Avian infectious bronchitis disease in Tunisia: seroprevalence, pathogenicity and compatibility studies of vaccine-field isolates
ABSTRACT A sero-epidemiological study was carried out on 5660 sera collected, between 2006 and 2008, from different flocks in different regions of the country. The ELISA results showed low levels of antibodies indicating vaccination failures. 45 to 69% of the flocks showed positive levels of antibodies and only 5 to 15% of these were protected. The pathogenicity studies of the Tunisian field isolates TN20/00 and TN335/01 demonstrated high clinical and lesion scores indicating the pathogenic effect of the two isolates. The challenge experiments conducted to evaluate the cross-protection between the H120 vaccine and the field isolates showed low protection rate, especially against the TN20/00 virus. The overall results allowed the determination of the pathogenic nature of the field isolates and a vaccination program based on the use of the only Massachusetts H120 strain did not reduce tracheal and kidney lesions. To better control the disease, adapting the vaccination program by using vaccine allowing better protection against variant strains, is recommended.
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LA BRONCHITE INFECTIEUSE AVIAIRE EN TUNISIE :
SEROPREVALENCE, PATHOGENICITE ET ETUDE DE
COMPATIBILITE VACCIN-ISOLATS
H. BOUROGAA 1, K. MILED 1, I. LARBI 1, J. NSIRI 1, L. GRIBAA 1, I. EL BEHI 1,
W. BEN RHOUMA 1, F. ALLAGUI 1, H. SASSI 1 ET A. GHRAM 1*
Laboratoire de Recherche de Microbiologie Vétérinaire, Institut Pasteur de Tunis, 13 place Pasteur, BP 74 1002 Tunis-Belvédère,
Tunisie.
1
* Auteur Correspondant : E-mail : abdeljelil.ghram@pasteur.rns.tn
RESUME
Une étude séro-épidémiologique a concerné un
échantillon de 5660 sérums de poulets de tout âge,
provenant de régions à forte concentration avico-
le, collectés pendant les années 2006 à 2008. Les
résultats du test ELISA permettant la détection des
anticorps sériques anti-virus de la bronchite infec-
tieuse, indiquent une mauvaise prise en charge de
la vaccination dans nos élevages avicoles se tra-
duisant par de faibles réponses ne permettant pas
d’assurer une protection efficace contre des virus
virulents en circulation. 45 à 69% des élevages
montrent une réponse vaccinale positive ; et seuls 5
à 15% de ces élevages sont protégés.
L’étude de pathogénicité des isolats tunisiens
TN20/00 et TN335/01 confirment la sévérité de leur
pouvoir pathogène avec des scores cliniques et
lésionnels assez élevés.
L’évaluation de la capacité du vaccin Massachusetts
H120 à protéger les oiseaux contre ces isolats,
démontre le faible niveau de la protection conférée
par le vaccin, en particulier vis-à-vis de l’isolat
TN20/00. Enfin, ces différents résultats permettent
de déterminer la pathogénicité des souches virales
en circulation dans les élevages et de choisir le(s)
vaccin(s) à utiliser pour mieux maitriser cette
pathologie grave.
Mots clés: Aviaire, bronchite infectieuse, séropré-
valence, pathogénicité, isolats tunisiens, protection
vaccinale.
ABSTRACT
A sero-epidemiological study was carried out on
5660 sera collected, between 2006 and 2008, from
different flocks in different regions of the country.
The ELISA results showed low levels of antibodies
indicating vaccination failures. 45 to 69% of the
flocks showed positive levels of antibodies and only
5 to 15% of these were protected.
The pathogenicity studies of the Tunisian field isola-
tes TN20/00 and TN335/01 demonstrated high clini-
cal and lesion scores indicating the pathogenic
effect of the two isolates.
The challenge experiments conducted to evaluate
the cross- protection between the H120 vaccine and
the field isolates showed low protection rate, espe-
cially against the TN20/00 virus.
The overall results allowed the determination of the
pathogenic nature of the field isolates and a vacci-
nation program based on the use of the only
Massachusetts H120 strain did not reduce tracheal
and kidney lesions. To better control the disease,
adapting the vaccination program by using vacci-
ne allowing better protection against variant
strains, is recommended.
Key words: Avian, infectious bronchitis, seropre-
valence, pathogenicity, tunisian isolates, vaccine
protection.
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Archs. Inst. Pasteur Tunis, 2009
LA BRONCHITE INFECTIEUSE AVIAIRE EN TUNISIE.
INTRODUCTION
La bronchite infectieuse aviaire (BI) a été décrite
pour la première fois aux Etats-Unis d’Amérique
(USA) dans les années trente en tant que maladie
aiguë touchant en particulier les jeunes poulets 1 et
depuis, elle est décrite dans toutes les régions où
l’élevage avicole est développé.
Le virus responsable est un membre du genre
Coronavirus, de la famille des Coronaviridae et de
l’ordre des Nidovirales 2. C’est un virus non segmenté,
de polarité positive, avec un génome comprenant un
simple brin d’ARN de 32 Kb 3. Il est composé de 4
protéines de structure, une glycoprotéine de surface
S clivée en S1 et S2, une glycoprotéine transmembra-
naire M, une petite protéine de l’enveloppe E et une
protéine N associée à l’ARN viral formant la nucléo-
capside 4, 5, 6.
Le virus de la BI (VBI) affecte les poulets de tout âge
qui, avec les faisans et les pintades, sont les seules
espèces connues, infectées naturellement.
La maladie se présente sous différentes formes clini-
ques, principalement un syndrome respiratoire.
L’infection de l’oviducte peut provoquer des lésions
irréversibles chez les poussins de poulettes. Chez les
oiseaux plus âgés, on observe un arrêt de la ponte
avec la production d’œufs à coquille mince ou défor-
mée et décolorée. La BI peut provoquer des troubles
rénaux avec des néphrites aiguës, une urolithiase, et
une mortalité 7.
Bien que les virus aviaires causent des dommages
considérables au secteur avicole, les données sur la
prévalence de la majorité de ces virus sont insuffisan-
tes.
Les quelques travaux réalisés en Tunisie ont montré
des taux d’infection très élevés aussi bien chez les
poulets de chair que chez les reproductrices 8, 9.
Malgré la vaccination des élevages industriels contre
cette maladie, les pathologies à syndrome respiratoi-
re, génital et/ou rénal chez les poulets, restent cou-
rantes et sont à l’origine de pertes économiques
importantes liées aux taux de mortalité, pouvant aller
jusqu’à 30%, et de chutes de ponte.
Le manque de données épidémio-cliniques relatives à
la nature des souches virales en circulation ainsi que
la protection conférée par le seul vaccin de type
Massachussetts utilisé, constituent un facteur limitant
quant à la maîtrise de la maladie.
Le développement assez important du secteur avicole,
associé aux échanges commerciaux, rend obligatoire
l’instauration d’un programme de surveillance bien
adapté, permettant à la fois le diagnostic rapide et
précis de la BI, le typage du virus, le suivi de son
évolution sur le terrain et le choix de vaccins et de
programmes de prophylaxie appropriés.
C’est dans cette optique que nous avons développé
un programme de travail visant aussi bien l’étude
épidémiologique de la maladie que l’isolement, l’iden-
tification et la caractérisation moléculaire des virus en
circulation dans les élevages à problèmes. Ces études
ont permis de caractériser trois nouveaux sérotypes
variants 10.
Dans ce travail, nous avons réalisé une étude séro-
épidémiologique, à large échelle et sur trois années
consécutives, ayant concerné une collection de
sérums provenant d’élevages de poulets industriels
de différentes régions de la Tunisie. Parallèlement,
des essais expérimentaux sur des poulets ont été
réalisés pour évaluer le degré de virulence des isolats
tunisiens et le niveau de protection conférée par le
virus vaccinal H120 vis-à-vis de ces isolats 10. Une cor-
rélation entre les résultats de ces deux essais est
effectuée afin de discuter la nature et le choix des
vaccins à utiliser.
MATERIEL ET METHODES
EtudE séro-épidémiologiquE
• Régions et élevages
Un échantillon représentatif portant sur des éleva-
ges de poulets de chair est effectué dans sept
régions écologiquement différentes de la Tunisie,
incluant 3 régions du nord, 3 du centre et une du
sud. Le nombre d’élevages par région est déterminé
par un tirage au sort parmi les élevages recensés
suite à trois programmes nationaux de vaccination
(PN1, PN2 et PN3). Un total de 287 élevages, répartis
sur les localités considérées et sur trois années
consécutives, de 2006 à 2008, a fait l’objet de cette
enquête (Tableau I).
• Prélèvements
Dans chaque élevage, nous avons fait 20 prélève-
ments de sang total, acheminés dans les 48 heures
au laboratoire, sous régime du froid. Chaque prélè-
vement est accompagné d’une fiche de renseigne-
ments concernant l’élevage, l’âge des oiseaux, les
antécédents pathologiques ainsi que le programme
de vaccination et les vaccins utilisés.
• Analyse sérologique
Un kit ELISA de commerce (Synbiotics ProFlock kit,
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H. BoURogAA ET CoLL.
HIPRA, S.A., ESPAgNE) a été utilisé selon les recom-
mandations du fournisseur.
• Protocole expérimental
- Pathogénicité des isolats
Pour évaluer le pouvoir pathogène des deux isolats,
dix poussins EoPS d’un jour d’âge, sont placés dans
l’isolateur et reçoivent, par voie oculo-nasale à l’âge
de 21 jours, 103 DIE50 (Dose infectieuse embryon-
naire) de l’isolat considéré dans un volume de 100µl.
Un lot non inoculé est inclus comme témoin négatif.
Les oiseaux sont observés quotidiennement, pen-
dant 7 jours, à la recherche de tout signe clinique ou
d’une mortalité. Des prises de sang sont effectuées à
l’âge de 1, 7, 14, 21 et 28 jours pour la mise en évi-
dence d’anticorps spécifiques anti VBI par le test
ELISA.
A 28 jours d’âge, les animaux sont autopsiés et exa-
minés à la recherche de lésions spécifiques.
- Etude de compatibilité vaccin- isolat
Pour étudier la protection conférée par le vaccin
H120 vis-à-vis de chaque isolat, 40 poussins EoPS
d’un jour d’âge sont divisés en groupes de 10 (A, B,
C et D) (Tableau II). Les poussins des groupes B et
C sont vaccinés à l’âge de 3 jours, par voie oculo-
nasale, avec une dose de 103 DIE50 du vaccin H120;
ceux des groupes A et D ne reçoivent pas de vaccin.
A 21 jours d’âge, les poussins des groupes A (non
vaccinés) et B (vaccinés) sont éprouvés en recevant,
par voie oculo-nasale, la dose de 103 DIE50 par pous-
sin de l’isolat considéré.
Les poussins vaccinés et non éprouvés du groupe C,
sont utilisés comme témoin pour le contrôle de la
vaccination, alors que ceux du groupe D servent
comme contrôles négatifs en tant que non vaccinés
et non éprouvés.
FRANCE) est utilisé pour la détection des anticorps
spécifiques dirigés contre le VBI dans les sérums
prélevés, selon les recommandations du fournisseur.
A partir des valeurs S/P, les titres sériques en anti-
corps ainsi que les coefficients de variation (CV) sont
déterminés, après validation des résultats obtenus.
L’interprétation des résultats est faite en tenant
compte du seuil de positivité fixé à 165, selon les
spécifications du kit :
- 165 < titre < 3000, élevage positif mais non pro-
tégé
- 3000 < titre ≤ 10000, élevage positif et protégé
- Titre ≥ 10000 indiquant un passage viral sauvage.
EtudE dE pathogénicité
Et dE compatibilité
• Animaux et hébergement
Des poussins exempts d’organismes pathogènes
spécifiques (EoPS), d’un jour d’âge, ont été utilisés
pour réaliser les études de pathogénicité des isolats
de terrain et de leur compatibilité vis -à- vis du vac-
cin H120. Les poussins sont répartis, au hasard, en
groupes et hébergés dans des isolateurs (Isolator
Mark I, Cis Inc., USA).
• Souches virales
Deux isolats du terrain tunisien 10 (TN20/00 et
TN335/01), identifiés en tant que virus variants de la
bronchite infectieuse sur le plan de leur génotype et
de leur sérotype, sont utilisés, au cours des essais 1
et 2, pour étudier aussi bien leur pathogénicité sur
animaux que leur compatibilité vis-à-vis de la souche
vaccinale H120. Ce sont des virus isolés et identifiés
à partir de poulets de chair présentant des signes
respiratoires associés à une néphrite sévère. Les
virus sont titrés et conservés à -70°C.
Le vaccin H120 à virus vivant atténué (Bronipra-1,
Tableau I: Nombre d’élevages étudiés et leur distribution géographique
Nombre d’élevages considérés par année
2006 (PN1)* 2007 (PN2)*
1010
137
22 18
10 10
1315
109
1917
9786
Gouvernorat
Zaghouan
Bizerte
Nabeul
Sousse
Mahdia
Kairouan
Sfax
Total
* PN : Programme National
2008 (PN3)*
13
13
19
10
17
10
22
104
Total
33
33
59
30
45
29
58
287
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Archs. Inst. Pasteur Tunis, 2009
LA BRONCHITE INFECTIEUSE AVIAIRE EN TUNISIE.
Les oiseaux sont mis en observation pour tout signe
de maladie (abattement, anorexie, signes respiratoi-
res) pendant toute la période de l’essai; un score
clinique allant de 0 à 3 est attribué pour évaluer la
sévérité de la maladie. Au 7ème jour post-épreuve, les
poulets des 4 groupes sont sacrifiés, des autopsies
sont effectuées et les lésions observées sont enre-
gistrées.
Des prises de sang sont effectuées au 1er, 14ème, 21ème
et 28ème jour d’âge sur tous les poulets ; les sérums
récoltés sont centrifugés à 1500 rpm pendant 15 min
à température ambiante et servent à la détection des
anticorps anti VBI par le test ELISA.
Des prélèvements de trachées, de poumons, de
rates, de reins et d’amygdales caecales sont collectés
dans des tubes stériles, lavés au PBS (Phosphate
buffered saline solution) et transportés au labora-
toire pour le ré-isolement du virus d’épreuve par
inoculation aux œufs embryonnés de poules EoPS,
suivi du test d’hémagglutination. Un score lésionnel
allant de 0 (absence de lésions) à 3 (présence de
lésions rénales) est accordé pour évaluer la protec-
tion conférée par le vaccin administré
RESULTATS
• Séroprévalence
Le programme national de vaccination (PN) recom-
mande une vaccination à la mise en place (1-3 jours),
suivie d’un rappel trois semaines après, avec le vaccin
à virus vivant atténué H120 du sérotype classique
Massachussetts, par nébulisation ou dans l’eau de
boisson.
Au vu des fiches de commémoratifs accompagnant
les prélèvements, il apparaît que le programme
recommandé n’est pas suivi par la plupart des éle-
veurs. Seulement 32, 60 et 50 % des éleveurs ont
appliqué un tel programme, respectivement, en
2006, 2007 et 2008 (Tableau III).
Les données cliniques collectées se caractérisent,
essentiellement, par l’apparition chez les jeunes de
2 à 3 semaines d’âge (i) de signes respiratoires avec
toux, râles, écoulement nasal séro-muqueux et
conjonctivite séreuse (ii) de signes digestifs et
diarrhées (iii) et de mortalité allant de 3 à 20%
dans les régions de Zaghouan, Sousse et Nabeul,
en particulier.
Les pourcentages d’animaux présentant des titres
sériques positifs ou protecteurs sont présentés dans
le tableau III.
Ainsi, au cours du Programme national 1 (PN1)
(2006), la séroprévalence est de 45%, alors que le
pourcentage des élevages protégés n’est que de 5%.
En 2007 (PN2) et en 2008 (PN3), les taux de positivité
dans les élevages ont passé à environ 69% et les
pourcentages d’élevages protégés ont atteint, respec-
tivement, 15 et 9%. Seuls les élevages des régions de
Zaghouan, Mahdia et Sfax présentent des titres séri-
ques protecteurs avec des taux de séroprévalence
respectifs de 62, 88 et 87% en 2008 (Tableau III,
Figure 1).
De plus, les titres sériques obtenus montrent une très
grande hétérogénéité avec des coefficients de varia-
tion (CV) dépassant de loin les 50%. Ainsi, on note
que parmi les 83 élevages testés au cours du PN2,
seulement 3 élevages ont présenté des CV< 50%
traduisant une réponse immunitaire homogène.
Tableau II: Protocole des épreuves virales et de compatibilité vaccin H120- isolats.
Début j1-3
Vaccination
A
10 Ps
- Eprouvé
Groupe Attribut
j21
Epreuve virale
- P.S
- S.C
- Pesée
- Epreuve virale***
- P.S
- S.C
- Epreuve virale***
Fin j28
Autopsie
- P.S
- S.C
- Pesée
- Autopsie
- P.S
- S.C
- Pesée
- Autopsie
- P.S
- S.C
- Pesée
- Autopsie
- P.S
- S.C
- Pesée
- Autopsie
- Non vacciné
- P.S
- P.S*
- S.C**
B
10 Ps
- Vacciné
- Eprouvé
- P.S
- Vacciné H120
- P.S
- S.C
C
10 Ps
- Vacciné
- Non éprouvé
- P.S
- Vacciné H120
- P.S
- S.C
- P.S
- S.C
- Pesée
D
10
- Non vacciné
- Non éprouvé
- P.S
- P.S
- S.C
- P.S
- S.C
- Pesée
* P.S : prise de sang ; ** : S.C : suivi clinique ; *** : le virus de l’épreuve est soit TN20/00 dans l’essai 1; TN335/01 dans l’essai 2.
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H. BoURogAA ET CoLL.
Les élevages présentant un titre sérique supérieur à
10 000 seraient probablement infectés par un virus
sauvage circulant (Figure 2).
• Etude de pathogénicité
Les résultats de la pathogénicité des isolats tuni-
siens TN20/00 et TN335/01 sont présentés dans le
tableau IV.
Sur le plan clinique, des signes de maladie caractéri-
sés par un abattement, une inappétence et des diffi-
cultés respiratoires avec un jetage nasal et un lar-
moiement, apparaissent à partir du 5ème jour post-
inoculation. Des mortalités respectives de 10 à 50%
sont enregistrées suite à l’administration des isolats
TN335/01 (essai 2) et TN20/00 (essai 1) et des scores
cliniques de 1 à 3 sont généralement notés.
A l’autopsie, des lésions spécifiques sont observées,
essentiellement au niveau des reins et des tractus
respiratoire et digestif. Elles se caractérisent par une
trachéite parfois hémorragique, des poumons
congestionnés et/ou hémorragiques, des intestins et
des amygdales caecales congestionnés et des néphri-
tes aiguës avec une hypertrophie des lobes rénaux
accompagnée parfois de dépôts d’urates au niveau
des uretères, chez certains poulets (Figure 3). Des
scores lésionnels de niveau 2 à 3 sont notés chez les
oiseaux autopsiés.
Figure 1. Evolution des taux de positivité et de protection
au cours des PN1, PN2 et PN3.
Tableau III: Etude de la séroprévalence : Pourcentages d’élevages protégés en fonction des années.
Année
Gouvernorat
2006 (PN1)2007 (PN2) 2008 (PN3)
%
élevages
vaccinés
% positifs
(titre>
165)*
% protégés
(3000<
titre<10000)*
% élevages
vaccinés
% positifs* %
protégés*
% élevages
vaccinés
%
positifs*
%
protégés*
Zaghouan
Bizerte
Nabeul
Sousse
Mahdia
Kairouan
Sfax
NM**100 20501090 628
NM38.58100 57 14 NM460
77 414 .5 727216.5 84 68.50
34671130 7512.5 60900
54 84.602780 26.5 NM88 29.5
60 401066 75 12.520 400
NM
32
31.6
45
0
5
100
60
70.5
69
12
15
100
50
87
69
23
9% global
* : Idem pour les années ; **NM : Non mentionné.
Figure 2. Taux d’exploitations éventuellement infectées.
Figure 3. Lésions induites par la souche TN20/00 :
trachéite hémorragique ; (B) néphrite aiguë avec reins
pâles et accumulation d’urates au niveau des uretères.
A
B
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Archs. Inst. Pasteur Tunis, 2009
LA BRONCHITE INFECTIEUSE AVIAIRE EN TUNISIE.
Sur le plan de la réponse humorale, tous les poulets
présentent des taux d’anticorps maternels anti-VBI
assez bas et qui s’annulent rapidement vers la 3ème
semaine pour s’accroître ensuite vers la 4ème semaine
d’âge.
• Etude de compatibilité vaccin-isolats
Les résultats de l’essai d’évaluation de l’efficacité du
vaccin H120 vis-à-vis des deux isolats de terrain, sont
présentés dans le tableau IV.
L’inoculation de broyats de trachées ou de reins aux
œufs embryonnés SPF, a permis le ré-isolement du
virus d’épreuve à partir des organes des poulets
non vaccinés et éprouvés (Tableau IV).
Les résultats des analyses sérologiques par ELISA
montrent la disparition progressive des anticorps
maternels anti VBI dont les titres s’annulent vers la
2ème semaine. Les anticorps post-vaccinaux appa-
raissent progressivement à partir du 28ème jour chez
les vaccinés non éprouvés; cette augmentation des
titres est plus importante chez les oiseaux vaccinés
et éprouvés. Les groupes des contrôles non vacci-
nés non éprouvés et ceux non vaccinés éprouvés ne
montrent pas de réponse sérique significative.
Sur le plan clinique, on note l’absence de signes
cliniques chez les poulets vaccinés et non éprouvés
(lot contrôle de vaccination). Les groupes vaccinés
et éprouvés montrent des signes respiratoires plus
sévères (score 1-3) suite à l’administration du virus
TN20/00 que celle du virus TN335/01 (score 1)
(Tableau IV).
A l’autopsie, au 10ème jour post épreuve, des lésions
spécifiques sévères (score 3) sont constatées chez
90% des poulets vaccinés recevant le virus d’épreu-
ve TN20/00 et chez 80% des poulets vaccinés et
éprouvés avec l’isolat TN335/01. Une mortalité de 10
à 20% est observée, respectivement, chez les pou-
lets vaccinés et éprouvés avec les isolats TN335/01
ou TN20/00. Les oiseaux des autres groupes n’ont
pas montré de signes particuliers liés à la vaccina-
tion (Tableau IV).
DISCUSSION
Séroprévalence
Les résultats de l’enquête séro-épidémiologique
montrent le non respect par la plupart des éleveurs
du programme de vaccination recommandé ; seuls
32% en PN1, 60% en PN2 et 50% en PN3 d’entre eux
pratiquent une ou deux vaccinations. Ceci signifie
que la moyenne des élevages vaccinés au cours de
ces trois programmes est de 47% et les 53% qui res-
tent ne respectent pas ce programme, voire même
qu’ils ne vaccinent pas du tout.
Ainsi, les titres sériques en anticorps anti VBI obser-
vés sont souvent assez faibles et non protecteurs ; 5 à
15% des élevages montrant des titres protecteurs.
Les coefficients de variation (CV) observés sont très
élevés dénotant une grande hétérogénéité des répon-
ses humorales à la vaccination.
La réponse vaccinale observée au cours des trois
campagnes PN1, PN2 et PN3, est caractérisée par : (i)
Une variation importante des taux d’anticorps chez
Tableau IV : Etude de compatibilité : Protocole, observations cliniques et scores lésionnels.
Protocole
d’essais
Groupe a Vaccination
Virus
du challenge
Animaux avec
signes cliniques
et score clinique b
1/10 (score 1)
5/10 (score 3)
Mortalité
Animaux avec
lésions et
score lésionnel c
2/10 (score 2)
8/10 (score 3)
1/10 (score 2)
9/10 (score 3)
2/10 (score 2)
Ré-isolement
viral
Essai 1
A NonTN20/00 5/10+
B H120TN20/009/10 (score 1-3)2/10--
CH120 Non0/10 0/10--
D NonNon 0/10
2/10 (score 1)
1/10 (score 3)
0/100/10
5/10 (score 2)
4/10 (score 3)
2/10 (score 2)
8/10 (score 3)
3/10 (score 2)
--
Essai 2
A NonTN335/011/10+
B H120 TN335/01 1/10 (score 1)1/10 --
CH120Non 0/100/10 --
DNon Non0/10 0/100/10--
a: A : non vacciné-éprouvé ; B : vacciné-éprouvé, C : vacciné-non éprouvé (contrôle vaccination) ; D : non vacciné-non éprouvé (témoin négatif) ;
b: score 1 : abattement, inappétence ; score 2 : toux, jetage, éternuement ; score 3, signes respiratoires sévères, mortalité ;
c: score 1, trachéite séreuse ; score 2 : inflammation des poumons ; score 3 : lésions rénales.
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H. BoURogAA ET CoLL.
les oiseaux des régions de Kairouan, Bizerte, Nabeul
et Mahdia et une évolution progressive de cette
réponse en fonction des années, particulièrement
dans les régions de Zaghouan, Sousse et Sfax.
(ii) Le niveau global de protection constaté reste
très bas avec des taux respectifs de 5% (PN1), 15%
(PN2) et 9% (PN3) (Figure 1). (iii)L’âge des poulets
présentant des taux d’anticorps anti VBI positifs est
compris entre 19 et 52j. (iV) Certains élevages (n=5)
des régions de Nabeul, Sousse, Mahdia et Sfax ont
montré des réponses très élevées en anticorps anti
VBI, indiquant peut- être des infections par des virus
pathogènes (Titres > 10000). Les taux d’une éven-
tuelle infection dans ces élevages se situeraient
entre 6 et 13% chez des poulets de 24- 46j d’âge.
Ces résultats indiquent une mauvaise protection
conférée par le vaccin utilisé, pouvant être liée à des
échecs de vaccination et/ou à la présence éventuelle
de virus pathogènes dans ces élevages.
Les échecs de vaccination peuvent être liés à plu-
sieurs facteurs dont : (i) le non respect de la date de
vaccination, de la voie et/ou de la dose vaccinale 11, 12;
(ii) la mauvaise gestion des vaccins lors du trans-
port, de conservation et/ou de la préparation et de
l’administration ; (iii) le choix du vaccin utilisé, en
l’occurrence la souche vaccinale H120, qui ne peut
être efficace vis-à-vis de tous les virus sauvages en
circulation qui peuvent appartenir à un génotype et /
ou un sérotype différents.
Cavanagh et al. 13 ont montré qu’en général 10% des
poulets vaccinés ne présentent pas de réponse
protectrice contre une infection par une souche
virulente homologue. L’hétérogénéité des réponses
est d’autant plus marquée qu’il s’agit de souches
virulentes hétérologues, en particulier de virus
variants.
Pathogénicité
Les études de pathogénicité des isolats de terrain et
l’évaluation de l’efficacité du vaccin H120, montrent
que la souche vaccinale H120, administrée seule, ne
protège pas de façon adéquate contre certains
variants viraux en circulation, d’où les mauvaises
performances observées dans certains élevages.
En effet, l’étude du pouvoir pathogène des isolats
TN20/00 et TN335/01, reconnus très différents, sur
les plans de leur génotype et de leur sérotype, de la
souche vaccinale H120, utilisée de façon exclusive
dans nos élevages 10, confirme le degré de virulence
des deux isolats testés en se basant sur les signes
cliniques, les lésions macroscopiques et les mortalités
constatées 14.
La comparaison du pouvoir pathogène des deux iso-
lats TN20/00 et TN335/01 indique que le variant
TN20/00 semble plus virulent que le variant TN335/01.
Les scores cliniques et lésionnels ainsi que les taux
de mortalité observés sont nettement supérieurs
pour TN20/00 que pour TN335/01.
En effet, à l’autopsie, le virus TN20/00 entraîne, en
plus des lésions du tractus respiratoire, des lésions
rénales sévères associées à des néphrites aiguës
caractérisées par une hypertrophie et une accumula-
tion d’urates au niveau des uretères. Les cas de
néphrites sont enregistrés chez 70% des oiseaux
infectés.
Par comparaison aux données rapportées par Abdel-
Moneim. 15, Purcell et al. 16, Albassam et al. 17 et
Lambrechts et al. 18, l’isolat TN20/00 s’avère avoir un
effet néphro-pathogène, associé à son pouvoir
pathogène respiratoire.
La présence de pétéchies et/ou de congestion au
niveau du larynx, du thymus, des poumons ou du
foie, totalement décoloré chez les poulets morts,
suite à l’infection expérimentale avec les deux isolats
TN20/00 et TN335/01, témoignent de la présence du
VBI dans ces organes comme il a été décrit par
Cumming 19 et Abdel-Moneim 20.
Evaluation de l’efficacité du vaccin H120
L’évaluation de l’efficacité du protocole vaccinal utili-
sant la souche H120, suivi d’une épreuve virulente,
se base sur les observations cliniques et lésionnelles,
la sérologie et les résultats virologiques de ré-isole-
ment du virus.
Sur le plan pratique, l’absence de signes cliniques de
bronchite chez au moins 80% des oiseaux éprouvés
et l’impossibilité de ré-isoler le virus à partir de la
trachée, du rein ou de l’oviducte 4 à 5 jours après
infection, indiquent une protection vaccinale effica-
ce contre une infection avec un virus pathogène 21, 22,
23, 24.
Nos résultats montrent que les scores cliniques sont
plus nets au cours de l’épreuve avec l’isolat TN20/00
qu’avec l’isolat TN335/01. Ceci signifie que le groupe
éprouvé par le virus TN335/01 est cliniquement
protégé contre l’infection, par conséquent, la vacci-
nation à 3 jours d’âge avec le vaccin H120 a permis
de réduire l’expression clinique liée au virus
TN335/01 mais pas contre l’épreuve avec le virus
TN20/00.
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70
Archs. Inst. Pasteur Tunis, 2009
LA BRONCHITE INFECTIEUSE AVIAIRE EN TUNISIE.
Sur le plan lésionnel, les scores sont comparables
entre les deux épreuves et sont compris entre 2 et 3
pour tous les oiseaux des deux groupes.
Ainsi, les observations cliniques et lésionnelles indi-
quent que l’utilisation de la souche vaccinale H120
permet de réduire l’expression clinique de la mala-
die mais n’empêche pas l’infection par le virus
TN335/01. Par contre, le vaccin reste inefficace
contre le virus TN20/00, confirmant ainsi la sévérité
du pouvoir pathogène de cet isolat.
Sur le plan sérologique, les taux d’anticorps anti VBI
observés à J28, suite à l’infection par l’isolat TN335/01,
sont plus élevés en comparaison avec ceux obtenus
suite à l’épreuve avec l’isolat TN20/00. Ceci indique
le début de la réponse immunitaire secondaire
induite par le virus d’épreuve TN335/01, suggérant
l’instauration d’une protection croisée entre le virus
vaccinal H120 et l’isolat TN335/01.
Cependant et malgré les homologies de séquences
du gène S1 entre le vaccin H120 et les isolats
TN20/00 et TN335/01 (64% et 63% respectivement)10,
le niveau de protection conférée par le vaccin est
loin d’être comparable vis-à-vis des deux isolats. Ceci
confirme que la variation de quelques acides aminés
joue un rôle déterminant dans la protection croisée
entre des souches hétérologues 25.
Par ailleurs, les résultats de l’étude de la séropréva-
lence de la BI en Tunisie, associés à ceux de l’étude
de l’efficacité du vaccin H120, démontrent qu’en plus
des échecs de vaccination liés à la conduite de l’éle-
vage, le choix de la souche vaccinale contribue
énormément à la mauvaise protection du cheptel
contre les virus sauvages en circulation. L’éloignement
antigénique du sérotype Massachusetts (vaccin
H120) par rapport aux isolats tunisiens a eu pour
conséquence une protection très insuffisante vis-à-
vis des variants identifiés 10.
Ainsi, la réussite d’une vaccination et l’installation
d’une protection efficace contre des sérotypes hété-
rologues doivent toujours tenir compte des relations
antigéniques entre les différents virus afin d’antici-
per sur le niveau de protection croisée assurée par
la vaccination contre les différents sérotypes sévis-
sant simultanément 26, 27, 28.
CONCLUSION
La situation épidémiologique de la bronchite infec-
tieuse aviaire, en Tunisie, est très complexe en rai-
son des diversités antigénique et pathogénique des
virus en circulation, de la non adaptation parfois de
la souche vaccinale utilisée, des échecs de vaccina-
tion, de la négligence manifeste de la vaccination et
de l’insuffisance des mesures de biosécurité prises
par les éleveurs. Une surveillance régulière des titres
d’anticorps sériques chez les oiseaux vaccinés ainsi
qu’une amélioration du protocole vaccinal en ter-
mes de choix des souches vaccinales antigènique-
ment proches des virus variants présents dans les
élevages, sont nécessaires pour mieux maîtriser
cette pathologie grave.
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