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La transition du Néolithique moyen au Néolithique final dans le sud-est de la France : Recherches, données et scenarii

Monographies d’archéologie Méditerranéenne
27
4
e
Millénaire.
la transition du néolithique Moyen au néolithique final
dans le sud-est de la france et les régions voisines
sous la direction de
Olivier Lemercier, Robin Furestier et Émilie Blaise
Publication de l’UMR 5140 du CNRS
« Archéologie des Sociétés Méditerranéennes »
Édition de l’association pour le développeMent de l’archéologie en languedoc-roussillon
lattes
2010
Les Monographies d’Archéologie Méditerranéenne sont destinées à promouvoir les résultats des recherches archéologiques
conduites dans les régions bordant les rivages de la Méditerranée nord-occidentale (France, Italie, Espagne).
Les ouvrages constituant cette série sont à la fois limités et ouverts : limités à l’archéologie de la Préhistoire récente (Néolithique,
Chalcolithique), de la Protohistoire (Âges du bronze et du fer) et de l’Antiquité (du début de l’Empire Romain au début du Moyen-
Âge) ; limités à une approche scientifique du patrimoine antique des régions méditerranéennes ; ouverts vers toutes les disciplines
et les champs d’investigation intéressant l’archéologie, et aux résultats des travaux de terrain comme aux synthèses thématiques ;
ouverts enfin à tous les acteurs de l’archéologie, quelle que soit leur institution de rattachement.
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Rédaction, échanges
- Monographies d’Archéologie Méditerranéenne
Centre de Documentation Archéologique Régional
390, Avenue de Pérols, F-34970, Lattes
FAX : 04.67.22.55.15 — e-mail : umrlat@montp.cnrs. fr
Édition
- Association pour le Développement de l’Archéologie en Languedoc-Roussillon (ADAL)
Centre de Documentation Archéologique Régional
390, Avenue de Pérols, F-34970, Lattes
FAX : 04.67.22.55.15
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- Librairie Archéologique, BP 90, 21803, Quétigny
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Internet : http ://www. libarch. com
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Rédaction des Monographies d’Archéologie Méditerranéenne
Directeur de la publication : Éric Gailledrat
e-mail : eric.gailledrat@montp.cnrs.fr
Comité de pilotage : Guy Barruol, Directeur de recherche émérite au CNRS, Jean-Luc Fiches, Directeur de recherche au CNRS,
Pierre Garmy, Directeur de l’UMR 5140, CNRS/Ministère de la Culture/Inrap, Éric Gailledrat, Chargé de recherche au CNRS,
Jean-Pierre Giraud, Inspecteur général de l’Architecture et du Patrimoine/Archéologie, Xavier Gutherz, Professeur de Préhis-
toire, Thierry Janin, Professeur de Protohistoire, Michel Py, Directeur de recherche au CNRS, Claude Raynaud, Directeur de
recherche au CNRS, Martine Schwaller, Conservateur du Patrimoine.
Les manuscrits proposés aux Monographies d’Archéologie Méditerranéenne font l’objet de rapports par des experts exté-
rieurs nommés par le Comité de pilotage.
Mise en page : Cécile Dubosse, Éric Gailledrat.
Traitement des illustrations : Olivier Lemercier, Robin Furestier, Emilie Blaise, Éric Gailledrat
Traductions : Pip Stephenson, Stefan Wirth, Nuria Rovira, Noëlle Provenzano, .
ISBN 978-2-912369-20-8
Olivier Lemercier
La transition du Néolithique moyen au
Néolithique final dans le sud-est de la France :
recherches, données et scenarii
RÉSUMÉ
A l’issue de la table ronde d’Aix-en-Provence, que penser de la transition du Néolithique moyen au Néolithique final dans le sud-est de la
France ? Un petit bilan des recherches passées et des données actuellement réunies permet de rappeler quelques évidences et d’esquisser quel-
ques hypothèses qui devront naturellement être testées dans l’avenir. Le terme de « Néolithique récent » initialement utilisé par l’auteur comme
« vocabulaire d’attente » semble finalement tout à fait intéressant s’il qualifie une période et non des groupes culturels.
ABSTRACT
After the Aix-en-Provence Conference, what to think of the transition from middle to final Neolithic in the south-east of France? A small
assessment of research and currently data make it possible to point out some obviousnesses and to outline some assumptions which will have
naturally to be tested in the future. The term of «recent Neolithic» initially used by the author as “vocabulary of waiting” seems finally comple-
tely interesting if it qualifies one period and not cultural groups.
introduction
culture chasséenne qui était marquée par une remarquable ho-
mogénéité géographique et une non moins remarquable lon-
gévité -peut-être un millénaire- disparait. En parallèle, de nou-
velles cultures se développent qui vont se démarquer très net-
tement des traditions pluriséculaires qui avaient cours alors,
marquant le début du Néolithique final.
Autour de cette grande transition, les questionnements sont
nombreux. Pourquoi la culture chasséenne du Néolithique
moyen disparait-elle ? Pourquoi les nouvelles cultures qui vont
remplacer le Chasséen sont-elles si différentes ? Quelles sont les
modalités de cette transition ? Autant de questions, simples en
apparence, qui se perdent dans une courte période du milieu
du quatrième millénaire, encore très méconnue, que l’on a ap-
pelé le Néolithique récent en attendant mieux.
S’il ne s’agit pas ici d’apporter des réponses définitives à
ces problématiques, il est possible d’explorer plusieurs pistes,
plusieurs scenarii à partir des données accumulées pendant les
dernières décennies, et de proposer quelques hypothèses qui
devront être testées dans l’avenir.
1. historique des recherches et des concepts
1.1. Du « Néolithique de type Trets » aux évidences lan-
guedociennes
Dans le sud-est de la France, si le Néolithique final, hors
campaniforme, a été étudié assez tardivement, la fin du Néo-
lithique moyen a été réellement envisagée dès le milieu du
XXe siècle. Des parallèles faits entre le Midi Français et l’Ita-
lie du Nord évoquaient un complexe proche de la culture de
Lagozza en Provence (Escalon 1954, 1955, Sauter 1954) et
correspondant au Chasséen 1B de J. Arnal (Arnal 1953). M.
Escalon de Fonton évoque dès cette époque un « Néolithique
de type Trets » (1954) mais lui préfère généralement le terme
de « Lagozien ». Ce rapport entre l’Italie du nord et la Provence
sera cependant réfuté dès 1970 par G. Bailloud en quelques
lignes (1970 : 59). Nous savons par ailleurs que la séquence
néolithique théorique de M. Escalon de Fonton n’est toujours
pas très claire à cette époque ni dans la décennie suivante (Le-
mercier 2007) et que les questions de chronologie relative et
absolue ne seront pas réglées. A la fin des années 60, J. Courtin
reprend la définition de ce Lagozien auquel il préfère la déno-
Quelque part au milieu du quatrième millénaire, la grande
olivier leMercier
306
mination « Néolithique de type Trets » (Courtin 1974 : 137).
Il replace cet ensemble dans sa micro-région de découverte
(le bassin de Trets dans les Bouches-du-Rhône) et se refuse
à préciser sa place chronologique qu’il n’est « pas possible de
séparer du Chasséen » (Courtin 1974 : 146).
Si la problématique sur la fin du Chasséen demeure peu pré-
sente dans la littérature scientifique, en particulier provençale,
pendant les années 60, elle fait l’objet d’un réel débat dès 1970 à
l’occasion du Colloque de Narbonne (Guilaine 1970) où le cha-
pitre « Du Néolithique récent à l’âge du Bronze » s’ouvre sur des
questions du type « Y-a-t-il eu évolution sur place à partir du
Chasséen ou un renouvellement important du peuplement par
apport extérieur ? » et « Des causes climatiques ont-elles joué un
rôle dans l’extension du peuplement ? » (Ibid : 89). G. Bailloud
pose dans ces pages des questions toujours d’actualités. Il in-
siste sur « la différenciation culturelle beaucoup plus poussée
[à la fin du Néolithique] qu’à toutes les périodes qui précèdent
avec la naissance de très nombreux groupes régionaux d’exten-
sion spatiale très restreinte… » et vise à « tenter d’expliquer et
de comprendre ce que signifient les différences très sensibles
qui existent entre le Chasséen et ce qui le suit… ». Les princi-
paux changements sont relevés liés à la différenciation régio-
nale : « forte augmentation démographique », « occupation du
sol beaucoup moins sélective », « modifications importantes
dans l’industrie lithique […] appauvrissement en formes de la
céramique ». (Ibid : 90). Il propose deux types de pistes pour
expliquer ces changements en fonction des idées des différents
archéologues : « la preuve de l’immigration de nouvelles popu-
lations, qui auraient anéanti ou refoulé les Chasséens » et « des
modifications internes reflétant des changements d’ordre social
ou économiques, ces dernières pouvant représenter l’adapta-
tion à des modifications climatiques ». Selon G. Bailloud, il
n’est pas possible de trouver une réponse à partir des données
anthropologiques, la modification des types physiques étant in-
terprétée de façons diverses par les spécialistes et ne pouvant
prouver des migrations. Il propose de chercher la preuve d’une
migration dans les données archéologiques elles-mêmes sup-
posant un certains nombre de conditions (rupture nette dans
les traditions, parallèles culturels des nouveaux éléments dans
une culture voisine contemporaine ou légèrement antérieure,
origine unique des nouveaux éléments et non origines diverses
ne montrant que des contacts). Confrontant ces conditions aux
données du Midi de la France, il conclut à l’impossibilité d’une
interprétation en terme de migration de population (Ibid : 91).
Dans le même volume, la plupart des cultures du début
du Néolithique final ou du Néolithique récent, selon les cher-
cheurs, sont inventoriées et définies plus ou moins sommaire-
ment : Couronnien, Ferrières, Saint-Ponien, Verazien, Gourga-
sien… La suite des années 70 est marquée par une poursuite
de la définition de ces groupes qui font l’objet de synthèses suc-
cessives surtout pour les données languedociennes (Guilaine et
Roudil 1976, Guilaine 1980) alors que la Provence demeure en
marge de ces avancées (Lemercier 2007). Et c’est à l’occasion
du colloque sur le groupe de Véraza en 1977 (Guilaine 1980)
que des assemblages relatifs à la grande transition du Néolithi-
que moyen au Néolithique final, qualifiés de Néolithique récent
sont présentés avec la Mort des Anes à Villeneuve-les-Mague-
lonne (Hérault) (Gasco 1980), l’Avencas à Brissac (Hérault)
(Gutherz 1980) (fig. 1), l’Aven de la Boucle à Corconne (Gard)
(Coularou 1980)… Plusieurs de ces assemblages seront consi-
dérés comme cohérents et représentatifs d’un grand ensemble
qui succède directement au Chasséen (Guilaine 1980 : 228).
1.2. L’essor provençal et le TGV Méditerranée
Ce n’est qu’à la fin des années 80 que la Provence voit l’ap-
parition de nouveaux ensembles relatifs aux débuts du Néo-
lithique final. Il s’agit de deux fouilles de G. Sauzade. La pre-
mière publiée est celle du site de la Clairière, dans le vallon du
Fraischamp à La Roque-sur-Pernes (Vaucluse) qui présente un
faciès original du début du Néolithique final, baptisé Groupe
du Fraischamp et présentant un certain nombre de conver-
gences avec le groupe de Ferrières voisin (Sauzade 1990a). En
1990 aussi, est publiée par le même G. Sauzade -très sommaire-
ment- la fouille de la Grotte Goulard à Ménerbes (Vaucluse) qui
présente un assemblage très original de céramiques à cordons
Fig. 1 : L’Avencas (Brissac, Hérault) : mobilier céramique
(Gutherz 1980).
la transition du néolithique Moyen au néolithique Final dans le sud-est de la France
307
(fig. 2, 3) dans un premier temps rapproché du groupe du Frais-
champ (Sauzade 1990b) mais qui constituera un groupe à part
entière de la transition du Néolithique moyen au Néolithique
final pour A. D’Anna (1995a, b).
C’est à l’occasion de la fouille préventive sur le tracé du
TGV Méditerranée, au milieu des années 90, que de nouveaux
ensembles ont pu être découverts tant en Provence qu’en Lan-
guedoc oriental. Dans la vallée du Rhône, plusieurs fouilles ont
livré des assemblages particuliers, difficilement attribuables
aux ensembles déjà connus du Néolithique moyen et du Néo-
lithique final régional comme aux Juilléras (Lemercier 2002 et
ce volume) (fig. 4), au Duc (Margarit 2000, 2002a) (fig. 5) et aux
Ribauds (Margarit 2002b) (fig. 6, 7) à Mondragon (Vaucluse).
En basse Provence, la nécropole de Château Blanc à Ventabren
(Bouches-du-Rhône) (Hasler 1998, 2002) (fig. 8) a elle aussi
livré un assemblage original. Du côté languedocien, les sites
du Réal à Montfrin (Noret 2002) (fig. 9, 10) et de la Grange
des Merveilles à Rochefort-du-Gard (Monnet 2002) (fig. 11, 12)
(Gard) posent le même type de questions.
1.3. 1996-2006
En dehors de cette opération du TGV Méditerranée, quel-
ques autres fouilles de la dernière décennie apportent des élé-
ments intéressant comme en Provence, le site de la Blaoute à
Crillon-le-Brave (Vaucluse) (fig. 13) qui présente un assemblage
très proche de ceux des Juilléras et du Duc à Mondragon (Buis-
son-Catil 1996), celui du Chemin d’Aix à Saint-Maximin (Var)
et la fouille de la séquence du Mourre de la Barque à Jouques
(Bouches-du-Rhône) (van Willigen ce volume). L’ensemble de
ces découvertes contribuant à combler relativement le vide
de la rive gauche du Rhône pour la transition du Néolithique
moyen au Néolithique final.
Les dernières années ont aussi été marquées par la réalisa-
tion de quelques essais de synthèses sur cette transition comme
celles proposées par A. Beeching (2002) sur la vallée du Rhône
(fig. 14) et celle de G. Jedikian et J. Vaquer (2002) sur le Lan-
guedoc (fig. 15), ou plus réduites comme celle portant sur la
redéfinition du Saint-Ponien en Languedoc central (Ambert
2003) mais aussi des approches thématiques diachroniques qui
peuvent être éclairantes pour nos problématiques comme celle
de l’industrie lithique du Languedoc occidental (Briois 2005).
2. l’observation : les donnÉes actuelles de la
transition
2.1. Les deux types d’assemblages du « Néolithique récent »
Les assemblages que l’on place dans la transition demeu-
rent peu nombreux et généralement peu étoffés. Il est possible
de les diviser en deux grands ensembles :
- Les assemblages qui se placent dans la tradition chasséen-
ne, tout en en perdant suffisamment de caractères pour ne plus
être considérés comme réellement chasséens,
- Les assemblages qui présentent des traits plus spécifiques
du Néolithique final et qui ne présentent aucune parenté évi-
dente avec le Chasséen.
Les assemblages de tradition chasséenne, comme ceux de
l’Avencas (Brissac, Hérault), des Juilléras et du Duc (Mondra-
gon, Vaucluse), de la Blaoute (Crillon-le-Brave, Vaucluse) et
probablement ceux de la nécropole de Château Blanc (Venta-
Fig. 2 : Grotte Goulard (Ménerbes, Vaucluse) : mobilier céramique
(Sauzade 1990b).
olivier leMercier
308
Fig. 3 : Grotte Goulard (Ménerbes, Vaucluse) : mobilier (Sauzade 1990b).
la transition du néolithique Moyen au néolithique Final dans le sud-est de la France
309
Fig. 4 : Les Juilléras (Mondragon, Vaucluse) : mobilier céramique (Lemercier 2002).
Fig. 5 : Le Duc (Mondragon, Vaucluse) : mobilier céramique (Margarit 2002a).
olivier leMercier
310
bren, Bouches-du-Rhône) et de Chemin d’Aix (Saint Maximin,
Var) montrent un corpus céramique dominé par les formes
segmentées à carène dans la tradition du Néolithique moyen
régional. Néanmoins, les séries montrent un faible éventail
typologique en comparaison avec les séries chasséennes plus
classiques. Les décors sont presque absents même si un dé-
cor solaire ornant une anse sur le site du Duc est remarquable
(Margarit 2002 : 181, fig. 4). Les préhensions de type chasséen,
sous-cutanées, multiforées etc. sont aussi remaquablement
absentes de ces séries. L’investissement technique et le soin ap-
porté à la réalisation des récipients semblent aussi moindres.
L’industrie lithique montre elle aussi une certaine perduration
de tradition ancienne avec la présence du chauffage préalable
de certains matériaux, du débitage à la pression et de lamelles.
Mais ces caractères ne sont pas dominants et les lamelles elles-
mêmes peu régulières, alors que les approvisionnements en
matériaux ont sans doute aussi changé. Ainsi, si ces assem-
blages s’inscrivent dans la tradition chasséenne, ils en diffèrent
d’une manière générale par un abandon d’un certain nombre
de critères techniques et stylistiques de façon évidente.
Les assemblages de type néolithique final comme ceux de
la Grotte Goulard (Ménerbes, Vaucluse), Les Ribauds (Mon-
dragon, Vaucluse), La Mort des Anes (Villeneuve-les-Mague-
lonne, Hérault) montrent des séries céramiques dominées
par les formes simples, à profil continu, même si des formes
segmentées sont systématiquement présentes, plus rares. Les
décors plastiques de cordons sont présents dans toute ses sé-
ries, avec à la fois des cordons rectilignes, horizontaux, parfois
multiples (en Languedoc) mais aussi des cordons courbes dis-
posés en arceaux ou rectilignes disposés en chevrons, dans les
deux cas pouvant être reliés à un cordon rectiligne horizontal.
Les autres types de décors, petit pastillage à La Mort des Anes,
cannelure à la Grotte Goulard, semblent anecdotiques mais
évoquent assez nettement ce qui se fera de façon plus généra-
lisée pendant le Néolithique final. L’industrie lithique montre
des différences selon les sites. Aux Ribauds et à la Mort des
Anes, les techniques chasséennes sont encore très sensibles
(chauffage des blocs, débitage par pression, présence de nom-
breuses lamelles) et parallèlement des traits évoquant le Néo-
lithique final sont évoqués (type de matériaux sur les deux
sites et lames débitées à la pression renforcée à la Mort des
Anes). L’industrie de la Grotte Goulard, qui n’a pas fait l’objet
d’une étude exhaustive, n’a été décrite que par la présence de
grandes lames de type néolithique final, d’armatures de flèche
foliacées à face plane et parfois asymétriques, sans que la réfé-
rence à des traditions chasséennes ne soient relevées. Dans ces
Fig. 6 : Les Ribauds (Mondragon, Vaucluse) : mobilier céramique (Margarit 2002b).
la transition du néolithique Moyen au néolithique Final dans le sud-est de la France
311
ensembles, la part chasséenne encore perceptible pour l’indus-
trie lithique (et peut-être pour l’industrie de l’os avec la tech-
nique du sciage longitudinal présente aux Ribauds), semble
très peu marquée dans les productions céramiques qui font
référence aux cultures méridionales qui se développeront pen-
dant le Néolithique final.
2.2. Néolithique moyen versus Néolithique final : Conti-
nuités, évolutions, ruptures
Si les assemblages correspondant à la période de la transi-
tion demeurent peu nombreux et peu étoffés, que peut-on ob-
server en termes de continuité, évolution ou rupture entre les
ensembles de la fin du Néolithique moyen et ceux du début du
Néolithique final ?
Concernant la céramique, la haute qualité des productions
chasséennes à souvent été relevée, en terme de soin apporté à
la réalisation des récipients et particulièrement leurs finitions,
face à des productions du Néolithique final qui seraient moins
investies. Ce propos doit naturellement être relativisé car d’une
part les productions chasséennes ne présentent pas toutes des
finitions soignées, et d’autre part les productions du début
du Néolithique final ne sont pas toujours médiocres comme
en témoignent des récipients de belle facture présents aussi
bien dans le Ferrières que dans le Couronnien par exemple.
Les techniques de montage sont partiellement différentes mais
cela est principalement du aux morphologies segmentées et
carénés des récipients du Chasséen, d’ailleurs non exclusives,
mais qui nécessitaient parfois des techniques spécifiques.
Concernant les styles, c’est une véritable opposition qui peut
être observée entre les productions chasséennes avec une part
importante de formes segmentées et carénées donc et les pro-
ductions du début du Néolithique final affectant des formes
primaires simples profil continu) pour l’essentiel. Il en est
de même pour l’ornementation des récipients dont les motifs,
la grammaire mais aussi les techniques changent du tout au
tout. En matière de techniques, le passage de la gravure à sec
ou à cuit à des décors incisés ou cannelés sur pâte fraiche est
remarquable, mais ce changement n’est réel qu’en grandes
proportions, alors que toutes les techniques sont généralement
toujours présentes. Les moyens de préhension sont aussi très
différents d’une période à une autre.
Néolithique moyen et Néolithique final sembleraient donc
en rupture complète, considérant la céramique, mais les séries
du « Néolithique récent » semblent bien montrer un proces-
sus d’évolution qui pourraient lier les deux périodes, avec la
perduration des formes carénées et une perte de la diversité
chasséenne puis le développement en proportion des formes
simples, des décors plastiques etc. Par ailleurs, une meilleure
connaissance aujourd’hui de la périodisation du Néolithique
moyen chasséen pourrait tendre à relativiser l’opposition
entre les deux périodes, en montrant que les éléments consi-
dérés comme les plus caractéristiques du Chasséen sont sur-
tout présents dans les phases anciennes, et que les productions
des phases récentes sont par opposition moins caractérisées et
peut-être plus diversifiées voire régionalisées (Georjon, 2003).
Concernant l’industrie lithique, l’observation générale
pourrait être identique – même si des études spécifiques man-
quent encore. Ainsi les productions du Néolithique moyen et
du Néolithique final peuvent sembler en rupture considérant
les choix de matériaux et d’approvisionnements différents, des
chaines opératoires distinctes, l’usage de techniques différentes
orientées vers une production de supports clairement opposée :
les lamelles dans le Néolithique moyen, les éclats dans le Néo-
lithique final, avec une proportion variable de grandes lames.
Mais encore, les grandes tendances semblent cacher la
perduration (certes rare) de techniques considérées comme
proprement chasséennes dans le Néolithique final, pourtant
Fig. 7 : Les Ribauds (Mondragon, Vaucluse) : mobilier
(Margarit 2002b).
olivier leMercier
312
souvent relevée en marge des études réalisées (présence de la-
melles régulières, débitage à la pression…), alors que le déve-
loppement des grandes lames semble antérieur au Néolithique
final lui-même. Par ailleurs, encore, les petits assemblages
du « Néolithique récent » montrent une nette perduration des
systèmes techniques chasséens même dans les assemblages qui
relèvent le plus du Néolithique final du point de vue de la céra-
mique (la Mort des Anes par exemple).
Concernant les industries sur os, les observations semblent
convergentes, et derrière la grossière opposition entre Néoli-
thique moyen et Néolithique final, l’assemblage de l’Aven de la
Boucle peut être considéré comme caractéristique d’une transi-
tion à la fois technique et typologique (Sénépart ce volume).
Le développement ancien de la métallurgie en Europe
orientale dès le 5e millénaire et peut-être dans certains sec-
teurs plus occidentaux au 4e millénaire ne semble pas avoir
d’influence particulière sur les mutations qui s’opèrent au mi-
lieu du 4e millénaire dans le sud-est de la France. Les objets
métalliques demeurent très rares jusqu’à la fin du millénaire
dans cette région qui ne verra une métallurgie se développer
qu’autour de 3100-3000 (Bouquet et al. ce volume).
Concernant les aspects économiques, les archéozoologues
notent « une relative pérennité du système pastoral entre le
Chasséen récent et la fin du Néolithique » (Blaise et al. ce vo-
lume). De nouvelles pratiques apparaitront au Néolithique fi-
nal sans modifier radicalement les systèmes techniques mis en
place depuis plusieurs millénaires.
Le domaine de l’habitat ne permet que peu d’observa-
tions, puisque les maisons du Néolithique moyen Chasséen
demeurent méconnues. Les quelques exemples attribués à
cette culture témoignent surtout d’une diversité sans grande
tendances évidentes, ce qui rejoint finalement la diversité de
l’habitat des groupes du Néolithique final. L’occupation du
sol montre généralement une évolution en terme de densité
avec la fin du Néolithique et on a insisté pendant longtemps
sur la fréquentation particulière des fonds de vallées par les
Chasséens. La multiplication des découvertes doit conduire à
relativiser ce jugement, le Néolithique moyen chasséen étant
maintenant présent dans des contextes géographiques et topo-
graphiques sans doute plus variés qu’on ne le pensait, même
si en terme de densité d’occupation, l’évolution du Néolithique
final demeure sensible.
Fig. 8 : Château Blanc (Ventabren, Bouches-du-Rhône) : mobilier céramique (Hasler 2002).
la transition du néolithique Moyen au néolithique Final dans le sud-est de la France
313
Les réseaux d’échanges ou d’approvisionnements changent
entre le Néolithique moyen et le Néolithique final, mais ils
continuent d’exister pour certaines matières premières (silex)
ou objets. En Provence, la disparition de l’exploitation massive
du silex blond bédoulien au Néolithique final, alors que c’était
une caractéristique du Chasséen ne doit pas cacher la mise en
place de nouvelles exploitations particulières comme celle du
silex oligocène du bassin de Forcalquier qui va être exploité
pour la réalisation de grand supports laminaires, faisant appel
à des techniques très spécifiques et mettant en jeu de nouveaux
réseaux d’échanges.
Le domaine funéraire
montre en revanche une opposition
générale qui a souvent été relevée, pour le Midi méditerra-
néen français entre un Néolithique moyen de la sépulture in-
dividuelle (ou multiple) en fosse et un Néolithique final de la
sépulture collective en cavité ou monument. Cette opposition
Fig. 9 : Le Réal (Montfrin, Gard) : mobilier céramique (Noret 2002).
olivier leMercier
314
aussi doit être nettement relativisée puisque d’une part la
sépulture individuelle ne semble pas réellement disparaitre
du Néolithique moyen au Néolithique final alors que les mo-
numents funéraires se développent clairement régionalement
dans le Néolithique moyen sous la forme de coffres mégali-
thiques parfois associés à des structures tumulaires à la fois en
Languedoc et en Provence. L’expansion de l’usage des dolmens
dans cette région semble liée au début du Néolithique final.
Le développement des stèles anthropomorphes provençales
interviendrait autour de cette période de transition (D’Anna
2004). Les stèles de la Bastidonne à Trets (Bouches-du-Rhône)
étant rapportées à la fin du Chasséen ou à la transition au
Néolithique final, comme celles de Château Blanc à Ventabren
(Bouches-du-Rhône) ou au début du Néolithique final au dol-
men de l’Ubac à Goult (Vaucluse), mais dans tous les cas, ces
stèles en réemploi et souvent brisées sont antérieures à leur
contexte de découverte.
3. l’interprÉtation : des scenarii possibles…
3.1. La nature des changements
Les changements qui sont observables entre le Néolithique
moyen et le Néolithique final sont incontestablement impor-
tants. Ils concernent tout autant la culture matérielle que les
rites mais aussi les territoires d’approvisionnement. Pourtant
ces changements montrent, dans tous les domaines, la perdu-
ration de certains éléments au-delà de la période de transition
elle-même ou, dans certains cas, une amorce de changement
dans le Néolithique moyen lui-même. Par ailleurs, les quelques
séries attribuées à la transition montrent assez nettement et
dans différents domaines que ces changements s’effectuent
plutôt par évolution que par rupture franche.
Ces changements affectant l’ensemble des domaines obser-
vables par l’archéologie, ne peuvent pas être réduits à une simple
adaptation économique ou technique à un facteur externe (mo-
difications environnementales ?). Tout au contraire, c’est la so-
ciété dans son ensemble qui est concernée par ces changements.
En même temps, ces changements globaux, identiques dans
les diverses régions du sud-est de la France, vont entrainer le
développement de particularités régionales du point de vue
culturel à la fois dans les domaines techniques et stylistiques
de l’ensemble des composantes de la culture (objets, habitat,
rites et sans doute pratiques économiques…).
3.2. Les modalités des changements
Les changements évoqués reposent pour l’essentiel sur l’ob-
servation d’ensembles du Néolithique moyen caractéristiques
et souvent antérieur à 4000 avant notre ère (ou 3800) et d’en-
sembles caractéristiques du Néolithique final généralement
postérieurs à 3200 avant notre ère (voire 3000). Par ailleurs,
les ensembles de transition qualifiés de « Néolithique récent
» connus et décrits s’inscrivent dans une courte tranche de «
temps radiocarbone » entre 3700/3650 et 3400/3350 avant notre
ère, soit une durée radiocarbone d’environ 300 ans (Lemercier
ce volume). Ces derniers ensembles nous montrent, pour la
culture matérielle au moins, un état d’évolution entre les carac-
tères spécifiques du Néolithique moyen et les caractères spé-
cifiques du Néolithique final. De plus, ces ensembles de tran-
sitions peuvent être divisés entre des ensembles de tradition
chasséenne encore marquée et des ensembles évoquant plutôt
le Néolithique final (fig. 16).
Il semble en conséquence de plus en plus difficile d’évoquer
une rupture nette entre le Néolithique moyen et le Néolithique
final. L’idée d’un hiatus entre les deux périodes et leurs cultures
archéologiques spécifiques doit être écartée. En revanche la ré-
solution radiocarbone ne nous permet pas de préciser le détail
de l’évolution des ensembles de transition entre ceux d’obé-
dience chasséenne et ceux plutôt de type néolithique final. S’il
est tout à fait possible que ces ensembles s’inscrivent dans une
logique de succession dans le sens d’une évolution continue,
une évolution en synchronie, de type buissonnante -entre des
cultures encore ancrée dans la tradition chasséenne et le déve-
loppement de cultures plus « en rupture »- ne peut être écartée.
Ces constats et ces hypothèses conduiraient à mettre en lu-
mière le paradoxe selon lequel les ensembles de transitions, en-
core trop rares, sont finalement mieux identifiés et placés chro-
nologiquement que les ensembles relatifs à la fin du Néolithique
moyen chasséen d‘une part, entre 4000 et 3700, et ceux du début
du Néolithique final d’autre part, entre 3350 et 3200 ou 3100…
3.3. Les origines et les causes des changements
Si l’on reprend les conditions posées par G. Bailloud pour pou-
voir évoquer une immigration massive de population expliquant
Fig. 10 : Le Réal (Montfrin, Gard) : mobilier (Noret 2002).
la transition du néolithique Moyen au néolithique Final dans le sud-est de la France
315
ces changements, il semble évident que cette hypothèse doit être
rejetée. Les assemblages de transitions montrent clairement une
évolution sur place de la culture néolithique à cette époque.
L’origine et les causes de ces mutations doivent donc être
recherchées au sein même de la culture chasséenne du Néo-
lithique moyen. L’ensemble de ces changements, nous l’avons
Fig. 11 : La Grange des Merveilles (Rochefort-du-Gard, Gard) : mobilier céramique (Monnet 2002).
olivier leMercier
316
dit, ne peut être imputable à un unique facteur externe puisque
c’est l’ensemble de la société qui semble changer en quelques
siècles. L’évolution environnementale pourrait cependant être
liée à ces mutations sociales et culturelles même si d’autres
causes doivent sans doute participer à cette mutation.
Le 4e millénaire est marqué par une péjoration climatique
plus ou moins importante qui peut être placée au moment du
début de la transition du Néolithique moyen au Néolithique
final (3700-3500) et qui se marquerait dans le sud-est par un
renforcement de l’humidité, des débordements du Rhône et
des avancées glaciaires dans les massifs (Magny ce volume).
Par ailleurs, les études conduites sur le lac de Chalain ont
montré la corrélation entre les refroidissements climatiques
et les brusques chutes de la démographie des villages lacustres
(Pétrequin 2005, Magny ce volume). Cependant, M. Magny in-
siste sur le danger à systématiser cet impact climatique sur les
sociétés néolithiques.
Si les observations environnementales sur le sud-est de la
France sont avérées, il est tout à fait possible qu’un renforcement
de l’humidité soit à l’origine de difficultés pour l’économie agri-
cole de la culture chasséenne. Et, parallèlement, le faible nombre
de sites actuellement connus pour cette période de transition
pourrait correspondre à un déclin démographique, alors que la
raréfaction de certains approvisionnements en matière première
pourrait traduire la disparition de certains réseaux d’échanges.
Si cette hypothèse, mécanique, peut être évoquée pour ex-
pliquer certaines observations, elle semble cependant insuffi-
sante pour l’ensemble des mutations de la période. L’évolution
interne de la culture chasséenne et des influx culturels externes
sont sans doute aussi à l’œuvre dans ce processus.
Fig. 12 : La Grange des Merveilles (Rochefort-du-Gard, Gard) : mobilier (Monnet 2002).
la transition du néolithique Moyen au néolithique Final dans le sud-est de la France
317
Le Néolithique moyen chasséen dans son millénaire de du-
rée et sa vaste géographie demeure méconnu dans le détail de
ses évolutions et faciès régionaux. Des essais de périodisation et
d’évolution ont cependant été proposés pour quelques régions
dans les dernières années et nombreux sont les spécialistes qui
aujourd’hui envisagent le Chasséen comme moins homogène
et figé qu’on ne le voyait autrefois. La précision des analyses
conduit aujourd’hui à observer des évolutions différentes se-
lon les régions de ce vaste ensemble culturel, même si celui-ci
conserve une certaine homogénéité à grande échelle. En parti-
culier, la variabilité des corpus céramiques a été relevée (Geor-
jon 2003) comme l’existence de groupes distincts relevée pour
la phase récente du Chasséen (Beeching 2002). Ainsi l’évolution
de la culture matérielle pourrait être amorcée dès le Chasséen
récent et non seulement dans la phase de transition elle-même.
Considérons finalement que certains de changements observés
à grande échelle entre Néolithique moyen et Néolithique final, ne
surviendront sans doute réellement qu’au début du Néolithique
final, à partir de 3300-3100, c’est le cas de la collectivisation réelle
des sépultures et de l’expansion des dolmens dans le Midi méditer-
ranéen, c’est le cas du développement du nombre d’objets métal-
liques puis de la métallurgie elle-même. Ces éléments sont liés
à des influx externes qui ne correspondent sans doute pas, encore
une fois, à d’importants phénomènes migratoires, mais plutôt à
des déplacements de personnes ou des groupes restreints et au dé-
veloppement de nouveaux réseaux de circulation, d’échanges… Ce
sont ces nouveaux réseaux et ces nouveaux influx qui vont achever
de transformer le panorama des sociétés néolithiques et rendre
extrêmement lisibles les différences entre Néolithique moyen et
Néolithique final. Mais ceux-ci n’interviennent donc que tardive-
ment par rapport au début de la mutation qui a affecté la culture
du Néolithique moyen, 400 ou 500 ans plus tôt.
etat des hypotheses et perspectives
Les transformations du Néolithique moyen au Néolithique
final sont très importantes mais elles s’effectuent probablement
sur un temps long. Nous souscrivons parfaitement à l’idée que
Fig. 13 : La Blaoute (Crillon-le-Brave, Vaucluse) : mobilier céramique (Buisson-Catil 1996).
olivier leMercier
318
la société du Chasséen porte « en elle-même des germes […]
qui ont pu causer l’éclatement qui semble se produire rapide-
ment au milieu du quatrième millénaire » (Jedikian 2002 : 97).
Le Néolithique moyen peut ainsi être conçu comme la fin de
la néolithisation de l’ouest européen avec l’achèvement de la
mise en place du système agro-pastoral en même temps qu’une
expansion territoriale importante des sociétés néolithiques qui
atteignent alors toutes les zones de confins. Dans ce « monde
plein », les indices de transformations sociales sont déjà très
nombreux : naissance de la monumentalisation, structuration
territoriale sans doute importante, développement de sociétés
normées par des codes culturels précis et développement pro-
bable des hiérarchisations.
L’impact des variations climatiques a pu être important
dans ce contexte probablement déjà favorable à la mutation.
La crise de 3700-3500 a ainsi pu être un facteur d’accélération
de ces changements, si ses conséquences sur l’économie agri-
cole ont été sensibles. Une baisse de la démographie au mi-
lieu du quatrième millénaire permettrait d’expliquer la relative
rareté des sites archéologiques connus pour cette période en
même temps que l’importance des transformations observées
sur quelques siècles. La diversité des réponses apportées à cette
crise par les petits groupes du « Néolithique récent », certains
restant dans la tradition antérieure, d’autres se transformant
de façon plus radicale expliquerait les observations qui peuvent
être faites, en même temps que la naissance des groupes régio-
naux du début du Néolithique final.
Ces transformations initiées dès le Néolithique moyen et
considérablement accélérées par une péjoration climatique et
une crise démographique, sont encore renforcées dans les der-
niers siècles du Néolithique final par d’autres facteurs d’origines
externe comme l’arrivée des premiers objets métalliques et de
nouvelles idées comme le grand mégalithisme et la sépulture col-
lective qui vont forgé les sociétés du Néolithique final du sud-est.
D’un point de vue plus théorique, la période de transition
qualifiée de « Néolithique récent » demeure très intéressante.
2500
2800
3400
3600
4000
4400
4600
4900
Néolithique moyen Néolithique final
3
2
1
2b
2a
1b
1a
PIEMONT
LOMBARDIE
LIGURIE
PROVENCE
CENTRE
OUEST
CAUSSES
CENTRE
EST
FOND
ANCIEN
PIEMONT
LOMBARDIE
PIEMONT
LIGURIE
PRE-CHASSEEN
DECORE
CHASSEEN
CLASSIQUE SAINT - UZE
ancien
récent
CHASSEEN récent RHODANIEN
TARDI-CHASSEEN PROTO-FERRIERES
FERRIERES
FONTBOUISSE
ancien
ancien
A
B
CD1
D2
E
Groupe
Groupe Groupe
Groupe
BRUYERES
ALLAN
FRAISCHAMP
COURONNIEN
BRUYERES
récent
CAMPANIFORME
BRONZE ANCIEN
RHONE -
OUVEZE
NEOLITHIQUE FINAL
RHODANO-ALPIN
?
?
?
COMPLEXE CHASSEEN
Fig. 14 : Position chronologique et relations possibles probables des ensembles culturels dans le bassin du Rhône moyen
au Néolithique moyen et final (Beeching 2002).
la transition du néolithique Moyen au néolithique Final dans le sud-est de la France
319
Languedoc occidental Languedoc oriental Vallée du Rhône Provence occidentale
3000
3100
3200
3300
3400
3500
3600
3700
3800
3900
4000
Néolithique finalNéolithique moyen
Traditions du Néolithique moyen Chasséen
Traditions du Néolithique final
3000
3100
3200
3300
3400
3500
3600
3700
3800
3900
4000
Néolithique
récent
CHASSEEN RECENT
type Auriac
type Toronde type Lattes
Groupe E
Groupe D2
type Trets
Saint-
Ponien
Verazien
ancien
?
Ferrières
ancien Allan ?
Fraischamp
Couronnien
Tardi-Chasséen Tardi-Chasséen Tardi-Chasséen
Avencas
Mort des ânes
Grange des
Merveilles
Le Duc
Les Juilléras
Proto-Ferrières
Goulard
Château Blanc
Les Ribauds
Bruyères ancien ?
Fig. 15 : Le midi de la France au quatrième millénaire av. J.-C. : tableau chronologique et culturel (Jedikian 2002).
Fig. 16 : Essai de périodisation du Néolithique moyen au Néolithique final dans le sud-est de la France.
3000
3100
3200
3300
3400
3500
3600
3700
3800
3900
4000
Languedoc occidental Languedoc oriental Provence occidentale Provence orientale
Vérazien Ancien
Saint-Ponien
Chasséen récent
type Toronde
Chasséen récent
type Auriac
Chasséo-Bizien
Ferrières ancien
Avencas
Chasséen récent
type Lattes
Chasséen récent
type Raffègues
Couronnien
Le Fraischamp
Néolithique récent
bas-rhodanien
Chasséen récent
type Trets
Remedello
Couronnien
Néolithique récent
indéterminé
Chasséen récent
type Trets
olivier leMercier
320
Elle concerne avant tout la culture matérielle et semble beau-
coup plus courte que l’ensemble des processus de transforma-
tions sociales qui vont s’étaler sur la durée du millénaire.
Au sein même de la transformation des cultures matérielles,
il est possible d’observer des variations de rythmes d’évolutions
entre les styles céramiques qui semblent évoluer rapidement et
les techniques de fabrication des outillages qui perdurent au-
delà de ces évolutions céramiques dans un premier temps.
Nous avons vu qu’il est possible, si l’on se fonde sur la seule
observation de la céramique, de distinguer au sein des assem-
blages de la transition, des séries qui appartiennent encore à la
tradition chasséenne et d’autres qui sont déjà de type néolithique
final. Cependant la césure n’est pas identique si l’on observe un
autre domaine comme l’industrie lithique ou osseuse. Du point
de vue de la seule céramique, le vocable de « Néolithique récent
» n’aurait donc sans doute pas de sens et il serait possible et rela-
tivement aisé de distribuer les assemblages entre Chasséen final
ou terminal… et début du Néolithique final. Mais cela donc uni-
quement concernant la céramique. Le vocable de « Néolithique
récent » que nous avions employé comme vocabulaire d’attente
lors des fouilles du TGV Méditerranée demeure ainsi sans doute
intéressant voire indispensable pour qualifier cette période de
transition relativement courte en temps radiocarbone mais riche
d’ensembles différents et d’évolutions particulières.
Souhaitons que ces quelques remarques soient rapidement
dépassées par la recherche. Ce rapide examen des données met
en lumière la nécessité d’une reprise d’un certain nombre des
séries attribuées au Néolithique récent et restées jusqu’alors
inédites ou trop peu étudiées. En même temps l’interprétation
de ces ensembles mobilier de transition ne pourra être valide
que dans le cadre d’une observation à une échelle plus large à
la fois chronologique afin d’envisager les transformations plus
profondes et plus lentes qui concernent la sphère du social
mais aussi géographique afin de chercher l’origine de certaines
nouveautés et de mieux comprendre l’évolution des réseaux de
circulations et d’échanges. Enfin, puisque selon les spécialistes
les mêmes transformations climatiques n’ont pas les mêmes
conséquences environnementales d’une région à l’autre, l’hypo-
thèse climatique, envisagée ici non comme la cause première
des transformations de la société mais comme un facteur d’ac-
célération ou d’aggravation, doit encore être validée régionale-
ment mais semble très intéressante.
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toire, Tome 32, p. 151-178.
... Plus nombreuses en Languedoc-Roussillon (Bordreuil 1998) qu'en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Sauzade 1998), leur recensement global s'élève à plusieurs milliers. Par contre, les données sur le traitement des morts dans la phase de transition entre le Néolithique moyen et final en France méridionale font défaut (Lemercier 2010a). Les questions liées à cette période et dans cette zone géographique sont donc multiples et débattues. ...
... Ce type de pratiques perdure au Néolithique final en complément ou en alternative aux sépultures collectives (Schmitt et al. 2017). Cet engouement pour le rassemblement des morts n'a pas été immédiat, il est lié à une mutation des sociétés qui s'est mise en place sur plusieurs siècles (Lemercier 2010a) et qui exprime le développement d'un caractère communautaire qu'il reste à définir (Chambon 2005). Avec la sépulture du tertre IV de Château-Blanc, la tombe de Collet-Redon pourrait être une illustration précoce de ce changement. ...
... Par conséquent, à ce jour, nous ne savons pas à quelles cultures archéologiques rattacher les premiers constructeurs et utilisateurs des sépultures collectives en Provence (Sargiano et D'Anna 2010). De plus, la caractérisation du mobilier céramique des sites du Néolithique récent et du début du Néolithique final provençal est toujours en cours d'élaboration (Lemercier 2010a, Cauliez 2011, Van Willigen et al. 2014. Elle est plus aboutie pour le Languedoc central et oriental, mais la chronologie entre Languedoc et Provence n'en demeure pas moins asynchrone . ...
... 7). Ce dernier semble avoir été utilisé comme armature de clayonnage dans le Puits 2, permettant la contention des parois, comme semble déjà été proposée pour la céramique (Lepère 2009 ; Lemercier 2010). Pour le lithique il semble que ce soit, entre autre, la présence ou non de nucléus lamellaires préformés en silex blond bédoulien pour un débitage par pression in situ qui permette une proposition d'insertion chronologique dans une phase ancienne ou récente de ce Néolithique.carbones ...
... 8). Cette évolution entre le Néolithique final et moyen a déjà été reconnue sur de nombreux gisements (Blaise 2009 ; Blaise et al. 2010). ...
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L'habitat de plein air de La Clairiere a La Roque-sur-Pernes (Vaucluse) est situe a 25 km a l'est d'Avignon sur la rive gauche du vallon du Fraischamp. Decouvert dans les annees 1940, ce site a fait l'objet de fouilles methodiques entre 1979 et 1986. Les recherches se sont concentrees dans une zone d'environ 100 m2 dont la physionomie est bien marquee; il s'agit d'une petite depression en pente vers le nord-est, limitee par un grand bloc effondre de la falaise. Les fouilles ont mis au jour des temoins de plusieurs occupations : Neolithique ancien (Cardial), Neolithique final, Chalcolithique (Campaniforme), Bronze ancien et Bronze final. La presente etude ne concerne que les occupations du Neolithique final datees de 2540 ± 120 BC et 2460 ± 150 BC, dont les vestiges sont les plus abondants. Les structures se rattachant a ces occupations se limitent a deux fosses et a une structure a double parement et n'ont pas permis, a ce stade de l'etude, de comprendre l'organisation et la place que ce secteur occupait dans l'habitat. En ce qui concerne le mobilier, si les industries lithiques et osseuses sont comparables a celles que l'on rencontre habituellement sur les sites provencaux du Neolithique final-Chalcolithique, la parure et surtout la ceramique ont des caracteristiques tres particulieres. Les formes et les decors ceramiques de ce site comportent a la fois des elements empruntes au fonds neolithique final provencal avec des traits plus marques rappelant davantage les styles ceramiques peu decores du nord du Vaucluse et du sud de la Drome, et egalement, de nombreux elements decoratifs empruntes a la culture de Ferrieres. Toutefois, ces influences assimilees et adaptees ont abouti a une production ceramique originale dont certains traits morphologiques et decoratifs se retrouvent dans d'autres sites vauclusiens nous amenant ainsi a distinguer un nouveau groupe stylistique : le groupe du Fraischamp.
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Le Néolithique récent du Languedoc central (i.e. en particulier le "Saint-ponien") a été jusqu'ici identifié la plupart du temps avec beaucoup de réticences, confondu avec des faciès pourtant pro parte diachrones, et in fine positionné de façon variable et imprécise dans les synopsis chronologiques du Néolithique languedocien. Pourtant ce Néolithique est parfaitement caractéristique. Il présente une industrie lithique abondante, possédant avec la flèche asymétrique un fossile-directeur spécifique, une riche industrie de l'os et du bois de cerf dans un environnement régional où lithique et industrie de l'os peuvent être indigents. Certains des objets en bois de cerf peuvent être tenus pour les objets réels des célèbres "objets" sculptés sur les statues-menhirs, que rien n'empêche de rapporter, au moins pro parte, à ce groupe. Dépourvu de métal, il est en outre bien défini chronologiquement (centré sur la deuxième moitié du IVe millénaire BC), stratigraphiquement entre Chasséen et Vérazien. Soulignons que le "Saintponien" possède une céramique reconnaissable à sa bonne qualité. Faisant l'objet d'une thèse, elle n'a pas été étudiée dans cet article. The Late Neolithic in central Languedoc (the "Saintponien" in particular) has until now mostly been identified with reserve, confused with diachronic facies and situated indistinctly in the chronological synopsis of the Languedocian Neolithic. However, this Neolithic is quite specific. It has a plentiful lithic industry, with an asymmetrical arrowhead which is the main diagnostic artefact, and a rich bone and antler industry, in a regional environment where lithic and bone industries are sometimes lacking. Some antler artefacts could be interpreted as the "objects" depicted on the statue-menhirs, since nothing prevents the latter being attributed, at least in part, to this group. Without metal, the group is welldefined chronologically (around the second half of the 4th millennium BC), stratigraphically situated between the Chassey and Véraza cultures. We wish to point out that the "Saintponien" has a typical, good-quality pottery, which has not been studied in this article because it is currently the subject of a thesis.
) : Il declino del mondo neolitico. Ricerche in Italia centro-settentrionale fra aspetti peninsulari
  • P Ambert
Ambert 2003 : P. Ambert, Défense et illustration du Néolithique récent du Languedoc central, plus particulièrement celui de la région Saint-Pons-Lodève, Bulletin de la Société Préhistorique Française, Tome 100, n°2, 2003, p. 357-374. Arnal 1953 : J. Arnal, La structure du Néolithique français d'après les récentes stratigraphies, Zephyrus, IV, p. 311-344. Bailloud 1970 : G. Bailloud, Du Néolithique récent au début de l'âge du Bronze, in : Guilaine J. (Dir.) : Les Civilisations néolithiques du Midi de la France, Actes du Colloque de Narbonne, 1970, Carcassonne, Laboratoire de Préhistoire et de Palethnologie, p. 89-93. Beeching 2002 : A. Beeching, La fin du Chasséen et le Néolithique final dans le bassin du Rhône moyen, in Ferrari A., Visentini P. (Dir.) : Il declino del mondo neolitico. Ricerche in Italia centro-settentrionale fra aspetti peninsulari, occidentali e nord-alpini, Atti del Convegno Pordenone 5-7 aprile 2001, Pordenone : Museo delle Scienze, 2002, p. 67-83. (Quaderni del Museo Archeologico del Friuli occidentale, 4).
Les industries de pierre taillée néolithiques en Languedoc occidental. Nature et évolution des outillages entre le 6e et le 3e millénaires av
  • F Briois
Briois 2005 : F. Briois, Les industries de pierre taillée néolithiques en Languedoc occidental. Nature et évolution des outillages entre le 6e et le 3e millénaires av. J.-C., Lattes : Publications de l'UMR 154, ADAL, 2005, 341 p. (Monographies d'Archéologie Méditerranéenne, 20).
Le groupe de Véraza et la fin des temps néolithiques dans le sud de la France et en Catalogne
  • Le Néolithique Final En Provence
D'anna 1995b : A. D'anna, Le Néolithique final en Provence. in : Voruz J.L. (Dir) : Chronologies néolithiques : de 6000 à 2000 avant notre ère dans le Bassin Rhodanien, Actes des Rencontres néolithiques Rhône-Alpes, Ambérieu-en-Bugey, septembre 1992, Université de Genève et Société Préhistorique Rhodanienne, Editions de la Société Préhistorique Rhodanienne, Ambérieu-en-Bugey, 1995, p. 265-286. (Document du Département d'Anthropologie et d'Ecologie de l'Université de Genève, 20) D'Anna 2004 : A. D'Anna, S. Renault, Stèles anthropomorphes néolithiques de Provence. Catalogue du Musée Calvet d'Avignon, Avignon : Etablissement Public Calvet, 2004, 96 p. Escalon 1954 : M. Escalon de Fonton, Tour d'horizon de la préhistoire provençale, Bulletin de la Société préhistorique française, 51, p. 81-96. Escalon 1955 : M. Escalon de Fonton M. (1955)-Nouvelles vues sur la chronologie du Néo-énéolithique, Provence Historique, tome V, p. 97-102. Gasco 1980 : J. Gasco, Un habitat de plein air au Néolithique récent : La Mort des Ânes (Villeneuve-les-Maguelonne, Hérault), in : Guilaine J. (Dir.) : Le groupe de Véraza et la fin des temps néolithiques dans le sud de la France et en Catalogne, Toulouse, Editions du CNRS, p. 177-191. Georjon 2003 : C. Georjon, Chronologie, variabilité et phénomènes de récurrence dans les corpus céramiques chasséens de la basse vallée du Lez (Hérault), in : Gasco J., Gutherz X., de Labriffe P.-A. (Dir.) : Temps et Espaces culturels du 6° au 2° millénaire en France du sud, Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, IVe session, Nîmes, 28-29 octobre 2000, Lattes : UMR 154, 2003, p. 115-134. (Monographies d'Archéologie Méditerranéenne, 15).
Le groupe de Véraza et la fin des temps néolithiques dans le sud de la France et en Catalogne
  • Laboratoire Carcassonne
  • De Préhistoire
  • De Palethnologie
Guilaine 1970 : J. Guilaine, Les Civilisations néolithiques du Midi de la France, Actes du Colloque de Narbonne, 1970, Carcassonne, Laboratoire de Préhistoire et de Palethnologie, 133 p. Guilaine 1976 : J. Guilaine, J.-L. Roudil, Les civilisations néolithiques en Languedoc, in : Guilaine J. (Dir.) : Les civilisations néolithiques et protohistoriques de la France, La Préhistoire Française, tome II, Paris, CNRS, p. 267-291. Guilaine 1980 : J. Guilaine, Le groupe de Véraza et la fin des temps néolithiques dans le sud de la France et en Catalogne, Toulouse, Editions du CNRS, 296 p. Gutherz 1980 : X. Gutherz, Les productions céramiques de l'Avencas (Brissac-Hérault) dans leur contexte régional du Néolithique récent. in : Guilaine J. (Dir.) : Le groupe de Véraza et la fin des temps néolithiques dans le sud de la France et la Catalogne, Actes du colloque de Narbonne, 1977, CNRS, Paris, 1980, p. 192-199. Hasler 1998 : A. Hasler, P. Chevillot, H. Collet, C. Durand, S.