points of the city of Bangui. The results showed that the sale of goats is an exclusively male activity, dominated by the presence of tradesmen from Banda ethnic group. There is a balanced presence of young and elderly people in the market places. The sale of goats constitutes the main activity for these tradesmen and represents a source of income (36.8%). Our results also showed that the monthly net income by tradesman varies in relation to the markets: 355627 FCFA at the Central market, 168188 FCFA at the barrière PK12 central and 127950 FCFA at the Kolongo central. Consequently, the sale of goats is a profitable activity which deserves special attention by the political decision makers, actors of the sector and researchers, particularly, for its professionalisation as well as its regulation and its organisation.
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